Nouvelle Secrétaire d’État à la Francophonie : attentes identiques par Damien Soupart

Chaque remaniement gouvernemental français amène une nouvelle dénomination du Secrétariat d’État en charge des questions francophones. A la suite de ce millésime 2014, la francophonie se retrouve accolée au développement dans l’intitulé officiel du Secrétariat d’État. Développement de qui et de quoi ? Nous le découvrirons dans les prochaines semaines, lors des premières prises de parole de la part de Mme la Secrétaire d’État au Développement et à la Francophonie : Mme Annick Girardin.

 

Le 29 Mai 2012, j’avais publié un billet sur ce même blog pour clarifier les cinq questions qui devaient être prioritairement traitées par la nouvelle personne en charge de la francophonie au sein du Gouvernement. Presque deux ans après, ces précisions et ces attentes restent malheureusement les mêmes :

  • Quel périmètre francophone ? Se restreint-il à celui des États membres et États associés de l’OIF ? Quel dialogue avec l’Algérie ? A-t-elle pour ambition de constituer un noyau dur et opérationnel d’États francophones pour s’investir dans une coopération avancée ?
  • De quelles ressources humaines dispose-t-elle ? Peut-elle s’appuyer sur le micro-département au Quai d’Orsay dédié aux questions francophones ? Quel rapport avec l’OIF et son nouveau Secrétaire Général (désigné en novembre prochain) ?

Cartographie V1

  • Quel est son rapport à l’économie ? En effet, l’une des questions les plus préoccupantes et les plus cruciales pour les espaces francophones concernent l’économie. Comment concrétiser cette idée de francophonie économique, comment faire émerger des filières francophones, comment constituer une alternative crédible à une globalisation anglo-saxonne destructrice de toute diversité ? Autant de questions qui méritent des réponses claires et durables, dans l’optique de donner des perspectives solides aux locuteurs de la langue française.
  • Quelle visibilité donnera-t-elle à la francophonie en France ? C’est en effet un paradoxe qui n’a toujours pas été surmonté, que la patrie de la langue française donne si peu de considération à la langue française et aux pays ayant cette même langue française en partage.
  • Quelle est sa lettre de mission ? Consiste-t-elle en l’application du rapport commandé à M. Jacques Attali, qui sera rendu à la fin de l’été ? Est-elle tracée au sein du dernier rapport parlementaire sur la question de la francophonie, présenté par M. le Député Pouria Amirshahi (ci-dessous) ? A-t-elle pour mission de faire rayonner davantage la France lors du prochain Forum Mondial de la Langue Française à Liège, à l’été 2015 ? Nous ne le savons.

Propositions francop eco pouria amirshahi

Quoi qu’il en soit, nombreux sont les défis qui attendent Mme la Secrétaire d’État. Son récent fait d’arme en faveur de l’ouverture de la procédure affirmant les droits de la France sur le plateau continental autour de Saint-Pierre-et-Miquelon (Zone Économique Exclusive) est une initiative courageuse, assez rare pour être ici rapportée.

 

Espérons qu’elle fasse preuve d’autant d’audace et de détermination en faveur de la langue française. Qu’elle transforme le vœu pieu de « francophonie de projets » en une réalité concrète, dont chacun puisse se sentir fier. Les Volontaires Internationaux pourraient être un sujet transversal à la thématique du « Développement » et de la « Francophonie », capable de mobiliser autant la jeunesse que les retraités et de rassembler au-delà des clivages partisans. En définitive, les sujets d’intérêts ne manquent pas. Encore faut-il avoir suffisamment de marges de manœuvre pour s’en saisir.

 

La francophonie économique est également un sujet crucial. Rappelons que la Coface vient de publier une étude qui identifie « les 10 pays émergents qui talonnent les BRICS ». Résultats ? Aucun pays francophone…

 

Damien Soupart

 

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La nouvelle arrivante rue de Valois : les premiers mots d’Aurélie Filippetti

En attendant d’avoir des annonces suffisamment conséquentes d’Aurélie Filipetti, nouvelle ministre de la Culture et de la Communication, voici quelques (jolies) phrases de la passation de pouvoir avec M. Mitterrand.

Qui est Aurélie Filippetti ?

Aurélie Filippetti est une fille de mineur lorrain, ancien maire communiste. Elle a commencé sa carrière chez les Verts puis s’est tournée vers le PS. A 38 ans, elle devient Ministre de la Culture et de la Communication après en avoir fait sa spécialité au sein du PS (ici, pour plus de détails).

La député de Meurthe-et-Moselle, agrégée de lettres classiques, expose avec émotion ses missions au sein du ministère, « intimement lié à une certaine idée que nous avons de la France, de ses valeurs et de ce que nous voulons transmettre aux générations qui suivent, le meilleur de ce qui nous a été légué en héritage par ceux qui nous ont précédés ».

 

Sa vision de la culture

“La culture, c’est ce qui rassemble les individus. La culture, c’est cette rencontre quasi miraculeuse entre la subjectivité d’un artiste, dans ce qu’elle a de plus intime, de plus profond, de plus incommunicable, et le partage, l’intersubjectivité. En exprimant ce qu’on a de plus intime on va toucher dans autrui ce qui relève de l’universel. C’est ce rapport entre l’intime et l’universel qui fait le miracle de l’art. »

Et de conclure sur un « petit cadeau » : un livre de l’auteur italien De Luca, avec une citation de Carlos Fuentes : « La littérature est une blessure par où jaillit l’indispensable divorce  entre les mots et les choses. Par cette blessure nous pouvons perdre tout notre  sang ».

La nouvelle locataire de la rue de Valois a évidemment rappelé l’importance de l’accès à la culture pour tous.

Après cette passation en douceur et en émotion, attendons les premières mesures, qui, espérons-le, pourront « enchanter la culture française ».

La vidéo, c’est ici !