Revue de presse du 30 janvier : Google & piratage au Midem, Doing a Newcastle, French Comics

Google, Hadopi : le Midem lorgne le tiroir-caisse, ZDNet.fr

Le marché international du disque et de l’édition musicale (Midem) se termine demain à Cannes, mais a déjà livré l’essentiel de sa pensée sur deux questions majeures de l’actualité : l’éventuelle redistribution de la valeur créée par Google grâce à l’indexation des contenus, et le piratage des biens culturels.Les professionnels de la musique ont fait part de leurs doléances directement à Aurélie Filippetti, la ministre de la Culture et de la Communication, venue ce week-end leur rendre visite à quelques pas de la Croisette.

60% de pertes en une décennie

Le plus gros front a été ouvert face à Google. Dans le cadre des discussions en cours entre le géant et les éditeurs de presse, la musique ne veut pas être en reste. Elle réclame elle aussi une « rémunération compensatoire ».

[…] Presse, musique… C’est à se demander si Google et les FAI ne devraient finalement pas reverser une quote-part à toutes les industries ayant une présence en ligne. Sur ce point, l’argumentation de David El-Sayegh est pour le moins étonnante.

Dans l’Expansion, il explique que la musique doit bénéficier d’une rémunération compensatoire avant d’autres, car « tous les secteurs ne s’appauvrissent pas. » Il semble donc rejeter la perte de bénéfices en grande partie sur Google, ce qui est ambigu.

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Culture clash as threat of 100% cut in arts funding divides Newcastle, Charlotte Higgings, The Guardian

At the heart of the Civic Centre in Newcastle, a modernist palace in concrete, is an elegant antechamber that contains a model of the city. The council leader, Nick Forbes, sees it every time he leaves his wood-panelled office. It is a miniature vision of a city that, depending on your interpretation, he is either desperately trying to save, or using as collateral as he performs a perilous act of political grandstanding.

Labour-run Newcastle is the second council in England to threaten to axe its arts budget; Conservative-controlled Somerset was the first to do so, last year.

When I asked Forbes – the 39-year-old, Cambridge-educated son of a County Durham postman – to explain Newcastle’s decision, he said: « Local government is facing a massive funding crisis… by 2018 the council won’t even have the money to provide the services it is legally obliged to. » The proposed 100% cut to the city’s culture budget was, he said, « a reflection of austerity in practice ».

[…] Newcastle’s position is causing tremors nationwide, for it has, with neighbouring Gateshead, done as much as any city to stake out a post-industrial identity by investing in culture.

The fear is that if Newcastle stops funding, the floodgates will open: « doing a Newcastle » is already slang for total arts cuts.

Lire l’article en entier sur le site du Guardian

L'Ange de Newcastle

L’Ange de Newcastle

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2012 signe l’arrivée en force des comics sur le marché français, par Victor de Sepausy, Actualitté

Alors que s’ouvre ce week-end le 40ème Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, le cabinet d’étude Gfk publie son analyse du marché français de la BD. […] On note ainsi pour Gfk 37 millions de BD vendues en 2012 et un chiffre d’affaires de 412 millions.

Mais, en termes de tendances, on retrouve les mêmes éléments : un léger tassement des ventes et, en parallèle, une petite hausse du chiffre d’affaires. A la lumière de cette étude, on remarque que ce sont les séries qui portent le marché, atteignant des sommets au niveau des ventes. Citons les nouveaux albums parus dans les séries Lucky Luke, Blake et Mortimer, Titeuf, Alix, Le Chat ou Les Bidochon.

Pour en savoir plus, visitez le blog Comixheroes.

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A voir : l’histoire en affiches à l’hôtel des Invalides, Paris (jusqu’au 24 février) (vu dans Libération), les parodies des César (vu dans Le Figaro)

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L’économie numérique des biens culturels – les GRECs

Une note très intéressante des GRECs (Groupes d’études et de recherches sur la culture) de la Fondation Jean Jaurès : elle met en avant la décennie manquée par la droite en matière des politiques publiques et propose plusieurs champs d’action.

Je vous conseille de lire la note dans son entier mais voici les réflexions les plus intéressantes.

Quelques idées choisies

Le constat de départ est simple : nous ne pouvons pas rester inactifs face aux défis du numérique pour les biens culturels. Du point de vue économique, les chiffres sont parlants puisque « les industries de contenu représentent à elles seules 7% du PIB européen et 8,5 millions d’emplois dans l’Union européenne. » (page 1).

Or, depuis plus de 10 ans, la droite ne saisit pas l’ampleur de l’enjeu. Avec les lois DADVSI et HADOPI, l’économie numérique est pensée dans un schéma traditionnel français du droit d’auteur. « Contrairement aux biens matériels (vinyle, DVD, livre), le bien numérique est reproductible à l’infini et transportable pour un coût proche de zéro. » […] Selon les droits de la propriété intellectuelle,  » le créateur dispose d’un monopole sur son œuvre et l’utilisateur ne peut y accéder qu’en s’acquittant d’un droit qui rémunère le créateur. La clé de ce système de protection, c’est le contrôle des supports (vinyles puis CD) par les producteurs. On ne peut accéder à l’œuvre qu’en achetant le support et c’est ce qui permet de garantir que le droit d’auteur ne sera pas contourné  » (page 7).

Cependant, le bien numérique culturel est reproductible à l’infini. Selon les GRECs, l’absence de support est l’élément qui semble avoir été négligé dans les politiques publiques des dernières années. L’illustration en est bien sûr HADOPI.

 

Licence globale européenne vs. refonte du rôle de producteurs

La note a le mérite de confronter deux visions sur l’avenir des biens numériques : les partisans d’une licence globale européenne et les soutiens à la refonte du rôle de producteurs.

La licence globale « part du principe que l’usage « hors marché », c’est-à-dire non commercial, doit faire l’objet de conditions particulières tant de rémunération que de droit pour les utilisateurs. » (page 10)  » Une contribution des détenteurs d’accès internet semble la plus logique pour couvrir l’usage des échanges par les réseaux. Les évaluations actuelles amènent à une contribution de deux à sept euros par mois et par internaute. Cette contribution permettrait de générer entre un et demi et deux milliards d’euros de droits à répartir entre les créateurs. » (page 11) Si la stratégie proposée par les auteurs semble aboutie et bien pensée, ces derniers reconnaissent néanmoins qu’il s’agit « d’une oeuvre de longue haleine« .

La deuxième option consiste à repenser le rôle du producteur. Si l’émergence du marché de la musique en ligne a perturbé le schéma traditionnel d’émergence d’un groupe de musique, le rôle du producteur demeure essentiel. Difficile de s’y retrouver dans le nombre incalculables d’oeuvres disponibles en ligne. « Il faut donc que, quelque part entre le consommateur et le créateur, un médiateur, un critique, puisse l’aider dans ses choix et lui faire gagner du temps. » (page 13)

Les 5 propositions des GRECs

 1. La vérité des prix : transformer HADOPI en compteur universel

2. Progresser dans la connaissance de l’économie des biens numériques

3. Un principe juridique cardinal : la distinction des usages commerciaux et des usages privés

4. Réorienter le projet du centre national de la musique de façon à préserver la diversité musicale

5. Installer la politique des contenus numériques au ministère de la Culture et de la Communication

Pour en savoir plus, je vous encourage à lire cette note qui a le mérite de concilier plusieurs points de vue, de prendre en compte les différents acteurs et de donner un peu de perspective. C’est ici.

La culture à la Filippetti : les premières annonces de la nouvelle Ministre

Après quelques semaines en poste, quels sont les grands chantiers annoncés par Aurélie Filippetti ? Dans un entretien France inter du 21 mai, elle annonce déjà les principaux axes stratégiques (ici).

L’entretien a donné une note qui m’a plu : pas de politique tactique sans ligne stratégique précise !

Néanmoins, plusieurs déceptions se font jour rapidement :

  • quid du numérique ? Encore une fois éloigné du Ministère et rattaché au redressement productif (entre autres, Christophe Girard, adjoint à la culture à la Mairie de Paris, avait préconisé leur rapprochement)
  • des annonces, toujours des annonces ? Si le teasing politique est un fait nécessaire, je tente de lire entre les lignes pour trouver LA ligne stratégique !

L’audiovisuel

Rétablir la publicité sur France TV jusqu’à 21 heures[1]

Réforme du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA). Ses membres seraient désormais nommés par les commissions culturelles du Sénat et de l’Assemblée Nationale. « Nos concitoyens sont attachés à des procédures transparentes, démocratiques et il y aura donc une réforme très rapide de ce mode de nomination pour que les prochains présidents, ou présidentes d’ailleurs, de l’audiovisuel public puissent être nommés par le CSA. »[2] Est-ce là la première gaffe de la Ministre ? Oui, répondent les Indignés du PAF sur Mediapart.

Revenir sur la fusion RFI-France 24 ? Aurélie Filippetti Après un audit de Jean-Paul Cluzel, ancien président de Radio France et de RFI, actuellement à la tête du Grand Palais. Il déterminera si la fusion est inéluctable.[3] Madame La Ministre relevait l’importance de RFI en Afrique, permettant ainsi une diffusion du soft power français.

Quid d’Al-Jazira ?

Néanmoins, ce soft power se voit contré par l’arrivée d’Al-Jazira Sport le 1er juin, très peu évoquée depuis le début du mandat. Un sondage « Opinion Way – Les Echos » sur « Les Français et l’arrivée d’Al-Jazira dans le paysage audiovisuel français » souligne que 67 % des Français s’opposent à son arrivée, 66% considérant qu’il s’agit d’une menace pour notre PAF.[4]

La nomination de Kim Pham, ancien du CNC et de France Télévisions, en tant que conseiller chargé de l’audiovisuel le 31 mai laisse cependant présager la construction cohérente de l’avenir de l’audiovisuel français.[5]

HADOPI

La réforme d’Hadopi, présentée comme « l’acte II de l’exception culturelle » pendant la campagne, est le chantier numérique sur lequel sont attendus le gouvernement et le président. En nommant David Kessler, anti-anti-Hadopi affiché, conseiller culturel à l’Elysée, François Hollande envoyait un signe aux détracteurs de la Haute autorité.[6] A cela s’ajoute l’autorisation de l’Elysée à l’Hadopi pour consommer son budget 2012.[7]

 

Nous dirigeons nous vers une licence globale ? Comme annoncé lors du meeting du Bourget, le président a vanté un « système dans lequel les internautes payent un forfait, reversé aux ayants droit, en échange d’une dépénalisation du téléchargement » MAIS sans « dépénalisation du partage d’œuvres de manière non-commerciale. »

Nous savons maintenant que Pierre Lescure, ancien patron de Canal + actuellement à la tête du théâtre Marigny, va diriger la concertation sur Hadopi. L’objectif est de concilier le droit d’auteur et l’accès universel à la culture.

Vers une « riposte graduée » ? Modification de la loi plutôt que son abrogation.[8]

La mission Lescure parviendra t-elle à trouver un consensus, en particulier face aux puissants lobbies culturels ?

Les intermittents

Alors que François Hollande avait annoncé ne rien vouloir modifier pendant la campagne, la Cour des Comptes met en lumière « une dérive massive », car le système serait 2,3 fois plus avantageux que l’intérim.[9] Que l’on soit pour ou contre le régime actuel, on ne peut pas l’ignorer.

Les intermittents font vivre la culture française et l’enjeu électoral n’est peut-être pas aussi significatif que … le milieu de la musique ? Puisqu’ils votent massivement à gauche ! Les conventions UNEDIC se terminant fin 2013, la ministre a annoncé leur réouverture avant cette date.

A noter, le 11 mai 2012, Frédéric Mitterrand avait confié à France Inter avoir « entrepris d’endormir tout le monde, pour être tranquille. Je laisse le bébé à mon successeur, qui sera très heureux de s’en occuper. » (L’émission c’est ici)[10] Courage à elle !

L’éducation

Alors que pendant la campagne Aurélie Filippetti avait vanté les mérites de l’éducation culturelle et artistique, les termes semblent avoir s’être effacés ces derniers temps.

Certes, mettre en place une nouvelle politique, faire campagne pour les législatives et se familiariser avec les dossiers ne sont pas une mince affaire. Si les idées et les réformes apparaissant sont essentielles, elles ne peuvent fonctionner sans ligne stratégique. La Ministre a par exemple renouvelé son soutien aux libraires face à Amazon et a reconnu la nécessité d’encadrer le livre numérique.

Notre politique culturelle ne peut plus être seulement réactive. Elle doit s’éveiller. Sans trop tarder.

Camille Delache


[1] http://tvmag.lefigaro.fr/programme-tv/article/information/69837/la-pub-retablie-sur-france-tv-jusqu-a-21h-.html
[2] http://lemonde.fr/actualite-medias/article/2012/05/21/aurelie-filippetti-annonce-une-reforme-du-csa-avant-debut-2013_1704844_3236.html
[3] http://www.telerama.fr/radio/fusion-rfi-france-24-jean-paul-cluzel-mediateur,82384.php
[4] http://www.opinion-way.com/pdf/opinionway-les_echos-les_francais_et_l_arrivee_d_al_jazira_dans_le_paysage_audiovisuel_francais_juin_2012.pdf
[5] http://www.latribune.fr/technos-medias/medias/20120531trib000701243/aurelie-filippetti-choisit-son-conseiller-audiovisuel.html
[6] http://www.numerama.com/magazine/22629-david-kessler-un-anti-anti-hadopi-aux-cotes-de-francois-hollande.html
[7] http://www.numerama.com/magazine/22607-la-hadopi-a-rencontre-les-equipes-de-francois-hollande.html
[8] http://www.contrepoints.org/2012/06/01/85339-la-mission-lescure-et-lavenir-dhadopi
[9] http://www.lefigaro.fr/culture/2012/05/13/03004-20120513ARTFIG00131-des-intermittents-au-prix-fort.php
[10] http://www.lepoint.fr/culture/culture-frederic-mitterrand-a-l-heure-du-bilan-16-05-2012-1462073_3.php

Culture et numérique : quelles pratiques culturelles et quels changements ?

A l’heure de la dématérialisation des contenus et de l’émergence de nombreux projets culturels numériques, le numérique est devenu une question centrale dans le milieu culturel mondial. Il ne cesse d’envahir le secteur culturel, que ce soit dans le processus de création ou dans le contact aux produits culturels. Le lancement du Google Art Project répond de cette logique : « Explore museums from around the world, discover and view hundreds of artworks at incredible zoom levels, and even create and share your own collection of masterpieces. »[1]

Qu’en est-il alors des pratiques culturelles à l’heure du numérique ?

Selon Olivier Donnat, sociologue au Département des études, de la prospective et des statistiques (DEPS) du Ministère de la Culture, le numérique encourage les Français à pratiquer une culture d’écran. Alors que plus d’un tiers des Français utilisent Internet tous les jours, les pratiques culturelles convergent vers le « visionnage d’images et écoute de musique bien entendu, mais aussi lecture de textes ou pratiques en amateur, sans parler de la présence désormais banale des écrans dans les bibliothèques, les lieux d’exposition et même parfois dans certains lieux de spectacle vivant. »[2] Le succès des tablettes numériques type iPad d’Apple ou Galaxy Tab de Samsung témoigne de cette tendance, les ventes pour le seul iPad s’élevant à 400 000 en 2010,[3] avec une augmentation de 150 % en 2011.[4]

Toutefois, l’impact du numérique sur les pratiques culturelles n’est pas si significatif, n’en bouleversant pas la structure générale. « Les seules véritables ruptures concernent la durée d’écoute de la radio qui a baissé de manière importante et celle de la télévision qui marque le pas après la spectaculaire progression des dernières décennies. »[5]

Outre ces données, la modification principale procède de l’écart grandissant entre les pratiques culturelles par générations.

Ainsi, Olivier Donnat distingue trois âges médiatiques au sein desquels se partagent les différentes générations. Alors que la génération des baby-boomers a connu le développement des industries culturelles et l’émergence d’une culture juvénile centrée sur la musique, la génération des personnes entre 30 et 40 ans appartient au second âge médiatique : elle a vécu les transformations audiovisuelles des radios et télévisions privées et du multiéquipement. Dès lors, cette dernière s’est saisie des opportunités offertes par la culture numérique. Enfin la génération des moins de 30 ansdigital natives – a grandi au milieu du multiéquipement tout en étant marquée par la dématérialisation des contenus et la généralisation de l’Internet à haut débit : c’est le troisième âge médiatique.

L’entrée dans le troisième âge médiatique coïncide avec plusieurs dynamiques nouvelles pour le monde culturel :

–       Une opportunité de création plus grande : le numérique offre de nouveaux possibles. Par exemple, le Festival et lieu Seconde Nature à Aix-en-Provence a saisi cette opportunité en célébrant les arts numériques et les cultures électroniques.

–       De nouveaux moyens de communication : promouvoir l’offre culturelle via de nouveaux supports, à l’instar de la Communauté Louvre (aujourd’hui fermée)

–       De nouveaux moyens de financement : entre autres, le modèle participatif de MyMajorCompany ou de Weareproducteurs

–       Mais aussi de nouveaux défis : lutter contre le piratage des œuvres culturelles et affirmer le droit d’auteur sur Internet, nœud pour le moment indémêlable pour les sphères politiques.

Pour conclure sur cette brève note sur les défis de la culture face au numérique, j’évoquerais le dernier livre de Frédéric Martel, J’aime pas le sarkozysme culturel. Il y décrit l’énergie concentrée autour du projet Hadopi et notamment ses difficultés. Comment un ministre de la culture qui ne « pratique » pas le numérique – il n’aurait pas d’ordinateur – peut prendre en main ces questions ? Pourquoi la sphère politique – plus dans sa communication que dans ses actions – se saisit-elle du numérique comme d’un problème et non comme une nouvelle ressource ? Malgré tout, un nouveau souffle semble apparaître : le Ministère vient de lancer son second appel d’offres « services numériques culturels innovants » pour « développer des usages culturels numériques innovants en s’appuyant sur des contenus numérisés disponibles. »


[1] Blog « Carpewebem » Nous traduisons : « Explorez les musées partout dans le monde, découvrez et admirez des centaines d’œuvres d’art à des niveaux de zoom incroyables et créez et partagez votre propre galerie. »
[2] DONNAT Olivier, « Les pratiques culturelles des Français à l’ère numérique », Culture études, mai 2005,
[3] Blog « Electron libre »
[4] POGGIASPALLA Guillaume, « Marché des tablettes : Apple en tête, Android progresse », Blog Tablette tactile.net
[5] DONNAT, op.cit., 2005, p11