Je suis Charlie et je suis en noir aujourd’hui

Jesuischarlie

Je suis en colère
Je suis en colère contre cette journée du 7 janvier 2015
Je suis en colère contre cette atteinte à la liberté, cette censure par la violence
Je suis en colère contre ce système d’inégalités et d’incompréhension qui a engendré ces monstres de la démocratie
Je suis en colère contre la stigmatisation, le conservatisme, le radicalisme
Je suis en colère contre ceux qui pourraient cédé à la panique, à l’insécurité, à l’intolérance et à la peur
Je suis en colère que les larmes aient été forcées de remplacer le rire
Je suis en colère que nous ayons attendu la violence pour un sursaut unificateur et démocratique
Je suis en colère contre ceux qui disent que la terreur a gagné
Je suis en colère mais j’attends demain, j’attends l’après la stupeur et l’incompréhension.
Je suis en colère mais je ne veux pas laisser place à l’insécurité.

« Le moyen de domination des humains c’est l’insécurité. C’est de dire tu ne sais pas ce dont sera fait, non pas demain mais l’heure suivante. […] Ce monde, le nôtre, est un monde d’insécurité extraordinaire. L’insécurité est un moyen de maintenir les gens sous la botte. […] La grande force de cette mondialisation est de créer de plus en plus d’insécurité et de faire de nous des gens peureux. Et les gens peureux sont des gens faibles hélas. »

Bernard Maris, journaliste, économiste, actionnaire et chroniqueur de Charlie Hebdo assassiné hier

Alors continuons à rire. Nous sommes Charlie.

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FA2013 : culture & politique pour un réenchantement mutuel

Culture & politique connaissent des cycles d’engouement et de désamour. Manque de confiance, individualisme, soif de pouvoir … multiples sont les raisons de la défiance. Imagination, aspiration et projet de société … multiples sont les besoins de croire en elles. Aujourd’hui, culture & politique doivent opérer un réenchantement mutuel pour nous faire à nouveau rêver ensemble (et si possible en Europe). – Tribune réalisée dans le cadre de la sixième édition du Forum d’Avignon « Les pouvoirs de la culture ».

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La table ronde d’hier intitulée « Pas de politique sans culture » a été animée par la certitude que nous avons plus que jamais besoin de culture. Pour soutenir les métamorphoses du monde européen et recréer de l’affection pour la démocratie selon Erik Orsenna ; Pour créer des ponts et des formes de communication entre les différents peuples selon Badr Jafar. Enfin, pour impulser le changement d’un système trop bien installé selon l’auteur indien Chetan Bhagat.

André Malraux, le père de l’institutionnalisation politique de la culture en France la définissait comme « l’héritage de la noblesse du monde ». En créant le ministère des Affaires culturelles, il a voulu donner une dimension active à cet héritage en l’inscrivant dans le paysage politique français. Néanmoins, le cocktail peut être « explosif » comme le disait si bien Denise Bombardier hier. Si politique et culture sont si intimement liées, c’est justement car elles s’anoblissent et se dénigrent au gré des tendances, des crises et des volontés des hommes.

Aujourd’hui, culture & politique doivent se réenchanter l’une l’autre pour deux raisons : redonner du sens à nos actions et repenser le collectif.

Pour redonner du sens d’abord.

Dans sa définition première, la politique régit les règles de la cité, du vivre ensemble. Elle est cette pratique noble qui donne un projet à un groupe. Aujourd’hui, elle est aussi décriée car elle ne donne plus de sens à notre société, ne nous permet plus d’aspirer à une vision qui nous porte et surtout ne nous garantit pas un meilleur vivre ensemble (« un manque de récit » comme dirait Erik Orsenna).

La culture, elle, comprend bien des acceptions, celle du Conseil de l’Europe a pour avantage de lier économie et quête de sens :

« Les industries de la création taillent, sélectionnent et créent des bribes de sens. Ces bribes de sens informent, divertissent, créent du désir, influencent le choix et l’action. Aujourd’hui, nous achetons moins la forme ou la présentation du produit – qu’il s’agisse d’un habit, d’une table, d’une bobine de film – que le sens qu’il renferme et ce qu’il dit sur la mode, sur le design, sur la passion. »[1]

Pour créer ce sens, il faut activer un bousculement des modèles et des limites qui manque à nos actions. Il faut oser sortir de nos zones de confort pour pouvoir créer cette vision.

Pour repenser le collectif ensuite.

De cette vision naîtra un projet de société global. Nos difficultés d’agir ensemble sont trop souvent décriées : que ce soit dans la défense des intérêts du secteur culturel, dans notre conception d’une culture européenne, ou encore tout simplement sur notre capacité à créer ensemble.

Je reviendrai en particulier sur ce dernier point, en écho à un article de Rodolphe Belmer « Ce que disent les séries télé du modèle français » paru dans Les Echos le 18 novembre. Le directeur général de Canal + y expose les difficultés des séries TV françaises à dépasser un volume critique et donc à s’imposer sur la scène mondiale (et in fine avoir des retombées économiques majeures bien évidemment).

La raison exprimée ? « L’incapacité de nos auteurs, y compris les jeunes, à créer en équipe. La réussite, l’œuvre, la création, sont vécues comme des actes très individuels, quasi identitaires. » Et d’ajouter « Dans un monde complexe, la création de valeur ajoutée intellectuelle est de plus en plus difficile à produire, et à appréhender par des individus. Le temps de l’homme universel issu du siècle des Lumières est révolu. Le monde est trop compliqué pour des hommes seuls. Dans les multiples évolutions de notre système éducatif, je crois que la plus urgente est d’abonner le modèle de l’élitisme individuel pour enseigner à performer collectivement. »[2]

Et concrètement ?

Créer du sens ensemble n’est certes pas nouveau mais n’est toujours pas systématique. Erik Orsenna évoquait hier le besoin de périmètre aux actions politiques et culturelles. L’espace concret ne peut être que l’Europe. Les jeunes générations dont je fais partie ne se pensent plus enclavées dans des frontières. Elles se divertissent, vivent et se projettent dans un espace plus grand que la simple France. Il me semble donc impératif que les matières politiques et culturelles travaillent cet espace.

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Impossible me direz-vous ? Et pourtant la série crossmedia The Spiral l’a fait ! Elle met en scène un vol de 6 tableaux dans 6 pays, au même moment, par un collectif d’artistes militant pour l’art pour tous. Diffusée sur Arte en septembre 2012, elle excelle pour 2 raisons.

La première est sa capacité à avoir fédérer des pays européens qui ont donc créé ensemble : Hans Herbots, le réalisateur est belge ; tous les acteurs s’expriment en anglais alors qu’ils viennent des pays scandinaves ; les 7 diffuseurs sont issus de l’Europe du Nord : Suède (SVT), Norvège (NRK), Finlande (Yle), Danemark (TV3), Pays-Bas (VARA), Belgique (VRT) et du duo France-Allemagne (Arte).

La seconde est l’animation de la communauté européenne sur le net à travers le site thespiral.eu. Les internautes sont invités à partir à la recherche des œuvres volées entre chaque épisode de la série, participant ainsi à la création d’une communauté. En chiffres, cela donne : 107 841 internautes, 1 274 305 recherches sur la carte au total et 19 752 images originales créées puis uploadées sur le site.

Enfin, l’expérience se termine par un événement créatif devant le Parlement européen et les 6 musées victimes des vols : la Spirale. Et oui, une communauté s’est bel et bien animée partout en Europe en suivant le défi fou de ce collectif militant : ouvrir l’art à tous. Imaginez si des initiatives comme The Spiral parcouraient l’Europe…

Et bien maintenant, c’est à nous d’oser ensemble !

 Camille Delache

La culture francophone, pouvoir d’influence au service de la compétitivité économique

La culture francophone doit s’approprier, elle aussi, ce pouvoir d’influence qui permet aux industries culturelles et créatives de faciliter les exportations et de contribuer à la relance de notre économie.

Dans le cadre d’un partenariat éditorial avec le Forum d’Avignon, la Baguette culturelle présente une étude sur les potentiels économiques non exploités de la culture et de la francophonie.

Portrait of a mime

Paradoxe saisissant : alors que tous les moyens traditionnels avaient été mis en œuvre par la France pour obtenir l’organisation des JO 2012, c’est le Royaume-Uni qui remporta la mise. Face à une candidature franco-française (Luc Besson, Jacques Chirac, Bertrand Delanoë et Catherine Deneuve mis à l’honneur), celle de Londres bénéficia de soutiens divers mais cohérents, dont celle de Nelson Mandela. Tandis que la vidéo française vantait les charmes de Paris sans mettre en exergue les valeurs de l’olympisme, la vidéo anglaise montrait le sport au sein de la ville, avec et pour les Londoniens. Elle débute dans un bidonville sud-africain par le rêve d’un gamin d’aller, en 2012, courir à Londres. La vidéo se termine sur un message universel qui souligne les apports du sport pour les jeunes.

N’ayons pas plus peur de faire francophone. Par la culture et par la langue, il est possible de créer, d’affirmer et d’ancrer notre influence, gisement de « redressement productif et créatif ». Pour le Conseil de l’Europe, « les industries de la création taillent, sélectionnent et créent des bribes de sens. Ces bribes de sens informent, divertissent, créent du désir, influencent le choix et l’action ». C’est cette dimension active que renferme la langue française qui semble si essentielle.

Par son dynamisme, son patrimoine et sa sphère d’influence mondiale, la culture francophone est un levier économique essentiel pour une prospérité retrouvée. Activer ce double levier intégré (culture et francophonie) suppose de volontairement amplifier et systématiser une stratégie d’influence qui repose sur les personnes, leur créativité et leurs innovations (matérielles et immatérielles) perpétuelles.

En sus d’un appel sincère à l’intégralité des forces vives françaises, francophones et francophiles, trois dynamiques graduées et complémentaires, constitutives d’un écosystème francophone, doivent émerger afin de soutenir une politique d’influence sur le long terme.

1. Encourager les synergies entre industries créatives et entreprises

A l’instar du Comité Colbert, qui, dans le domaine du luxe, cherche à faire rayonner ses maisons membres à l’international. Dans une logique interculturelle et de sensibilisation, ce Comité a par exemple réalisé une œuvre sémantique permettant d’exprimer les valeurs françaises en sinogrammes.

2. Intégrer l’aspect territorial de chaque initiative francophone

La compétitivité culturelle territoriale ne cesse de se concrétiser. C’est le cas avec « les milieux Splab » dans l’Eurorégion de l’Öresund, milieu créatif physique et social sous forme de structure collaborative réunissant un ensemble d’organisations se consacrant à l’innovation. Donner à la ville une dimension créative active est un défi lancé aux métropoles francophones (dont 28 comptent plus d’un million d’habitants).

3. Construire une stratégie dinfluence concertée

Rassembler tous les acteurs au sein d’une filière pour avancer groupé à l’international, donner à ce regroupement un label et une identité, lui permettant de rayonner, tel est l’un des moyens au service d’une stratégie d’influence concertée. Un exemple d’un tel rassemblement ? Celui du Salon du Livre francophone à Beyrouth. Depuis 1992, cet événement rassemble auteurs et lecteurs francophones au Liban. Son succès ne s’est jamais démenti.

Ces premières approches – d’autres évidemment sont à imaginer – toutes capables de générer des emplois non délocalisables et de tirer la croissance, participent de cette dynamique d’innovations à insuffler aux économies françaises et européennes.

Télécharger l’étude Culture & francophonie – La baguette culturelle – mai 2013.

Par Camille Delache et Damien Soupart

Revue de presse du 18 mars : Veronica Mars financée par ses fans, Télé-tweetée, VuThéara Kham

2 millions de dollars pour le film «Veronica Mars» sur Kickstarter: la porte ouverte à toutes les majors? par Cécile Dehesdin, Slate.fr

Pré-calculer le potentiel d’un film via le financement des fans, c’est possible. C’est ce que nous démontre Cécile Dehesdin dans cet article sur les nouveaux financements de la culture.

« Kickstarter est un site de crowdfunding, ou financement collaboratif, où chacun peut monter un projet, y attribuer un objectif financier à atteindre, puis demander à la communauté des internautes intéressés par ce projet de donner de l’argent (si l’objectif n’est pas atteint, les sommes ne sont pas débitées). Rob Thomas a lancé la page ce mercredi 13 mars, dans l’espoir de récolter 2 millions de dollars en un mois (1,5 million d’euros). Pas besoin d’un mois, cela aura seulement pris un jour! Le projet en est déjà à 2,5 millions de dollars ce jeudi 14 mars au matin…

En plus de cette performance impressionnante, le projet Veronica Mars est intéressant par son originalité: des films financés sur Kickstarter, il y en a déjà eu beaucoup.

[…] Autrement dit, un énorme studio accepte de financer un film… à condition que celui-ci soit déjà financé par des fans à hauteur de 2 millions de dollars (ou plus, on peut dépasser les objectifs Kickstarter). »

Lire l’article en entier, c’est ici

Veronica Mars Kickstarter

L’écran déchaîne les tweets par Joël Morio, Le Monde

On parle souvent de la « télé connectée » ou de la « social TV », cet article revient sur cette nouvelle tendance à travers des avis d’experts, agences ou chaînes de télévision.

« Présentés il y a peu encore comme des concurrents mortels de la télévision, les ordinateurs, smartphones et autres tablettes se révèlent de précieux compagnons pour le bon vieux poste. « On estime que les trois quarts des gens qui possèdent un de ces gadgets l’utilisent devant la télévision », observe Sébastien Lefebvre, le président de Mesagraph, une société spécialisée dans l’analyse des réseaux sociaux pour la télévision. »

[…] Ces informations sont une mine d’or pour les chaînes « qui sont entrées en quelque sorte en contact direct avec les téléspectateurs », juge Wale Gbadamosi Oyekanmi, fondateur de Darewin, une agence spécialisée dans la « social TV », nouveau terme pour résumer les relations entre télé et réseaux sociaux. Les diffuseurs peuvent ainsi faire une étude plus fine du comportement des téléspectateurs.

[…] Les diffuseurs incitent donc de plus en plus les téléspectateurs à commenter leurs émissions. D’ici à penser que les futurs programmes seront construits de manière à provoquer les tweets, il n’y a qu’un pas. On s’en défend chez NRJ 12 : « Nous n’avons rien changé à notre ligne éditoriale. Si le programme est fort il va générer de facto des réactions sur les réseaux sociaux », rétorque Gérald-Brice Viret. Pour le moment, les grandes chaînes ont développé des applications à installer sur tablette ou smartphone pour réagir, mais aussi avoir accès à des bonus : coulisses, interviews exclusives, etc.

L’article en entier,

twitter-télévision

«Quand on dit Instagram, on pense photo de chat ou d’assiette, avec un filtre 70’s», interview de VuThéara Kham par François-Luc Doyez, Libération

Interview d’un artiste photographe du web, révélé par le web, qui publie aujourd’hui un livre avec les Éditions La Martinière

« Après deux ans, ne vous êtes-vous pas lassés de l’esthétique Instagram et des filtres sépia ? 

En fait, dans les photos du livre, aucune image n’a de filtre. Quand on dit Instagram, on pense à une photo de chat ou d’assiette avec un filtre 70’s, mais je voulais montrer que l’application permet un point de vue, qu’on peut prendre de belles photos avec. Tout n’est qu’une question de composition, de regard. On n’a pas besoin de filtre pour faire une belle photo.

C’est vous qui avez démarché La Martinière pour le livre ? 

Non, ce sont eux qui m’ont contacté, suite à un article sur les utilisateurs d’Instagram. Je crois que c’est la première fois qu’ils publient un artiste inconnu, qui vient du Web. Nous avons travaillé un an sur ce livre, la sélection des photos a été très longue. »

L’interview en entier et la vidéo de présentation du livre : ici

Photo VuThéara Kham sur Liberation

 

[Les (Ré)enchanteurs] Explorer les saveurs : Portrait de Caroline Champion

« Le goût a toujours été mon sens le plus développé. L’univers alimentaire est un champ d’exploration passionnant car infini ! Transversal par définition, il ne se laisse pas réduire à une seule discipline. Prenons un verre de vin. Du point de vue du cuisinier, il s’agit avant tout de déterminer avec quel plat il se marie, comment le vin a été fabriqué, par quel producteur, avec quels cépages, sur quel terroir, etc. D’un point de vue économique et commercial, l’essentiel est plutôt de savoir comment le vin a été développé, quel est le coût matière, comment la bouteille va pouvoir être étiquetée… Pour le philosophe, la question commence par l’expérience esthétique que l’on peut avoir avec ce verre de vin, qui ne sera pas visuelle mais temporelle, avec toute la symbolique du vin qui se déploie en arrière-plan. »

Nouvelle (ré)enchanteuse, Caroline Champion utilise toutes les ressources de la culture pour entreprendre et mettre en œuvre sa vision. Elle décloisonne des mondes trop souvent éloignés en créant son propre métier ou encore en élaborant le protocole artistique ExpérimenTable. Elle questionne sans cesse les relations entre le goût, l’art et la société par son activité de recherche. Enfin, et surtout, elle ose laisser libre cours à son imagination.

 Un métier sur mesure : « Exploratrice de saveurs »

Etre exploratrice, cela veut dire « aller voir » sans frontières, sans limite et sans cloisonnement. « On ne sait jamais ce qu’on va trouver et c’est justement le principe. Il faut aller voir… J’ai choisi le terrain des saveurs parce que c’est à mes yeux ce qui rapproche les gens : la table sert de trait d’union entre les humains, l’alimentation est ancrée dans le rituel quotidien de chaque individu. Comme on peut l’envisager de différentes façons, je sais que je ne serai jamais coincée là-dedans. »

Justement, Caroline Champion ne veut pas être « coincée » dans un de ses domaines de compétences ou sujets d’expertise. Après trois années de prépa littéraire, un double master de Lettres et de Philosophie esthétique à la Sorbonne et un MIB Management International à Dauphine, les diplômes ne manquent pas. Entre temps, elle est passée par les cuisines de l’Arpège aux côtés d’Alain Passard et par Fauchon, en tant que manager produit junior. « Je me suis inventée un métier car rien ne correspondait à ce je voulais faire et à ce que je sais faire. La réalité est une. Choisir de l’envisager à travers une fenêtre ne doit pas priver de tout le reste. »

Ce métier se construit tout d’abord avec Convergences Culinaires, sa société de conseil : elle travaille avec des restaurants, épiceries fines et marques de luxe alimentaires pour repositionner leur stratégie et développer leur créativité. Grâce à ses expériences précédentes, elle maîtrise leur langage : « Je sais ce que c’est de travailler en cuisine. Et quand je parle à un cuisinier, je peux utiliser son vocabulaire, je connais les réalités de son métier. Quand je m’adresse à un chef d’entreprise, je parle une autre langue, c’est un autre univers. »

Pour ne pas « faner » dans une activité purement opérationnelle, elle lance son blog Exploratrice de saveurs, avant de publier son premier livre Hors d’œuvre, essai sur les relations entre arts et cuisine (2010). Elle y interroge l’identité du goût, son esthétique. « Il y avait déjà des colloques avec des historiens de l’alimentation, mais personne ne se posait ces questions. Tout le monde parlait d’ « art culinaire », sans s’interroger sur le sens du mot « art ». Quant à la gastronomie, on l’utilise en permanence pour désigner les grands restaurants, alors qu’étymologiquement, c’est la science de l’estomac ! » Revenant sur l’évolution de la notion d’art culinaire, elle a souhaité croisé alimentation et histoire de l’art en retraçant la genèse de « l’art culinaire contemporain. »

ExpérimenTable : « interpeller les gens, investir l’espace public »

« ‘ExpérimenTable’ est une performance destinée à ouvrir un espace de parole au cœur de la ville, à partir d’un moment culturellement fort : le repas.

Le principe :

– réunir trois ingrédients, soit une table, un invité, et un lieu ;

– voir ce qui se passe. » (Début du Manifeste ExpérimenTable, disponible ici).

L’expérience commence lorsque son 20m2 ne lui permet d’accueillir ses amis pour fêter ses 25 ans. Elle décide donc de convier tout le monde au pied de la pyramide du Louvre, « à l’endroit où il y a presque un blanc sonore. Le dîner a pris une tournure imprévisible. L’environnement était plus qu’un décor, il agissait directement sur les invités ». De là naît ExpérimenTable, « toujours pirate, cela fonctionne un peu comme un pop-up. Les gens qui sont là ne sont pas venus pour ça. » Chaque ExpérimenTable a son message, ses recettes et son lieu évidemment. Caroline Champion est notamment passée par SLICK 2009 au 104 (‘Le goût de l’art’), l’exposition de Patrick Guns sur le dernier repas de condamnés à mort (‘Memento Mori’), la ligne 6 du métro de Paris (‘Passages’).

Plus ExpérimenTable grandit, plus l’expérience se transforme, se complète. Caroline Champion détaille « La deuxième moitié de l’orange », performance réalisée au Carré d’Art de Nî

mes, à l’occasion du mois du film documentaire. « C’était une performance destinée à interpeler le public sur les spécificités du documentaire culinaire, ses contraintes et la relation particulière qu’il peut instaurer entre l’œil, le goût, l’odorat et l’imaginaire. Quel goût ont les images ? Voilà la question que j’ai voulu poser, à travers un documentaire réalisé en direct avec le public. Je suis partie des agrumes produits par la famille Bachès, près de Perpignan. Ils cultivent plus de 400 variétés ! Si visuellement ces agrumes sont fantastiques, peu de gens les ont déjà goûtés. Il y avait donc un travail intéressant à faire sur le décalage entre l’image, la vue et le goût. Prenez par exemple la main de Bouddha (image ci-contre) : la vue ne rend pas compte du goûtL’odeur et l’imaginaire fonctionnent comme pont entre les deux.»

L’ExpérimenTable alterne ainsi entre des images projetées, des odeurs d’agrumes, et une dégustation … réalisée dans le noir. Avec en trame de fond des montages sonores réalisé avec le nom des agrumes et des sonnets comme Dansez l’Orange du poète Rilke, « parce que l’imaginaire des mots joue un rôle majeur dans l’expérience du goût. »

Enfin, parce qu’il s’agit de décrypter le processus du film documentaire, l’ExpérimenTable est diffusé en direct sur internet et en duplex, ouvrant l’ExpérimenTable à distance, pour des spectateurs qui ne disposaient alors que des images. « Le documentaire initial était donc prolongé, par un dispositif de mise en abyme. »

 

« Trêve de sémantique élastique ! »

Pour Caroline Champion, la culture française n’est pas qu’une. « Si je devais la décrire par une métaphore, ce serait plutôt une musique qui se développe dans le temps, avec différentes harmoniques qui se combinent par moment, pour former un tout dont l’unité n’annule pas la spécificité de chaque strate. Un peu comme une sonate. Une sonate particulièrement savoureuse. »

Cette métaphore éclaire la vision de Caroline. Son livre Hors d’œuvre s’est dressé contre la « sémantique élastique » attachée à l’art. « Il faut arrêter de brandir le mot « art » comme un fétiche. Quand on me parle d’art culinaire, je veux une définition simple et claire. Quand on parle du travail d’un peintre, d’un musicien ou d’un sculpteur, les choses sont claires. Mais quand on évoque celui d’un ‘artiste’, on ne voit plus du tout ce à quoi on fait référence. C’est comme si le mot « art » ne servait qu’à anoblir l’objet, la cuisine en particulier. »

En croisant ses compétences, sa passion, ses intérêts pour les arts, la mode, la cuisine, Caroline Champion montre que la culture française doit laisser tomber ses barrières, se surpasser sans craindre le jugement. « Si un jour un ExpérimenTable ne fonctionne pas, ce n’est pas un problème : ça fait partie de l’expérience. Il y a donc nécessairement quelque chose à en tirer. » Une André Breton moderne qui nous rappelle Le Manifeste du Surréalisme : « Pourquoi n’attendrais-je pas de l’indice du rêve plus que je n’attends d’un degré de conscience chaque jour plus élevé ? »

Crédits photo : Caroline Champion

Camille Delache

Quelle orientation stratégique pour la francophonie ? Par Damien Soupart

C’est un leitmotiv qui n’est pas une lubie mais bien une nécessité. Maintenant que les périmètres ministériels sont dessinés, que les principaux membres du Cabinet sont nommés[1], il importe d’avoir une idée claire des objectifs qui doivent diriger ce nouveau Ministère.

                  Le premier passage télévisé de Mme la Ministre Yasmina Benguigui, sur TV5 Monde[2], ne m’a pas permis de déceler la présence d’une ligne directrice forte. Un premier entretien est normalement dédié à l’ancrage d’une ou deux idées forces qui font date et qui posent les jalons d’une action ministérielle. Ici, à part l’évocation de « cette belle idée de la francophonie » et sa volonté de « mettre de nouveaux mots, une nouvelle vision sur ce qu’apporte cette langue, bref une nouvelle réflexion », aucun ancrage de ce type à relever. J’espère que cet état de fait n’est dû qu’à la contrainte temporelle que représentent les élections législatives. En effet, deux des quatre membres nommés du Cabinet sont en lice pour ces élections.

Car, au-delà du symbole de cette nomination, et de l’étonnement de la principale intéressée, l’existence même d’un tel Ministère interpelle. C’est la première fois en France alors que dans d’autres pays, que nous parlions des Etats-Unis, des Pays-Bas, du Royaume-Uni, du Maroc, de la Chine, de la Russie ou de l’Inde, c’est une fonction importante qui existe depuis fort longtemps. Pourquoi ?

La diaspora ne doit pas être considérée seulement à travers des propos numéraires. Elle doit représenter, ipso facto, la pointe avancée de notre dispositif français à l’étranger. Susan Strange, brillante auteure théoricienne des relations internationales, établissait quatre piliers quant au « pouvoir structurel » d’un Etat : sécurité, savoir, production et finance. Une vision dynamique de la diaspora repose obligatoirement sur la dimension du savoir, savoir que cette diaspora est capable d’apporter aux autorités nationales du fait de sa présence à l’étranger. Néanmoins, les dimensions sécurité, production et finance sont exercées, in fine, par des personnes. Avec un univers mental propre et commun à chaque ressortissant français. Dès lors, la présence d’une diaspora active dans des lieux où s’exercent « le pouvoir structurel », pour peu qu’elle ait reçu des objectifs clairs, représentera un avantage comparatif déterminant.

L’Inde, que l’on présente souvent comme « une puissance d’équilibre », use brillamment de sa diaspora[3]. Elle sait qui est ou et qui fait quoi[4].

Le récent entretien donné par M. le Ministre des Affaires Etrangères[5], Ministre de tutelle de Mme Benguigui, va indirectement dans ce sens. Lorsque M. Fabius dit qu’il faut approfondir nos relations avec le Brésil, le Mexique, la Chine, l’Inde, le Japon, l’Indonésie, l’Afrique du Sud et les pays de la rive Sud de la Méditerranée[6], la question du comment se pose. L’arme de la diaspora se révèle alors être une évidence. Une évidence doublée d’une urgence. La France est désormais isolée[7], comme l’a révélé incidemment le récent concours de l’Eurovision. A nous de changer le cours des choses.

Damien Soupart

[1]http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=?cidTexte=JORFTEXT000025919667&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id
[2] http://www.lepetitjournal.com/elections-2012/108132-video.html
[3] http://echogeo.revues.org/11329
[4] http://www.diplomatie-presse.com/?p=1018
[5] http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/le-ministere/l-equipe-ministerielle/laurent-fabius/presse-et-media-21596/article/entretien-de-laurent-fabius-avec-99998
[6] « Aux Amériques, nous voulons approfondir nos relations avec, notamment, le Brésil et le Mexique. En Asie, tout en soulignant l’importance évidente de nos relations avec la Chine et l’Inde, je veux insister sur le Japon, troisième puissance économique du monde, grande démocratie, avec laquelle nous voulons développer une relation exemplaire. D’une façon générale, nous intensifierons nos liens avec les « nouveaux émergents », comme l’Indonésie ou l’Afrique du Sud, sans oublier nos partenaires de la rive sud de la Méditerranée ».
[7]  http://www.lenouveleconomiste.fr/la-france-est-apparue-bien-seule-15033/

Une excellente initiative, par Damien Soupart

J’ai découvert récemment l’existence d’une association française, dénommée C.O.U.R.R.I.E.L[1] (Collectif Unitaire Républicain pour l’Initiative et l’Emancipation Linguistique). Cette initiative a vu le jour en mai 2009, grâce à la volonté d’un enseignant lensois, Georges Gastaud[2].

Cette jeune association a eu la bonne idée, à l’approche des élections présidentielles et législatives, de publier un manifeste qui regroupe quelques propositions concrètes pour défendre la langue française au quotidien. Sans verser dans l’incantatoire, sans occasionner des coûts supplémentaires, cette association nous montre avec une simplicité désarmante que le respect de l’article 2 de la Constitution (« La langue de la République est le français ») n’est qu’une question de vigilance et de volonté.

De façon cohérente, la première proposition concerne « la loi Toubon ». Il conviendrait non seulement de l’appliquer « à la lettre » mais aussi de permettre aux citoyens de « relever et de transmettre les infractions ». Je trouve cette idée intéressante car elle fait du citoyen lambda un être responsable capable de faire entendre ses plaintes à chaque fois qu’il juge en son for intérieur que la langue de la République est bafouée. Assortir « les aides publiques aux entreprises » d’une condition de respect de la langue est une idée toute aussi cohérente.

A l’idée de « redonner du souffle au rêve francophone », je ne puis qu’acquiescer. Même s’il ne suffirait pas simplement de promouvoir « une politique des visas étudiants généreuses », l’idée initiale est capitale. Malheureusement, le programme d’action détaillé existe déjà. En effet, tous les deux ans environ, M. le Premier Ministre ou M. le Ministre des Affaires Etrangères et Européennes commande un rapport d’une centaine de pages sur la Francophonie. Le dernier que j’ai lu, intitulé de façon lucide « Pour une Renaissance de la Francophonie »[3], énumère toute une liste de bonnes et utiles actions à mettre en place pour que rayonne le « rêve francophone ». L’idée de « visa francophone » y est également présente. Malgré ce concentré de bonnes intentions, il est clair que ce rapport est resté lettre morte.

Pourquoi ? Car il faut bien se rendre compte que dans la vie publique, ce ne sont généralement pas les politiques généreuses qui tiennent sur le long terme. C’est sans aucune volonté moralisatrice que je le dis mais, la France et plus particulièrement la langue française doivent se mobiliser et s’organiser pour aller au-delà des idées généreuses. Qu’il faut de la stratégie et des tactiques pour transformer ces idées généreuses en politiques viables et opérationnelles. Que « sortir des institutions dans lesquelles le français n’est pas une langue de travail » est une erreur plus qu’une solution idoine. Il faut bien se rappeler que la situation de la langue française dans les Organisations Internationales n’est que le reflet d’une époque historique, en l’occurrence celle de l’immédiat après-guerre. Que cette époque est passée et que nous avons oublié qu’une situation historique n’est que la résultante d’un rapport de forces soumis à un savant équilibre instable. Que l’Agence Internationale de l’Energie Renouvelable (AIER) ne compte pas parmi ses langues de travail le français est un échec qui vient confirmer la déréliction de l’esprit de nos décideurs, qui déconsidèrent avec insistance le socle de notre identité.

Néanmoins, sur les conseils éclairés de Spinoza, « ne pas déplorer, ne pas rire, ne pas détester mais comprendre ». Ce cas d’école de l’AIER est un défi, un de plus, à relever.

A un niveau national, une réflexion serait à engager sur la réelle utilisation que nos fonctionnaires font de la langue française au sein des Organisations Internationales où le français est une des langues de travail. Au sein de l’Union Européenne par exemple[4].

A un niveau international, il serait heureux de se questionner sur le fait que la première présidente de l’AIER ait été française. N’y a-t-il pas là un paradoxe affligeant ? Une fois la réponse digérée, nous serions bien inspirés de conquérir pour la langue française ce fameux statut de langue de travail au sein de l’AIER. Ce serait là un exercice formateur pour nos élites. A une échelle plus grande, l’Organisation Internationale de la Francophonie trouverait enfin une action légitime d’influence à mener en faveur de notre langue commune. Car, sur 91 membres de l’AIER, 29 sont membres de l’Organisation Internationale de la Francophonie. Seulement 26 appartiennent au Commonwealth…

 Damien Soupart

La guerre culturelle remise au goût du jour : Frédéric Martel n’aime pas le sarkozysme culturel

En janvier, Frédéric Martel publiait J’aime pas le sarkozysme culturel. L’homme, un auteur pertinent et dont la vision sur les problématiques culturelles change de ce qu’on entend/lit généralement. Que ce soit avec Mainstream  ou De la culture en Amérique, il donne à la culture un sens pragmatique qu’on oublie souvent. Par exemple, les questions d’influence culturelle sont soulevées, ce qui n’est toujours pas au cœur de l’actualité française (non, non, on oublie les Instituts français).

Petite revue de ce livre-enquête.

Une volonté militante

J’aime pas l’aspect militant qui pose parfois un filtre sur certains faits. Même si l’anecdote sur l’attitude de Sarkozy pendant les dîners « intellectuels » à l’Elysée est drôle à souhait, elle ne confirme que l’aspect « bling bling » de la médiatisation du désormais candidat-président.

A la décharge de l’auteur, l’aspect militant est annoncé dès le début du livre. Page 11, il nous dit en effet « Je suis de gauche et je l’assume. Mais je veux conserver également quel qu’en soit le prix, mon indépendance et ma liberté. Ce livre n’est pas contre la droite, il est contre un système et certaines de ses dérives : le sarkozsyme culturel ». Si François Hollande devient président, il s’engage même à écrire « J’aime pas le socialisme culturel » !

Mis à part le voile militant qui touche certains sujets, j’aime le caractère d’enquête du livre, comme tous ses livres. Il a compilé, analysé des dizaines d’articles, d’interviews pour en arriver à un résultat agréable. En somme, du vrai journalisme !

En outre, quelques réflexions et analyses sont à mettre en avant : la piqûre de rappel sur la mise en place d’Hadopi et « l’accumulation des erreurs » fait du bien en temps de campagne présidentielle. De la même manière, les potentiels thérapeutiques de la culture sont sous-entendus lorsqu’il évoque le débat autour de l’Islam et de l’identité nationale. La culture peut avoir un aspect positif qui a été complètement oublié dans ce débat !

                        Vers une guerre culturelle affirmée ?

Surtout, j’aime l’acception de la culture qui apparaît en filigrane dans le livre. Il ne s’agit ni de culture savante ou de culture populaire, il ne s’agit pas non plus de la catégoriser par « type » (musique, lettres, théâtre, etc.). Plutôt, elle est conçue comme un outil puissant, permettant de quadriller et recouper la société française.

Par voie de conséquence, il n’hésite pas à évoquer « la guerre culturelle » et numérique menée par Nicolas Sarkozy. La chose est à mentionner car cette vision n’est pas courante en France (ce n’est pas pour rien que l’expression « soft power » nous vient de l’autre côté de l’Atlantique). Même si je vous incite à lire le livre, Frédéric Martel nous livre une véritable cartographie de l’environnement médiatique, culturel et numérique de Nicolas Sarkozy. Cet environnement est composé de personnes diverses, Denis Olivennes par exemple, d’entreprises culturelles comme Europacorp ou encore d’agences de communication comme Image 7. Ainsi, par un maillage habile, Nicolas Sarkozy et ses proches contrôleraient une partie non négligeable des leviers de l’influence culturelle en France.

Si cet aspect n’est pas nouveau, il est ici illustré habilement afin de souligner les capacités « d’attaque » culturelle et médiatique.

La guerre culturelle est-elle pour bientôt ? Les semaines à venir nous le diront !

Pour plus d’informations : le site de Frédéric Martel http://www.fredericmartel.com/

Culture et numérique : quelles pratiques culturelles et quels changements ?

A l’heure de la dématérialisation des contenus et de l’émergence de nombreux projets culturels numériques, le numérique est devenu une question centrale dans le milieu culturel mondial. Il ne cesse d’envahir le secteur culturel, que ce soit dans le processus de création ou dans le contact aux produits culturels. Le lancement du Google Art Project répond de cette logique : « Explore museums from around the world, discover and view hundreds of artworks at incredible zoom levels, and even create and share your own collection of masterpieces. »[1]

Qu’en est-il alors des pratiques culturelles à l’heure du numérique ?

Selon Olivier Donnat, sociologue au Département des études, de la prospective et des statistiques (DEPS) du Ministère de la Culture, le numérique encourage les Français à pratiquer une culture d’écran. Alors que plus d’un tiers des Français utilisent Internet tous les jours, les pratiques culturelles convergent vers le « visionnage d’images et écoute de musique bien entendu, mais aussi lecture de textes ou pratiques en amateur, sans parler de la présence désormais banale des écrans dans les bibliothèques, les lieux d’exposition et même parfois dans certains lieux de spectacle vivant. »[2] Le succès des tablettes numériques type iPad d’Apple ou Galaxy Tab de Samsung témoigne de cette tendance, les ventes pour le seul iPad s’élevant à 400 000 en 2010,[3] avec une augmentation de 150 % en 2011.[4]

Toutefois, l’impact du numérique sur les pratiques culturelles n’est pas si significatif, n’en bouleversant pas la structure générale. « Les seules véritables ruptures concernent la durée d’écoute de la radio qui a baissé de manière importante et celle de la télévision qui marque le pas après la spectaculaire progression des dernières décennies. »[5]

Outre ces données, la modification principale procède de l’écart grandissant entre les pratiques culturelles par générations.

Ainsi, Olivier Donnat distingue trois âges médiatiques au sein desquels se partagent les différentes générations. Alors que la génération des baby-boomers a connu le développement des industries culturelles et l’émergence d’une culture juvénile centrée sur la musique, la génération des personnes entre 30 et 40 ans appartient au second âge médiatique : elle a vécu les transformations audiovisuelles des radios et télévisions privées et du multiéquipement. Dès lors, cette dernière s’est saisie des opportunités offertes par la culture numérique. Enfin la génération des moins de 30 ansdigital natives – a grandi au milieu du multiéquipement tout en étant marquée par la dématérialisation des contenus et la généralisation de l’Internet à haut débit : c’est le troisième âge médiatique.

L’entrée dans le troisième âge médiatique coïncide avec plusieurs dynamiques nouvelles pour le monde culturel :

–       Une opportunité de création plus grande : le numérique offre de nouveaux possibles. Par exemple, le Festival et lieu Seconde Nature à Aix-en-Provence a saisi cette opportunité en célébrant les arts numériques et les cultures électroniques.

–       De nouveaux moyens de communication : promouvoir l’offre culturelle via de nouveaux supports, à l’instar de la Communauté Louvre (aujourd’hui fermée)

–       De nouveaux moyens de financement : entre autres, le modèle participatif de MyMajorCompany ou de Weareproducteurs

–       Mais aussi de nouveaux défis : lutter contre le piratage des œuvres culturelles et affirmer le droit d’auteur sur Internet, nœud pour le moment indémêlable pour les sphères politiques.

Pour conclure sur cette brève note sur les défis de la culture face au numérique, j’évoquerais le dernier livre de Frédéric Martel, J’aime pas le sarkozysme culturel. Il y décrit l’énergie concentrée autour du projet Hadopi et notamment ses difficultés. Comment un ministre de la culture qui ne « pratique » pas le numérique – il n’aurait pas d’ordinateur – peut prendre en main ces questions ? Pourquoi la sphère politique – plus dans sa communication que dans ses actions – se saisit-elle du numérique comme d’un problème et non comme une nouvelle ressource ? Malgré tout, un nouveau souffle semble apparaître : le Ministère vient de lancer son second appel d’offres « services numériques culturels innovants » pour « développer des usages culturels numériques innovants en s’appuyant sur des contenus numérisés disponibles. »


[1] Blog « Carpewebem » Nous traduisons : « Explorez les musées partout dans le monde, découvrez et admirez des centaines d’œuvres d’art à des niveaux de zoom incroyables et créez et partagez votre propre galerie. »
[2] DONNAT Olivier, « Les pratiques culturelles des Français à l’ère numérique », Culture études, mai 2005,
[3] Blog « Electron libre »
[4] POGGIASPALLA Guillaume, « Marché des tablettes : Apple en tête, Android progresse », Blog Tablette tactile.net
[5] DONNAT, op.cit., 2005, p11