La lente marche du redressement créatif : l’année 2013 vue par la Baguette culturelle

La nouvelle année approchant à grands pas, la Baguette culturelle s’est prêtée au jeu du « meilleur de 2013 ». En revenant sur les événements qui nous ont marqués, l’année n’est pas si sombre qu’elle n’y paraît. De nouveaux modèles économiques sont apparus (ou se sont ajustés) répondant aux exigences de responsabilité, de démocratisation, de proximité. La créativité est toujours là et ne cesse de se manifester : par les artistes, pour le financement, pour la création ou seulement pour tester. Voilà plus d’un an qu’Aurélie Filippetti appelait au redressement créatif. Au regard de ce que nous décrivons ci-dessous, celui-ci est en marche : pas seulement en France certes, mais une marche lente et sûre semble se profiler (espérons-le !).

Les industries culturelles et créatives : objet d’étude par le secteur marchand

Fait remarquable en 2013, le secteur marchand se penche sur un décryptage des industries culturelles et créatives (ICC). En publiant son panorama économique des ICC, EY atteste leur importance grandissante et leur place « au cœur du rayonnement et de la compétitivité de la France ». Si vous ne l’avez fait pas encore, découvrez leur site France créative ou l’étude elle-même : Capture d’écran 2013-12-31 à 07.37.31

Pour une consommation musicale responsable ? L’exemple de Piers Faccini

Comme nous l’avions évoqué en septembre, en lançant son propre label Beating Drums, le musicien incarne un nouveau modèle d’artiste, plus engagé, plus proche de son audience, plus libre et plus créatif. Conscient des évolutions du marché, il prône une industrie musicale plus proche des artistes et du public, qu’il compare à l’achat de fruits et légumes directement aux producteurs locaux, démarche résumée dans son texte intitulé « Why Music is Food » :

« Le nouveau modèle économique de la musique se fonde clairement sur les relations et le partenariat entre tous les amoureux de la musique – auditeurs et créateurs. »

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La culture libre ? Pour la danse aussi avec Re:Rosas de Keersmaeker !

En juin 2013, la chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker a lancé Re:Rosas, un appel à remixer la pièce qui l’a rendue célèbre voilà 30 ans Rosas danst Rosas. Pour ce faire, tout est à votre disposition : mouvements, intention, musique et enchaînement sur le site créé pour l’occasion. Grâce à ce projet, la danse se met au goût du jour de la culture libre et ouverte en se réinventant. Pour avoir expérimenté ce projet avec ma compagnie Danse en Seine, je reviendrai plus longuement sur cette expérience dans un prochain article. En attendant, (re)découvrez la célèbre vidéo :

Les galeries d’art investissent le web

L’année 2013 marque aussi l’ouverture en masse des galeries d’art en ligne. Amazon a ouvert le bal en grandes pompes en août 2013. Pari difficile que de se confronter à l’œuvre en ligne et encore plus de l’acheter, deux acteurs français ont fait du bruit en se lançant dans l’aventure : Artistics, start-up rencontrée sur ce blog qui veut s’adresser à un nouveau type de collectionneur, et Artsper, qui veut « décomplexer l’art contemporain ». La bonne nouvelle est que les artistes se prêtent au jeu, voyant de nouveaux moyens de promotion s’ouvrir à eux. Quant aux résultats, 2014 nous le dira … amazon art

Des écrivains pour sauver la ville de Détroit ? Le projet Write-a-House

Ville officiellement en faillite, Détroit a besoin de retrouver son attractivité. Ville créative cependant, elle ne manque pas d’inspiration (The Heidelberg Project en est un bon exemple). Ce sont aujourd’hui les écrivains qui viennent à son secours, autour du romancier Toby Barlow, en proposant d’y installer une maison de résidence pour deux ans minimum. Dès le printemps 2014, les esprits créatifs pourront postuler et rejoindre la future communauté littéraire du Michigan. Symbole du renouveau perpétuel qu’offre l’alliance ville & culture, le projet Write-a-House redonne un nouveau souffle culturel à la ville. Découvrez la vidéo de promotion et leur campagne de levée de fonds :

L’institutionnalisation du crowdfunding … et de l’économie de l’entre-deux ?

Le 30 septembre 2013, la Banque publique d’investissement (BPI) lançait la plateforme Tous Nos Projets à l’occasion des Assises de la Finance participative. A cette occasion, La Baguette culturelle revenait sur l’apparition de cette économie de l’entre-deux : entre le marchand et le non marchand ; entre le profit et le participatif; plus collaborative et plus connectée; mais qui bouscule les modèles traditionnels. Tous les acteurs de la finance participative étaient présents et ont encouragé le gouvernement à légiférer. Comme le dit si bien Fleur Pellerin à Particeep, une ordonnance de simplification devrait être prise début 2014 : Et la francophonie dans tout ça ? L’année 2013 aura été paradoxale pour le monde de la francophonie. Jamais autant de personnes n’auront prononcé ce mot, jamais autant d’initiatives n’auront vu le jour en une seule année. Pourtant, peu d’entre nous sont capables de verbaliser et de donner corps à cette réalité démographique, économique et culturelle. L’année 2014 sera décisive pour cette notion de francophonie, notamment en France. Si rien n’est fait pour développer chaque branche de la francophonie en France, alors elle lui échappera, irrémédiablement. Et le centre de gravité se déplacera paradoxalement au-dessus de l’Océan Atlantique…

La place de la langue française sur Twitter, dernier trimestre 2013

Dans le sempiternel débat qui agite la communauté de la langue française autour de sa place (relative) dans l’univers des langues, ce graphique (issu d’un résultat brut trimestriel) permet d’enrichir les discussions classiques. Il met en exergue deux faits principaux, qui peuvent être pris comme des signaux faibles :

  1. La langue anglaise ne représente que 34% des gazouillis sur Twitter lors du dernier semestre 2013.
  2. La langue française n’arrive qu’en 7ème position des langues utilisées par les utilisateurs de Twitter, derrière des langues telles que l’espagnol, le portugais, l’arabe ou le malaisé.

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Le poids économique de la langue française dans le monde

L’étude de la Fondation pour les études et recherches sur le développement international du même nom apporte plusieurs éléments nouveaux, non verbalisés jusqu’alors. Capture d’écran 2013-12-30 à 16.16.33

  1. Elle tranche et propose une nouvelle carte de l’espace francophone (EF), qui ne serait composé que de 33 pays, dont certains non membres de l’OIF, comme l’Algérie.
  2. C’est la première fois que des chercheurs essaient de quantifier la part du commerce imputable à une langue commune. Ainsi, « l’existence même de l’EF permettrait d’accroître la part du commerce du pays de l’EF de 17%, entre 2000 et 2009.
  3. Enfin, il semblerait que l’appartenance à l’EF ne diminuerait que très faiblement le taux de chômage des pays de l’EF (environ 0,2 point).

Merci à tous d’avoir suivi la Baguette culturelle et à bientôt pour la suite des aventures !

Camille Delache & Damien Soupart

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ExpoFrance2025 : le soft power à la française est de retour !

Voici quelques semaines que le terme « ExpoFrance2025 » s’affiche sur mon chemin : dans ma veille, sur Twitter, dans les rencontres et ce matin en haut de la Tour Eiffel pour les 50 ans de France Inter via son porte-parole, le mathématicien Cédric Villani.

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L’initiative ExpoFrance2025 réunit de nombreuses personnalités, entreprises autour du projet de candidature de la France à l’Exposition Universelle de 2025. Jean-Christophe Fromatin, député-maire de Neuilly-sur-Seine à l’initiative du projet, définit le concept comme suit :

« Mettre en scène l’exceptionnelle richesse de notre patrimoine à travers les technologies numériques d’expression et de communication pour permettre aux civilisations de se retrouver et d’échanger. L’idée nouvelle : réemployer de façon éphémère les infrastructures du Grand Paris et les monuments des grandes villes françaises. « Nos gares, nos monuments, nos espaces publics… accueilleraient des délégations du monde entier qui mettraient en scène leurs cultures et leurs innovations. Ainsi, cette exposition serait pleinement universelle. »

Surtout, le site internet témoigne de l’énergie existante autour d’un projet bien pensé, bien planifié et très enthousiasmant :

  • 3 porte-paroles officiels, grands noms de la culture française : la navigatrice Maud Fontenoy, la chef 3 étoiles Anne-Sophie Pic et le mathématicien Cédric Villani
  • Un calendrier général bien au point :

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  • Des soutiens affichés : plus de 2 000 personnes, des partenaires entreprises (LVMH, Carrefour, SNCF, Groupe Clarins, …), des grandes écoles, et des institutionnels.

A l’heure où le concept de France créative connaît un grand succès, où les industries culturelles et créatives pèsent de plus de plus, la Baguette culturelle ne pouvait que se réjouir de cette initiative.

Plusieurs fois sur ce blog, j’ai souligné l’importance des ICC dans notre économie (« Dynamiser l’économie numérique : un enjeu économique et culturel », juillet 2012 et « La culture francophone, pouvoir d’influence au service de la compétitivité économique » en mai 2013) mais aussi dans notre diplomatie et notre influence (« Du besoin d’une culture rayonnante, et pourquoi pas la France ? » en avril 2012).

Le soft power à la française est de retour : à nous de le soutenir !Camille Delache

 

Les pouvoirs de la culture : retour sur les moments forts du Forum d’Avignon

Depuis vendredi, La Baguette culturelle était présente à la sixième édition « Les pouvoirs de la culture » des rencontres du Forum d’Avignon, laboratoire d’idées sur la culture et l’économie. Retour sur les moments forts du Forum.

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1. Le premier débat “Pas de politique sans culture” avec Erik Orsenna, Badr Jafar, Chetan Bhagat, modéré par Denise Bombardier

Peut-être le débat le plus concret du forum, mettant ensemble un économiste, un business man et un écrivain, quelques morceaux choisis ci-dessous :

« Un des éléments de la culture, c’est de passer de la dépression à la fierté »

« La culture a besoin du secteur public surtout pour fixer les règles du jeu et pour garantir le long terme »

« Pourquoi ne pas redéfinir le ministère de la culture ? Notre sentiment d’éternité n’est pas bon »

Erik Orsenna

« Le secteur privé a peur de la Culture en Inde »

« Besoin d’une grande psychothérapie pour la culture indienne : servilité, éducation de castes… »

Chetan Bhagat

« La culture c’est être en éveil, avoir une vision et savoir ensuite l’appliquer au politique, elle surpasse souvent les contraintes et les privations de liberté. »

« La diplomatie culturelle doit permettre d’importer des cultures dans nos pays mais aussi d’exporter la notre. Il n’y a pas de ministre de la culture aux Etats-Unis et leur culture s’exporte dans le monde entier »

Badr Jafar

2. Itay Talgam lançant le hackathon

Comme l’année passée, le chef d’orchestre israélien nous donne une petite leçon de savoir vivre et de management avec le grand Leonard Bernstein :

Retrouvez d’ailleurs son TEDX ici « Diriger comme un grand chef d’orchestre »

3. La présence de Lawrence Lessig

Intervenant lors de la première table ronde, le fondateur des Creative Commons revenait au Forum d’Avignon après 4 ans … mais sans pour autant nous secouer de ses grandes idées. Peut-être l’année prochaine ?

4. L’étude de Louvre Alliance pour un ministère de l’Esprit

Etude sans chiffre (un peu de poésie dans ce monde de chiffres ne fait jamais de mal), elle encourage un discours amoureux sur la culture en Europe. La préconisation principale du rapport est de créer un « ministère de l’esprit » en Europe. Pourquoi ce terme ? « Car le mot ‘esprit’ se situe hors de tout pouvoir mais dans le champ de la puissance. »

Retrouvez l’étude de Louvre Alliance Culture, territoires & pouvoirs : l’esprit d’Atlas ici

5. Le ministre de la culture sénégalais Abdoul Aziz Mbaye

Intervention rafraichissante et stimulante, le ministre de la culture sénégalais commence son discours par :

« Je suis très heureux d’être sortie du conclave car je suis maintenant protégé par la liberté d’expression de l’Université d’Avignon. »

Pour lui la crise actuelle est la première à toucher toutes les cultures, y compris l’Occident. Elle teste les cultures, y compris les plus solides.

Les conséquences sont là : les dominants ne sont plus les dominants, les pays européens ne « soutiennent » plus le développement de l’Afrique car la Chine les a remplacé.

« Elle va même nous accompagner dans la construction d’un musée des civilisations noires et laisse libre cours à notre imagination. » Et cela va fonctionner car « beaucoup de jeunes veulent de l’autodéveloppement et pas du développement. »

Et de conclure brillamment :

«  Ne vous laissez impressionner par personne, vous, jeunesse d’Europe. Revendiquez qui vous êtes d’abord c’est l’engagement qui fera de vous des acteurs du changement. »

6. L’événement croqué par les dessinateurs de Cartooning for Peace

Conçue par le dessinateur français Plantu, Cartooning for Peace est une initiative née le 16 octobre 2006 au siège de l’ONU à New York. Organisée par Kofi Annan, alors Secrétaire général de l’ONU, une conférence de deux jours réunit 12 des dessinateurs de presse les plus renommés au monde pour « désapprendre l’intolérance ».

Liza Donnelly pour le Forum d'Avignon 2013

Les dessinateurs ont accompagné la sixième édition du Forum de leurs dessins et de leur humour.

Retrouvez le site de Cartooning for Peace ici.

Seul petit bémol : le manque de représentation des acteurs de l’entre-deux.

La Baguette culturelle se penche sur les questions liées à cette économie émergente entre intérêt général et secteur marchand, entre petites associations et grosses machines. Les industries culturelles et créatives de demain sont aussi là et il serait bon de ne pas les oublier.

Voilà, la sixième édition du Forum d’Avignon s’achève aujourd’hui. Merci d’avoir accueilli la Baguette culturelle, de l’avoir suivi, lu, retweeté.

Camille Delache

Forum d’Avignon 2013 : rencontre avec la start-up GuestViews

Pour la première fois cette année, le Forum d’Avignon organise un hacktahon et a invité la start-up « Guest Views » à plancher sur un des sujets « Prescrire la culture ». Rencontre avec celle qui veut « réinventer la relation entre les lieux culturels et leurs visiteurs ».

logo-gv-line-BK-2000 GuestViews a pour ambition de créer un lien durable entre les visiteurs et les institutions culturelles en proposant une application sur site qui collecte les informations des visiteurs. Concrètement, le public accède à la tablette après l’exposition et donne son retour « à chaud » sur son expérience culturelle (avis général, œuvre préférée, évaluation de la visite et du lieu).

Les institutions culturelles, elles, récupèrent des bases de données et des analyses de leur vivier de visiteurs, méthodes encore peu exploitées dans le secteur culturel (et oui, on en revient toujours aux data !) Elles utilisent GuestViews pour exploiter les leviers de satisfaction de leurs visiteurs et entrent ainsi dans un dispositif de marketing relationnel.

Quelques questions aux fondatrices, Alizée Doumerc et Camille Caubrière :

Comment vous est venue l’idée de GuestViews ?

« L’idée est née de manière empirique. Nous avons toutes les deux travaillé plusieurs années dans le secteur culturel et notamment dans les lieux d’expositions. En observant le parcours des visiteurs, nous avons remarqué qu’il n’y avait peu d’outils permettant de récupérer des informations sur eux. Les outils mis en place étaient la plupart du temps désuets et incomplets (fiches de contact), inexploitables (livres d’or), très onéreux (études sur les publics) ou peu représentatifs des visiteurs physiques (fans sur les réseaux sociaux).

Dans une période de crise économique, nous avons cerné un besoin : celui de rationaliser et valoriser les flux d’informations qui émanent des visiteurs, de les transformer en ressources et ce, grâce au potentiel du numérique. »

En 3 mots, comment décririez-vous GuestViews ?

– fiable

– interactif

– modulable

En quoi le CRM va t-il permettre aux musées de se rapprocher de leur public ?

« GuestViews est à la fois un outil qualitatif de prolongement de visite et un outil de CRM. GuestViews n’est pas un outil de médiation, qu’elle soit physique et intime (via un médiateur) ou matérielle (audioguides, applications de visite).

C’est un outil participatif de collecte de données sur les visiteurs (réaction, satisfaction, comportement) qui va permettre aux musées de mieux comprendre les attentes des visiteurs tout en améliorant leur expérience de fin de visite (souvent bâclée). En donnant la parole aux visiteurs, GuestViews implique le public directement à l’amélioration de l’offre et de l’expérience au sein des lieux culturels. »

Une fois l’outil CRM implanté et efficace dans un musée, quelle est la prochaine étape selon vous ?

« La prochaine étape : continuer de développer et d’apporter des améliorations à notre outil. Viser les pays culturellement dynamiques à l’échelle européenne (Suisse, RU par exemple) puis le marché international.

Se focaliser ensuite sur les utilisateurs en leur proposant un site complet sur lequel ils peuvent interagir, recevoir des recommandations en fonction de leur goût pour offrir à terme une nouvelle forme de prescription culturelle. »

Elles vous présentent leur outil à la Paneterie du Palais des Papes pendant tout le forum et participent au Hackathon (résultats demain à l’Université d’Avignon).

Pour plus d’informations :

www.guestviews.co

Suivez-les sur Facebook et Twitter

Contactez-les : alizee@guestviews.co et camille@guestviews.co

Camille Delache

Le Forum d’Avignon 2013, c’est aujourd’hui : les pouvoirs de la culture

Dès cet après-midi, le Forum d’Avignon s’ouvrira au Palais des Papes d’Avignon sur les pouvoirs de la culture. Suivez les débats et les aventures du Forum sur La Baguette culturelle, mon compte Twitter, et en Live sur le site du Forum.

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Retrouvez le programme ici

« Premier débat cet après-midi « Pas de politique sans culture » :

Si l’association de la culture et du politique a produit le meilleur comme le pire en magnifiant ou manipulant patrimoine et création au gré des régimes, elle reste indispensable. La réduire à son rôle dans le développement économique, à la fierté d’appartenance ou au rayonnement international nierait sa spécificité alors qu’elle appelle à jouer un rôle constructif dans le monde qui se met en place.

Mais à l’heure de la mondialisation, quelle place tient la culture dans le politique et le politique dans la culture ? 

Avec la participation de : Erik Orsenna, Badr Jafar, Chetan Bhagat, Denise Bombardier »

En attendant, retrouvez les études réalisées pour l’occasion :

  • Créateurs, producteurs, distributeurs, consommateurs, pouvoirs publics… Qui détient le pouvoir ?
     par Kurt Salmon

  • Les nouvelles prescriptions : De l’abondance à la découverte
     par Bain & Company

  • Comportements culturels et données personnelles au coeur du Big data. Entre la nécessaire protection et une exploitation au service des nouveaux équilibres économiques par Ernst & Young

  • Culture, territoires et pouvoirs – L’esprit d’Atlas par Louvre Alliance

Camille Delache

Un texte un jour se lance en anglais : news des (ré)enchanteurs !

Depuis bientôt 2 ans, la Baguette culturelle rencontre des (ré)enchanteurs : ces personnes qui imaginent, créent et développent des projets et des innovations qui font avancer les industries culturelles et créatives. Aujourd’hui nous vous donnons de leurs nouvelles.

Il y a de ça quelques semaines, La Baguette culturelle avait rencontré Sarah Sauquet, professeur de français qui s’était lancée dans une épopée numérique en créant des applications mobiles pour revivre les grands classiques de la littérature et de la poésie (pour relire l’article, c’est ici).

Elle donne nous aujourd’hui de ses nouvelles en lançant sa nouvelle application en anglais : A Text a Day !

Capture d’écran 2013-11-14 à 08.00.01Comme les autres, elle se veut un rendez-vous littéraire quotidien avec un texte d’une quinzaine de lignes, une biographie de l’auteur et une bonne dose de jeu pour voir et revoir nos classiques.

Retrouvez le communiqué de presse de lancement de l’application A text A day, l’application sous iPhone et sous Android.

Bonne chance à elle pour cette nouvelle épopée.

Camille Delache

Piers Faccini, la poésie de l’art partagé

Être un artiste aujourd’hui est soumis à de multiples tensions : entre nécessité commerciale et volonté artistique, entre partage des créations et nécessaire rémunération, entre standards des gros réseaux de distribution et  concepts plus personnels. Piers Faccini est de ceux qui jouent entre ces lignes pour imposer sa vision d’une musique ouverte, vivante et poétique.

Piers Faccini

Dès le début de sa carrière dans les années 2000, Piers Faccini porte une musique “cocoon” dont la poésie vous emmène dans son jardin secret. Comme l’écrit si bien Tôt ou Tard, son ancien label :

“La musique de Piers Faccini ne passe jamais en force. Elle suggère, frôle, évoque sans insister, à tel point que l’on ne sait plus si ce sont la joie ou la peine qui ont provoqué nos larmes inattendues.”

Pour avoir assisté à de nombreux concerts ces dernières années, aucun ne se ressemble. Il nous accueille toujours dans des salles de taille moyenne pour pouvoir être au plus prêt et nous laisser profiter. Ce partage se traduit aussi par ses nombreuses collaborations artistiques hors et sur scène : Vincent Segal, Francesca Beard et surtout Dom La Nena, sa petite protégée.

Beating Drum Piers FacciniAu fil des années, il a inventé un nouveau modèle d’artiste dans la société. Traduction concrète de ce « positionnement » : il a lancé début 2013 son propre label Beating Drum. Comme il le dit si bien sur la blog La maison jaune :

 » Alors, avec maintenant un peu d’expérience du web, sur mon site et les réseaux sociaux où j’ai testé certaines choses, regardé les retours et les commentaires, en parlant beaucoup avec les gens à la sortie de mes concerts – toujours ce dialogue que je privilégie depuis des années, j’ai commencé à réfléchir à un autre modèle.  Par exemple si je conçois pour ce public que je commence à bien connaître un objet un peu spécial, disons un concept-album très personnel, la maison de disques va me dire qu’avec les 500 exemplaires espérés à la vente, ils ne peuvent pas vivre. Mais moi oui !  Avec une petite structure, en faisant beaucoup de choses moi-même, avec une souscription et de la vente directe sur mon site ou à la sortie des concerts, c’est jouable : le modèle économique n’est plus le même. « 

Cette expérience du web se retrouve sur la communauté qu’il anime quotidiennement : contenus éditoriaux de qualité sur les réseaux sociaux, site internet régulièrement mis à jour, une playlist sur Sound Cloud et surtout … le partage de nouveaux titres en téléchargement gratuit. Il montre ainsi qu’un artiste n’est pas dans la société qu’au moment de la sortie d’un nouvel album. Plutôt, il écoute, échange et partage avec elle de façon régulière.

Piers Faccini porte ce nouveau modèle d’artiste encore plus loin. Il n’est pas seulement musicien mais aussi photographe, peintre et créateur d’objets d’art non identifiés. C’est dans un univers personnel qui va bien au-delà de sa musique qu’il nous emmène désormais, symbole de sa démarche singulière.

Piers Faccini silhouette

En somme, Piers Faccini incarne une nouvelle génération d’artistes qui partage, qui interagit, qui invite et qui ne s’isole pas dans un cocoon industriel, aussi poétique soit-il. A quand une diffusion à grande échelle ?

Cela fait un moment que je voulais évoquer le cas Piers Faccini : à une semaine de la sortie de son nouvel album et au lancement de son propre label, voilà chose faite. En attendant lundi je vous invite à découvrir ses dernières chansons :

et à pré-commander son nouvel album Between Dogs and Wolves directement sur son site en cliquant ici.

Camille Delache

L’épopée numérique de Sarah Sauquet ou la rencontre entre littérature et technologie

Quand une professeur de français découvre les technologies numériques mobiles, un nouveau champ des possibles s’ouvre à elle. La Baguette culturelle rencontre aujourd’hui Sarah Sauquet, co-fondatrice des applications « Un texte, un jour », « Un poème, un jour », convaincue des bienfaits de la littérature pour tous et partout. Récit d’une épopée numérique de petites anthologies littéraires à portée de main.

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Naissance d’un rendez-vous littéraire quotidien

« Professeur de français, j’avais offert il y a quelques années une anthologie de textes littéraires ‘faite maison’ à toute ma famille. Ma mère spécialiste des applications mobiles m’a tout de suite dit : ‘pourquoi ne pas créer une version numérique de ton anthologie ? »

En regardant l’existant, notre interwievée se rend compte qu’il reste une place pour une application accessible, autant en termes de design et que de contenu. « Cette application est aussi née d’un questionnement professionnel auquel je suis chaque jour confrontée : comment faire lire les élèves ? Je trouvais que le support du smartphone et le schéma du texte journalier convenait très bien à des générations habituées au zapping ! »

« Un texte, un jour » nait en octobre 2012 : l’application – gratuite – vous permet de recevoir chaque jour un nouveau texte « de 15 lignes, pas plus »,  d’un auteur disparu avant 1942 pour des questions de droit d’auteur.

« La cible est l’adulte lettré qui aurait envie de relire, l’hypokhâgneux qui a besoin d’avoir une panoplie de classique en condensé, les expatriés qui veulent garder un lien avec le français. L’application n’est pas à l’origine destinée aux élèves mais il y a un vrai potentiel pédagogique. »

L’application lancée, l’engouement pour les nouvelles technologies grandissant, « Un texte, un jour » devient la lecture du matin pour de nombreux utilisateurs : « l’application permet d’enrichir les textes d’une biographie et de jeux de littérature classique et contemporaine en devenant un rendez-vous quotidien. La gamification est une des clés de notre développement. » Suite à une forte demande des utilisateurs sur la poésie, elle donne aussi naissance quelques mois plus tard à « Un poème, un jour », application cette fois-ci payante.

Derrière ces produits se cache une conviction : « la littérature n’est pas quelque chose de suranné. Je voulais que ce soit de la culture pour tous mais qui reste exigeante. » Pour notre professeur de français, la littérature ne vit pas isolée : elle s’épanouit avec la technologie mais aussi avec les autres domaines.

« Je veux aussi faire des ponts avec d’autres pans de la culture : cinéma, théâtre, séries télévisées… pour montrer que la culture n’est pas réservée à une élite. La littérature est toujours avec nous dans la vie : cet outil permet de l’avoir dans sa poche. »

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« Vous tuez le livre » : le retour de la querelle des Anciens et des Modernes

Une fois n’est pas coutume, à nouveau support, nouvelles craintes. L’écran effraie (rappelez-vous, Who Art You avait déjà soulevé ce débat). Collègues de l’Education nationale, ou amoureux traditionnels du papier ne voient pas d’un bon œil le passage à l’écran mobile : « Pour certains, on ne peut pas passer aux écrans comme ça. On m’a même dit ‘Faire entrer le livre dans une boite, c’est en quelque sorte le tuer.’ »

Pourtant, Sarah Sauquet voit son propre métier évoluer : « J’ai progressé au niveau de ma pratique, de ma connaissance. Les élèves ont pu constater que la littérature n’était pas poussiéreuse : l’application devient un moyen facile de lire plein de textes et d’améliorer sa langue, ses connaissances. »

Pour elle, ces craintes illustrent les limites inhérentes à la culture française.

« Le problème français dans la culture et dans l’éducation est que nous nous enfermons systématiquement sur le français. Regardez les programmes scolaires, il y a très peu d’auteurs étrangers ! Or, enfermer la culture française c’est prendre le risque qu’elle disparaisse. Le défaut de la culture française c’est son nombrilisme. C’est en la confrontant avec d’autres textes, d’autres langues, d’autres supports qu’on va pouvoir la faire vivre. »

Pour la faire vivre, le numérique est un premier pas aujourd’hui franchi avec les deux premières applications … à découvrir bientôt en anglais !

Cliquez pour télécharger l’application « Un texte, un jour » (iPhone et Android), « Un poème, un jour » (iPhone et Android).

Camille Delache

Le répertoire créatif de Dassault Systèmes accueille la Compagnie Pietragalla-Derouault

Hier soir, j’ai eu la chance d’être invitée en avant-première au spectacle Mr et Mme Rêve de la Compagnie Pietragalla-Derouault, en co-production avec Dassault Systèmes. Retour sur cette soirée « d’irréalité virtuelle ».

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« C’est l’histoire de deux êtres imaginaires qui traversent le temps, fabulent leur vie, rêvent leur amour et se mesurent au réel l’espace d’un instant, celui d’un spectacle insolite et drôle qui défile sous nos yeux à la vitesse d’une étoile filante… »

Pendant 1h30, la Halle Freyssinet s’est transformée en boîte à rêve emmenée par le mélange entre danse, Ionesco et technologies 3D. Pourtant le pari n’était pas gagné d’avance : réussir à marier les codes de la danse avec les technologies de Dassault Systèmes, ne pas s’appuyer uniquement sur ce savoir-faire pour continuer à raconter une histoire et surtout garder une cohérence dans l’histoire que les 2 danseurs nous racontent !

Le défi a ben et bien été relevé ! 2 moments phares illustrent cette réussite : la reprise du Lac des Cygnes et la danse des Rhinocéros. Dans chacun de ces moments, la technologie offre à la danse la possibilité de s’élever et de nous emporter avec elle.

Mr et Mme Rêve n’est pas la première réalisation de Dassault Systèmes. Depuis quelques années, Dassault Systèmes s’est donné pour mission d’utiliser ses technologies au service de la société civile (pour en savoir plus, cf. ma rencontreavec Mehdi Tayoubi, cerveau du répertoire créatif de l’entreprise). Ce répertoire créatif accueille désormais la danse, aux côtés de l’archéologie (M. Houdin et Kheops Renaissance), de l’architecture (la saga Paris 3D), le dessin (Enki Bilal et Mecanhumanimal) et encore bien d’autres !

La tournée de Mr et Mme Rêve commencera en 2014 à Paris puis partout en France. D’ici là, voici quelques morceaux choisis en vidéo et photos :

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Camille Delache pour La Baguette culturelle et Danse en Seine

[Les (Ré)enchanteurs] Jérôme Cohen, le caméléon culturel

Jerome CohenIl y a maintenant quelques mois que j’ai rencontré Jérôme Cohen, l’homme aux casquettes multiples : consultant, fondateur et metteur en scène d’une compagnie de spectacle vivant, entrepreneur social et culturel (Imagination Factory), chanteur lyrique, écrivain. Il est de ces caméléons qui nous montrent qu’il est possible de ne pas entrer pleinement dans une case. Avec lui, la cohérence vient de nos envies et réflexions.

Rencontre avec un producteur de sens du quotidien.

« J’ai un père violoniste et une mère antiquaire. Forcément, l’argent n’a jamais été une priorité. Seul le sens l’était.”

Après avoir fait ses armes à la Warner, être passé par le Women’s Forum, il réfléchit aujourd’hui à la “génération marge brute”. “ Les actionnaires ne pensent que par la marge brute, plus que toute autre chose, plus que l’humain.” Convaincu qu’une société ne peut fonctionner sur ce modèle, il veut “remettre toute intelligence au profit d’une contribution sociale”. Pour cibler l’humain, l’innovation est la solution. “Il y a un ras-le-bol général avec la crise. J’ai peur du côté vers lequel nous pourrions tomber. Il faut rassembler les forces innovatrices pour porter l’ambition d’un nouveau système.”

Innovation culturelle versus patriotisme : le perpétuel dilemme

“On ne peut pas vivre sans art et sans création. La culture est un des piliers de notre société.”

Selon lui, si la France permet beaucoup de choses, son conformisme – et parfois son ringardisme – l’empêche(nt) d’innover.

Principal problème, le financement. “On a besoin d’argent pour pouvoir innover, mais le doute cartésien français devient bloquant. On doit douter de tout avant de s’engager. De ce fait, innover est souvent synonyme de prendre la place de quelqu’un. A Harvard, on ne se pose pas la question de qui finance !”

Je l’interroge alors : “Pourquoi être resté en France ?” “Parce que j’aime la France. Certes les projets mettent longtemps à émerger mais il y a toujours des gens qui redonnent espoir. Un jour, un dirigeant d’une institution culturelle m’a dit ‘Je préfère l’influence d’un grand patron qui a une vision culturelle que celle d’un député de province qui n’a aucune appétence pour la culture.’” Pour lui, ce genre de positions constitue “des initiatives de débloquage essaimées” un peu partout. Il croit avant tout en ces “créateurs contributifs” qui créent, font, défont et contribuent au service de la société.

 

Toute la culture pour tous

Organisateur d’un festival de musique classique en Dordogne, il est marqué par la rencontre avec un passant féru de variétés françaises. Passant à côté du lieu de répétition, ce dernier interpelle notre entrepreneur pour avoir des explications sur ce qu’est cette musique, pourquoi et comment. Jérôme Cohen lui présente le projet, le compositeur, etc. une médiation rapide en somme, et lui met des places de côté. Fin du concert : “Merci, j’ai passé un moment exceptionnel.”

« C’est par toutes ces petites actions qu’on montre que la culture n’est pas un vernis. […] On ne peut pas apporter l’art et la création à ceux qui n’en ont pas, c’est bien pour ça que 99 % des modèles de médiation culturelle ont échoué. La médiation passe par le fait d’être touché, de comprendre le processus de création artistique. »

Et d’ajouter : « Face à la crise, les artistes ont un rôle à jouer. C’est aussi pour cela que nous avons créé le collectif Ahahah !, un pied de nez qui montre l’engagement et le regard que peuvent apporter les artistes en cette période de doute et de morosité. »

De cette expérience et de ses convictions est né le projet MUZE, salle de spectacle mobile. Là encore, l’ambition de Jérôme Cohen est de mettre l’innovation au service du public. Conçu comme un outil d’égalité d’accès à la création, il est à la fois un espace de culture et de pédagogie. Culturel d’abord car il ouvre ses portes à la création et la diffusion de tous les arts vivants (musique, danse, arts numériques, etc.). Espace pédagogique ensuite, il sillonne le territoire pour s’installer pendant sept semaines en résidence dans des villes et apporter la culture à tous les publics.

salleMuze

Au final, Jérôme Cohen redonne à la culture française l’audace qu’elle perd parfois. Créateur contributif, il (ré)enchante aujourd’hui notre culture, alors qu’elle se confine dans une zone de confort trop parisienne et trop élitiste.

Pour en savoir plus :

MUZE présentée sur le site du Forum d’Avignon http ://www.forum-avignon.org/fr/quand-la-salle-de-spectacle-devient-mobile

La compagnie de danse Un bruit qui court : http ://www.ubqc.org/

Camille Delache