La lente marche du redressement créatif : l’année 2013 vue par la Baguette culturelle

La nouvelle année approchant à grands pas, la Baguette culturelle s’est prêtée au jeu du « meilleur de 2013 ». En revenant sur les événements qui nous ont marqués, l’année n’est pas si sombre qu’elle n’y paraît. De nouveaux modèles économiques sont apparus (ou se sont ajustés) répondant aux exigences de responsabilité, de démocratisation, de proximité. La créativité est toujours là et ne cesse de se manifester : par les artistes, pour le financement, pour la création ou seulement pour tester. Voilà plus d’un an qu’Aurélie Filippetti appelait au redressement créatif. Au regard de ce que nous décrivons ci-dessous, celui-ci est en marche : pas seulement en France certes, mais une marche lente et sûre semble se profiler (espérons-le !).

Les industries culturelles et créatives : objet d’étude par le secteur marchand

Fait remarquable en 2013, le secteur marchand se penche sur un décryptage des industries culturelles et créatives (ICC). En publiant son panorama économique des ICC, EY atteste leur importance grandissante et leur place « au cœur du rayonnement et de la compétitivité de la France ». Si vous ne l’avez fait pas encore, découvrez leur site France créative ou l’étude elle-même : Capture d’écran 2013-12-31 à 07.37.31

Pour une consommation musicale responsable ? L’exemple de Piers Faccini

Comme nous l’avions évoqué en septembre, en lançant son propre label Beating Drums, le musicien incarne un nouveau modèle d’artiste, plus engagé, plus proche de son audience, plus libre et plus créatif. Conscient des évolutions du marché, il prône une industrie musicale plus proche des artistes et du public, qu’il compare à l’achat de fruits et légumes directement aux producteurs locaux, démarche résumée dans son texte intitulé « Why Music is Food » :

« Le nouveau modèle économique de la musique se fonde clairement sur les relations et le partenariat entre tous les amoureux de la musique – auditeurs et créateurs. »

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La culture libre ? Pour la danse aussi avec Re:Rosas de Keersmaeker !

En juin 2013, la chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker a lancé Re:Rosas, un appel à remixer la pièce qui l’a rendue célèbre voilà 30 ans Rosas danst Rosas. Pour ce faire, tout est à votre disposition : mouvements, intention, musique et enchaînement sur le site créé pour l’occasion. Grâce à ce projet, la danse se met au goût du jour de la culture libre et ouverte en se réinventant. Pour avoir expérimenté ce projet avec ma compagnie Danse en Seine, je reviendrai plus longuement sur cette expérience dans un prochain article. En attendant, (re)découvrez la célèbre vidéo :

Les galeries d’art investissent le web

L’année 2013 marque aussi l’ouverture en masse des galeries d’art en ligne. Amazon a ouvert le bal en grandes pompes en août 2013. Pari difficile que de se confronter à l’œuvre en ligne et encore plus de l’acheter, deux acteurs français ont fait du bruit en se lançant dans l’aventure : Artistics, start-up rencontrée sur ce blog qui veut s’adresser à un nouveau type de collectionneur, et Artsper, qui veut « décomplexer l’art contemporain ». La bonne nouvelle est que les artistes se prêtent au jeu, voyant de nouveaux moyens de promotion s’ouvrir à eux. Quant aux résultats, 2014 nous le dira … amazon art

Des écrivains pour sauver la ville de Détroit ? Le projet Write-a-House

Ville officiellement en faillite, Détroit a besoin de retrouver son attractivité. Ville créative cependant, elle ne manque pas d’inspiration (The Heidelberg Project en est un bon exemple). Ce sont aujourd’hui les écrivains qui viennent à son secours, autour du romancier Toby Barlow, en proposant d’y installer une maison de résidence pour deux ans minimum. Dès le printemps 2014, les esprits créatifs pourront postuler et rejoindre la future communauté littéraire du Michigan. Symbole du renouveau perpétuel qu’offre l’alliance ville & culture, le projet Write-a-House redonne un nouveau souffle culturel à la ville. Découvrez la vidéo de promotion et leur campagne de levée de fonds :

L’institutionnalisation du crowdfunding … et de l’économie de l’entre-deux ?

Le 30 septembre 2013, la Banque publique d’investissement (BPI) lançait la plateforme Tous Nos Projets à l’occasion des Assises de la Finance participative. A cette occasion, La Baguette culturelle revenait sur l’apparition de cette économie de l’entre-deux : entre le marchand et le non marchand ; entre le profit et le participatif; plus collaborative et plus connectée; mais qui bouscule les modèles traditionnels. Tous les acteurs de la finance participative étaient présents et ont encouragé le gouvernement à légiférer. Comme le dit si bien Fleur Pellerin à Particeep, une ordonnance de simplification devrait être prise début 2014 : Et la francophonie dans tout ça ? L’année 2013 aura été paradoxale pour le monde de la francophonie. Jamais autant de personnes n’auront prononcé ce mot, jamais autant d’initiatives n’auront vu le jour en une seule année. Pourtant, peu d’entre nous sont capables de verbaliser et de donner corps à cette réalité démographique, économique et culturelle. L’année 2014 sera décisive pour cette notion de francophonie, notamment en France. Si rien n’est fait pour développer chaque branche de la francophonie en France, alors elle lui échappera, irrémédiablement. Et le centre de gravité se déplacera paradoxalement au-dessus de l’Océan Atlantique…

La place de la langue française sur Twitter, dernier trimestre 2013

Dans le sempiternel débat qui agite la communauté de la langue française autour de sa place (relative) dans l’univers des langues, ce graphique (issu d’un résultat brut trimestriel) permet d’enrichir les discussions classiques. Il met en exergue deux faits principaux, qui peuvent être pris comme des signaux faibles :

  1. La langue anglaise ne représente que 34% des gazouillis sur Twitter lors du dernier semestre 2013.
  2. La langue française n’arrive qu’en 7ème position des langues utilisées par les utilisateurs de Twitter, derrière des langues telles que l’espagnol, le portugais, l’arabe ou le malaisé.

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Le poids économique de la langue française dans le monde

L’étude de la Fondation pour les études et recherches sur le développement international du même nom apporte plusieurs éléments nouveaux, non verbalisés jusqu’alors. Capture d’écran 2013-12-30 à 16.16.33

  1. Elle tranche et propose une nouvelle carte de l’espace francophone (EF), qui ne serait composé que de 33 pays, dont certains non membres de l’OIF, comme l’Algérie.
  2. C’est la première fois que des chercheurs essaient de quantifier la part du commerce imputable à une langue commune. Ainsi, « l’existence même de l’EF permettrait d’accroître la part du commerce du pays de l’EF de 17%, entre 2000 et 2009.
  3. Enfin, il semblerait que l’appartenance à l’EF ne diminuerait que très faiblement le taux de chômage des pays de l’EF (environ 0,2 point).

Merci à tous d’avoir suivi la Baguette culturelle et à bientôt pour la suite des aventures !

Camille Delache & Damien Soupart

Les espaces francophones, avenirs de l’Intelligence Économique par Damien Soupart

Il est souvent dit que pour réussir une nouvelle activité en France, il faut d’abord montrer l’efficacité de son idée à l’étranger. Nous pensons que cette assertion vaut également pour le domaine de l’Intelligence Économique. Discipline peu connue, dont l’évocation inquiète toujours son interlocuteur, régulièrement confondue avec le marketing, la veille et/ou le planning stratégique, l’Intelligence Économique représente une alliance singulière mais vitale qui combine des postulats théoriques, des outils, des méthodes et une ou plusieurs finalités qui peuvent aisément faire l’objet d’une évaluation.

Language of business BloombergCette discipline peine à trouver en France son sentier de croissance. Afin de concrétiser davantage ce paradigme en émergence, celui de francophonie économique, nous postulons que l’Intelligence Économique a toutes les chances de réussir davantage au sein des divers espaces francophones (Afrique, Amérique du Nord, Amérique du Sud, Asie, Moyen Orient), et cela pour quatre raisons.

Une raison de conception de l’Intelligence Économique. La plupart des grands cabinets d’Intelligence Économique sont anglo-saxons. Nous n’en dresserons pas ici une liste mais la pratique du renseignement économique se rapproche historiquement davantage de la mentalité d’outre-Manche et d’outre-Atlantique. Pour autant, la « business intelligence » à l’anglo-saxonne fondée principalement sur des puissances de collecte d’informations brutes n’a pour nous aucun avenir. Le terme d’Intelligence Économique (sous-entendu à la française), reposant sur une étymologie latine structurelle, symbolise des pratiques alternatives plus fines de cette matière, plus déontologique et prenant davantage en compte la notion de territoire. Pareillement, la technique n’est pas vue comme une fin mais bien comme un outil au service du développement. Enfin, cette conception place l’Homme, son intégrité physique et intellectuelle, au-delà de toutes considérations.

Une raison démographique. Comme un récent article du Monde le rapporte (paru dans l’édition du 4 Novembre 2013), « la francophonie, avenir des médias français »[1]. Cet article postule que l’avenir des médias français repose sur la pénétration des marchés francophones, notamment africains. Cette hypothèse repose essentiellement sur l’argument démographique et sur la statistique usitée suivant laquelle la population francophone sera majoritairement africaine à l’horizon 2050. De façon comparative, ce basculement démographique au sein des grandes aires linguistiques a déjà eu lieu par exemple au sein de l’espace lusophone : il y a désormais plus de locuteurs de langue portugaise au Brésil et en Afrique lusophone qu’au Portugal, foyer originel de cette langue.

Une raison géopolitique. Comme le rappelle le dernier éditorial de Charles Saint-Prot[2], la francophonie représente un réel enjeu géopolitique. Facteur de stabilité et d’équilibre stratégique, l’enjeu francophone va au-delà de la simple pratique de la langue. Vecteur de valeurs (dont le multilinguisme) et d’un nécessaire contre-poids aux alliances anciennement bien établies (alliances économiques type Union Européenne ; alliances militaires type OTAN), la francophonie représente une alternative solide à l’empire anglo-américain, dont la diffusion de la langue anglaise est l’un des symboles les plus visibles[3]. De même, au traditionnel binôme de puissance théorisé par Paul Kennedy[4] (puissance économique et puissance militaire doivent être obligatoirement corrélées pour dominer), pourquoi ne pas rajouter une clé de compréhension linguistique ? Dès lors, l’Intelligence Économique serait un outil supplémentaire dans une optique d’équilibre des puissances.

Une raison économique. Les dynamiques de commerce « Sud-Sud » fleurissent. La position conquérante du Maroc au sein de l’Afrique subsaharienne, le potentiel de croissance de la République Démocratique du Congo ou la position stratégique et volontariste de la Côte-d’Ivoire sont des exemples parmi d’autres de la croissance des pays francophones. Le marché de l’Intelligence Économique croît en conséquence. Il y a donc tout intérêt à se prépositionner sur ces marchés.

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Ainsi, l’Intelligence Économique semble bénéficier d’une fenêtre d’opportunités non négligeable pour se développer sur des marchés en croissance, actuels et futurs. La récente décision prise par le Maroc de pratiquer l’intelligence économique territoriale[5] montre que les vues exposées dans cet article ne sont pas insanes. Elles demandent seulement à être concrétisées, en allant dans des pays tests (Cameroun, Laos et Kurdistan irakien) afin de montrer la pertinence des espaces francophones comme relais de développement de l’Intelligence Économique à la française.

Damien Soupart

ExpoFrance2025 : le soft power à la française est de retour !

Voici quelques semaines que le terme « ExpoFrance2025 » s’affiche sur mon chemin : dans ma veille, sur Twitter, dans les rencontres et ce matin en haut de la Tour Eiffel pour les 50 ans de France Inter via son porte-parole, le mathématicien Cédric Villani.

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L’initiative ExpoFrance2025 réunit de nombreuses personnalités, entreprises autour du projet de candidature de la France à l’Exposition Universelle de 2025. Jean-Christophe Fromatin, député-maire de Neuilly-sur-Seine à l’initiative du projet, définit le concept comme suit :

« Mettre en scène l’exceptionnelle richesse de notre patrimoine à travers les technologies numériques d’expression et de communication pour permettre aux civilisations de se retrouver et d’échanger. L’idée nouvelle : réemployer de façon éphémère les infrastructures du Grand Paris et les monuments des grandes villes françaises. « Nos gares, nos monuments, nos espaces publics… accueilleraient des délégations du monde entier qui mettraient en scène leurs cultures et leurs innovations. Ainsi, cette exposition serait pleinement universelle. »

Surtout, le site internet témoigne de l’énergie existante autour d’un projet bien pensé, bien planifié et très enthousiasmant :

  • 3 porte-paroles officiels, grands noms de la culture française : la navigatrice Maud Fontenoy, la chef 3 étoiles Anne-Sophie Pic et le mathématicien Cédric Villani
  • Un calendrier général bien au point :

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  • Des soutiens affichés : plus de 2 000 personnes, des partenaires entreprises (LVMH, Carrefour, SNCF, Groupe Clarins, …), des grandes écoles, et des institutionnels.

A l’heure où le concept de France créative connaît un grand succès, où les industries culturelles et créatives pèsent de plus de plus, la Baguette culturelle ne pouvait que se réjouir de cette initiative.

Plusieurs fois sur ce blog, j’ai souligné l’importance des ICC dans notre économie (« Dynamiser l’économie numérique : un enjeu économique et culturel », juillet 2012 et « La culture francophone, pouvoir d’influence au service de la compétitivité économique » en mai 2013) mais aussi dans notre diplomatie et notre influence (« Du besoin d’une culture rayonnante, et pourquoi pas la France ? » en avril 2012).

Le soft power à la française est de retour : à nous de le soutenir !Camille Delache

 

[Start-up créative] Artistics, galerie d’art en ligne

La Baguette culturelle lance aujourd’hui une nouvelle rubrique : les start-ups créatives !

J’étais déjà allée à la rencontre d’Actialuna, « artisan du livre numérique » et plus récemment de GuestViews qui veut « réinventer la relation entre les lieux culturels et leurs visiteurs ». Au vu du nombre de naissances de start-up dans les industries culturelles et créatives, la Baguette culturelle vous propose désormais une veille, des rencontres, des échanges avec celles-ci.

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Premier article aujourd’hui sur Artistics, « une plateforme web pour découvrir de nouveaux artistes et acheter leurs œuvres en ligne sans pousser la porte d’une galerie » après échange avec sa fondatrice Sonia Rameau. « Dédié à la promotion d’artistes vivants et à la vente de leurs œuvres en ligne, Artistics.com se donne pour objectif d’accompagner la « digitalisation » du marché de l’art et de répondre aux attentes d’une nouvelle génération de collectionneurs. »

Encore une tentative de « digitalisation » me direz-vous ? Oui, mais celle-ci se veut complémentaire aux galeries physiques en s’adressant à une nouvelle génération d’acheteurs d’art. Prête à utiliser le commerce en ligne, elle n’est pas pour autant encline à passer la porte « sacrée » des galeries. A l’heure où les gros du commerce en ligne se lancent dans les industries culturelles (par exemple Ventes privées[1] et Amazon[2]), Artistics propose une relation plus proche de l’acheteur et de l’artiste.

Le curieux peut y acheter des œuvres originales, pièces uniques ou séries limitées, et aller à la rencontre des artistes. En plus d’être un plateforme d’e-commerce, Artistics propose aussi des contenus originaux sur les artistes, leur travail, leur atmosphère (retrouvez la partie « vidéos » du site en cliquant ici).

Pour transformer ce curieux en acheteur, la plateforme propose surtout un service clients qui appuie le choix avant et pendant l’achat, le tout sous couvert d’une garantie « satisfait ou remboursé ».

La création d’Artistics témoigne de l’émergence de nouveaux modèles de consommation culturelle, plus immatérielle. Pour autant les chiffres du e-commerce des biens culturels « traditionnels » n’affichent pas leur excellente forme : à fin septembre 2013, le livre recule de -1,5%, les jeux vidéo de -10%, la vidéo de -15% et la musique de -2% (chiffres FEVAD[3]).

Le temps nous dira si l’adaptation des modèles d’e-commerce aux marchés de l’art et de la culture est efficiente ou encore le nombre d’ajustements nécessaires pour que le profil d’un e-consommateur culturel s’affirme. A suivre donc !

Pour conclure, la fondatrice Sonia Rameau résume Artistics en 3 mots :

  • Disruptif (pour le modèle)
  • Valorisant (pour les artistes)
  • Orienté clients (pour les visiteurs)

Allez faire un tour sur le site web et téléchargez le communiqué de presse CP_Artistics_20nov.

Camille Delache