[Opération] La reconnaissance de l’immatériel et des industries créatives – Portrait de Vincent Barat

Fondé en mars 2010 par trois ingénieurs Supélec, Antoine Aubois, Vincent Barat et Jocelyn Muret, Akoya Consulting est un cabinet de conseil spécialisé dans la valorisation de l’immatériel. Son concept part d’un constat simple : la valeur d’une entreprise ne se retrouve pas dans son bilan et dans son compte de résultat. La valorisation des actifs matériels seule représente davantage l’économie agraire ou les économies industrielles.

Si Akoya Consulting apparaît aujourd’hui parmi les (ré)enchanteurs de la culture, c’est parce qu’elle place le soft power au centre de son activité : si l’immatériel peut paraître dérisoire à côté des actifs habituels des entreprises, il est pourtant essentiel de parier sur lui au vu de l’évolution de notre économie : deux tiers de la valeur des entreprises aujourd’hui provient de ses actifs immatériels.

Pourquoi sur ce blog me direz-vous ? Notre économie peine à capitaliser sur ses savoir-faire et semble obsédée par les comparaisons avec les puissances industrielles dont l’Allemagne. La démarche d’Akoya Consulting témoigne d’une prise de conscience : il est aujourd’hui inévitable de parier sur les aspects créatifs au sens large. Créer de la valeur, une œuvre d’art, une stratégie de marque ou un récit replace l’imaginaire et l’humain au cœur de notre économie. Une start-up qui s’est inventée autour de ce constat valait bien le détour. Vincent Barat, associé et fondateur, raconte sa vision.

Capitaliser sur l’immatériel : une nécessité pour les PME et start-up

Si les marques, brevets et autres licences sont valorisées, les entreprises comptent au minimum 10 actifs immatériel non pris en compte. Akoya consulting a apporté la méthodologie qui manquait pour appréhender ce qui crée de la valeur dans les organisations. Son offre se structure en deux activités principales : l’analyse de la performance principalement pour des grands comptes d’une part, l’évaluation et la valorisation financière à destination des PME et des start-up d’autre part.

Dans le premier cas, les questions sont très concrètes : « Investir dans la formation de nos employés, combien cela rapporte à une entreprise ? » Pour les PME et start-up, l’immatériel est beaucoup plus déterminant : « Ces structures n’ont pas d’élément solide à mettre en gage face à un banquier. Or, leur réputation ou une R & D non brevetable permettent une valorisation. Akoya Consulting devient une entreprise de conseil qui leur apporte ces réponses. »Pour les petites structures et pour les industries culturelles et créatives, l’immatériel devient un levier de croissance à part entière.

Les industries culturelles et créatives : le vivier de l’immatériel

Si les industries créatives ne sont pas le cœur de métier initial d’Akoya Consulting, elles sont rapidement devenues un sujet de prédilection du cabinet.

Il y a un an et demi, le cabinet est mandaté conjointement par le Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie et par le Ministère de la Culture pour mener une étude sur la gestion des actifs immatériels dans les industries culturelles et créatives, en particulier dans le design textile, l’architecture et le jeu vidéo (disponible ici). En interviewant plus de 60 acteurs de ces industries, ils se sont naturellement rapprochés d’elles. Vincent Barat cite ainsi FaberNovel, Cap Digital, Imaginove, l’IFCIC (Institut pour le financement du cinéma et des industries créatives), Zynga, Quantic Dream, l’Atelier Français. La liste est encore longue.

Pour valoriser nos industries culturelles et créatives à l’international, Akoya Consulting conseille entre autres (cf. leur présentation ici) d’élaborer un référentiel de ces industries, d’établir une fiscalité plus favorable et de promouvoir une structure de référence, centre dynamique des industries culturelles et créatives.

Le cabinet préconisait par ailleurs la promotion du fameux « Made in France ». « Les Français sont schizophrènes : nous voulons du ‘Made in France’, mais un prix trop haut peut couper toute volonté d’acheter français. » Le label national pourrait alors tout aussi bien être le « Designed in France ». « Sur le dos de nos iPhones, il y a écrit ‘Designed by Apple in California. Assembled in China.’ Cela convient à tout le monde. »

L’immatériel va plus loin dans les industries culturelles et créatives : « Parfois il est difficile d’expliquer pourquoi à un lieu donné il va y avoir une dynamique artistique et technologique. » En reprenant les paroles de Stéphane Distinguin, Vincent Barat pense à Versailles avec Air, Phoenix ou Daft Punk ou Manchester avec Oasis, The Smiths, New Order. « Comment stimuler la créativité sur un territoire donné ? Il faut parler de l’existant. L’Atelier Français aurait pu avoir ce rôle. Il aurait permis à des gens avec des idées de les partager et d’appliquer celles d’autres créateurs quels qu’ils soient. »

L’exemple du jeu vidéo : des savoir-faire labellisables, regroupés mais facilement en danger

Vincent Barat évoque souvent le jeu vidéo. Malgré des avancées visibles au niveau collectif, certaines entreprises connaissent des situations difficiles. Le secteur dans son ensemble est en effet parvenu à se fédérer, défendre une fiscalité favorable et à créer un label. Le Syndicat National du Jeu Vidéo a en effet imposé un crédit impôt jeu vidéo auprès de Bruxelles et développer la marque « le-game », label du jeu vidéo français à l’international (cliquez ici pour en savoir plus).

Malgré cette réussite collective, le secteur du jeu vidéo a vu plusieurs structures s’effondrer car elles comptaient sur un client unique. « Elles étaient condamnées à réussir ou mourir : la plupart n’étaient que prestataire, sans même détenir la propriété intellectuelle de leurs travaux. »

Il y a tout de même des succès français, l’exemple est Heavy Rain du studio Quantic Dream. Si la conception est française, il « fait beaucoup plus référence aux Etats-Unis par la narration, les lieux et la culture qu’à la France. » Il s’agit d’un jeu émotionnel avec quinze fins différentes car le comportement du joueur influe sur le jeu. Par exemple, une personne offre un verre au joueur, sans attitude particulière. Si le joueur perçoit son interlocuteur comme hostile, il refuse le verre. S’il le perçoit sympathique, il accepte le verre, et termine le jeu drogué, incapable de continuer.

 

La France, le pays de l’avant-garde : les travers d’avoir raison trop tôt

« Avant, les gens venaient en France pour peindre. Aujourd’hui, j’entends la même musique sur une radio américaine que sur une radio française. On a perdu le statut de grande culture et de grande nation. » Selon Vincent Barat, la qualité principale de la France est son avant-gardisme (son article ici !). « Je suis assez fier de la France du Minitel, elle a créé des emplois. »

« Notre société s’est construite avec le beau. Notre droit est théoriquement parfait. C’est la même chose avec la technologie. » Malheureusement, l’avant-gardisme est aussi notre défaut. Si les Archos sont technologiquement plus performants, ils se vendent beaucoup moins bien que les produits Apple. « Il faut accepter de se poser les bonnes questions. » Nous sommes un pays d’ingénieurs, nous avons le culte du produit. Nos entreprises sont entraînées par la technologie et les avancées innovantes. Les pays anglo-saxons produisent des financiers, plus proches du consommateur et de ses besoins.

Mais la culture française n’est pas qu’avant-gardiste, elle est aussi « un mélange assez subtil entre impertinence et arrogance. On n’hésite pas à montrer la nudité dans des films. En revanche, traduisez ‘exception française’ en anglais et vous obtenez ‘french arrogance’ ! »

Le site d’Akoya Consulting

Le blog d’Akoya Consulting

Camille Delache

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[Opération] Rencontrez les (ré)enchanteurs !

Pourquoi faut-il (ré)enchanter la culture ?

Les frontières de la culture ne s’arrêtent pas aux musées, théâtres, cinémas et autres lieux traditionnels. Sa définition est mouvante, évoluant au gré des pratiques culturelles et des artistes, des politiques et des ministères. Tumultueuse par essence, elle se déploie partout, dans nos sociétés, nos économies et notre lien social. Depuis maintenant huit mois, c’est ce que ce blog a tenté de démontrer. Stratégique pour l’avenir, remède à la morosité, la culture est plus qu’un divertissement. Elle est un réservoir de possibles.

La Baguette culturelle est allée à la rencontre des personnes qui font la culture aujourd’hui. J’ai choisi de faire parler ici ces hommes et ces femmes qui portent la culture et les industries créatives au niveau d’une vision. Série parisienne par proximité géographique, elle inaugure une nouvelle rubrique, qui vous introduira chaque mois la vision d’un (ré)enchanteur.

Pendant deux semaines, La Baguette culturelle vous présente le premier panel de (ré)enchanteurs. Six personnes ont accepté de me rencontrer. Autour d’une discussion, et non d’un entretien précalibré, ils m’ont tous confié leur activité, leur métier et leur vision. Les portraits délivrés ici sont le fruit de ma réflexion et de mes recherches autour de ces discussions.

A travers ces entretiens, des visions se dessinent. Elles replacent la culture et les industries créatives au cœur d’une stratégie globale.

(Ré)enchanter la culture est possible ! Venez à la rencontre de ces (ré)enchanteurs !

Camille Delache