Réaffirmer l’imaginaire européen, contribution pour le Forum d’Avignon

Contribution publiée le 21 mai sur le Forum d’Avignon

Alors que l’heure du vote européen approche, la peur alimente les débats. Méfiance du politique, appel au boycott du vote de tous bords, avance dans les sondages des partis qui défient l’Europe … mais pour quoi allons-nous voter ? Pour la plupart d’entre nous, il ne s’agit que d’un instant éphémère de la vie politique, parfois pour sanctionner parfois pour affirmer ses convictions. La communication se chargera de nous faire oublier. Pour d’autres, il s’agit là de renouer avec le temps long de l’histoire européenne, dans lequel l’Europe est un concept harmonieux porté par nos intellectuels et nos artistes.

Halte à l’instant éphémère du politique, retour sur l’Europe des artistes et de l’imaginaire.

L’Europe, espace culturel pérenne

Le rêve d’Europe n’est pas apparu seulement par nécessité économique ou politique. Il a muri sous la plume d’artistes qui ont vécu l’Europe de la guerre mais aussi celle des voyages et du partage culturel. Ils y voyaient là un formidable levier d’échange et d’enrichissement.

Erasme de Rotterdam le premier bien évidemment, fervent défenseur de la République des Lettres et de l’Europe de la Paix. Victor Hugo plus tard, réclamant la création des « Etats-Unis d’Europe ». Figures emblématiques parmi d’autres, ils ont vécu et façonné le rêve européen. Celui-ci trace déjà les lignes de l’identité européenne. Comme le rappelle Stefan Zweig dans sa biographie d’Erasme : « La mission de l’Européen est de toujours insister sur ce qui lie et ce qui unit les peuples, d’affirmer la prépondérance de l’européen sur le national. »

Plus récemment, l’appel de Chaillot à l’occasion du premier forum européen de la culture retraçait les lignes du rêve qui a traversé le temps :

« Depuis des siècles, notre continent est une terre de création, où prospèrent la créativité, la diversité, et l’originalité. Mais aujourd’hui, le doute est permis : tout est-il fait pour que l’Europe reste cette terre de liberté et de vitalité de la création ? […] La culture en Europe est forte de ses différences, de la diversité de ses expressions, de ses langues. » 

Se demander si l’Europe de la culture existe et comment son liant persiste, c’est tout simplement revenir aux racines de cet idéal qui s’inscrit dans le temps long. Bien sûr, la confrontation de cet idéal à la réalité n’est pas de tout repos, mais doit-on pour autant le renier en votant à son antipode ?

Stefan Zweig, l’amour de l’Europe : faire renaitre le « monde d’hier »

« C’est en Stefan Zweig que s’est incarnée, aux jours les plus sombres de la tourmente européenne, quand tout semblait détruit, la foi inaltérable en la communauté intellectuelle de l’Europe, la grande Amitié de l’Esprit, qui ne connaît pas de frontières. »

Romain Rolland

Né en Autriche, Stefan Zweig a vécu à Paris, Berlin, Londres, Bruxelles et a parcouru l’Europe pour créer des pièces, donner des conférences, échanger avec l’intelligentsia de l’époque… en somme, il a redonné vie à la République des Lettres. Accusé de « bourgeois » loin des réalités par certains de ses successeurs, notamment Hannah Arendt, il demeure l’ambassadeur d’une « certaine idée » de l’Europe, qui doit aujourd’hui être défendue face au désamour médiatique et citoyen.

Stefan Zweig militait en effet pour les idéaux paneuropéens, le principe de paix et d’harmonie entre les nations et leurs habitants au nom des échanges que lui-même a alimenté. Il résume cette vision dans Le Monde d’hier : souvenirs d’un européen.

La première guerre mondiale marque une première déception qui éveille en lui le doute de voir cette Europe s’affirmer et perdurer. Son amour de l’Europe se voit surtout une seconde fois trahi par l’accession d’Hitler au pouvoir, le conduisant à quitter le « Vieux continent » pour les Etats-Unis puis pour le Brésil. C’est à Petrópolis qu’il décide de mettre fin à ses jours en 1942, ne supportant plus l’état du monde ni l’évolution de la situation en Europe, écrasée par la Seconde guerre mondiale. Ses derniers mots résument cette nostalgie de l’Europe, destructrice :

 « Le monde, ma propre langue est perdu pour moi. Ma patrie spirituelle, l’Europe, s’est anéantie elle-même. Il fallait à soixante ans des forces exceptionnelles pour tout recommencer à nouveau et les miennes sont épuisées par des années d’errance sans patrie. Aussi, je juge préférable de mettre fin, à temps et la tête haute, à une vie pour laquelle le travail intellectuel a toujours représenté la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême sur cette terre. Je salue tous mes amis ! Puissent-ils voir encore les lueurs de l’aube après la longue nuit ! Moi, je suis trop impatient. Je les précède. » 

A tous les « désamoureux » de l’Europe et de la politique, souvenez-vous de ce « monde d’hier » : une Europe unie, ouverte et qui n’a pas peur. Allez voter pour le faire renaitre, pour laisser la part belle à l’Europe qui crée et imagine et pour retrouver le rêve européen.

Camille Delache

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Galeristes, ouvrez-vous !

Ou comment sont tombés les préjugés d’une non initiée au marché de l’art.

 

J’ai souvent considéré la galerie d’art comme un lieu inaccessible et mystérieux, qui plus est réservé à l’élite. Plus adepte du spectacle vivant et des expositions, je m’arrête souvent devant leurs vitrines sans pour autant en passer les portes.

Trop de préjugés faciles sans doute sur un monde qui me semble beaucoup trop marchand et mondain. De l’autre côté, force est de constater le manque d’ouverture vers un public non initié comme moi ; Du moins c’est que je croyais. Je me demandais souvent comment ces lieux parviennent-ils à ouvrir leurs portes au grand public, créer de l’intérêt et du partage ? – l’obsession de la démocratisation en somme !

galerie © Battat Contemporary

En explorant les modèles existants, je me disais qu’aucun déclic ne se créait, du côté de la galerie comme du côté du public. En témoignent les quatre grandes typologies de galeries qui semblent coexister[1] :

« 1/ les galeries qui défendent un art qualifié par elles de figuratif, peu présentes sur les foires, elles évoluent en marge du marché international ;

2/ les « jeunes-petites » galeries fortement impliquées dans l’avant-garde internationale, soutenues par les pouvoirs publics par le biais d’achat ;

3/ les galeries aux mêmes engagements esthétiques que les précédentes mais plus anciennes et donc reconnues et présentes à l’échelle internationale, employant un ou plusieurs salariés ;

4/ les galeries les plus anciennes qui se partagent entre la promotion d’artiste et un travail de marchand. »

 

Mais voilà quelques semaines, la première porte a été franchie. Voici comment une galerie niçoise, l’atelier Franck Michel, a fait tombé mes préjugés un à un.

 

Galeriste reconverti depuis quelques années, le niçois Franck Michel souhaite faire vivre sa galerie et provoquer des rencontres hors des vernissages. J’y rencontre ainsi un artiste exposé qui m’affirme avoir à faire à une nouvelle génération de galeristes :

« Ils ne sont pas derrière leurs macs et n’ont pas besoin d’ouvrir leur catalogue pour vous raconter une œuvre. »

 

Et de suivre l’artiste pour une visite d’une heure avec une trentaine de personnes de tous âges et de tous horizons pour découvrir l’histoire de chaque toile. Les habitués me disent que la galerie organise régulièrement ce genre de rencontres (galettes des rois, apéros…).

En bref, je découvre tout ce que je n’attendais pas d’une galerie d’art. Je la pensais froide, j’ai découvert la convivialité. Je l’imaginais fermée aux non connaisseurs, j’y ai trouvé une envie de partager et de raconter une histoire. Je suis certaine que l’atelier Franck Michel n’est pas le seul à démocratiser l’activité de galeriste, et c’est là tout mon propos. Il ne s’agit pas ici de vendre des œuvres d’art moins chères pour qu’elles soient plus abordables. Plutôt, je prêche pour de nouvelles occasions de rencontres grand public avec l’art contemporain.

Malgré l’existence de cette nouvelle génération, le chemin à parcourir pour encourager la rencontre galerie/grand public, me semble encore long. Certains l’expliqueront par la notion de « capital culturel » de chacun, d’autres par un système trop fermé. Pourtant habituée à fréquenter des lieux culturels, je suis certaine que je ne suis pas la seule à être retenue par mes préjugés pour franchir le seuil d’une galerie. Le « capital culturel » et ses dérivés ne doivent pas être une fin en soi. Ils doivent être challengés par l’engagement des acteurs du monde culturel, soucieux de ce que l’art peut apporter à tous et non à un cercle restreint.

Comme le disait si bien Peter Brook en clôture du Forum de Chaillot :

« Au théâtre, tout le monde vit la même expérience, en oubliant l’origine des uns et des autres. »

Au tour des galeries d’art de s’y mettre : galeristes, ouvrez-vous !

Camille Delache

[1]Source de la typologie : http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=SOART_001_0199

Image © Battat Contemporary

 

Créativité et politique : le renouveau de la citoyenneté

En ces temps troubles d’élections et de communication politique (trop) hâtive, il me semblait important de revenir sur ce que la culture apporte à la citoyenneté. Comme je l’écrivais déjà ici, culture et politique connaissent des relations d’engouement et de désamour perpétuel. Il existe néanmoins un interstice dans lequel les deux retrouvent leur chemin : la citoyenneté. La créativité remet en perspective la citoyenneté et l’importance de chacun dans la démocratie par trois moyens principaux : réapprendre nos institutions, mettre les expériences personnelles en perspective et questionner par le rire.

« Le monde était vaste. Mais le voilà qui se remplit d’yeux, de coudes, de bouches. Et la population de doubler, tripler, quadrupler. Le cinéma et la radio, les magazines, les livres se sont nivelés par le bas, normalisés en une vaste soupe. […] Condensés de condensés de condensés. La politique ? Une colonne, deux phrases, un gros titre ! Et tout se volatilise ! La tête finit par tourner à un tel rythme […] que la force centrifuge fait s’envoler toute pensée inutile, donc toute perte de temps. » Ray Bradbury, Fahrenheit 451, éditions Folio pp 91-93

A l’approche des élections municipales et européennes et d’un pessimisme persistant, les mots de Ray Bradbury sonnent juste : quels sont les supports qui nous appuient pour choisir, comprendre et voter ? Et bien, la culture apporte une réponse : elle se mêle de politique en réapprenant ce qu’est être citoyen : nouveaux formats, mise en perspective et changement de ton sont les nouvelles formules de la citoyenneté. 3 moyens re “citoyennisant” s’imposent progressivement sur nos écrans et dans nos expériences.

Réapprendre nos institutions

Tout d’abord, de nouveaux formats offrent l’exploration et l’apprentissage de nos institutions. France Télévisions avait ouvert la porte avec “Jour de vote, dans la peau d’un député” qui nous emmenait dans la journée type d’un député et reprenait les éléments clés de l’institution parlementaire. De même, on peut citer plus récemment Matignon, regards croisés, qui nous promène dans l’antre du Premier ministre, nous rappelle l’histoire de ce personnage de la Vème République, son rôle, le tout de manière graphique et ludique. Autre exemple récent qui vaut le détour, la série transmedia “Intime conviction” sur Arte propose de vivre un procès aux assises et de suivre l’enquête. Contribution FA_image 1 Intime conviction

Mettre les expériences personnelles en perspective

D’autres initiatives mettent elle la créativité au service des citoyens eux-mêmes. Yann Arthus-Bertrand a choisi de montrer ces 7 milliards d’autres en parcourant le monde et posant ”une quarantaine de questions essentielles permettent ainsi de découvrir ce qui nous sépare et ce qui nous lie.”

Raconter la vie, projet mené par Pierre Rosanvallon, ambitionne de “créer l’équivalent d’un Parlement des invisibles pour remédier à la mal-représentation qui ronge le pays.” En créant une communauté en ligne et permettant à chacun de prendre la parole – notamment par l’édition de livres pour Raconter la vie – la créativité remet tous les citoyens au centre de l’attention. Elle autorise même recul et mise en perspective, ce que le rythme de communication actuel ne permet plus.

Contribution FA_image 2 7 milliards d'autres

Questionner par le rire

Enfin, le rire et la culture geek interpellent les animaux politiques que nous sommes pour prendre du recul et mieux “voir” ce que les JT ne montrent pas – plus. Des célèbres Humour de droite et Gorafi aux tumblrs des affiches d’élections (législatives de 2012 ou la préparation des municipales de 2014), tout le monde en prend pour son grade… mais tout le monde en parle et réagit.

La communication politique et médiatique mise en cause, le fonds du problème n’en ressort que mieux.

Contribution FA_image 3 Humour de droiteLe fonds de ces initiatives n’est pas nouveau : nombre de documentaires et de livres se sont déjà prêtés au jeu. Mais celles-ci s’adressent à un public plus large, donnent un accès plus simple – et non simpliste – à la pratique de la politique. La créativité propose donc de nouveaux formats qui ouvrent ces contenus : plus graphiques, textes adaptés au web, parfois engagement ou interactivité auprès d’une communauté. En somme, la créativité recolore la citoyenneté et accorde le temps de la réflexion… Hautement nécessaire pour voter dans les mois à venir.

Camille Delache

Article publié dans le cadre d’un partenariat éditorial avec le Forum d’Avignon, laboratoire d’idées au service de la culture, de l’économie et des médias.

La lente marche du redressement créatif : l’année 2013 vue par la Baguette culturelle

La nouvelle année approchant à grands pas, la Baguette culturelle s’est prêtée au jeu du « meilleur de 2013 ». En revenant sur les événements qui nous ont marqués, l’année n’est pas si sombre qu’elle n’y paraît. De nouveaux modèles économiques sont apparus (ou se sont ajustés) répondant aux exigences de responsabilité, de démocratisation, de proximité. La créativité est toujours là et ne cesse de se manifester : par les artistes, pour le financement, pour la création ou seulement pour tester. Voilà plus d’un an qu’Aurélie Filippetti appelait au redressement créatif. Au regard de ce que nous décrivons ci-dessous, celui-ci est en marche : pas seulement en France certes, mais une marche lente et sûre semble se profiler (espérons-le !).

Les industries culturelles et créatives : objet d’étude par le secteur marchand

Fait remarquable en 2013, le secteur marchand se penche sur un décryptage des industries culturelles et créatives (ICC). En publiant son panorama économique des ICC, EY atteste leur importance grandissante et leur place « au cœur du rayonnement et de la compétitivité de la France ». Si vous ne l’avez fait pas encore, découvrez leur site France créative ou l’étude elle-même : Capture d’écran 2013-12-31 à 07.37.31

Pour une consommation musicale responsable ? L’exemple de Piers Faccini

Comme nous l’avions évoqué en septembre, en lançant son propre label Beating Drums, le musicien incarne un nouveau modèle d’artiste, plus engagé, plus proche de son audience, plus libre et plus créatif. Conscient des évolutions du marché, il prône une industrie musicale plus proche des artistes et du public, qu’il compare à l’achat de fruits et légumes directement aux producteurs locaux, démarche résumée dans son texte intitulé « Why Music is Food » :

« Le nouveau modèle économique de la musique se fonde clairement sur les relations et le partenariat entre tous les amoureux de la musique – auditeurs et créateurs. »

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La culture libre ? Pour la danse aussi avec Re:Rosas de Keersmaeker !

En juin 2013, la chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker a lancé Re:Rosas, un appel à remixer la pièce qui l’a rendue célèbre voilà 30 ans Rosas danst Rosas. Pour ce faire, tout est à votre disposition : mouvements, intention, musique et enchaînement sur le site créé pour l’occasion. Grâce à ce projet, la danse se met au goût du jour de la culture libre et ouverte en se réinventant. Pour avoir expérimenté ce projet avec ma compagnie Danse en Seine, je reviendrai plus longuement sur cette expérience dans un prochain article. En attendant, (re)découvrez la célèbre vidéo :

Les galeries d’art investissent le web

L’année 2013 marque aussi l’ouverture en masse des galeries d’art en ligne. Amazon a ouvert le bal en grandes pompes en août 2013. Pari difficile que de se confronter à l’œuvre en ligne et encore plus de l’acheter, deux acteurs français ont fait du bruit en se lançant dans l’aventure : Artistics, start-up rencontrée sur ce blog qui veut s’adresser à un nouveau type de collectionneur, et Artsper, qui veut « décomplexer l’art contemporain ». La bonne nouvelle est que les artistes se prêtent au jeu, voyant de nouveaux moyens de promotion s’ouvrir à eux. Quant aux résultats, 2014 nous le dira … amazon art

Des écrivains pour sauver la ville de Détroit ? Le projet Write-a-House

Ville officiellement en faillite, Détroit a besoin de retrouver son attractivité. Ville créative cependant, elle ne manque pas d’inspiration (The Heidelberg Project en est un bon exemple). Ce sont aujourd’hui les écrivains qui viennent à son secours, autour du romancier Toby Barlow, en proposant d’y installer une maison de résidence pour deux ans minimum. Dès le printemps 2014, les esprits créatifs pourront postuler et rejoindre la future communauté littéraire du Michigan. Symbole du renouveau perpétuel qu’offre l’alliance ville & culture, le projet Write-a-House redonne un nouveau souffle culturel à la ville. Découvrez la vidéo de promotion et leur campagne de levée de fonds :

L’institutionnalisation du crowdfunding … et de l’économie de l’entre-deux ?

Le 30 septembre 2013, la Banque publique d’investissement (BPI) lançait la plateforme Tous Nos Projets à l’occasion des Assises de la Finance participative. A cette occasion, La Baguette culturelle revenait sur l’apparition de cette économie de l’entre-deux : entre le marchand et le non marchand ; entre le profit et le participatif; plus collaborative et plus connectée; mais qui bouscule les modèles traditionnels. Tous les acteurs de la finance participative étaient présents et ont encouragé le gouvernement à légiférer. Comme le dit si bien Fleur Pellerin à Particeep, une ordonnance de simplification devrait être prise début 2014 : Et la francophonie dans tout ça ? L’année 2013 aura été paradoxale pour le monde de la francophonie. Jamais autant de personnes n’auront prononcé ce mot, jamais autant d’initiatives n’auront vu le jour en une seule année. Pourtant, peu d’entre nous sont capables de verbaliser et de donner corps à cette réalité démographique, économique et culturelle. L’année 2014 sera décisive pour cette notion de francophonie, notamment en France. Si rien n’est fait pour développer chaque branche de la francophonie en France, alors elle lui échappera, irrémédiablement. Et le centre de gravité se déplacera paradoxalement au-dessus de l’Océan Atlantique…

La place de la langue française sur Twitter, dernier trimestre 2013

Dans le sempiternel débat qui agite la communauté de la langue française autour de sa place (relative) dans l’univers des langues, ce graphique (issu d’un résultat brut trimestriel) permet d’enrichir les discussions classiques. Il met en exergue deux faits principaux, qui peuvent être pris comme des signaux faibles :

  1. La langue anglaise ne représente que 34% des gazouillis sur Twitter lors du dernier semestre 2013.
  2. La langue française n’arrive qu’en 7ème position des langues utilisées par les utilisateurs de Twitter, derrière des langues telles que l’espagnol, le portugais, l’arabe ou le malaisé.

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Le poids économique de la langue française dans le monde

L’étude de la Fondation pour les études et recherches sur le développement international du même nom apporte plusieurs éléments nouveaux, non verbalisés jusqu’alors. Capture d’écran 2013-12-30 à 16.16.33

  1. Elle tranche et propose une nouvelle carte de l’espace francophone (EF), qui ne serait composé que de 33 pays, dont certains non membres de l’OIF, comme l’Algérie.
  2. C’est la première fois que des chercheurs essaient de quantifier la part du commerce imputable à une langue commune. Ainsi, « l’existence même de l’EF permettrait d’accroître la part du commerce du pays de l’EF de 17%, entre 2000 et 2009.
  3. Enfin, il semblerait que l’appartenance à l’EF ne diminuerait que très faiblement le taux de chômage des pays de l’EF (environ 0,2 point).

Merci à tous d’avoir suivi la Baguette culturelle et à bientôt pour la suite des aventures !

Camille Delache & Damien Soupart

L’économie de l’entre-deux : le cas de Sens critique

Il y a maintenant quelques jours, La Baguette culturelle s’interrogeait l’apparition d’une économie de l’entre-deux à travers les récentes évolutions du crowdfunding. L’entre-deux, c’est ce semi-vide qui existe entre les dispositifs de financement et d’investissement classiques, et les dispositifs de mécénat dédiés à l’intérêt général. Or, depuis quelques années, cet entre-deux ne cesse de croître accueillant toujours plus de nouveaux acteurs. En analysant plusieurs exemples, nous allons tenter d’en définir les contours, les acteurs et les modèles de financements existants.

Hema Upadhyay, Think Left, Think Right, Think Low, Think Tight

Parmi ceux-ci, je veux aujourd’hui vous parler du site senscritique.fr qui ouvre la critique de produits culturels à tout un chacun et veut “démultiplier la puissance du bouche à oreille culturel”.

Clément Apap, un des co-fondateurs rencontré il y a quelques semaines, m’explique le concept du site : pouvoir partager son point de vue sur un produit “consommé” partout et à n’importe quel moment (aujourd’hui comme dans dix ans). Chaque membre peut créer des “listes”, suivre des éclaireurs et ainsi d’autres œuvres lui seront proposées.

Le site capitalise ainsi sur une double recommandation : celle de vos éclaireurs et celle générée par les données du site web. La magie du bouche à oreille culturel opère donc bel et bien … et gratuitement !

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La question de l’économie de l’entre-deux se pose alors : comment financer ce modèle ? Clément Apap et ses associés ont adopté la politique de la “publicité intelligente”. Lorsque l’internaute arrive sur la page d’accueil … rien ne saute aux yeux. L’équipe s’explique ainsi sur le blog :

“Les formats que nous diffusons sont donc intégrés à notre charte (et toujours précisés comme sponsorisés). Nous voulons promouvoir la culture, jusque dans la publicité, et nous privilégions les annonceurs culturels.”

Concrètement, les annonceurs sont invités à alimenter deux espaces dédiés sur la plateforme : “ça donne envie”, publicité indiquée comme sponsorisée, et “privilèges”, invitations à des événements, offres exclusives etc.

Je vous vois déjà venir : non, Sens critique ne commercialise pas nos données en échange, le big data culturel n’a qu’à bien se tenir.

Dès lors, quel modèle de financement pour Sens critique ? Doit-on attendre que les investisseurs s’intéressent à cette économie naissante ? A l’instar d’X-Ange qui prend des participations dans les Kisskissbankbank, La Ruche qui dit oui et autre fer de lance de l’économie collaborative ? Si le crowdfunding permet de tester son audience, sera t-il suffisant en termes de volumes pour ces nouveaux modèles ? Quant au dispositif de mécénat, il ne s’applique qu’aux organisations reconnues d’intérêt général.

Que reste t-il pour des modèles comme Sens critique et autres comparses ? Rendez-vous bientôt pour la suite des aventures de l’économie de l’entre-deux !

Camille Delache

Assises de la finance participative : premier épisode d’une économie de l’entre-deux

A l’occasion des premières assises de la finance participative, La Baguette culturelle lance une série d’articles sur cette nouvelle économie de l’entre-deux : une économie entre le marchand et le non marchand ; entre le profit et le participatif; plus collaborative et plus connectée; mais qui bouscule les modèles traditionnels.

Premier épisode de la série : Lundi se tenaient les premières assises de la finance participative au ministère du redressement productif : entre annonces ministérielles, panels d’acteurs français et comparaisons étrangères, la journée fut riche en événements.

Dilution

Revenons tout d’abord sur les chiffres clés du secteur. Le marché du financement participatif pesait 40 millions d’euros en 2012 et devrait au moins peser 80 millions en 2013. Au niveau mondial en 2012, le nombre de plateformes est estimé à 500, pour une levée de fonds atteignant 3 milliards de dollars. Forbes estime qu’en 2020 le montant du marché attendrait 1 trillion de dollars (source babyloan).

La présence montante des entreprises et une rhétorique nouvelle : retour sur deux tendances

N’ayant pu assister qu’aux deux premières tables rondes, je reviendrai particulièrement sur 2 points :

Les interventions d’Arnaud Burgot d’Ulule et de Peter Baeck de Nesta mettent en lumière la présence grandissante des entreprises sur le marché du financement participatif. Elles testent des produits, proposent des deals plus avantageux que sur le marché traditionnel. Surtout, le crowdfunding leur permet de couvrir les besoins en fond de roulement. Ulule a ainsi accompagné plusieurs entreprises :

  • Overade et son casque pliable : le but était de financer une innovation produit et d’aider à la production des prototypes et in fine du produit,
  • 1083 et ses vêtements made in France : l’objectif est cette fois de soutenir une entreprise militante et de réduire l’empreinte carbone de la livraison (1083 km entre les deux villes les plus éloignées de France.

Philippe Lemoine du Forum Action Modernités est revenu sur les difficultés à penser cette nouvelle économie de manière globale et à travers des concepts positifs. Or, l’émergence même de la finance participative est selon lui au croisement de 3 phénomènes :

  • Economique d’abord : par la baisse des coûts de transaction, les capacités de mobilisation augmentent, comme l’atteste la campagne d’Obama financée grâce aux 150 millions de dollars du grand public
  • Rhétorique ensuite : via le media Internet, la temporalité et l’interactivité ne sont pas les même. Le discours des porteurs de projets sur les plateformes de crowdfunding sortent des modèles traditionnels du monde caritatif où l’on tente de “faire pleurer”. On assiste à la création d’un nouveau type de générosité.
  • Sociologique enfin : la notion d’engagement se transforme en étant plus “horizontale” car les liens sont plus directs entre le sens et l’entreprise.

Le lancement de Tousnosprojets.fr et les annonces gouvernementales

Fleur Pellerin a ouvert la journée avec le lancement de Tousnosprojets.fr dont le but est de fédérer les projets portés par les plateformes de crowdfunding et de faire un peu de pédagogie sur les grands principes du secteur.

Page d'accueil de Bpifrance

Plus d’un an après le lancement du Crowdfunding JOBS Act aux Etats-Unis, le gouvernement se lance dans la grande aventure de la règlementation :

  • Les plateformes référencées sur Tousnosprojets.fr sont “ [sélectionnées] conformément à un cahier des charges pour devenir partenaires de Bpifrance.” Il s’agit donc non seulement d’agréger les données des opérateurs de financement participatif mais aussi de laisser paraitre un cadre commun régi par Bpifrance.
  • Un nouveau statut a été créé : conseiller en financement participatif sans fonds propres (pour information : versus 730 000 € de fonds propres obligatoires pour les sociétés de conseils en financement traditionnelles)
  • Les règles de l’offre au public de titres financiers ont été assouplies : pour toute levée de fonds inférieure à 300 000 €, l’entreprise pourra passer outre la sollicitation de 150 investisseurs (versus 100 000 € auparavant).
  • Le prêt quant à lui est plafonné : chaque prêteur ne pourra prêter plus de 250 €.

Depuis lundi, les initiatives se multiplient : prise de parole media des plateformes de crowdfunding (par exemple Vincent Ricordeau de KissKissBankBank ici et Joachim Dupont d’Anaxago ), publication d’un livre blanc “Plaidoyer et propositions pour un nouveau cadre réglementaire” par Finpart.org, …

Le gouvernement est lancé, une réforme annoncée, et Bpifrance désignée comme porteur de projet public. Tant que ce marché reste faible en volume, les intermédiaires traditionnels veillent et surveillent son évolution et sa réglementation. Qu’en sera t-il en 2020 si le marché global atteint effectivement 1 trillion de $ ? Comment la finance traditionnelle perçoit-elle cette évolution ? Le gouvernement saura t-il faire place à tous ces acteurs ?

“La Légende de Shalimar” de Guerlain, pourquoi tant de haine ?

Voici quelques jours qu’on ne parle que de ça : au bureau, à l’apéro et sur les réseaux sociaux : la nouvelle publicité Guerlain énerve, agace (ci-dessous la mini revue de presse du pourquoi comment). “On exploite encore le corps des femmes …”, “C’est lonnnnng au cinéma d’attendre le film pour ça !”, “L’Inde ce n’est pas ça… et le Taj Mahal qui sort de l’eau ”… Jusqu’à la remarque qui fait “tilt” : “C’est fou que tout le monde s’emballe, on n’a jamais vu ça pour les publicités de femmes qui mangent des glaces en robe de soirée avant le début du film !!”

Guerlain versus crème glacée

Si la Légende de Shalimar est une erreur habituelle des marques occidentales dans l’universalisation de son imaginaire, l’emballement va un peu loin. (Souvenez-vous, Renault et la Mahindra en Inde, Starbucks en Chine). Loin de moi l’idée de défendre la qualité artistique du court-métrage, il s’agit plutôt d’analyser un “buzz” au final plutôt déplacé au regard de tous les contenus auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés …

Les internautes affichent 3 raisons principales à leur « haine » avec lesquelles je suis en désaccord : le message porté par le court-métrage, le coût de réalisation, la longueur du spot avant que le film ne commence et à la place de nos traditionnelles bandes annonces.

Le message porté par le court-métrage

Comme rappelé par Madzmoizelle :

“La légende Shalimar, qui n’est plus toute jeune puisqu’elle date du 17ème siècle, retrace l’histoire de la princesse indienne Mumtaz Mahal, éperdument amoureuse de l’empereur Shâh Jahân. À sa mort, l’empereur fit cadeau à la princesse du plus beau des monuments indiens : le Taj Mahal.

Et si vous ne voyez pas le rapport avec le parfum, Shalimar était le nom des jardins paradisiaques du palais dans lequel vivait la princesse.”

Le but du film est donc de retracer cette légende qui fait partie de l’imaginaire de la marque de luxe depuis 1925 puisqu’il s’agit de son produit phare (108 flacons vendu par heure dans le monde). L’imaginaire de la marque est « Cette folie qui envoûte, dévore, obsède. Comment l’enfermer dans un flacon pour le sentir, l’éprouver, à loisir ? » … et surtout à destination de cibles du luxe occidentalo-centré …

Le message porté par ce court-métrage n’a donc pas pour but de retracer l’histoire de Mumtaz Mahal mais plutôt d’illustrer l’imaginaire d’une marque de presque un siècle, dans un secteur qui a toujours suivi des standards de beauté “traditionnels” et occidentaux … en somme comme toutes les publicités que nous voyons passer sur nos multiples écrans… La pierre est donc à jeter à tout un système ?

Le coût de réalisation et la longueur du court-métrage

Le coût de réalisation et la longueur du court-métrage

Oui, c’est vrai qu’il est long ce “court” avant les bandes annonces … Et qu’en plus il a coûté 4 millions d’euros … Oui, au regard des autres films cela paraît immensément énorme … Mais cet argent n’était pas – à ma connaissance – promis à d’autres choses … ? Oui, Guerlain aurait pu utiliser cet argent ailleurs, mais qui sommes-nous pour juger de cela ?

Si cet argent a été utilisé dans ce court-métrage, c’est qu’aujourd’hui les annonces font désormais face à une lutte des contenus pour répondre à la grande question : quelle marque peut faire vivre son univers au-delà de ses produits, magasins et (courtes) publicités ?

Les marques qui y mettent les moyens : les exemples d’Orange et de Dassault Systèmes ont déjà été illustrés sur ce blog mais le monde du luxe est le premier à avoir expérimenter ces pratiques – et cela ne date pas d’hier.

Pour ne citer que deux exemples : le foudre de la maison de champagne Mercier qui a mis 8 jours à parcourir la distance Reims-Paris pour être présenté à l’Exposition universelle ; la publicité Egoiste de Chanel vue et revue :

La vidéo de Guerlain ne porte que plus loin cette pratique : en présentant un produit créé selon des standards occidentaux en élargissant ses canaux de diffusion au cinéma. Dans le grand défi de la production de contenu auquel font face les marques, Guerlain n’aurait certes pas dû pré-supposer que son imaginaire était universel. Si le “facteur interculturel” lui coûte aujourd’hui cher (cf. le blog “Gestion des risques interculturels” de Benjamin Pelletier pour toutes ces questions), les autres raisons, elles, ne peuvent être appliquées qu’au cas Guerlain.

Revue de web des critiques

Libération, le 24 septembre

“Shalimar, le parfum qui rend les folles viriles ? De fait, on a connu plus hétéro que la rencontre terminale entre le prince et la princesse. Ce qu’on lit dans les yeux surkhôlés du prince Pédalo, c’est plutôt : «Erk ! Une fille. J’avais pas lu cette partie du scénario.» Pour compenser, shazam ! c’est une érection de Taj Mahal qui jaillit des flots. Budget ? 4 millions d’euros, soit donc 11 560 euros la seconde.”

Vodkaster, le 25 septembre

“Car dans l’érection spontanée d’un Taj Mahal en toc, c’est le cinéma qu’on assassine. En premier lieu, la publicité a engagé un budget de production de 4 millions d’euros, ce qui signifie que si vous la voyez en ce moment avant Miele, La Bataille de Solférino ou Alabama Monroe, le film pour lequel vous avez payé votre place aura coûté (beaucoup) moins cher.”

Slate.fr, le 25 septembre

“Un spot qui «exaspère les cinéphiles» par sa longueur, «son esthétique de grand magasin» ou la façon dont il démystifie le cinéma avec son esthétique pseudo-malickienne”

Rue 89, l’erreur historique pointée du doigt, le 26 septembre

“La princesse indienne Mumtaz Mahal ne devait pas beaucoup ressembler au mannequin Natalia Vodianova et elle est morte en donnant naissance à leur quatorzième enfant ;” + “Natalia Vodianova attend son chevalier en prenant des bains et elle a un petit orgasme quand elle met le parfum qu’il lui a rapporté – Mumtaz Mahal était connue, au contraire, pour être une femme qui se déplaçait avec son mari dans ses campagnes militaires.”

A noter : le changement du Figaro. Vendredi 27 septembre, Google Actualités nous propose un article “Shalimar de Guerlain, pub nommée dégoût” introuvable. Les archives du Figaro ne vous propose plus que “Avec son nouveau spot publicitaire, Guerlain change d’échelle”….

Shalimar, pub nommée dégoût Le Figaro

La Radio Netherlands Worldwide (RNW) : stratégie d’un monde radiophonique moderne par Damien Soupart

Point de propos sur la francophonie aujourd’hui, ou presque !

Nous allons nous intéresser à la Radio Netherlands Worldwide (RNW), l’ancienne entité équivalente à Radio France Internationale (RFI). « Ancienne » car la RNW a subi des importants changements en termes organisationnels, financiers et stratégiques en 2011. En effet, la RNW est logiquement sous la tutelle administrative du Ministère des Affaires Étrangères néerlandais. Néanmoins, celui-ci fait le choix en 2011 de couper le budget de la RNW de 70 % (le budget passe donc en valeur de 46 à 14 millions d’euros par an, ce qui se traduira in fine par la suppression de 100 postes).

logo RNW

Outre ce choix financier que d’aucuns qualifieront de court-termistes, cette baisse des subventions implique des réorientations stratégiques majeures. Ainsi, la RNW choisit de ne plus se focaliser sur les expatriés néerlandais. La dernière émission en langue néerlandaise a donc été diffusée le 11 Mai 2012. Les pays traditionnellement cibles de la langue néerlandaise (Caraïbes, Indonésie et Asie du Sud-Est) sont ainsi délaissés de toute émission émise par la RNW.

Cette radio est donc, par défaut, aujourd’hui conçue et diffusée en langue anglaise. Cela se vérifie très simplement grâce aux liens hypertextes. Tapez http://www.rnw.nl/ et le navigateur vous redirigera automatiquement vers http://www.rnw.nl/english. Quel intérêt alors me direz-vous d’avoir pour les Néerlandais de conserver une radio en langues anglaise, française, espagnole et arabe ?

La RNW a choisi de se concentrer désormais sur une seule et unique valeur qu’elle considère comme essentielle et vitale, tant pour les pays concernés qu’au regard des valeurs néerlandaises. Cette valeur, c’est celle de la liberté de la presse, et plus particulièrement dans des pays où il est encore difficile d’accéder à une information neutre et de qualité. Quatre domaines ont ainsi été identifiés pour la période 2013-2017 : démocratie ; bonne gouvernance ; droits de l’homme et égalité des sexes.

Quatre zones géographiques ont d’autre part été définies comme prioritaires : pays d’Afrique subsaharienne, pays du monde arabe, Chine et Amérique Latine. Ceux-là mêmes qui sont répertoriés dans le classement de « Reporters sans Frontières »[1] comme ceux dans lesquels la liberté de la presse est quotidiennement bafouée : Arabie Saoudite, Burundi, Chine, Côte-d’Ivoire, Cuba, Égypte, Libye, Maroc, Mexique, Nigeria, Ouganda, République Démocratique du Congo, Rwanda, Soudan du Sud, Syrie, Vénézuela, Yémen et Zimbabwe.

implantation RNW

En plus de sélectionner la valeur à soutenir et les pays cibles, la RNW cible également la tranche d’âges concernée : les 15-30 ans.

Eu égard aux pays visés et aux infrastructures internet limitées, la RNW a eu l’idée de s’adapter, y compris dans le domaine technique. Par exemple, elle a eu recours à un prestataire externe pour adapter ses contenus et ses plateformes Internet à « une technologie Internet limitée »[2]. Ce qui lui permet d’espérer une croissance annuelle de ses visiteurs de 25 % par an dans les prochaines années.

La radio promeut ainsi la liberté de la presse, majoritairement sur Internet. C’est dans ce cadre qu’elle a récemment organisé une rencontre de blogueurs internationaux influents sur le sol néerlandais[3].

La RNW soutient donc la liberté d’expression, en lançant par exemple un blog intitulé « Regards sur Gbagbo », « une plate-forme impartiale sur l’ex-président de la Côte d’Ivoire qui attend un procès éventuel à La Haye »[4].

Enfin, la RNW a lancé une école de formation, intitulée Radio Netherlands Training Centre (RNTC)[5], qui a pour objectif de délivrer des enseignements à destination des jeunes dans des pays identifiés comme ayant une faible liberté de la presse. Des cours intitulés « Journalisme radiodiffusés », « Internet pour les journalistes », « Storytelling «  et « Journalisme via le Smartphone » sont ainsi dispensés.

En définitive, la NRW a su faire « contre mauvaise fortune bon cœur », et bonne stratégie serait-on tenté de rajouter. Face à des coupes claires budgétaires, la NRW a actionné tous les ressorts d’une stratégie dite du faible au fort : choix d’une valeur unique et mondialement partagée à défendre ; dissémination des forces sur trois continents ; cible claire et susceptible de prendre le pouvoir prochainement ; enrôlement d’autochtones civils par le biais (neutre) de la formation.

Cette étude de cas permet une mise en abîme de la situation de la langue française :

  • Les coupes budgétaires ne sont pas l’apanage de la seule langue française.
  • Les autorités néerlandaises considèrent que la langue anglaise leur permettait de défendre leurs propres valeurs, ce qui est paradoxal.
  • La langue française, via la Charte de la francophonie (2005), défend toutes les valeurs dites progressives et démocratiques. Ne devrait-elle pas, à l’instar de la RNW, se recentrer sur une ou deux valeurs qui lui tiennent particulièrement à cœur ?
  • La RNW a sélectionné des pays-cibles pour agir.

Damien Soupart

Piers Faccini, la poésie de l’art partagé

Être un artiste aujourd’hui est soumis à de multiples tensions : entre nécessité commerciale et volonté artistique, entre partage des créations et nécessaire rémunération, entre standards des gros réseaux de distribution et  concepts plus personnels. Piers Faccini est de ceux qui jouent entre ces lignes pour imposer sa vision d’une musique ouverte, vivante et poétique.

Piers Faccini

Dès le début de sa carrière dans les années 2000, Piers Faccini porte une musique “cocoon” dont la poésie vous emmène dans son jardin secret. Comme l’écrit si bien Tôt ou Tard, son ancien label :

“La musique de Piers Faccini ne passe jamais en force. Elle suggère, frôle, évoque sans insister, à tel point que l’on ne sait plus si ce sont la joie ou la peine qui ont provoqué nos larmes inattendues.”

Pour avoir assisté à de nombreux concerts ces dernières années, aucun ne se ressemble. Il nous accueille toujours dans des salles de taille moyenne pour pouvoir être au plus prêt et nous laisser profiter. Ce partage se traduit aussi par ses nombreuses collaborations artistiques hors et sur scène : Vincent Segal, Francesca Beard et surtout Dom La Nena, sa petite protégée.

Beating Drum Piers FacciniAu fil des années, il a inventé un nouveau modèle d’artiste dans la société. Traduction concrète de ce « positionnement » : il a lancé début 2013 son propre label Beating Drum. Comme il le dit si bien sur la blog La maison jaune :

 » Alors, avec maintenant un peu d’expérience du web, sur mon site et les réseaux sociaux où j’ai testé certaines choses, regardé les retours et les commentaires, en parlant beaucoup avec les gens à la sortie de mes concerts – toujours ce dialogue que je privilégie depuis des années, j’ai commencé à réfléchir à un autre modèle.  Par exemple si je conçois pour ce public que je commence à bien connaître un objet un peu spécial, disons un concept-album très personnel, la maison de disques va me dire qu’avec les 500 exemplaires espérés à la vente, ils ne peuvent pas vivre. Mais moi oui !  Avec une petite structure, en faisant beaucoup de choses moi-même, avec une souscription et de la vente directe sur mon site ou à la sortie des concerts, c’est jouable : le modèle économique n’est plus le même. « 

Cette expérience du web se retrouve sur la communauté qu’il anime quotidiennement : contenus éditoriaux de qualité sur les réseaux sociaux, site internet régulièrement mis à jour, une playlist sur Sound Cloud et surtout … le partage de nouveaux titres en téléchargement gratuit. Il montre ainsi qu’un artiste n’est pas dans la société qu’au moment de la sortie d’un nouvel album. Plutôt, il écoute, échange et partage avec elle de façon régulière.

Piers Faccini porte ce nouveau modèle d’artiste encore plus loin. Il n’est pas seulement musicien mais aussi photographe, peintre et créateur d’objets d’art non identifiés. C’est dans un univers personnel qui va bien au-delà de sa musique qu’il nous emmène désormais, symbole de sa démarche singulière.

Piers Faccini silhouette

En somme, Piers Faccini incarne une nouvelle génération d’artistes qui partage, qui interagit, qui invite et qui ne s’isole pas dans un cocoon industriel, aussi poétique soit-il. A quand une diffusion à grande échelle ?

Cela fait un moment que je voulais évoquer le cas Piers Faccini : à une semaine de la sortie de son nouvel album et au lancement de son propre label, voilà chose faite. En attendant lundi je vous invite à découvrir ses dernières chansons :

et à pré-commander son nouvel album Between Dogs and Wolves directement sur son site en cliquant ici.

Camille Delache

Silicon Sentier s’attaque au crowdfunding avec Co.Bâtissons

Silicon Sentier a besoin de vous pour participer à ouvrir les portes de son nouveau lieu ! Avec le projet Co.Bâtissons, Silicon Sentier et Kisskissbankbank font appel à votre générosité pour donner une âme aux 1 500 m2 dédiés à l’innovation au cœur de Paris.

Participez dès aujourd’hui ici !

 

Pourquoi est-ce important de soutenir ce projet ?

En faisant appel au crowdfunding, Silicon Sentier prolonge sa croyance dans l’économie collaborative, mais surtout elle permet à chacun d’être acteur de cet écosystème innovant qui se crée chaque jour. Comme démontré sur ce blog plusieurs fois, l’économie numérique et les industries culturelles et créatives participent à la chère croissance tant espérée.

10 % ont déjà été atteints mais le plus gros reste à faire : on vous attend toujours !
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Co.Bâtissons, c’est quoi ?

 

« Depuis plus de 10 ans vous avez été des dizaines de milliers à suivre les actions de l’association. Indépendants, coworkers, hackers, startupers, bidouilleurs, designers, rêveurs, étudiants, grand-parents, curieux, générations X, Y ou Z…  

Vous qui êtes passés par la Cantine ou le Camping ou Xperience, co.bâtissez avec Silicon Sentier le nouvel espace dédié à l’innovation de Paris.

C’est grâce au soutien réaffirmé de nos partenaires publics et privés que nous avons travaillé ces 8 derniers mois à remettre aux normes un bâtiment de 1500 m2 situé au cœur du Sentier, dans le 2ème arrondissement. Aujourd’hui, les fondations sont assurées, mais l’essentiel reste à faire : constituer l’âme de cet espace qui vous est destiné.   

Chaque euro versé contribuera à l’aménagement du lieu afin que nous puissions en faire ensemble un espace qui vous ressemble, un espace construit par et pour vous.

Co-bâtissons ! »Capture d’écran 2013-06-17 à 16.25.51

GENESE D’UN PROJET…

Silicon Sentier en chiffre c’est…

35 561 followers et 12 281 fans

18 000 participants par an aux évènements de la Cantine

450 coworkers par an

450 évènements par an

500 projets soumis à l’équipe du Camping

6 mois d’accélération par saison

60 mentors et 300 heures de formation par saison

60% de transformation en business viable

250 articles et interviews dans les médias

70 projets bêta-testés par Silicon Xperience

1000 bêta-testers dans la communautés de Silicon Xperience

34 rapports et publications par Silicon Xperience

24 évènements de cocréation par an par Silicon Xperience

Créée en 2000, l’association Silicon Sentier a accompagné l’essor de l’économie numérique et participé à l’émergence d’un écosystème dense, fort et innovant en Ile-de-France.

 

Camille Delache