Revue de presse du 13 décembre : le petit mineur de Médiavision, trois clés pour comprendre une nation, Zurich perd des oeuvres, traducteurs hongrois

Petite histoire du petit mineur de Médiavision – Jean Tourette sur Rue89

« Un petit personnage souriant lance son pic dans une cible au rythme d’une ritournelle entêtante. Tout le monde le connaît. Tout le monde s’attend à ce qu’il tape dans le mille, pour faire apparaître à l’envers les derniers chiffres invariables d’un numéro de téléphone inconsciemment mémorisé de longue date. Et tout le monde l’aime bien, parce qu’il provoque à chaque fois le même réflexe pavlovien associé à un moment de plaisir proche : le film va commencer.

Icône et égérie de Médiavision, ce petit mineur adresse sans un mot son message aux annonceurs publicitaires des salles obscures :

« Avec Médiavision, vous tapez dans le mille ! »

Un message simple et efficace qui se propage bien au-delà de la cible justement, puisque tout cinéphile a déjà eu la mémoire écorchée par le coup du pic de mine. »

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Démographie, cuisine et musique, les trois clés de l’avenir – Jacques Attali sur Slate.fr

« Pour comprendre où va une nation, on utilise en général des projections économiques, celles du PIB pour l’essentiel, à la valeur plus qu’incertaines. Bien d’autres paramètres en disent plus sur l’avenir d’un pays que des statistiques virtuelles. Et, parmi eux, trois domaines, trois champs d’activité, trois productions, que j’étudie toujours quand je cherche à comprendre où va une nation: la démographie, la cuisine et la musique.

L’un renvoie à l’essence de la vie, l’autre aux nourritures du corps, et l’autre à celles de l’esprit. La démographie nous dit tout des rapports entre les générations, les structures des familles, et les relations entre les sexes; elle nous dit la taille d’une nation, sa dynamique, sa capacité se renouveler. Son évolution est assez aisée à prédire, ainsi que ses conséquences sur les rapports de force idéologiques et politiques. »

marche de sant josep la boqueria ramblas barcelone

 

La ville de Zurich a perdu plus de 5 000 œuvres d’art – Libération

« La ville de Zurich a annoncé lundi avoir perdu la trace de 5 176 oeuvres d’art, dont une peinture de l’architecte Le Corbusier.

La ville a procédé au premier inventaire complet en près d’un siècle de son impressionnante collection de 35 000 pièces et découvert à cette occasion que près de 15%, dont 1 400 oeuvres originales, étaient manquantes, a indiqué la municipalité dans un communiqué. La ville pense toutefois retrouver la plupart des oeuvres d’art manquantes. »

 

Hongrie – Journées de galère pour les passeurs de mots – Péter Urfi dans Magyar Narancs (vu sur Courrier International)

« Une coquette villa entourée d’un jardin paisible abritant livres et tableaux. La Maison des traducteurs de Balatonfüred (est du pays) est le domicile provisoire des passeurs de la littérature hongroise, un des lieux importants de sa culture.

[…] La Maison ne peut donner aucune aide financière à la publication des livres, mais son fonctionnement contribue à la diffusion de la littérature hongroise. Son existence est un argument fort pour que des gens traduisent depuis le hongrois.
Le cas de You Ze Min illustre le pouvoir que peut exercer un traducteur. Ce jeune homme, diplômé en médecine, travaille dans un grand magasin de chaussures à Budapest. Il est pratiquement notre seul traducteur en chinois. C’est lui qui choisit l’auteur hongrois qui doit être édité en Chine, et le succès qu’il impose est considérable : le Journal de galère [en français aux Editions Actes Sud] d’Imre Kertész a eu un tel impact qu’il est diffusé sur le marché noir, quant à Une Femme [Ed.Gallimard] de Péter Esterházy, il a suscité là-bas des remous. »

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[Opération] Actialuna, l’artisanat du livre numérique – Portrait de Denis Lefebvre

Actialuna tire son nom du papillon Actias Luna, dont l’aile a des propriétés proches du papier électronique.Généralement présentée comme entreprise de design éditorial, Denis Lefebvreprésente son entreprise comme spécialiste de « l’ergonomie du livre numérique ». En d’autres termes, elle « conçoit, développe et promeut des applications de lecture numérique », tout en « parlant la même langue que les éditeurs », ses fondateurs étant eux-mêmes issus du milieu de l’édition traditionnelle.

Si Actialuna fait aujourd’hui partie des (ré)enchanteurs, c’est qu’elle a su allier innovation, artisanat et poésie. Elle n’est pas tombée dans la simple duplication du livre papier qui nous propose un format type PDF sur des readers. Son offre ne surcharge pas non plus la lecture d’apparats numériques. Plutôt, son but est de proposer un produit de lecture numérique cohérent, en s’adaptant au contenu des éditeurs : l’expérience lecture papier est enrichie par le numérique, mais conserve son essence première.

Un projet artisanal sur support technologique

En entretenant la mixité de son équipe entre des pôles artistiques et technologiques, les réalisations d’Actialunaintègrent illustrations interactives, animations et bande-son aléatoire à une narration traditionnelle, sur nos iPhones et tablettes. Le numérique propose ici une expérience différente de l’existant et non une alternative à celui-ci.Cette vision du livre numérique n’entrave pas notre réseau de petits libraires indépendants, mais le complète.

Le projet en développement « A Word’s a Bird », atteste du savoir-faire artisanal de la start-up.Cette nouvelle application propose des poèmes et aquarelles interactives. Elle regroupera les textes d’une poétesse new-yorkaise et les aquarelles d’une illustratrice franco-américaine. Chaque aquarelle est réalisée à la main. Lorsqu’il me montre l’application, Denis Lefebvre précise : « Tout est fait à la main. Une pivoine qui s’anime, cela représente 25 illustrations. Elles sont toutes scannées puis intégrées à l’application. »

 

L’aventure de L’Homme volcan

La capacité de création d’Actialuna a pris son envol avec le projet L’Homme volcan, livre de Mathias Malzieu illustré par les peintures de Frédéric Perrin sur une bande de Dionysos. Comme l’affirment les auteurs, le livre numérique a permis d’augmenter le mystère du texte grâce aux animations et à la musique. Du volume a pu être rajouté, ce qui n’aurait pas pu exister sur un livre papier. Denis Lefebvre de préciser : « Si un jour on devait le décliner en livre papier, le but serait d’avoir un rendu différent, pour proposer une expérience spécifique à chaque support. »

La valeur de L’Homme volcan réside dans l’univers qui est créé : une brume se répand sur chaque page, puis se déchire progressivement jusqu’à une illustration, tantôt animée, tantôt interactive.Le livre n’est pas rempli d’illustrations, contrairement à d’autres applications de lecture numérique. Plutôt, la brume donne une atmosphère à chaque page.L’attitude du lecteur est active car tous les gestes sont possibles pour interagir avec une illustration, sans être pour autant parasitée par du surplus numérique.

 

Un modèle économique maîtrisé pour une innovation intelligente

« Les modèles économiques pour rentabiliser un tel livre numérique sont de trois ordres » racontedit Denis Lefebvre. Si les innovations d’Actialuna peuvent être porteuses sur le marché, c’est parce que l’entreprise maîtrise trois leviers essentiels. Tout d’abord, le multilinguisme offre un marché plus large et permet de se diriger vers les marchés émergents. Ensuite, la mutualisation de l’effort par des partenariats :L’Homme Volcan est ainsi le projet pilote d’une collection littéraire numérique co-dirigée par Flammarion et Actialuna, avec d’autres projets à venir pour lesquels certaines technologies seront réutilisées, tandis que de nouvelles seront ajoutées.Enfin, la vente des lithographies des illustrations accroît non seulement la rentabilité mais aussi la réputation de l’entreprise : Actialuna vendra ldes lithographies de L’Homme volcan via son application, en partenariat avec l’atelier Idem.

Surtout, le modèle d’Actialuna repose sur une innovation intelligente. Elle répond à un besoin des lecteurs, mais ne l’abreuve pas de contenus inutiles. Après plusieurs tests utilisateurs et études diverses et variées, Actialuna a créé un savoir-faire pertinent, disponible sur iPad et iPhone. « Par exemple, dans l’industrie du polar, 20 % des personnes vont voir la fin avant d’avoir fini le livre ».Or, « scroller » sur un iPhone un livre numérique normal rend cette pratique difficile et fastidieuse.Remède facile, les applications Actialuna proposent toutes l’option « Feuilleter ». Vous pouvez parcourir rapidement le livre numérique pour connaître sa longueur, les pages animées, ou simplement le nom de l’assassin de votre polar.

Outre la possibilité de « Feuilleter », les livres applications Actialuna se différencient des livres homothétiques (livres dupliqués) et des livres enrichis (le numérique n’est qu’un ajout au contenu initial). Ils intègrent le numérique à la narration et créent une expérience pour le lecteur. La prochaine étape que la start-up va franchir est la création d’une plateforme offrant plusieurs contenus, afin d’accélérer son développement.

« Européenne » et « accessible », la culture à la Actialuna dynamise l’exception culturelle

Lorsqu’il définit la culture française, Denis Lefebvre pense à « européenne » et « accessible ». « Européenne » d’abord car c’est là qu’il voit les possibles pour les industries créatives et culturelles.Pour lui, une Europe de cohésion culturelle est possible, en atteste son engagement au comité de pilotage de la plateforme européenne de traduction littéraire TLhub.

« Accessible » ensuite, car de nombreux moyens sont mis à notre disposition pour comprendre et apprécier notre culture. Il cite par exemple des émissions comme La Boîte à musique, D’art d’art ou encore des initiatives comme Art Shopping ouvrant l’art contemporain à tous au Carrousel du Louvre.« On a les moyens de faire comprendre la culture et d’éviter qu’elle ne soit réservée à une élite. »

Depuis les débuts du livre numérique, nombreuses sont les craintes quant à la préservation du notre exception culturelle. Récemment, Brice Couturier évoquait la difficulté de la France à s’adapter à cette nouvelle économie et à faire face à Bruxelles, s’interrogeant ainsi : « L’exception culturelle est-elle tenable à l’heure où la dématérialisation des contenus rend l’existence même des frontières nationales largement
illusoire ? »
Et si l’exception culturelle aujourd’hui n’était plus une question de frontière, de quotas et autres limites. Si elle était une question de savoir-faire national ?

En affirmant une « technologique artistique » sans empiéter sur les platebandes du livre papier, Actialuna crée un modèle alternatif où l’expérience de lecture a une atmosphère particulière, sans jamais parasiter le texte en lui-même. Enfin, en valorisant les savoir-faire traditionnels, Actialuna a créé un artisanat du livre numérique. Avec elle, l’exception culturelle française peut entrevoir un futur pas si noir qu’il n’y paraît.

Camille Delache


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