ExpoFrance2025 : le soft power à la française est de retour !

Voici quelques semaines que le terme « ExpoFrance2025 » s’affiche sur mon chemin : dans ma veille, sur Twitter, dans les rencontres et ce matin en haut de la Tour Eiffel pour les 50 ans de France Inter via son porte-parole, le mathématicien Cédric Villani.

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L’initiative ExpoFrance2025 réunit de nombreuses personnalités, entreprises autour du projet de candidature de la France à l’Exposition Universelle de 2025. Jean-Christophe Fromatin, député-maire de Neuilly-sur-Seine à l’initiative du projet, définit le concept comme suit :

« Mettre en scène l’exceptionnelle richesse de notre patrimoine à travers les technologies numériques d’expression et de communication pour permettre aux civilisations de se retrouver et d’échanger. L’idée nouvelle : réemployer de façon éphémère les infrastructures du Grand Paris et les monuments des grandes villes françaises. « Nos gares, nos monuments, nos espaces publics… accueilleraient des délégations du monde entier qui mettraient en scène leurs cultures et leurs innovations. Ainsi, cette exposition serait pleinement universelle. »

Surtout, le site internet témoigne de l’énergie existante autour d’un projet bien pensé, bien planifié et très enthousiasmant :

  • 3 porte-paroles officiels, grands noms de la culture française : la navigatrice Maud Fontenoy, la chef 3 étoiles Anne-Sophie Pic et le mathématicien Cédric Villani
  • Un calendrier général bien au point :

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  • Des soutiens affichés : plus de 2 000 personnes, des partenaires entreprises (LVMH, Carrefour, SNCF, Groupe Clarins, …), des grandes écoles, et des institutionnels.

A l’heure où le concept de France créative connaît un grand succès, où les industries culturelles et créatives pèsent de plus de plus, la Baguette culturelle ne pouvait que se réjouir de cette initiative.

Plusieurs fois sur ce blog, j’ai souligné l’importance des ICC dans notre économie (« Dynamiser l’économie numérique : un enjeu économique et culturel », juillet 2012 et « La culture francophone, pouvoir d’influence au service de la compétitivité économique » en mai 2013) mais aussi dans notre diplomatie et notre influence (« Du besoin d’une culture rayonnante, et pourquoi pas la France ? » en avril 2012).

Le soft power à la française est de retour : à nous de le soutenir !Camille Delache

 

[Start-up créative] Artistics, galerie d’art en ligne

La Baguette culturelle lance aujourd’hui une nouvelle rubrique : les start-ups créatives !

J’étais déjà allée à la rencontre d’Actialuna, « artisan du livre numérique » et plus récemment de GuestViews qui veut « réinventer la relation entre les lieux culturels et leurs visiteurs ». Au vu du nombre de naissances de start-up dans les industries culturelles et créatives, la Baguette culturelle vous propose désormais une veille, des rencontres, des échanges avec celles-ci.

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Premier article aujourd’hui sur Artistics, « une plateforme web pour découvrir de nouveaux artistes et acheter leurs œuvres en ligne sans pousser la porte d’une galerie » après échange avec sa fondatrice Sonia Rameau. « Dédié à la promotion d’artistes vivants et à la vente de leurs œuvres en ligne, Artistics.com se donne pour objectif d’accompagner la « digitalisation » du marché de l’art et de répondre aux attentes d’une nouvelle génération de collectionneurs. »

Encore une tentative de « digitalisation » me direz-vous ? Oui, mais celle-ci se veut complémentaire aux galeries physiques en s’adressant à une nouvelle génération d’acheteurs d’art. Prête à utiliser le commerce en ligne, elle n’est pas pour autant encline à passer la porte « sacrée » des galeries. A l’heure où les gros du commerce en ligne se lancent dans les industries culturelles (par exemple Ventes privées[1] et Amazon[2]), Artistics propose une relation plus proche de l’acheteur et de l’artiste.

Le curieux peut y acheter des œuvres originales, pièces uniques ou séries limitées, et aller à la rencontre des artistes. En plus d’être un plateforme d’e-commerce, Artistics propose aussi des contenus originaux sur les artistes, leur travail, leur atmosphère (retrouvez la partie « vidéos » du site en cliquant ici).

Pour transformer ce curieux en acheteur, la plateforme propose surtout un service clients qui appuie le choix avant et pendant l’achat, le tout sous couvert d’une garantie « satisfait ou remboursé ».

La création d’Artistics témoigne de l’émergence de nouveaux modèles de consommation culturelle, plus immatérielle. Pour autant les chiffres du e-commerce des biens culturels « traditionnels » n’affichent pas leur excellente forme : à fin septembre 2013, le livre recule de -1,5%, les jeux vidéo de -10%, la vidéo de -15% et la musique de -2% (chiffres FEVAD[3]).

Le temps nous dira si l’adaptation des modèles d’e-commerce aux marchés de l’art et de la culture est efficiente ou encore le nombre d’ajustements nécessaires pour que le profil d’un e-consommateur culturel s’affirme. A suivre donc !

Pour conclure, la fondatrice Sonia Rameau résume Artistics en 3 mots :

  • Disruptif (pour le modèle)
  • Valorisant (pour les artistes)
  • Orienté clients (pour les visiteurs)

Allez faire un tour sur le site web et téléchargez le communiqué de presse CP_Artistics_20nov.

Camille Delache

Les pouvoirs de la culture : retour sur les moments forts du Forum d’Avignon

Depuis vendredi, La Baguette culturelle était présente à la sixième édition « Les pouvoirs de la culture » des rencontres du Forum d’Avignon, laboratoire d’idées sur la culture et l’économie. Retour sur les moments forts du Forum.

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1. Le premier débat “Pas de politique sans culture” avec Erik Orsenna, Badr Jafar, Chetan Bhagat, modéré par Denise Bombardier

Peut-être le débat le plus concret du forum, mettant ensemble un économiste, un business man et un écrivain, quelques morceaux choisis ci-dessous :

« Un des éléments de la culture, c’est de passer de la dépression à la fierté »

« La culture a besoin du secteur public surtout pour fixer les règles du jeu et pour garantir le long terme »

« Pourquoi ne pas redéfinir le ministère de la culture ? Notre sentiment d’éternité n’est pas bon »

Erik Orsenna

« Le secteur privé a peur de la Culture en Inde »

« Besoin d’une grande psychothérapie pour la culture indienne : servilité, éducation de castes… »

Chetan Bhagat

« La culture c’est être en éveil, avoir une vision et savoir ensuite l’appliquer au politique, elle surpasse souvent les contraintes et les privations de liberté. »

« La diplomatie culturelle doit permettre d’importer des cultures dans nos pays mais aussi d’exporter la notre. Il n’y a pas de ministre de la culture aux Etats-Unis et leur culture s’exporte dans le monde entier »

Badr Jafar

2. Itay Talgam lançant le hackathon

Comme l’année passée, le chef d’orchestre israélien nous donne une petite leçon de savoir vivre et de management avec le grand Leonard Bernstein :

Retrouvez d’ailleurs son TEDX ici « Diriger comme un grand chef d’orchestre »

3. La présence de Lawrence Lessig

Intervenant lors de la première table ronde, le fondateur des Creative Commons revenait au Forum d’Avignon après 4 ans … mais sans pour autant nous secouer de ses grandes idées. Peut-être l’année prochaine ?

4. L’étude de Louvre Alliance pour un ministère de l’Esprit

Etude sans chiffre (un peu de poésie dans ce monde de chiffres ne fait jamais de mal), elle encourage un discours amoureux sur la culture en Europe. La préconisation principale du rapport est de créer un « ministère de l’esprit » en Europe. Pourquoi ce terme ? « Car le mot ‘esprit’ se situe hors de tout pouvoir mais dans le champ de la puissance. »

Retrouvez l’étude de Louvre Alliance Culture, territoires & pouvoirs : l’esprit d’Atlas ici

5. Le ministre de la culture sénégalais Abdoul Aziz Mbaye

Intervention rafraichissante et stimulante, le ministre de la culture sénégalais commence son discours par :

« Je suis très heureux d’être sortie du conclave car je suis maintenant protégé par la liberté d’expression de l’Université d’Avignon. »

Pour lui la crise actuelle est la première à toucher toutes les cultures, y compris l’Occident. Elle teste les cultures, y compris les plus solides.

Les conséquences sont là : les dominants ne sont plus les dominants, les pays européens ne « soutiennent » plus le développement de l’Afrique car la Chine les a remplacé.

« Elle va même nous accompagner dans la construction d’un musée des civilisations noires et laisse libre cours à notre imagination. » Et cela va fonctionner car « beaucoup de jeunes veulent de l’autodéveloppement et pas du développement. »

Et de conclure brillamment :

«  Ne vous laissez impressionner par personne, vous, jeunesse d’Europe. Revendiquez qui vous êtes d’abord c’est l’engagement qui fera de vous des acteurs du changement. »

6. L’événement croqué par les dessinateurs de Cartooning for Peace

Conçue par le dessinateur français Plantu, Cartooning for Peace est une initiative née le 16 octobre 2006 au siège de l’ONU à New York. Organisée par Kofi Annan, alors Secrétaire général de l’ONU, une conférence de deux jours réunit 12 des dessinateurs de presse les plus renommés au monde pour « désapprendre l’intolérance ».

Liza Donnelly pour le Forum d'Avignon 2013

Les dessinateurs ont accompagné la sixième édition du Forum de leurs dessins et de leur humour.

Retrouvez le site de Cartooning for Peace ici.

Seul petit bémol : le manque de représentation des acteurs de l’entre-deux.

La Baguette culturelle se penche sur les questions liées à cette économie émergente entre intérêt général et secteur marchand, entre petites associations et grosses machines. Les industries culturelles et créatives de demain sont aussi là et il serait bon de ne pas les oublier.

Voilà, la sixième édition du Forum d’Avignon s’achève aujourd’hui. Merci d’avoir accueilli la Baguette culturelle, de l’avoir suivi, lu, retweeté.

Camille Delache

Le Big Data au Forum d’Avignon 2013 : 3 questions à Fabrice Naftalski et Solenne Blanc d’EY

Depuis 6 ans, EY accompagne le Forum d’Avignon dans l’analyse des grandes tendances actuelles et publie une étude. Cette année, le fruit de ce partenariat est consacré au nouvel or noir : le Big Data. Voilà quelques années que le concept émerge doucement et il est aujourd’hui à l’honneur au Forum d’Avignon. Souvenez-vous ce qu’Henri Verdier, aujourd’hui directeur d’Etalab, disait déjà il y a deux ans :

« Tout ce que nous connaissions du web va changer à nouveau avec le phénomène des big data. […] Naviguer dans ce nouveau web demande une nouvelle science. » et de finir « Pour être honnête, on sent bien que le business n’est pas encore tout à fait au rendez-vous. »[1]

Et bien c’est désormais chose faite !

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L’étude Comportements culturels et données personnelles au cœur du Big data questionne le juste équilibre entre le pouvoir grandissant du e-CRM culturel et la vie privée, entre les schémas de prévision individuels et la sérendipité :

« Si le Big data apparaît comme une rupture majeure qui nous ferait définitivement quitter une ère, dont l’épuisement des ressources fait poindre des limites, pour entrer dans une économie du savoir et de la connaissance prometteuse, il est urgent d’apprendre à préserver la fragilité de cette ressource qu’est la donnée personnelle culturelle, dont la pérennité repose sur les équilibres subtils et les responsabilités partagées, qui jetteront les premiers jalons de ce nouveau marché en pleine structuration. »

Fabrice Naftalski, associé d’Ernst & Young Société d’Avocats et Solenne Blanc, directrice associée d’Ernst & Young Advisory ont répondu à 3 questions pour la Baguette culturelle sur leur étude.

Pourquoi un acteur comme EY s’intéresse t-il aux big data ?

F. N : On s’y est intéressé car tout le monde en parle : les big data sont un sujet encore indéfini mais où on voit énormément d’opportunités. Dans la dimension conseil de notre métier, on recommande de plus en plus à nos clients de se tourner vers le big data.

On y voit surtout un levier formidable d’innovation et d’anticipation, mais aussi tout un jeu d’équilibres : la création de richesse, le partage de cette richesse et la protection des individus.

Nous avons essayé d’analyser ces enjeux mais avec une difficulté supplémentaire qui est que le concept de donnée culturelle personnelle n’est pas nommé. Elle est abordée par plusieurs angles du droit :

  • La donnée personnelle donc la donnée de l’intimité voire sensibles : on sait ce que vous lisez, vos croyances, vos opinions politiques.
  • La propriété intellectuelle : selon ce qu’on fait du big data, on fait face à de la création, de l’innovation qu’il faut protéger dans l’intérêt des créateurs et dans l’intérêt général.
  • Le droit de la concurrence : plusieurs acteurs ont atteint des volumes énormes de données et font aujourd’hui face à des revendications de partage de données. Dans un souci d’intérêt général, le droit doit permettre à tous les acteurs d’avoir un accès commun.

Dans le prolongement du big data, qu’en est-il des questions d’open data pour vous, vos clients et vos activités et surtout de l’intérêt général ?

S. B : C’est une vraie opportunité de créer des services à valeur ajoutée pour l’utilisateur final. La difficulté est surtout de savoir qui va vraiment exploiter ces données, qui s’en saisit ?

Surtout, les acteurs de la culture eux-mêmes ont du mal à organiser leurs propres data alors avant d’aller chercher à l’ouvrir, je pense qu’il y a un premier travail de structuration et d’organisation. Il y a une culture de la donnée à acquérir qui est encore assez nouvelle : fédérer et collecter ces données pour ensuite la croiser avec des données de contexte, il y a encore beaucoup de marge de manœuvre.

[ndlr : la première partie de l’étude insiste beaucoup sur l’importance du contexte « content is king but context is King Kong » p.10 notamment]

Nous revenons ainsi beaucoup dans l’étude sur la question suivante : comment vous, acteurs de la culture, pouvez travailler pour vous organiser en interne et obtenir une vision unifiée ? Ensuite, par des jeux d’acteurs et d’alliances avec des jeunes pousses qui vont amener des innovations technologiques, elles pourront exploiter leur big data et in fine travailler sur l’open data.

On assiste donc à une création de valeur mais pas seulement économique mais aussi une valeur d’usage.

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Comment vous adressez-vous aux acteurs de l’entre-deux, c’est-à-dire ces nouveaux acteurs qui utilisent et créent de la data, loin des « grands noms » présents ici, mais porteurs d’innovation ?

[ndlr : j’évoque notamment Sens critique en leur posant la question, déjà vu sur ce blog !]

S.B : Nous nous intéressons principalement à l’écosystème autour de ces questions : l’utilisateur lui-même qui génère de la donnée, les établissements culturels qui sont amenés à collecter et à questionner les données culturelles, des agrégateurs, des analystes statistiques, de start-up qui vont avoir des idées de service à construire.

Il faut que des alliances se fassent pour cet écosystème exploite utilement la donnée personnelle culturelle. On ne pense pas que ce sont les acteurs digitaux tous seuls ou les institutions toutes seules. Il faut surtout que ces univers apprennent à travailler ensemble et que c’est grâce à ça que le dynamisme va se créer.

Merci à eux d’avoir répondu à mes questions et en espérant que le big data donne rendez-vous aux innovations et nouveaux usages pour la prochaine édition du Forum.

Je signale au passage une autre étude très intéressante d’EY, qui fait définitivement partie des acteurs ayant compris l’importance et le potentiel des ICC : Panorama des industries culturelles et créatives et le site France Créative créé pour l’occasion.

Retrouvez l’étude sur le Big Data sur le site du Forum d’Avignon en cliquant ici.

Le site d’EY c’est .

FA2013 : culture & politique pour un réenchantement mutuel

Culture & politique connaissent des cycles d’engouement et de désamour. Manque de confiance, individualisme, soif de pouvoir … multiples sont les raisons de la défiance. Imagination, aspiration et projet de société … multiples sont les besoins de croire en elles. Aujourd’hui, culture & politique doivent opérer un réenchantement mutuel pour nous faire à nouveau rêver ensemble (et si possible en Europe). – Tribune réalisée dans le cadre de la sixième édition du Forum d’Avignon « Les pouvoirs de la culture ».

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La table ronde d’hier intitulée « Pas de politique sans culture » a été animée par la certitude que nous avons plus que jamais besoin de culture. Pour soutenir les métamorphoses du monde européen et recréer de l’affection pour la démocratie selon Erik Orsenna ; Pour créer des ponts et des formes de communication entre les différents peuples selon Badr Jafar. Enfin, pour impulser le changement d’un système trop bien installé selon l’auteur indien Chetan Bhagat.

André Malraux, le père de l’institutionnalisation politique de la culture en France la définissait comme « l’héritage de la noblesse du monde ». En créant le ministère des Affaires culturelles, il a voulu donner une dimension active à cet héritage en l’inscrivant dans le paysage politique français. Néanmoins, le cocktail peut être « explosif » comme le disait si bien Denise Bombardier hier. Si politique et culture sont si intimement liées, c’est justement car elles s’anoblissent et se dénigrent au gré des tendances, des crises et des volontés des hommes.

Aujourd’hui, culture & politique doivent se réenchanter l’une l’autre pour deux raisons : redonner du sens à nos actions et repenser le collectif.

Pour redonner du sens d’abord.

Dans sa définition première, la politique régit les règles de la cité, du vivre ensemble. Elle est cette pratique noble qui donne un projet à un groupe. Aujourd’hui, elle est aussi décriée car elle ne donne plus de sens à notre société, ne nous permet plus d’aspirer à une vision qui nous porte et surtout ne nous garantit pas un meilleur vivre ensemble (« un manque de récit » comme dirait Erik Orsenna).

La culture, elle, comprend bien des acceptions, celle du Conseil de l’Europe a pour avantage de lier économie et quête de sens :

« Les industries de la création taillent, sélectionnent et créent des bribes de sens. Ces bribes de sens informent, divertissent, créent du désir, influencent le choix et l’action. Aujourd’hui, nous achetons moins la forme ou la présentation du produit – qu’il s’agisse d’un habit, d’une table, d’une bobine de film – que le sens qu’il renferme et ce qu’il dit sur la mode, sur le design, sur la passion. »[1]

Pour créer ce sens, il faut activer un bousculement des modèles et des limites qui manque à nos actions. Il faut oser sortir de nos zones de confort pour pouvoir créer cette vision.

Pour repenser le collectif ensuite.

De cette vision naîtra un projet de société global. Nos difficultés d’agir ensemble sont trop souvent décriées : que ce soit dans la défense des intérêts du secteur culturel, dans notre conception d’une culture européenne, ou encore tout simplement sur notre capacité à créer ensemble.

Je reviendrai en particulier sur ce dernier point, en écho à un article de Rodolphe Belmer « Ce que disent les séries télé du modèle français » paru dans Les Echos le 18 novembre. Le directeur général de Canal + y expose les difficultés des séries TV françaises à dépasser un volume critique et donc à s’imposer sur la scène mondiale (et in fine avoir des retombées économiques majeures bien évidemment).

La raison exprimée ? « L’incapacité de nos auteurs, y compris les jeunes, à créer en équipe. La réussite, l’œuvre, la création, sont vécues comme des actes très individuels, quasi identitaires. » Et d’ajouter « Dans un monde complexe, la création de valeur ajoutée intellectuelle est de plus en plus difficile à produire, et à appréhender par des individus. Le temps de l’homme universel issu du siècle des Lumières est révolu. Le monde est trop compliqué pour des hommes seuls. Dans les multiples évolutions de notre système éducatif, je crois que la plus urgente est d’abonner le modèle de l’élitisme individuel pour enseigner à performer collectivement. »[2]

Et concrètement ?

Créer du sens ensemble n’est certes pas nouveau mais n’est toujours pas systématique. Erik Orsenna évoquait hier le besoin de périmètre aux actions politiques et culturelles. L’espace concret ne peut être que l’Europe. Les jeunes générations dont je fais partie ne se pensent plus enclavées dans des frontières. Elles se divertissent, vivent et se projettent dans un espace plus grand que la simple France. Il me semble donc impératif que les matières politiques et culturelles travaillent cet espace.

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Impossible me direz-vous ? Et pourtant la série crossmedia The Spiral l’a fait ! Elle met en scène un vol de 6 tableaux dans 6 pays, au même moment, par un collectif d’artistes militant pour l’art pour tous. Diffusée sur Arte en septembre 2012, elle excelle pour 2 raisons.

La première est sa capacité à avoir fédérer des pays européens qui ont donc créé ensemble : Hans Herbots, le réalisateur est belge ; tous les acteurs s’expriment en anglais alors qu’ils viennent des pays scandinaves ; les 7 diffuseurs sont issus de l’Europe du Nord : Suède (SVT), Norvège (NRK), Finlande (Yle), Danemark (TV3), Pays-Bas (VARA), Belgique (VRT) et du duo France-Allemagne (Arte).

La seconde est l’animation de la communauté européenne sur le net à travers le site thespiral.eu. Les internautes sont invités à partir à la recherche des œuvres volées entre chaque épisode de la série, participant ainsi à la création d’une communauté. En chiffres, cela donne : 107 841 internautes, 1 274 305 recherches sur la carte au total et 19 752 images originales créées puis uploadées sur le site.

Enfin, l’expérience se termine par un événement créatif devant le Parlement européen et les 6 musées victimes des vols : la Spirale. Et oui, une communauté s’est bel et bien animée partout en Europe en suivant le défi fou de ce collectif militant : ouvrir l’art à tous. Imaginez si des initiatives comme The Spiral parcouraient l’Europe…

Et bien maintenant, c’est à nous d’oser ensemble !

 Camille Delache

Forum d’Avignon 2013 : rencontre avec la start-up GuestViews

Pour la première fois cette année, le Forum d’Avignon organise un hacktahon et a invité la start-up « Guest Views » à plancher sur un des sujets « Prescrire la culture ». Rencontre avec celle qui veut « réinventer la relation entre les lieux culturels et leurs visiteurs ».

logo-gv-line-BK-2000 GuestViews a pour ambition de créer un lien durable entre les visiteurs et les institutions culturelles en proposant une application sur site qui collecte les informations des visiteurs. Concrètement, le public accède à la tablette après l’exposition et donne son retour « à chaud » sur son expérience culturelle (avis général, œuvre préférée, évaluation de la visite et du lieu).

Les institutions culturelles, elles, récupèrent des bases de données et des analyses de leur vivier de visiteurs, méthodes encore peu exploitées dans le secteur culturel (et oui, on en revient toujours aux data !) Elles utilisent GuestViews pour exploiter les leviers de satisfaction de leurs visiteurs et entrent ainsi dans un dispositif de marketing relationnel.

Quelques questions aux fondatrices, Alizée Doumerc et Camille Caubrière :

Comment vous est venue l’idée de GuestViews ?

« L’idée est née de manière empirique. Nous avons toutes les deux travaillé plusieurs années dans le secteur culturel et notamment dans les lieux d’expositions. En observant le parcours des visiteurs, nous avons remarqué qu’il n’y avait peu d’outils permettant de récupérer des informations sur eux. Les outils mis en place étaient la plupart du temps désuets et incomplets (fiches de contact), inexploitables (livres d’or), très onéreux (études sur les publics) ou peu représentatifs des visiteurs physiques (fans sur les réseaux sociaux).

Dans une période de crise économique, nous avons cerné un besoin : celui de rationaliser et valoriser les flux d’informations qui émanent des visiteurs, de les transformer en ressources et ce, grâce au potentiel du numérique. »

En 3 mots, comment décririez-vous GuestViews ?

– fiable

– interactif

– modulable

En quoi le CRM va t-il permettre aux musées de se rapprocher de leur public ?

« GuestViews est à la fois un outil qualitatif de prolongement de visite et un outil de CRM. GuestViews n’est pas un outil de médiation, qu’elle soit physique et intime (via un médiateur) ou matérielle (audioguides, applications de visite).

C’est un outil participatif de collecte de données sur les visiteurs (réaction, satisfaction, comportement) qui va permettre aux musées de mieux comprendre les attentes des visiteurs tout en améliorant leur expérience de fin de visite (souvent bâclée). En donnant la parole aux visiteurs, GuestViews implique le public directement à l’amélioration de l’offre et de l’expérience au sein des lieux culturels. »

Une fois l’outil CRM implanté et efficace dans un musée, quelle est la prochaine étape selon vous ?

« La prochaine étape : continuer de développer et d’apporter des améliorations à notre outil. Viser les pays culturellement dynamiques à l’échelle européenne (Suisse, RU par exemple) puis le marché international.

Se focaliser ensuite sur les utilisateurs en leur proposant un site complet sur lequel ils peuvent interagir, recevoir des recommandations en fonction de leur goût pour offrir à terme une nouvelle forme de prescription culturelle. »

Elles vous présentent leur outil à la Paneterie du Palais des Papes pendant tout le forum et participent au Hackathon (résultats demain à l’Université d’Avignon).

Pour plus d’informations :

www.guestviews.co

Suivez-les sur Facebook et Twitter

Contactez-les : alizee@guestviews.co et camille@guestviews.co

Camille Delache

Le Forum d’Avignon 2013, c’est aujourd’hui : les pouvoirs de la culture

Dès cet après-midi, le Forum d’Avignon s’ouvrira au Palais des Papes d’Avignon sur les pouvoirs de la culture. Suivez les débats et les aventures du Forum sur La Baguette culturelle, mon compte Twitter, et en Live sur le site du Forum.

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Retrouvez le programme ici

« Premier débat cet après-midi « Pas de politique sans culture » :

Si l’association de la culture et du politique a produit le meilleur comme le pire en magnifiant ou manipulant patrimoine et création au gré des régimes, elle reste indispensable. La réduire à son rôle dans le développement économique, à la fierté d’appartenance ou au rayonnement international nierait sa spécificité alors qu’elle appelle à jouer un rôle constructif dans le monde qui se met en place.

Mais à l’heure de la mondialisation, quelle place tient la culture dans le politique et le politique dans la culture ? 

Avec la participation de : Erik Orsenna, Badr Jafar, Chetan Bhagat, Denise Bombardier »

En attendant, retrouvez les études réalisées pour l’occasion :

  • Créateurs, producteurs, distributeurs, consommateurs, pouvoirs publics… Qui détient le pouvoir ?
     par Kurt Salmon

  • Les nouvelles prescriptions : De l’abondance à la découverte
     par Bain & Company

  • Comportements culturels et données personnelles au coeur du Big data. Entre la nécessaire protection et une exploitation au service des nouveaux équilibres économiques par Ernst & Young

  • Culture, territoires et pouvoirs – L’esprit d’Atlas par Louvre Alliance

Camille Delache

La Baguette culturelle au Forum d’Avignon 2013 : les pouvoirs de la culture

Comme l’année précédente, La Baguette culturelle s’invite au Forum d’Avignon, rencontres internationales de la culture, de l’économie et des media.

Cette année, on y parlera des pouvoirs de la culture. A l’aune des élections municipales et européennes et à l’heure des tensions sociétales, le sujet ne pouvait pas aussi bien tomber.

En attendant, jeudi, vous trouverez ci-dessous un petit avant-goût de cette édition 2013 :

Manifeste 2013 du Forum d’Avignon

« Pas de politique sans culture !

Avec 2700 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 6,1% du PIB au niveau mondial, 4% du PIB et 8 millions d’emplois directs en Europe dans la culture et les industries créatives, les gouvernements et les entreprises peuvent-ils construire notre avenir sans la culture ?

Alors que la disette budgétaire pousse à réduire les budgets culturels en Europe, la Chine augmente ses dépenses de plus de 23%. L’Afrique et l’Inde voient l’accès à leurs productions artistiques démultiplié par le numérique. Le Moyen-Orient investit dans la culture tous azimuts. Ces constats témoignent-ils d’un basculement des pouvoirs en matière culturelle ?

Quel paradoxe ! Alors que l’apport de la culture et des industries créatives au développement économique est désormais largement reconnu, la perception, notamment en Europe, d’un recul du politique dans l’action culturelle s’accentue. Ce phénomène prend racine dans un contexte de tensions budgétaires portant le risque d’une banalisation du secteur de la création et des industries culturelles.

L’enjeu ? Remettre la culture au cœur du politique. »

Lire la suite en cliquant ici.

Retrouvez le programme .

Un texte un jour se lance en anglais : news des (ré)enchanteurs !

Depuis bientôt 2 ans, la Baguette culturelle rencontre des (ré)enchanteurs : ces personnes qui imaginent, créent et développent des projets et des innovations qui font avancer les industries culturelles et créatives. Aujourd’hui nous vous donnons de leurs nouvelles.

Il y a de ça quelques semaines, La Baguette culturelle avait rencontré Sarah Sauquet, professeur de français qui s’était lancée dans une épopée numérique en créant des applications mobiles pour revivre les grands classiques de la littérature et de la poésie (pour relire l’article, c’est ici).

Elle donne nous aujourd’hui de ses nouvelles en lançant sa nouvelle application en anglais : A Text a Day !

Capture d’écran 2013-11-14 à 08.00.01Comme les autres, elle se veut un rendez-vous littéraire quotidien avec un texte d’une quinzaine de lignes, une biographie de l’auteur et une bonne dose de jeu pour voir et revoir nos classiques.

Retrouvez le communiqué de presse de lancement de l’application A text A day, l’application sous iPhone et sous Android.

Bonne chance à elle pour cette nouvelle épopée.

Camille Delache

Quand la technologie rencontre l’opéra : The End, vocaloïd opera au théâtre du Châtelet

Depuis hier soir, le théâtre du Châtelet à Paris accueille The End le premier opéra virtuel venu de Tokyo et pour la première fois représenté hors du Japon.

Quatre écrans, sept projecteurs haute définition, 50 enceintes sont là pour vous faire vivre les réflexions de Hatsune, diva virtuelle ou « vocaloïd » (contraction de vocal et androïde) dont le nom signifie « le premier son du futur ».  Déjà, la folle ambition est affichée.

The End vocaloid operaSi les moyens sont plus que novateurs, la thématique abordée n’en est pas moins traditionnelle :

« This production tests taking the traditional tragic structure of an opera asking « What is death? » and « What is an end? » and puts Hatsune Miku as the mediator to reread it in a modern way. »

FR : « Cette production adopte la structure traditionnelle tragique de l’opéra se demandant « Qu’est-ce que la mort ? » et « Qu’est-ce que la fin » ? Hastune Miku en est le médiateur pour faire revivre ces questions de manière moderne. »

Le concept est né en 2007 de l’entreprise japonaise Crypton Future Media qui s’est entourée d’artistes pour créer ce nouveau concept d’opéra : le compositeur Keiichiro Shibuya (cf. son interview dans Le Monde du 1er novembre) ou encore Marc Jacobs, le directeur artistique de Louis Vuitton.

Cette nouvelle expérience porte un peu plus loin des projets mêlant art et technologie (comme la production Mr et Mme Rêve de la compagnie Pietragalla en partenariat avec Dassault Systèmes déjà évoquée ici) mais avec un petit plus non négligeable : l’héroïne totalement virtuelle a été créée en open source laissant la part belle aux courageux inspirés.

Avec The End, ce nouveau type de création artistique et de pratique culturelle amène le spectateur dans un tout autre univers, hors des codes traditionnels de la culture. Si on entend déjà les vieux démons arriver (mais où est l’humain ? quelle place pour les comédiens en chair et en os ?), il n’empêche que la prouesse technologique et imaginative peut être louée.

Un petit aperçu vidéo :

Camille Delache