Le répertoire créatif de Dassault Systèmes accueille la Compagnie Pietragalla-Derouault

Hier soir, j’ai eu la chance d’être invitée en avant-première au spectacle Mr et Mme Rêve de la Compagnie Pietragalla-Derouault, en co-production avec Dassault Systèmes. Retour sur cette soirée « d’irréalité virtuelle ».

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« C’est l’histoire de deux êtres imaginaires qui traversent le temps, fabulent leur vie, rêvent leur amour et se mesurent au réel l’espace d’un instant, celui d’un spectacle insolite et drôle qui défile sous nos yeux à la vitesse d’une étoile filante… »

Pendant 1h30, la Halle Freyssinet s’est transformée en boîte à rêve emmenée par le mélange entre danse, Ionesco et technologies 3D. Pourtant le pari n’était pas gagné d’avance : réussir à marier les codes de la danse avec les technologies de Dassault Systèmes, ne pas s’appuyer uniquement sur ce savoir-faire pour continuer à raconter une histoire et surtout garder une cohérence dans l’histoire que les 2 danseurs nous racontent !

Le défi a ben et bien été relevé ! 2 moments phares illustrent cette réussite : la reprise du Lac des Cygnes et la danse des Rhinocéros. Dans chacun de ces moments, la technologie offre à la danse la possibilité de s’élever et de nous emporter avec elle.

Mr et Mme Rêve n’est pas la première réalisation de Dassault Systèmes. Depuis quelques années, Dassault Systèmes s’est donné pour mission d’utiliser ses technologies au service de la société civile (pour en savoir plus, cf. ma rencontreavec Mehdi Tayoubi, cerveau du répertoire créatif de l’entreprise). Ce répertoire créatif accueille désormais la danse, aux côtés de l’archéologie (M. Houdin et Kheops Renaissance), de l’architecture (la saga Paris 3D), le dessin (Enki Bilal et Mecanhumanimal) et encore bien d’autres !

La tournée de Mr et Mme Rêve commencera en 2014 à Paris puis partout en France. D’ici là, voici quelques morceaux choisis en vidéo et photos :

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Camille Delache pour La Baguette culturelle et Danse en Seine

[Opération] La passion de la danse : pratiques amateurs et la démocratisation culturelle – Portrait d’Orianne Vilmer

Créée en 2010, l’association Danse en Seine mêle cours de danse, compagnie et ouverture de la danse à de nouveaux publics. A l’origine de cette structure qui monte, trois jeunes femmes actives en manque de danse : Orianne Vilmer, Laure Nouraout et Valérie Szönyi. Partie d’une aventure personnelle, l’association œuvre aujourd’hui pour faire connaître la danse auprès de publics qui n’ont pas accès à la culture.

Danse en Seine (ré)enchante aujourd’hui la culture car elle a été mise sur pied par une forte volonté, sans financement extérieur et s’est surtout ouvert à l’autre. En s’associant avec des structures « en besoin » de culture, l’association n’a pas attendu les subventions et autres financements. Plutôt, elle s’est construite comme un puzzle. Chaque partenariat apportait une autre pièce à celui-ci pour créer une identité forte : affirmer la pratique amateur et ouvrir la danse aux personnes dans le besoin.

Répondre à un besoin personnel puis collectif

Danseuses depuis leur plus tendre enfance, les trois fondatrices arrivées dans la vie active s’interrogent : « quelle place a maintenant la danse dans notre vie ? Comment concilier notre vie professionnelle avec notre envie de danser ? »

« Bien » danser à Paris n’est pas de tout repos : trouver les bons horaires, le bon lieu, le bon prix et surtout le niveau adapté n’est pas chose aisée. Plutôt que de passer par ces « usines » parisiennes, elles décident de monter une association, compagnie de danse et acteur de promotion de la danse auprès de publics en difficulté : en décembre 2010, Danse en Seine est créée.

La frontière amateurs/professionnels

Lorsque l’Ecole des Amandiers (20ème arrondissement de Paris) leur ouvre une salle, les cours peuvent commencer en septembre 2011, offrant aux autres jeunes actifs parisiens des cours de bonne qualité, abordables et à des horaires accessibles. Tous ces amateurs se réunissent donc pour pouvoir danser à un niveau quasi professionnel, ce que les autres structures de danse apportent rarement. Danse contemporaine et yoga la semaine, jazz, moderne, hip hop et autres le week-end, les cours alimentent aussi la compagnie.

Si les pratiques amateurs sont très peu reconnues dans les activités culturelles en France, c’est que la frontière entre amateurs et professionnels n’est pas toujours évidente. Plusieurs danseuses de la compagnie sont passées par le conservatoire, mais ont poursuivi une carrière professionnelle sans lien avec la danse. Rapidement, leur pratique de la danse ne rentre pas dans des cases traditionnelles. Des projets comme Danse en Seine comblent le manque dans le secteur culturel français.

Reconnaissance de cette qualité, la Maison des pratiques artistiques amateur (MP2A) les contacte pour un créneau de 25 minutes en avril 2012. La pièce Cache-corps est créée, la compagnie se produit et gagne en réputation. « Avec la MP2A, Danse en Seine a monté une marche ».

Une certaine démocratisation culturelle

Premières rencontres, la Résidence du Marais et l’Hôpital Robert Debré. La première, maison de retraite, leur ouvre ses portes une fois par mois pour l’approfondissement d’un thème, avec photos et vidéos. Le second, les invite à participer à l’émission Boomerang sur Robert TV pour pouvoir apporter la danse aux enfants malades. Lorsqu’un retraité se lève pour les accompagner au piano et que l’Hôpital leur demande de continuer à danser auprès des enfants, la compagnie sait qu’elle a rempli son contrat : apporter la danse à l’autre, ouvrir la culture à ceux qui en ont besoin.

Rapidement, les partenariats s’enchaînent. A Fécamp’dicap, Danse en Seine organise un flash mob adapté à tout type de personne avec un handicap mental ou physique. A l’Ecole des Amandiers, des soirées portes ouvertes réunissent enfants et familles autour de ballets, de thèmes ou d’ateliers. « L’école est très paupérisée, c’était une expérience très troublante. Les gens n’ont rien mais arrivent avec des mains pleines de gâteaux. Ils sortent de leur quotidien dans ce partage. On se sent utile ! » Cette année, l’association animera une dizaine d’ateliers le dimanche avec les familles autour de plusieurs thèmes (danse classique, danse jazz, flash mob, hip hop). A chaque thème, un concours sera organisé pour permettre à 3 couples parents-enfants d’assister à des représentations, comme à l’Opéra de Paris.

En présentant l’association, Orianne n’emploie qu’une seule fois le mot « médiation ». Lorsque je lui demande si l’association/compagnie ne serait pas en train de démocratiser la danse, elle avoue n’y avoir jamais pensé en ces termes-là. « Si la démocratisation culturelle est utilisée dans nos supports de communication, au quotidien, on partage un moment avec des personnes, on n’a pas l’impression de démocratiser. » Pourtant, au fil de ses partenariats, l’association s’est toujours ouverte aux publics dits empêchés.

 

Utiliser tous les potentiels de la culture : la force de Danse en Seine.

Lorsqu’Orianne Vilmer définit la culture française, l’identité de Danse en Seine réapparaît : la culture française est « élitiste » car trop « cloisonnée ». Même si elle est « gratuite », elle n’est pas accessible à tous, elle est réservée à un petit cercle. La culture française est complexe, si bien qu’elle ne nous donne pas « pas d’émotion ». Dans les dernières créations que la présidente de Danse en Seine a vues, rares sont celles où l’émotion brute la saisit. « Je dois me positionner dans la tête du chorégraphe, il n’y a plus d’émotion qui frappe. Je reste une Française qui aime la culture à la française : la recherche, les thèmes, l’abstrait. Mais cela nous ferme à des choses plus simples comme la performance. On a tout, mais souvent on met de la philosophie et de la pensée dans un simple mouvement. »

En se créant pas à pas, en suivant l’intuition de ses fondatrices, l’association a ainsi réussi à capter des financements attestant de sa montée en puissance : la Fondation RATP et Franprix. Si Danse en Seine fait aujourd’hui partie des (ré)enchanteurs, c’est pour sa compréhension de l’essence même de la culture. Elle devient une activité collective répondant à des besoins individuels, une pratique en amateur reconnue, une ouverture « thérapeutique » à l’autre, et surtout, un partage.

Vous voulez en savoir plus sur l’association ? Rendez-vous à l’Ecole des Amandiers samedi 22 septembre dès 14h (ici) !