Revue de presse du 3 avril : industries créatives au Royaume-Uni, crise du marché de l’art et génération Minikeums

Creative industries: forget about tax breaks and focus on training par Tom Campbell, The Guardian

« It’s now two years since George Osborne established the Creative Industries Council, chaired by secretaries of state and with senior industry representation, but after a flurry of initial activity, not much seems to have happened in the past 12 months. »

[…] « Much is made of our creative startups. But despite their profile, startups are only a small part of the story and, at worst, a distraction. As the economist Ha-Joon Chang has pointed out, some of the poorest places on the planet are also the most entrepreneurial and there is little correlation between a country’s rate of new business formation and its economic success. The startups and micro enterprises in East London are no more an indicator of the health of the UK’s creative industries than the thousands of hatchlings racing down the beach are any guarantee that the sea turtle is not on the brink of extinction. »creative-industries-castlebrae.org.uk

[…] « So how do we get there? Well, not through tax breaks, nor wars against red tape – not even more venture capital. We need the things that policymakers and business groups don’t talk enough about: high quality, affordable education, properly resourced apprenticeships, prestigious technical colleges, and continuous professional development programmes. »

L’article dans son intégralité ici

Le marché de l’art en crise ou en mutation ? par Harry Bellet, Le Monde

« ‘Le marché de l’art est pourri, merdique et tout, et on va tous mourir’, dit Patrick Bongers, pour rire. Directeur de la galerie Louis Carré & Cie, fondée en 1938, des crises, il en a vu quelques-unes. Son jeune confrère Georges-Philippe Vallois, président du Comité des galeries d’art, aussi : « ‘On a entendu la même chose dans les années 1990. Quelques galeries ont fermé à l’époque, mais pas tant que ça. Or , la crise, celle du marché de l’art tout du moins, était autrement plus sévère qu’aujourd’hui.' »

[…– « Cependant, les choses sont peut-être un peu plus subtiles et se trouvent aussi, par un étrange écho, dans la « Lettre pour prendre congé » que Daniel Cordier, qui, après avoir été le résistant que l’on sait, se fit galeriste, expédia en son temps (1964) : « La crise a touché durement deux douzaines de spéculateurs qui avaient réinvesti les bénéfices de celle-ci dans l’achat de tableaux. L’apport des capitaux étrangers au marché a porté, en quelques années, la fièvre à son paroxysme. C’était l’euphorie. Cependant, les tableaux achetés sans amour ne devaient pas rester longtemps chez ceux qui les possédaient et repartaient sur le marché aussitôt que des bénéfices pouvaient en être retirés. On en est là. » »

L’article dans son intégralité est disponible dans la version Abonnés du Monde

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La révolution de la Minikeum Génération par Judith Chetrit, Slate.fr

« Vingt ans après la création des Minikeums, France Télévisions a récemment relancé le souhait de créer une chaîne 100% jeunesse, véritable serpent de mer de sa direction des programmes. Le groupe s’apprêterait, par ailleurs,  à céder 34% du capital de la chaîne Gulli à Lagardère. »

[…] « «C’était l’idée de Minikeums qui prenaient le contrôle de la Maison de la Radio [autrefois, siège de France Télévisions, ndlr] car ils n’aimaient pas ce qu’ils regardaient ailleurs», souligne Bertrand Mosca. En face, sur TF1, le Club Dorothée jouit d’un grand succès auprès des plus jeunes. D’ailleurs, Doro avait été proposée comme Minikeum. Refusée par France 3. Quelques années plus tard, en 1996, ils sont 57% des jeunes téléspectateurs entre 4 et 10 à préférer les Minikeums au Club Dorothée, émission arrêtée à la fin de l’été 1997. »

[…] « Les Minikeums évoquent également une certaine époque des programmes jeunesse à la télévision. «En animation aujourd’hui, on lance le programme quand l’écriture est finie», cite en exemple Jean-Marc Lenglen. Lorsqu’il travaillait les dialogues des Minikeums, il lui arrivait d’intervenir sur le texte alors que les voix des marionnettes enregistraient en studio avant le tournage final. »

L’article dans son intégralité

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[Opération] Actialuna, l’artisanat du livre numérique – Portrait de Denis Lefebvre

Actialuna tire son nom du papillon Actias Luna, dont l’aile a des propriétés proches du papier électronique.Généralement présentée comme entreprise de design éditorial, Denis Lefebvreprésente son entreprise comme spécialiste de « l’ergonomie du livre numérique ». En d’autres termes, elle « conçoit, développe et promeut des applications de lecture numérique », tout en « parlant la même langue que les éditeurs », ses fondateurs étant eux-mêmes issus du milieu de l’édition traditionnelle.

Si Actialuna fait aujourd’hui partie des (ré)enchanteurs, c’est qu’elle a su allier innovation, artisanat et poésie. Elle n’est pas tombée dans la simple duplication du livre papier qui nous propose un format type PDF sur des readers. Son offre ne surcharge pas non plus la lecture d’apparats numériques. Plutôt, son but est de proposer un produit de lecture numérique cohérent, en s’adaptant au contenu des éditeurs : l’expérience lecture papier est enrichie par le numérique, mais conserve son essence première.

Un projet artisanal sur support technologique

En entretenant la mixité de son équipe entre des pôles artistiques et technologiques, les réalisations d’Actialunaintègrent illustrations interactives, animations et bande-son aléatoire à une narration traditionnelle, sur nos iPhones et tablettes. Le numérique propose ici une expérience différente de l’existant et non une alternative à celui-ci.Cette vision du livre numérique n’entrave pas notre réseau de petits libraires indépendants, mais le complète.

Le projet en développement « A Word’s a Bird », atteste du savoir-faire artisanal de la start-up.Cette nouvelle application propose des poèmes et aquarelles interactives. Elle regroupera les textes d’une poétesse new-yorkaise et les aquarelles d’une illustratrice franco-américaine. Chaque aquarelle est réalisée à la main. Lorsqu’il me montre l’application, Denis Lefebvre précise : « Tout est fait à la main. Une pivoine qui s’anime, cela représente 25 illustrations. Elles sont toutes scannées puis intégrées à l’application. »

 

L’aventure de L’Homme volcan

La capacité de création d’Actialuna a pris son envol avec le projet L’Homme volcan, livre de Mathias Malzieu illustré par les peintures de Frédéric Perrin sur une bande de Dionysos. Comme l’affirment les auteurs, le livre numérique a permis d’augmenter le mystère du texte grâce aux animations et à la musique. Du volume a pu être rajouté, ce qui n’aurait pas pu exister sur un livre papier. Denis Lefebvre de préciser : « Si un jour on devait le décliner en livre papier, le but serait d’avoir un rendu différent, pour proposer une expérience spécifique à chaque support. »

La valeur de L’Homme volcan réside dans l’univers qui est créé : une brume se répand sur chaque page, puis se déchire progressivement jusqu’à une illustration, tantôt animée, tantôt interactive.Le livre n’est pas rempli d’illustrations, contrairement à d’autres applications de lecture numérique. Plutôt, la brume donne une atmosphère à chaque page.L’attitude du lecteur est active car tous les gestes sont possibles pour interagir avec une illustration, sans être pour autant parasitée par du surplus numérique.

 

Un modèle économique maîtrisé pour une innovation intelligente

« Les modèles économiques pour rentabiliser un tel livre numérique sont de trois ordres » racontedit Denis Lefebvre. Si les innovations d’Actialuna peuvent être porteuses sur le marché, c’est parce que l’entreprise maîtrise trois leviers essentiels. Tout d’abord, le multilinguisme offre un marché plus large et permet de se diriger vers les marchés émergents. Ensuite, la mutualisation de l’effort par des partenariats :L’Homme Volcan est ainsi le projet pilote d’une collection littéraire numérique co-dirigée par Flammarion et Actialuna, avec d’autres projets à venir pour lesquels certaines technologies seront réutilisées, tandis que de nouvelles seront ajoutées.Enfin, la vente des lithographies des illustrations accroît non seulement la rentabilité mais aussi la réputation de l’entreprise : Actialuna vendra ldes lithographies de L’Homme volcan via son application, en partenariat avec l’atelier Idem.

Surtout, le modèle d’Actialuna repose sur une innovation intelligente. Elle répond à un besoin des lecteurs, mais ne l’abreuve pas de contenus inutiles. Après plusieurs tests utilisateurs et études diverses et variées, Actialuna a créé un savoir-faire pertinent, disponible sur iPad et iPhone. « Par exemple, dans l’industrie du polar, 20 % des personnes vont voir la fin avant d’avoir fini le livre ».Or, « scroller » sur un iPhone un livre numérique normal rend cette pratique difficile et fastidieuse.Remède facile, les applications Actialuna proposent toutes l’option « Feuilleter ». Vous pouvez parcourir rapidement le livre numérique pour connaître sa longueur, les pages animées, ou simplement le nom de l’assassin de votre polar.

Outre la possibilité de « Feuilleter », les livres applications Actialuna se différencient des livres homothétiques (livres dupliqués) et des livres enrichis (le numérique n’est qu’un ajout au contenu initial). Ils intègrent le numérique à la narration et créent une expérience pour le lecteur. La prochaine étape que la start-up va franchir est la création d’une plateforme offrant plusieurs contenus, afin d’accélérer son développement.

« Européenne » et « accessible », la culture à la Actialuna dynamise l’exception culturelle

Lorsqu’il définit la culture française, Denis Lefebvre pense à « européenne » et « accessible ». « Européenne » d’abord car c’est là qu’il voit les possibles pour les industries créatives et culturelles.Pour lui, une Europe de cohésion culturelle est possible, en atteste son engagement au comité de pilotage de la plateforme européenne de traduction littéraire TLhub.

« Accessible » ensuite, car de nombreux moyens sont mis à notre disposition pour comprendre et apprécier notre culture. Il cite par exemple des émissions comme La Boîte à musique, D’art d’art ou encore des initiatives comme Art Shopping ouvrant l’art contemporain à tous au Carrousel du Louvre.« On a les moyens de faire comprendre la culture et d’éviter qu’elle ne soit réservée à une élite. »

Depuis les débuts du livre numérique, nombreuses sont les craintes quant à la préservation du notre exception culturelle. Récemment, Brice Couturier évoquait la difficulté de la France à s’adapter à cette nouvelle économie et à faire face à Bruxelles, s’interrogeant ainsi : « L’exception culturelle est-elle tenable à l’heure où la dématérialisation des contenus rend l’existence même des frontières nationales largement
illusoire ? »
Et si l’exception culturelle aujourd’hui n’était plus une question de frontière, de quotas et autres limites. Si elle était une question de savoir-faire national ?

En affirmant une « technologique artistique » sans empiéter sur les platebandes du livre papier, Actialuna crée un modèle alternatif où l’expérience de lecture a une atmosphère particulière, sans jamais parasiter le texte en lui-même. Enfin, en valorisant les savoir-faire traditionnels, Actialuna a créé un artisanat du livre numérique. Avec elle, l’exception culturelle française peut entrevoir un futur pas si noir qu’il n’y paraît.

Camille Delache


Quelques liens : le site internet, la page Facebook et le compte Twitter.

[Opération] L’étincelle de l’industrie : innovation et industries créatives – Portrait de Mehdi Tayoubi, Dassault Systèmes

Suite à un article sur le projet Giza3D sur mon blog, j’ai eu la chance de passer deux heures sur le campus de Vélizy et de découvrir le monde de la réalité virtuelle. Dans le précédent billet, je décrivais déjà « le soft power de Dassault », c’est-à-dire cette capacité d’attraction de la société civile et d’influence, cette volonté de détourner le savoir-faire initial de la firme au profit d’acteurs jusqu’ici ignorés.

La vision actuelle de Dassault Systèmes, portée par Mehdi Tayoubi, a commencé avec l’Egypte. Grâce à son savoir-faire – concevoir et simuler en 3D tous les produits du quotidien du monde de l’industrie – l’architecte Jean-Pierre Houdin  a pu soumettre sa théorie de construction de la pyramide de Khéops à l’épreuve des faits : une rampe intérieure aurait permis d’ériger une des sept merveilles du monde.

« Le pétrole et la publicité dans les médias : deux industries nées, à peu près, au même moment, deux industries auxquelles il faut trouver des alternatives ! »

Mehdi Tayoubi a fait ses armes dans le monde des agences interactives à la fin des années 90.  Evoluant dans la publicité et la communication, son constat sert la vision du département « Stratégie digitale et expérientielle » de Dassault Systèmes. Plutôt que d’utiliser les moyens traditionnels de promotion, la marque « 3DS » construit aussi son identité par la force de ses partenariats multidisciplinaires en créant elle-même le contenu.

Le programme « Passion for Innovation » : co-construire des projets avec la société civile.

Pour créer ce contenu, Mehdi Tayoubi et ses équipes ont mis sur pied « Passion for Innovation » : les innovations de « 3DS » sont mises à disposition de la société civile. Les méthodes de l’industrie sont appliquées aux projets scientifiques et culturels. Avec ce programme, les logiciels et le savoir-faire de Dassault Systèmes permettent d’innover par de nouveaux concepts dans les projets scientifiques, éducatifs, associatifs et surtout dans les industries créatives.

La vision de Dassault Systèmes ne s’arrête pas au projet lui-même mais aussi à sa diffusion. Le contenu créé « au niveau industriel » va être décuplé en transmedia grâce aux technologies maîtrisées par 3DS : livres, reportages, événements. La théorie de Jean-Pierre Houdin avait ainsi investi la Géode, sous forme de spectacle de réalité virtuelle pendant plusieurs années. Livres, DVD, documentaires font aussi partie de la panoplie diffusant ce contenu, dans lequel la marque « Dassault Systèmes » affirme son identité en étant producteur de contenu à part entière.

Le spectre d’action : les industries créatives

Il est important ici de rappeler que les industries créatives sont plus larges que les industries culturelles. Elles comprennent aussi la recherche, l’éducation et la science. C’est en cela que la vision de Dassault Systèmes tranche avec la vision traditionnelle.

Le programme « Passion for Innovation » a d’abord touché le monde de la science et de la recherche : Georges Mougin a pu développer « Ice-Dream », projet ambitionnant d’utiliser les icebergs pour produire de l’eau douce ; Michel Desjoyeaux a pu imaginer et construire un monocoque de 60 pieds en 6 mois  ; Le département d’égyptologie de l’université d’Harvard a pu mettre sur pied une salle immersive de réalité virtuelle dédiée à un nouveau type d’enseignement.

En ce qui concerne les industries culturelles, Mehdi Tayoubi encourage d’autres partenariats transdisciplinaires pour créer de nouveaux concepts. Outre les aventures égyptiennes, Dassault Systèmes travaille avec l’industrie cinématographique. En s’associant à EuropaCorp, il s’agissait de réfléchir à la salle de cinéma du futur et à l’interactivité collective. A l’occasion de la sortie du film d’animation Un Monstre à Paris, un jeu musical interactif animé par un avatar a été proposé aux spectateurs du Pathé Quai d’Ivry qui consistait en un concours entre deux équipes de claps en rythme sur la musique du film. Dernier projet en date, présenté place de l’Hôtel de Ville à Paris le 29 septembre : l’histoire de Paris en 3D interactive, sur plus de 500 mètres carré d’écran à 180°.

Revivre Paris à travers les siècles

En collaboration avec des archéologues dont Didier Busson, archéologue au département d’Histoire de l’Architecture et Archéologie de Paris, le projet reconstitue grâce à la réalité virtuelle des lieux symboliques de la capitale à différentes époques. Parmi eux, vous pourrez voir les Arènes de Lutèce au 1er siècle après Jésus-Christ, le Louvre sous Philippe Auguste (1160), Notre-Dame de Paris en 1350, la Bastille à la veille de la Révolution française et la Tour Eiffel lors de l’Exposition Universelle de 1889.

Pour avoir expérimenté le projet sur le campus de Vélizy, avec le chef de projet Nicolas Serikoff et Mehdi Tayoubi, survoler Paris à travers les âges en réalité virtuelle est « bluffant ». On imagine tout à fait ce projet dupliqué pour le monde de la recherche – afin de trouver « une vérité scientifique » comme l’affirme Didier Busson – et pour le monde de l’éducation.

Pour en avoir plus, consultez : http://paris.3ds.com et survolez la ville : http://paris.3ds.com/fr-bonus.html

La politique culturelle des entreprises : une nécessité

« CreaGeeks », « Avant-garde » et « Complexe » sont les mots par lesquels Mehdi Tayoubi définit la culture française. En d’autres termes, une culture qui a les moyens de rayonner, aussi bien technologiques que stratégiques, une culture visionnaire, mais qui demeure complexe à appréhender.

L’aventure de Dassault Systèmes dans les industries créatives porte les politiques culturelles des entreprises à un niveau supérieur. Il ne s’agit plus de mécénat ou de sponsoring mais de co-construction. Partenariat significatif : le Forum d’Avignon. Nouvelles rencontres entre culture, media et économie, elles réunissent chaque année des parties prenantes de tous pays et tous horizons. En s’associant au « Lab » du Forum, Dassault Systèmes met en lumière l’importance de la prospective. Celle-ci est d’autant plus significative que l’effort de R&D de Dassault Systèmes représentait 1 300 personnes en 2010 et 300 millions d’euros – soit 23% du chiffre d’affaires mondial.[1]

Certes, ces partenariats servent aussi l’entreprise : elle crée sa marque et son identité par eux, nous ramenant même à notre cher « storytelling ». Mais qui n’aime pas raconter des histoires, qui plus est dans les industries créatives ? La vision de Dassault Systèmes encourage et dynamise les industries créatives françaises : « Lorsqu’on me dit qu’il faut changer « Systèmes » en « Systems » ? Je réponds non ! Nous sommes une entreprise française ! Le savoir-faire français est un argument marketing incontournable de l’industrie du luxe dans le monde entier, pourquoi pas dans la technologie ? » ajoute Mehdi Tayoubi. « Il n’y a pas que Google. Notre savoir-faire peut être mis au service de l’humanité et bien entendu celui de la France, pour contribuer à son rayonnement en inventant de nouveaux usages dans le monde de la culture ».

En portant les industries créatives au niveau stratégique de l’entreprise, Dassault Systèmes ouvre aujourd’hui la première série des (ré)enchanteurs de culture. Intégrer tous les potentiels de la culture à l’innovation témoigne d’une capacité prospective forte. En espérant que Mehdi Tayoubi et Dassault Systèmes aient ouvert la porte à une nouvelle tendance de stratégie de marque qui permettra à la société civile de co-construire ses projets avec nos entreprises.

Camille Delache


[1] http://www.journaldunet.com/solutions/ssii/8-centres-francais-de-r-d-qui-comptent/dassault-systemes.shtml
Chaîne Youtube présentant les projets de Dassault Systèmes. http://www.youtube.com/tvniman
Mehdi Tayoubi présentant la salle de cinéma interactive au Forum d’Avignon : http://www.youtube.com/watch?v=QJ496TWjzng
Programme Passion for Innovation : http://www.3ds.com/fr/company/passion-for-innovation/

L’innovation culturelle : ParisMix, cluster musical

Les économistes ont commencé à s’intéresser à la culture dans les années 1960 aux États-Unis, surtout par rapport au spectacle vivant. C’était le cas de William Baumol, contacté par la Fondation Ford pour analyser la situation du théâtre de Broadway. Les difficultés dans le secteur culturel étaient, et sont, structurelles parce qu’elles ne font pas beaucoup de profit. C’est la « loi de Baumol » ou la « maladie des coûts » appliquée au secteur culturel : il est structurellement en besoin de financement. A l’époque, William Baumol pensait que le plus gros risque était que la fréquentation de la culture ne devienne de plus en plus élitiste, sauf si on trouve d’autres moyens de financement. Il était contre ponctionner les secteurs qui vont bien.

Dès lors, le secteur culturel n’est pas à court d’imagination. Les innovations ne sont plus seulement dans le financement mais aussi dans la structure de l’organisation culturelle, en témoigne Paris Mix. Il s’agit du premier cluster musical français, abritant le festival « Paris ville des musiques du monde. » Né en 2008, il combine le mécénat et le parrainage au modèle du système productif local ou clusters.

Afin de promouvoir le développement des musiques du monde, Parismix associe quarante entreprises, associations et médias dont les objectifs convergent, tout en créant des effets d’agglomération. Ainsi, des structures s’associent : des labels comme Accords Croisés, des producteurs comme Zamzama Productions, des salles comme le Cabaret Sauvage et des médias comme Radio Nova. Enfin, Parismix reçoit le mécénat de la Caisse des dépôts et était parrainé par Vivendi.[2]Avec un tel système, les organisations culturelles semblent avoir trouvé une solution au besoin structurel de financement : l’innovation dans leur structure. Ainsi, le mode de financement hybride apparaît comme une fausse solution à un vrai problème de financement. Le changement ne réside non pas dans la manière dont l’organisation culturelle se finance, mais davantage dans sa structure.

Ce changement est d’autant plus remarquable que Paris Mix a été Lauréat de l’appel à projets « Grappes d’entreprises ». « Plus de 30% des grappes d’entreprises sélectionnées sont positionnées sur des secteurs d’activité d’avenir, souvent peu soutenus par les dispositifs classiques de soutien à l’innovation, qui concernent les industries culturelles et créatives, l’économie numérique, l’économie verte, ou encore l’industrie des services. »(ParixMix)

A l’heure où le mécénat est menacé, à bon entendeur !


[1] ALBERTINI Jean-Marie, SILEM Ahmed, sous la direction de, Lexique d’économie Editions Dalloz, 9ème édition, Paris, 2006 p150

Les industries créatives et les questions de société : European Street Design Challenge à Futur en Seine

A l’occasion de l’ouverture du Festival Futur en Seine, organisé par Cap Digital, je souhaite mettre en avant une initiative qui mêle innovation, création, urbanisme et politique. Pour sa troisième édition, l’European Street Design Challenge va se centrer sur la création d’un sentiment de communauté au sein des immenses et complexes Mégapoles du futur.

Le projet émane de The Creative Cooperative, association qui promeut les valeurs d’innovation et de collaboration. Avec the European Street Design Challenge, elle se saisit des enjeux sociétaux et politiques. Au même titre que des quartiers culturels ont pu être créés à Baltimore, la ville est replacée au cœur des dynamiques économiques et politiques. Ces aspects me semblent essentiels pour une réelle compétitivité, d’autant qu’elles intègrent la variable culturelle au sens large.

Le concours permet à de jeunes créateurs venus du monde entier de proposer des solutions innovantes et « intelligentes », grâce à l’utilisation de méthodologies ouvertes et collaboratives, avec les outils numériques et de prototypage. Les équipes qui concourent cette année viennent d’Autriche, des Pays-Bas, du Royaume-Uni et de Chine.

Le cas choisi pour cette année est le futur Campus Condorcet entre Aubervilliers et la Porte de la Chapelle, qui deviendra le plus grand lieu des Sciences Humaines en Europe. Le lieu peut paraître difficile d’appréhension car il s’agit d’un mélange entre industries et cultures différentes. Parvenir à regrouper ces différentes identités dans un concept civique et participatif est un réel défi pour les jeunes créateurs.

Dès jeudi, ils présenteront leurs projets lors d’écuries au 104. Les inscriptions, c’est ici.

Vous pouvez revoir les gagnants de l’année passée .

Ce projet est à suivre, alors n’hésitez pas à vous rendre au 104 et à participer à Futur en Seine.

Camille Delache

Du besoin d’une culture rayonnante. Et pourquoi pas la France ?

En ces temps d’élection présidentielle, gauche, droite, gouvernements, citoyens et media se prêtent au jeu du « ce qui ne va pas ». Au niveau international, on déplore volontiers l’incapacité de la France à exporter, à comprendre les autres cultures, surtout à ne pas être arrogante.

Si tous ces aspects sont certes vrais, il n’en demeure pas moins que le besoin d’une culture rayonnante est apolitique.

Les atouts nécessaires 

Il faut tout de suite évacuer le fait que la France n’a pas les ressources nécessaires. Notre culture est plus large qu’il n’y parait et de ce qu’on veut bien nous laisser croire. Le point sur plusieurs industries :

Le luxe d’abord. Secteur qui oeuvre traditionnellement sans l’Etat, le luxe est un succès à l’international. Le Comité Colbert est un outil non négligeable du rayonnement du luxe français à l’étranger. En Chine, il a créé un portail artistique et intuitif « Comité Colbert 2.0 » avec le magazine chinois Sina afin d’y accompagner les maisons de luxe. En s’associant avec un partenaire chinois, le Comité Colbert a voulu faire connaître l’expérience du luxe français à travers la calligraphie chinoise. Il s’associe à Ubifrance pour pénétrer les nouveaux marchés, notamment l’Inde. Il faut donc s’inspirer des acteurs français qui savent aller à l’international.

L’opéra et l’art lyrique.

Sans détailler, les festivals comme Aix-en-Provence, Orange ainsi que le rayonnement de nos opéras témoignent des ressources sur ce terrain-là. Un exemple de la volonté d’ouverture de ce secteur : l’Opéra de Rennes qui avait créé un univers sous Second Life.

La musique. Là aussi, les champions comme Universal ou encore Naïve de Patrick Zelnik, les ingrédients du succès sont là.

La bande dessinée. Angoulême reste le grand rendez-vous de la BD. D’autres succès moins connus font de la France un lieu de talents à l’instar de Picsou Magazine. Le magazine fête ses 40 ans cette année et a vu passer tous les talents de la bande dessinée française (cf. Technikart 159 de janvier 2012).

Les jeux vidéos. Première industrie culturelle en France, le jeu vidéo représenterait 52 milliards d’euros de chiffre d’affaires. La France rassemble plusieurs leaders que sont Vivendi, Ubisoft ou Bigben, sans parler de la production de jeux sur Facebook (AntVoice, Kobojo, zSlide…).

Le livre (papier et numérique). Les grands champions que sont Hachette, La Martinière ou Gallimard réalisent déjà une partie de leur chiffre d’affaires à l’étranger (en moyenne 20% selon les années). Les entreprises montantes comme Decitre et maintenant Feedbooks montrent les capacités d’adaptation de la France.

Les industries créatives. Plus largement, le réseau d’industries créatives françaises se déploie (robotique, informatique etc.) et se retrouve depuis 3 ans au festival Futur en Seine, organisé par le pôle de compétitivité Cap Digital.

Ces industries ne sont que des exemples parmi tant d’autres (la Comédie-Française en Chine et le cinéma français !) afin de démontrer que la France a les ressources culturelles nécessaires pour (re)devenir la championne de la culture, du soft power et du smart power. Pourquoi ? Parce que c’est la condition sine qua non pour aider nos entreprises à s’exporter, la culture étant le vecteur d’influence principal.

Merci au futur président de ne pas oublier la culture.

(Et n’oubliez pas d’allez voter :))

Camille Delache