Nouvelle Secrétaire d’État à la Francophonie : attentes identiques par Damien Soupart

Chaque remaniement gouvernemental français amène une nouvelle dénomination du Secrétariat d’État en charge des questions francophones. A la suite de ce millésime 2014, la francophonie se retrouve accolée au développement dans l’intitulé officiel du Secrétariat d’État. Développement de qui et de quoi ? Nous le découvrirons dans les prochaines semaines, lors des premières prises de parole de la part de Mme la Secrétaire d’État au Développement et à la Francophonie : Mme Annick Girardin.

 

Le 29 Mai 2012, j’avais publié un billet sur ce même blog pour clarifier les cinq questions qui devaient être prioritairement traitées par la nouvelle personne en charge de la francophonie au sein du Gouvernement. Presque deux ans après, ces précisions et ces attentes restent malheureusement les mêmes :

  • Quel périmètre francophone ? Se restreint-il à celui des États membres et États associés de l’OIF ? Quel dialogue avec l’Algérie ? A-t-elle pour ambition de constituer un noyau dur et opérationnel d’États francophones pour s’investir dans une coopération avancée ?
  • De quelles ressources humaines dispose-t-elle ? Peut-elle s’appuyer sur le micro-département au Quai d’Orsay dédié aux questions francophones ? Quel rapport avec l’OIF et son nouveau Secrétaire Général (désigné en novembre prochain) ?

Cartographie V1

  • Quel est son rapport à l’économie ? En effet, l’une des questions les plus préoccupantes et les plus cruciales pour les espaces francophones concernent l’économie. Comment concrétiser cette idée de francophonie économique, comment faire émerger des filières francophones, comment constituer une alternative crédible à une globalisation anglo-saxonne destructrice de toute diversité ? Autant de questions qui méritent des réponses claires et durables, dans l’optique de donner des perspectives solides aux locuteurs de la langue française.
  • Quelle visibilité donnera-t-elle à la francophonie en France ? C’est en effet un paradoxe qui n’a toujours pas été surmonté, que la patrie de la langue française donne si peu de considération à la langue française et aux pays ayant cette même langue française en partage.
  • Quelle est sa lettre de mission ? Consiste-t-elle en l’application du rapport commandé à M. Jacques Attali, qui sera rendu à la fin de l’été ? Est-elle tracée au sein du dernier rapport parlementaire sur la question de la francophonie, présenté par M. le Député Pouria Amirshahi (ci-dessous) ? A-t-elle pour mission de faire rayonner davantage la France lors du prochain Forum Mondial de la Langue Française à Liège, à l’été 2015 ? Nous ne le savons.

Propositions francop eco pouria amirshahi

Quoi qu’il en soit, nombreux sont les défis qui attendent Mme la Secrétaire d’État. Son récent fait d’arme en faveur de l’ouverture de la procédure affirmant les droits de la France sur le plateau continental autour de Saint-Pierre-et-Miquelon (Zone Économique Exclusive) est une initiative courageuse, assez rare pour être ici rapportée.

 

Espérons qu’elle fasse preuve d’autant d’audace et de détermination en faveur de la langue française. Qu’elle transforme le vœu pieu de « francophonie de projets » en une réalité concrète, dont chacun puisse se sentir fier. Les Volontaires Internationaux pourraient être un sujet transversal à la thématique du « Développement » et de la « Francophonie », capable de mobiliser autant la jeunesse que les retraités et de rassembler au-delà des clivages partisans. En définitive, les sujets d’intérêts ne manquent pas. Encore faut-il avoir suffisamment de marges de manœuvre pour s’en saisir.

 

La francophonie économique est également un sujet crucial. Rappelons que la Coface vient de publier une étude qui identifie « les 10 pays émergents qui talonnent les BRICS ». Résultats ? Aucun pays francophone…

 

Damien Soupart

 

La lente marche du redressement créatif : l’année 2013 vue par la Baguette culturelle

La nouvelle année approchant à grands pas, la Baguette culturelle s’est prêtée au jeu du « meilleur de 2013 ». En revenant sur les événements qui nous ont marqués, l’année n’est pas si sombre qu’elle n’y paraît. De nouveaux modèles économiques sont apparus (ou se sont ajustés) répondant aux exigences de responsabilité, de démocratisation, de proximité. La créativité est toujours là et ne cesse de se manifester : par les artistes, pour le financement, pour la création ou seulement pour tester. Voilà plus d’un an qu’Aurélie Filippetti appelait au redressement créatif. Au regard de ce que nous décrivons ci-dessous, celui-ci est en marche : pas seulement en France certes, mais une marche lente et sûre semble se profiler (espérons-le !).

Les industries culturelles et créatives : objet d’étude par le secteur marchand

Fait remarquable en 2013, le secteur marchand se penche sur un décryptage des industries culturelles et créatives (ICC). En publiant son panorama économique des ICC, EY atteste leur importance grandissante et leur place « au cœur du rayonnement et de la compétitivité de la France ». Si vous ne l’avez fait pas encore, découvrez leur site France créative ou l’étude elle-même : Capture d’écran 2013-12-31 à 07.37.31

Pour une consommation musicale responsable ? L’exemple de Piers Faccini

Comme nous l’avions évoqué en septembre, en lançant son propre label Beating Drums, le musicien incarne un nouveau modèle d’artiste, plus engagé, plus proche de son audience, plus libre et plus créatif. Conscient des évolutions du marché, il prône une industrie musicale plus proche des artistes et du public, qu’il compare à l’achat de fruits et légumes directement aux producteurs locaux, démarche résumée dans son texte intitulé « Why Music is Food » :

« Le nouveau modèle économique de la musique se fonde clairement sur les relations et le partenariat entre tous les amoureux de la musique – auditeurs et créateurs. »

Beating-Drum-Pic1

La culture libre ? Pour la danse aussi avec Re:Rosas de Keersmaeker !

En juin 2013, la chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker a lancé Re:Rosas, un appel à remixer la pièce qui l’a rendue célèbre voilà 30 ans Rosas danst Rosas. Pour ce faire, tout est à votre disposition : mouvements, intention, musique et enchaînement sur le site créé pour l’occasion. Grâce à ce projet, la danse se met au goût du jour de la culture libre et ouverte en se réinventant. Pour avoir expérimenté ce projet avec ma compagnie Danse en Seine, je reviendrai plus longuement sur cette expérience dans un prochain article. En attendant, (re)découvrez la célèbre vidéo :

Les galeries d’art investissent le web

L’année 2013 marque aussi l’ouverture en masse des galeries d’art en ligne. Amazon a ouvert le bal en grandes pompes en août 2013. Pari difficile que de se confronter à l’œuvre en ligne et encore plus de l’acheter, deux acteurs français ont fait du bruit en se lançant dans l’aventure : Artistics, start-up rencontrée sur ce blog qui veut s’adresser à un nouveau type de collectionneur, et Artsper, qui veut « décomplexer l’art contemporain ». La bonne nouvelle est que les artistes se prêtent au jeu, voyant de nouveaux moyens de promotion s’ouvrir à eux. Quant aux résultats, 2014 nous le dira … amazon art

Des écrivains pour sauver la ville de Détroit ? Le projet Write-a-House

Ville officiellement en faillite, Détroit a besoin de retrouver son attractivité. Ville créative cependant, elle ne manque pas d’inspiration (The Heidelberg Project en est un bon exemple). Ce sont aujourd’hui les écrivains qui viennent à son secours, autour du romancier Toby Barlow, en proposant d’y installer une maison de résidence pour deux ans minimum. Dès le printemps 2014, les esprits créatifs pourront postuler et rejoindre la future communauté littéraire du Michigan. Symbole du renouveau perpétuel qu’offre l’alliance ville & culture, le projet Write-a-House redonne un nouveau souffle culturel à la ville. Découvrez la vidéo de promotion et leur campagne de levée de fonds :

L’institutionnalisation du crowdfunding … et de l’économie de l’entre-deux ?

Le 30 septembre 2013, la Banque publique d’investissement (BPI) lançait la plateforme Tous Nos Projets à l’occasion des Assises de la Finance participative. A cette occasion, La Baguette culturelle revenait sur l’apparition de cette économie de l’entre-deux : entre le marchand et le non marchand ; entre le profit et le participatif; plus collaborative et plus connectée; mais qui bouscule les modèles traditionnels. Tous les acteurs de la finance participative étaient présents et ont encouragé le gouvernement à légiférer. Comme le dit si bien Fleur Pellerin à Particeep, une ordonnance de simplification devrait être prise début 2014 : Et la francophonie dans tout ça ? L’année 2013 aura été paradoxale pour le monde de la francophonie. Jamais autant de personnes n’auront prononcé ce mot, jamais autant d’initiatives n’auront vu le jour en une seule année. Pourtant, peu d’entre nous sont capables de verbaliser et de donner corps à cette réalité démographique, économique et culturelle. L’année 2014 sera décisive pour cette notion de francophonie, notamment en France. Si rien n’est fait pour développer chaque branche de la francophonie en France, alors elle lui échappera, irrémédiablement. Et le centre de gravité se déplacera paradoxalement au-dessus de l’Océan Atlantique…

La place de la langue française sur Twitter, dernier trimestre 2013

Dans le sempiternel débat qui agite la communauté de la langue française autour de sa place (relative) dans l’univers des langues, ce graphique (issu d’un résultat brut trimestriel) permet d’enrichir les discussions classiques. Il met en exergue deux faits principaux, qui peuvent être pris comme des signaux faibles :

  1. La langue anglaise ne représente que 34% des gazouillis sur Twitter lors du dernier semestre 2013.
  2. La langue française n’arrive qu’en 7ème position des langues utilisées par les utilisateurs de Twitter, derrière des langues telles que l’espagnol, le portugais, l’arabe ou le malaisé.

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Le poids économique de la langue française dans le monde

L’étude de la Fondation pour les études et recherches sur le développement international du même nom apporte plusieurs éléments nouveaux, non verbalisés jusqu’alors. Capture d’écran 2013-12-30 à 16.16.33

  1. Elle tranche et propose une nouvelle carte de l’espace francophone (EF), qui ne serait composé que de 33 pays, dont certains non membres de l’OIF, comme l’Algérie.
  2. C’est la première fois que des chercheurs essaient de quantifier la part du commerce imputable à une langue commune. Ainsi, « l’existence même de l’EF permettrait d’accroître la part du commerce du pays de l’EF de 17%, entre 2000 et 2009.
  3. Enfin, il semblerait que l’appartenance à l’EF ne diminuerait que très faiblement le taux de chômage des pays de l’EF (environ 0,2 point).

Merci à tous d’avoir suivi la Baguette culturelle et à bientôt pour la suite des aventures !

Camille Delache & Damien Soupart

Francophonie – Portrait d’Yves Montenay par Damien Soupart

Damien Soupart a rencontré Yves Montenay, esprit francophone encyclopédique, ancien cadre d’entreprise, professeur, écrivain

Pourquoi la francophonie ?

Pour répondre à cette question, Yves Montenay est fort ennuyé. En effet, pour lui, la francophonie est une évidence qu’il a rencontrée dès le plus jeune âge. Il la résume grâce à la métaphore suivante : « je suis tombé dedans lorsque j’étais petit ». A l’instar d’Obélix, Yves Montenay s’intéresse très tôt, mais de façon indirecte, à l’étymologie et à la géographie. De cette association de matières censément iconoclaste, il en ressortira des « bizarreries toponymiques », comme lorsqu’il découvre sur une ancienne carte de l’Océan Atlantique une île dont les villes répondent à la fois à des consonances anglophones, francophones et hispanisantes (Trinité-et-Tobago).

De ces expériences, Yves Montenay en tire un credo, celui de toujours questionner ce qui l’entoure et de ne jamais prendre pour acquis quelque chose qui est constamment présenté comme tel. Fort de cette conviction, Yves Montenay ne cessera plus désormais de se questionner au sein de ces divers domaines d’activités sur l’idée francophone, activité qu’il continue encore aujourd’hui[1].

Quelle traduction de cet engagement ?

Du fait du parcours bigarré d’Yves Montenay, la traduction de son credo a été multiple. Initialement ingénieur (diplômé de Centrale), il va évoluer dans le monde économique avant de le quitter pour se tourner vers le monde universitaire. Il avait envie d’écrire une thèse. A ce moment de sa vie, il réfléchit beaucoup quant au domaine dans lequel il souhaiterait mener des recherches. Il voulait être original, servir d’aiguillon et produire des résultats originaux. C’est alors qu’il choisit de relier la thématique de la francophonie à celle des pays arabes, et plus particulièrement de sa démographie. Dès les années 1980, il met à nue la transition démographique en cours dans les pays arabes et francophones. Déjà avec Youssef Courbage, mais une vingtaine d’années avant Emmanuel Todd, Yves Montenay soutient cette idée et fait émerger par là-même la notion de démographie politique, discipline peu connue et peu enseignée, absente des cercles de réflexion français et francophones. Encore aujourd’hui.

Il soutient également cette idée francophone auprès des jeunes générations, par l’intermédiaire des cours qu’il a pu délivrer (Sciences Po Paris), qu’il délivre (ESCP-EAP depuis 1993) et les cours/formations permanents ou conférences ponctuelles qu’il est amené à produire régulièrement.

Enfin, il a créé une Organisation Non Gouvernementale, l’Institut de la Culture, de l’Economie et de la Géopolitique (ICEG[2]) avec pour objectif « d’expliquer le Sud au Nord et le Nord au Sud », notamment par le biais de la francophonie et cette notion de « francosphère », encore peu théorisée mais qui ne demande qu’à l’être.

En 2005, vous aviez publié un ouvrage intitulé « La langue française à la mondialisation »[3]. Le constat peu optimiste que vous dressiez à l’époque est-il toujours véridique aujourd’hui ?

A cette question, Yves Montenay ne peut que confirmer la trajectoire peu rassurante que semblent suivre les autorités en charge de la francophonie. Malgré une réalité démographique, notamment en Afrique, qui nous est souvent présentée comme positive et rassurante, le questionnement des faits donne des résultats beaucoup plus nuancés. S’il est vrai que la démographie de l’Afrique francophone est forte, que la proportion de francophones dans le monde devrait mécaniquement augmenter, cela présuppose des postulats qui sont loin d’être fondés sur le temps long. En effet, vingt ans après la chute du Mur, nous sommes en pleine reconfiguration du jeu mondial et les nouvelles/multiples stratégies des puissances post Guerre Froide, des pays dits émergents, n’ont pas encore produits leurs effets, notamment dans le domaine linguistique. La conception fixiste et rigide des autorités francophones quant au maintien d’une appétence pour la langue française en dépit des évolutions politico-économiques et géostratégiques est d’un optimisme forcené.

D’autant que la France, qui devrait supposément être le catalyseur d’une politique active en faveur de la sphère francophone, n’est toujours pas sensibilisée à la thématique de la francophonie et à ses enjeux afférents. Yves Montenay distingue, depuis la parution de son livre, deux évolutions majeures qui doivent nous interpeller :

Au niveau des élites, celles-ci ne se rendent pas compte de la coupure sociale qui est en train de prendre forme. Cette nouvelle fissure est due à la pratique non contrôlée de la langue anglaise. Elle devient de plus en plus « un nouveau moyen de différenciation sociale », créant de nouvelles frustrations et de nouvelles hiérarchies sociales, se surajoutant à celle déjà existantes.

Au niveau de la société civile et des associations de défense de la langue française, Yves Montenay rappelle que cette force éclatée trouve de plus en plus de limites à son action du fait de leurs propres conceptions et de leur faible ouverture au monde du XXIème siècle. Deux limites majeures : « chacun mène sa goutte d’eau » comme le dit joliment Yves Montenay. Il y a un tel éclatement des structures associatives en France sur cette thématique que celle-ci dessert in fine la cause francophone initiale.

La seconde raison tient à leur méconnaissance du monde économique. Les associations vivent en partie des subventions publiques, et se frottent très peu aux réalités dures et concurrentielles de notre mondialisation. Dès lors, une incompréhension se fait jour entre ces deux mondes. De cette incompréhension naît une relative imperméabilité des idées défendues par ces associations vis-à-vis du monde économique dans sa globalité.

 

Si vous aviez la possibilité d’engager trois actions ciblées en faveur de la francophonie, quelles seraient-elles ?

« Ces actions seraient nécessairement complémentaires et devraient avoir lieu dans trois lieux distincts ». En premier lieu, Yves Montenay souhaite engager une action vis-à-vis des entreprises, afin qu’elles intègrent « un réflexe francophone ». Elles devraient être incitées à privilégier une politique active de recrutement francophone. Enfin, elles devraient se pencher sur le coût de l’anglais comme langue unique en Europe, comme avait tenté de le faire le Rapport Grin[4] (2005).

En second lieu, une action devrait être engagée dans le domaine de la culture. Se doter des moyens, surtout humains, pour promouvoir la culture francophone dans chacun des pays qui se montre intéressé. Des pays sont aujourd’hui très francophiles sans que « l’offre » francophone ne soit formalisée et déployée, à la hauteur des espérances du pays tiers.

En dernier lieu, les actions précédemment évoquées ne pourront avoir de la consistance sans un franc soutien politique. L’OIF ne semble pas conçue pour amener cette impulsion et cette vision stratégie qui manquent tant à la francophonie. Elle est davantage un forum de discussions qu’une instance décisionnelle.

Damien Soupart

[Opération] Francophonie – Portrait de Marc Beaufrère par Damien Soupart

Portrait de Marc Beaufrère, créateur de l’un des rares blogs français sur la réalité francophone et l’actualité de cette idée: « Le français en partage »[1]

Pourquoi la francophonie ?

Le parcours de Marc Beaufrère est intéressant à plus d’un titre. C’est pourquoi nous allons brièvement l’expliciter. Né en 1980, il a passé son baccalauréat avant de faire des études d’anglais. Il a ensuite poursuivi par une licence à l’Université de Galway en Irlande. Ce propos liminaire permet de battre en brèche une critique récurrente que l’on adresse souvent à l’endroit des tenants de l’idée francophone : celle suivant laquelle les francophones sont rétifs à toute autre langue, a fortiori à celle de « Shakespeare ».

L’intérêt de Marc pour la francophonie et, plus particulièrement pour la langue française, remonte à son enfance. Sans que l’on puisse parler d’élément fondateur, c’est à l’occasion d’un échange linguistique (6 mois en Irlande et inversement) avec un petit irlandais à l’âge de 10 ans que Marc découvre une autre langue, une autre culture et une singularité linguistique qui ne cessera de le questionner depuis. Lors de ce même échange, il se frotte à « l’Encyclopaedia Britannica », volumes de sciences et d’universalité qui alimentent la réflexion de Marc quant à la dynamique de l’Histoire, et par-là même de celle des aires linguistiques.

En effet, il découvre, « indigné », l’Histoire linguistique de l’Irlande. Comme il le raconte, « malgré le fait que les Irlandais soient indépendants depuis 1922, qu’ils souhaitent réapprendre leur langue (le gaélique, langue celte), malgré toute cette bonne volonté, le nombre de locuteurs du gaélique ne cessent de décliner depuis la date de leur indépendance ». Il en déduit alors que « la volonté ne suffit pas ». Comme il le rapporte aujourd’hui, « il existe des dynamiques qui demandent une énergie et une réflexion considérables pour être inversées ». Implicitement, si on ramène ce propos à la situation actuelle de la francophonie, qui plus est à la situation de la francophonie en France, « cela remet en cause notre confort et notre apparente réussite ».

Ensuite, lorsqu’il arrive à l’Université en Irlande, il constate non sans amertume l’étrange hiérarchie tacite entre « la musique anglaise », souvent décrite comme « cool » et « branchée » alors que l’image de la chanson française est plutôt définie comme « ringarde ». « Cette réalité dont il n’avait jamais pris conscience auparavant » se traduit chez Marc par une sorte d’intuition qui explique l’existence de ce blog aujourd’hui : en dehors des attributs censément neutres donnés à telle ou telle langue, il y voit « une sorte de colonisation douce et acceptée », une sorte de servitude volontaire pourrait-on dire, qui représente « une injustice de l’Histoire » qu’il souhaite continuer à interroger.

Enfin, le contenu du cursus universitaire de Marc (étymologie, linguistique et psychanalyse) lui fait prendre conscience « des mécanismes de construction des mots et de leurs origines ». Cette formation lui permet de déceler au quotidien l’influence que peut avoir une culture ou une langue sur d’autres langues, à un moment ou à un autre de l’Histoire.

Toutes ces inspirations, Marc a voulu les exprimer, les formaliser et les diffuser au travers de son « cyber-carnet », dont nous allons à présent parler.

 

Pourquoi ce blog ?

Comme le lui a inspiré sa formation universitaire, Marc « essaie de remonter le fil des causes et des conséquences qui ont amené à ce niveau d’influence d’une langue sur une autre en France ». Pour « comprendre quelles décisions (conscientes ou subies) ont été prises à un moment de notre histoire afin de les mettre en évidence, en vue de les désamorcer ».

Le blog recouvre donc deux objectifs principaux : un davantage théorique et un pratique. L’objectif théorique est un travail lent et profond, consistant à fournir un corpus de textes, de références et de données irréfutables. Cet ouvrage du temps long permettrait à une personne qui serait aux manettes de la France, qui voudrait arrêter « l’anglicisation sans comment savoir s’y prendre », de disposer d’un honnête « mode d’emploi » pour amorcer un début d’action. Ce « cyber-carnet » sert ainsi à fournir les outils théoriques pour comprendre la réalité telle qu’elle est, tout en n’omettant pas de proposer des solutions opérationnelles.

L’objectif pratique est un réel travail de convaincu. Il consiste à réveiller ce qu’il appelle « les francopessimistes » qu’il définit comme « des personnes apriori favorables à l’idée francophone mais qui, du fait du discours ambiant, baissent les bras, pour devenir des francopessimistes ». Bref, des victimes du « terrorisme intellectuel » pourrait-on dire… Ainsi, en sus du travail théorique, Marc conçoit également son blog comme un outil solide de conviction, permettant d’ouvrir la discussion et d’accoucher d’une vérité qui est parfois malmenée. Cette vérité, c’est celle de toute soumission tacite : on a conscience de l’hégémonie de l’anglais mais « on ne sait pas comment faire » pour inverser la tendance et au final, accepter passivement cette domination.

 

Que représente la langue française pour vous ?

« La langue française n’est pas pour moi un fétiche. Je ne m’intéresse pas au fait que cette langue puisse être plus belle ou plus précise qu’une autre. Ce sont des arguments secondaires à mes yeux. Pour moi, le seul véritable intérêt que représente la langue française, c’est le fait que ce soit ma langue et celle de la communauté à laquelle j’appartiens, la langue des Français. Du fait de son nombre de locuteurs, des dynamiques en place et de son histoire, j’estime que nous devons défendre et valoriser notre langue et notre culture. »

 

Si vous aviez la possibilité d’engager trois actions ciblées en faveur de la francophonie, quelles seraient-elles ?

La première consisterait à développer davantage l’étude de la francophonie. Construire un cursus universitaire sur l’Histoire et la Géographie du monde francophone plutôt qu’un enseignement (où figure simplement l’idée francophone) centré sur la seule France. Actuellement, « les Français sont très peu au courant de ce qui se passe dans les autres pays francophones ». Afin de toucher nos élites de demain, l’on pourrait même « imaginer un petit module à l’ENA et à Polytechnique pour développer et transmettre les enjeux et les réflexions » quant à cette idée francophone.

D’ordre plus pratique, Marc, comme seconde mesure, choisirait de « franciser notre environnement ». Notamment dans le domaine des publicités et du nom des enseignes de magasins. La réalité est aujourd’hui la suivante : la publicité donne énormément de visibilité à la langue anglaise qui nous suggère par là-même son omniprésence et son caractère ubiquiste. Le développement pratique de cette mesure est présent sur son blog.

Enfin, une chaîne du service public à la télévision devrait obligatoirement tenir informée la population des enjeux de la francophonie. Comme le rappelle de façon très juste Marc, « les choses dont on ne parle pas n’existent pas ». Conscient du déclin de la télévision comme médium universel (et universalisant ?), Marc pense que la transcription automatique des données officielles de la francophonie (telles que rapportées par les rapports de l’OIF), sur Wikipédia par exemple, ont également beaucoup d’influence. Ces informations sont ensuite reprises et diffusées à plus de personnes, ce qui a pour résultat de « changer les perceptions et de corriger les idées reçues ». « C’est ainsi une forme de correction à la source, d’un combat contre la désinformation ». Un exemple ? « Il y a trois ans, il était presqu’impossible de savoir le nombre de locuteurs francophones dans le monde ». Aujourd’hui, la mesure a été faite, les outils existent et le résultat commence à irriguer le débat public, notamment par sa forte dimension africaine.

 

Pour la « Baguette culturelle », qu’est-ce que pour vous la culture française ?

« La culture française, c’est pour moi toutes les œuvres, les récits qui sont proposés pour nous expliquer, nous faire comprendre, nous relier et nous rassembler. C’est le ciment de notre communauté Si beaucoup de personnes vivent à l’heure américaine, c’est aussi parce qu’on laisse aux Américains le soin de raconter le monde à notre place, même si des changements sont à l’œuvre. Il n’est donc pas étonnant que beaucoup de groupes veulent chanter en anglais, c’est une des seules façons (je caricature) d’être écouté en France ».

 

Damien Soupart


Les (Ré)enchanteurs de la francophonie : l’édito de Damien Soupart

« Les (ré)enchanteurs de la francophonie » ne sont pas tous aussi jeunes que ceux présents dans les chroniques de Camille. Le contexte est en effet différent : la francophonie est historiquement une idée promue et soutenue par des personnes qui ont avant tout œuvré dans les années 1970-80-90 en faveur de l’aspect institutionnel de la francophonie, la Francophonie. Certains voulaient même faire de l’OIF une « ONU-bis ».

Pourtant, c’était méconnaître la quintessence même de l’idée francophone, qui consiste à rapprocher des personnes d’horizons divers autour d’une même langue et d’un sentiment commun, celui qui conduit à croire que l’avenir est au multilinguisme.

Si la francophonie est aussi peu connue en France aujourd’hui, si personne ne sait que le 20 mars est la Journée Internationale de la Francophonie, c’est en grande partie à cause de la claire mécompréhension de nos gouvernants quant à cette idée. Ne rentrant pas dans les critères habituels, brisant les frontières institutionnelles classiques, la francophonie est telle la construction européenne, un Objet Politique Non Identifié. Bien plus encore, je serais tenté de dire que la francophonie est un Objet Sociétal Non Identifié. D’un genre particulier, en germes d’un paradigme iconoclaste pour ce XXIème siècle sans horizon, la francophonie pourrait faire partie de la recette sociétale de notre époque en construction.

La seule condition à ce que ce nouveau paradigme prenne forme, enrichi et renforcé par la contribution de chacun : que nos dirigeants prennent du recul et réfléchissent à la notion même de francophonie. A fortiori en France. Des réalités que cette belle idée recouvre, ou devrait recouvrir. Qu’ils prennent le temps de se comparer aux autres grandes aires linguistiques. Qu’ils y trouvent des similarités. Des dynamiques. Des trajectoires. Qu’ils prennent conscience de la chance et de la puissance de cette idée, issue du passé mais capable d’avenir.

C’est pour cette raison que les deux entretiens ont été réalisés avec des personnes de générations différentes. Afin de montrer que la francophonie est une idée riche, à consonance mondiale, permettant d’irriguer chaque génération de sa faconde.

Damien Soupart

A contre-courant par Damien Soupart

À contre-courant du résultat du premier tour des élections présidentielles,

À contre-courant du temps court électoral,

À contre-courant des bruits de couloirs sur la nomination d’untel à tel ou tel poste selon le     résultat du second tour et des alliances plus ou moins tacites qui seront décidées,

                  J’aimerais amorcer un bilan et dégager des perspectives quant à l’action du Président de la République dans le grand domaine de l’action culturelle extérieure, où la langue française fait figure de clé de voûte. Certains ont déjà établi un bilan du « quinquennat diplomatique »[1], en comparant l’ensemble des faits et des décisions qui avaient été prises dans le domaine des Affaires Etrangères et Européennes. Il va de soi que la langue française n’apparaît nulle part dans cette liste à la Prévert ainsi dressée, pour la bonne et simple raison qu’aucune action stratégique d’envergure n’a été initiée en faveur de la langue française.

Aucune action stratégique ne signifie pas que rien n’a été fait. La réforme des Instituts Culturels Français ou encore les récentes nouveautés au sein des Alliances Françaises montrent que des mouvements épars et des ajustements à la marge ont été effectués.

« Aucune action stratégique » veut plutôt dire que la langue française et la multiplicité de ses attributs n’ont jamais été considérées autrement que du point de vue de la gestion passive. On retrouve ainsi les oripeaux de l’administration française dans ce qu’elle a de plus malsain. Une gestion par grand ministère, en « silo ». Un regard institutionnel déconnecté qui ne permet pas de concevoir la langue française au sein des flux mondiaux. Une incapacité à concevoir la notion d’influence et de « smart power », qui éloigne un peu plus chaque jour les millions d’étudiants (anciens, actuels et futurs) francophones et francophiles.

Sont pourtant apparus les germes d’une action stratégique majeure en faveur de la langue française, lors de la présentation du rapport du Conseil Economique, Social et Environnemental intitulé « Le message culturel de la France et la vocation interculturelle de la Francophonie »[2]. Il n’est pas indécent de caractériser ce rapport comme le seul acte fort du quinquennat qui porte à la fois un constat cinglant et une vision optimiste de la façon dont nos gouvernants envisagent la langue française.

Malheureusement passé sous silence, ce rapport constate « un réseau exceptionnel mais en souffrance » ainsi qu’une « fragmentation endémique de l’action culturelle extérieure ». Les auteurs de ce rapport, au regard de ces constats, vont même jusqu’à se demander si cette faible considération de la langue française est « un bricolage défensif pour gérer l’inexorable déclin d’un vieux pays » ou une « stratégie des beaux restes pour faire oublier les avanies de l’Histoire ».

Le point le plus intéressant réside dans la manière dont est envisagée la politique de la langue française, comme laboratoire et « lieu privilégié » de « cette troisième voie dont la France se fait la zélatrice sur la scène internationale ». D’une simple politique de gestion, la politique de la langue serait le moyen apaisé et impartial de débattre de la France que nous voulons. Comme le dit le rapport, de « décomplexer l’identité nationale et d’affirmer les contributions spécifiques de notre pays dans divers domaines de la vie sociale ».

Mêlant les réformes de structure (caractère interministériel reconnu) aux révolutions mentales nécessaires (« une politique décomplexée pour la langue française »), ce rapport plaide avant tout pour l’apparition et la densification d’une « dynamique politique » singulière. À contre-courant en somme.

Damien Soupart

Le français est-il une chance ? par Damien Soupart

Le 20 mars, nous célébrerons la Journée Internationale de la Francophonie. Le thème retenu cette année est le suivant : « Le français est une chance ».

 

Je ne comprends pas ce slogan. Celui-ci, construit avec un présent de l’indicatif, dit de « vérité générale » me gêne quelque peu. Je décidais donc, à la lecture de cette vérité, d’aller plus loin et de lire le discours de M. le Secrétaire Général de la Francophonie, à la une du site bâti pour l’occasion. Je m’attendais à des faits, des chiffres et des réflexions, qui auraient été utiles pour étayer cette thèse. Il n’en est rien.

Normalement, le discours est symbolisé par une phrase ou un assemblage de mots forts, qui feront date. Un texte argumentaire est normalement fondé sur des données qui forment un tout cohérent. Dans le discours de M. le Secrétaire Général de l’OIF, rien de tout cela : le discours ne sert qu’à légitimer le slogan « le français est une chance ». Le discours n’a ainsi été construit que pour justifier l’idée suivant laquelle « le français est une chance », point de vue tautologique qui ne risque pas de froisser quiconque. Ce slogan n’en est même pas un.

 

 

Plus grave, l’emploi du mot chance. L’étymologie du mot chance est intéressante. Elle vient du latin « caedere » qui signifie tomber, descendre. Ainsi, dans l’imaginaire collectif, la chance est ce qui tombe du ciel, ce qui arrive sans que l’on ait pu l’envisager rationnellement. D’aucuns l’appelleraient « accident de l’Histoire ». Toutefois, comparer la Francophonie à un accident de l’Histoire semble assez hasardeux pour que cela soit souligné ici. C’est faire fi de plusieurs siècles d’Histoire. C’est faire fi des écrits d’Onésime Reclus, qui reste l’inventeur du terme même de francophonie. Pire, c’est faire fi des acteurs qui œuvrent au quotidien avec peu de moyens pour que la langue française soit davantage qu’une simple idée de papier (Alliance Française par exemple).

 

Je remarque qu’à l’avant-dernier paragraphe du discours, le constat initial asséné depuis le début est enfin dépassé. Il faut certes « savourer cette chance » mais ne pas oublier que celle-ci n’est pas « un acquis » mais bien « un défi à relever ». Ce qui nous amène directement à une contradiction dans les termes flagrante : comment défendre une chance ? Comment se l’approprier, du fait de son caractère évanescent ? Aucune précision dans le discours.

Par ailleurs, le slogan annonçait le français « comme une chance ». Reçu de façon passive. Toutefois, dans l’avant-dernier paragraphe, M. le Secrétaire Général exhorte à chacun à en faire « un puissant moyen d’action », « un formidable levier pour faire émerger une autre vision du monde ». Tour à tour don du ciel et moyen d’action, le lecteur de ce discours sera en droit de se sentir désabusé par de telles affirmations contradictoires, dépourvues de portée opérationnelle.

 

Si cela n’était pas important, nous pourrions nous gausser de telles approximations. Malheureusement, la situation requiert plus que des assertions approximatives. Elle requiert une véritable stratégie, à la fois défensive et offensive, pour résister et diffuser la langue française dans le monde.

 

Claude Hagège dit exactement la même chose lorsqu’il écrit, à la fin de son dernier ouvrage : «Ce n’est pas seulement d’indignation dont nous avons besoin mais bien de résister. Il s’agit aujourd’hui d’asservissement intellectuel ». Il faudra ainsi bien plus que des mots et des exhortations drapées dans un don du ciel pour faire de la langue française le pivot d’une nouvelle vision du monde.

 

Me vient alors une citation de Louis Pasteur, qui répond directement à celle d’Abdou Diouf : « la chance ne favorise que les esprits bien préparés ».

Par Damien Soupart

 

 

Yves Montenay – La langue française face à la mondialisation par Damien Soupart

Ce livre, paru en 2005, permet de nous éloigner des poncifs et des raccourcis généralement admis concernant le thème de la francophonie. S’il est vrai que la Francophonie (au sens institutionnel) est plus souvent évoquée dans les médias, Yves Montenay nous rappelle que la francophonie (sur le terrain, « dans les bouches et dans les cœurs ») est tout aussi importante. C’est donc un livre complet qui nous permet d’avoir un panorama quasi exhaustif de la situation de la langue française à l’étranger, et au sein de ce processus dénommé « mondialisation ». Le titre de cet ouvrage est d’ailleurs trompeur puisque l’auteur démontre au fil des pages que la langue française n’est pas en danger face à la mondialisation et que celle-ci est davantage « un mécanisme à analyser, non un complot contre le français ».

Afin de poser les jalons de sa réflexion, Yves Montenay nous livre la « longue histoire » de la langue française, ses succès comme ses revers. Des Serments de Strasbourg (842) au premier Dictionnaire de la langue française (paru en 1694), de la publication par Joachim du Bellay de la « Défense et Illustration de la langue française » (1549) à « l’universalité de la langue française » de Rivarol (1784), la langue française a connu une histoire riche et diversifiée. Néanmoins, si ces dates sont connues de tous, d’autres sont souvent passées sous silence. Ce sont les revers, tel « le ratage huguenot », lorsque les protestants, chassés par l’Édit de Fontainebleau (1685), partirent s’installer à Berlin, Londres ou Amsterdam, entraînant une perte de savoir-faire considérable.

À côté de ce processus de sédimentation que représente toute langue, l’auteur y oppose un processus récent, difficilement appréhendable, à savoir la mondialisation. Il répond, un à un, à tous les arguments consistant à dire que la langue française est condamnée par « le tout anglo-saxon ». Selon lui, si la langue anglaise progresse (ou plutôt le sabir ou « globish »), c’est grâce au « snobisme et au ridicule » de certains Français qui préfèrent parler anglais lorsqu’ils sont en présence de locuteurs de cette langue. Rien de plus. De même, il rappelle que face à la mondialisation, « il y a deux attitudes possibles » : se servir de ce processus, de toute façon irréfragable ou bien le contrer. L’auteur penche clairement pour la première solution.

Dans cette optique, comme pour mieux nous montrer la vigueur de la langue française, comme pour mieux nous convaincre de la valeur de cette langue, Yves Montenay s’attache à faire « un tour du monde » des pays francophones. Pour ce faire, il divise le monde francophone en trois cercles : le premier cercle est celui « des cousins », les Acadiens et les Wallons. Le second est constitué des « pays où la langue officielle est le français ». Le troisième cercle est composé des pays où le français n’est pas langue officielle, mais langue d’usage. Il propose enfin un quatrième cercle, qui serait rempli des locuteurs frança

is qui utilisent cette langue dans des pays n’appartenant pas aux trois premiers cercles.

Une fois les forces mises en valeur, l’auteur dresse le tableau des acteurs et des dispositifs propres à la langue française. L’action directe du gouvernement, l’Organisation Internationale de la Francophonie, les Alliances Françaises (1050 dans le monde aujourd’hui) sont autant d’outils dédiés au rayonnement de cette langue. Parce que là réside l’enjeu majeur : ce livre est une démonstration argumentée destinée à nous faire prendre conscience que « développer une certaine idée de la francophonie ne relève plus d’une simple coquetterie intellectuelle, mais devient une indispensable démarche qui s’articule autour d’une vision de la société et du monde ».

Ce livre, plutôt bienveillant quant à l’état de la francophonie dans le monde, est à relativiser avec la récente parution du dernier ouvrage de Claude Hagège, « Contre la pensée unique ». Une confrontation indirecte et à contretemps, dont la quintessence sera restituée ici-même lors d’un prochain article.