FA2013 : culture & politique pour un réenchantement mutuel

Culture & politique connaissent des cycles d’engouement et de désamour. Manque de confiance, individualisme, soif de pouvoir … multiples sont les raisons de la défiance. Imagination, aspiration et projet de société … multiples sont les besoins de croire en elles. Aujourd’hui, culture & politique doivent opérer un réenchantement mutuel pour nous faire à nouveau rêver ensemble (et si possible en Europe). – Tribune réalisée dans le cadre de la sixième édition du Forum d’Avignon « Les pouvoirs de la culture ».

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La table ronde d’hier intitulée « Pas de politique sans culture » a été animée par la certitude que nous avons plus que jamais besoin de culture. Pour soutenir les métamorphoses du monde européen et recréer de l’affection pour la démocratie selon Erik Orsenna ; Pour créer des ponts et des formes de communication entre les différents peuples selon Badr Jafar. Enfin, pour impulser le changement d’un système trop bien installé selon l’auteur indien Chetan Bhagat.

André Malraux, le père de l’institutionnalisation politique de la culture en France la définissait comme « l’héritage de la noblesse du monde ». En créant le ministère des Affaires culturelles, il a voulu donner une dimension active à cet héritage en l’inscrivant dans le paysage politique français. Néanmoins, le cocktail peut être « explosif » comme le disait si bien Denise Bombardier hier. Si politique et culture sont si intimement liées, c’est justement car elles s’anoblissent et se dénigrent au gré des tendances, des crises et des volontés des hommes.

Aujourd’hui, culture & politique doivent se réenchanter l’une l’autre pour deux raisons : redonner du sens à nos actions et repenser le collectif.

Pour redonner du sens d’abord.

Dans sa définition première, la politique régit les règles de la cité, du vivre ensemble. Elle est cette pratique noble qui donne un projet à un groupe. Aujourd’hui, elle est aussi décriée car elle ne donne plus de sens à notre société, ne nous permet plus d’aspirer à une vision qui nous porte et surtout ne nous garantit pas un meilleur vivre ensemble (« un manque de récit » comme dirait Erik Orsenna).

La culture, elle, comprend bien des acceptions, celle du Conseil de l’Europe a pour avantage de lier économie et quête de sens :

« Les industries de la création taillent, sélectionnent et créent des bribes de sens. Ces bribes de sens informent, divertissent, créent du désir, influencent le choix et l’action. Aujourd’hui, nous achetons moins la forme ou la présentation du produit – qu’il s’agisse d’un habit, d’une table, d’une bobine de film – que le sens qu’il renferme et ce qu’il dit sur la mode, sur le design, sur la passion. »[1]

Pour créer ce sens, il faut activer un bousculement des modèles et des limites qui manque à nos actions. Il faut oser sortir de nos zones de confort pour pouvoir créer cette vision.

Pour repenser le collectif ensuite.

De cette vision naîtra un projet de société global. Nos difficultés d’agir ensemble sont trop souvent décriées : que ce soit dans la défense des intérêts du secteur culturel, dans notre conception d’une culture européenne, ou encore tout simplement sur notre capacité à créer ensemble.

Je reviendrai en particulier sur ce dernier point, en écho à un article de Rodolphe Belmer « Ce que disent les séries télé du modèle français » paru dans Les Echos le 18 novembre. Le directeur général de Canal + y expose les difficultés des séries TV françaises à dépasser un volume critique et donc à s’imposer sur la scène mondiale (et in fine avoir des retombées économiques majeures bien évidemment).

La raison exprimée ? « L’incapacité de nos auteurs, y compris les jeunes, à créer en équipe. La réussite, l’œuvre, la création, sont vécues comme des actes très individuels, quasi identitaires. » Et d’ajouter « Dans un monde complexe, la création de valeur ajoutée intellectuelle est de plus en plus difficile à produire, et à appréhender par des individus. Le temps de l’homme universel issu du siècle des Lumières est révolu. Le monde est trop compliqué pour des hommes seuls. Dans les multiples évolutions de notre système éducatif, je crois que la plus urgente est d’abonner le modèle de l’élitisme individuel pour enseigner à performer collectivement. »[2]

Et concrètement ?

Créer du sens ensemble n’est certes pas nouveau mais n’est toujours pas systématique. Erik Orsenna évoquait hier le besoin de périmètre aux actions politiques et culturelles. L’espace concret ne peut être que l’Europe. Les jeunes générations dont je fais partie ne se pensent plus enclavées dans des frontières. Elles se divertissent, vivent et se projettent dans un espace plus grand que la simple France. Il me semble donc impératif que les matières politiques et culturelles travaillent cet espace.

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Impossible me direz-vous ? Et pourtant la série crossmedia The Spiral l’a fait ! Elle met en scène un vol de 6 tableaux dans 6 pays, au même moment, par un collectif d’artistes militant pour l’art pour tous. Diffusée sur Arte en septembre 2012, elle excelle pour 2 raisons.

La première est sa capacité à avoir fédérer des pays européens qui ont donc créé ensemble : Hans Herbots, le réalisateur est belge ; tous les acteurs s’expriment en anglais alors qu’ils viennent des pays scandinaves ; les 7 diffuseurs sont issus de l’Europe du Nord : Suède (SVT), Norvège (NRK), Finlande (Yle), Danemark (TV3), Pays-Bas (VARA), Belgique (VRT) et du duo France-Allemagne (Arte).

La seconde est l’animation de la communauté européenne sur le net à travers le site thespiral.eu. Les internautes sont invités à partir à la recherche des œuvres volées entre chaque épisode de la série, participant ainsi à la création d’une communauté. En chiffres, cela donne : 107 841 internautes, 1 274 305 recherches sur la carte au total et 19 752 images originales créées puis uploadées sur le site.

Enfin, l’expérience se termine par un événement créatif devant le Parlement européen et les 6 musées victimes des vols : la Spirale. Et oui, une communauté s’est bel et bien animée partout en Europe en suivant le défi fou de ce collectif militant : ouvrir l’art à tous. Imaginez si des initiatives comme The Spiral parcouraient l’Europe…

Et bien maintenant, c’est à nous d’oser ensemble !

 Camille Delache

Une réflexion sur “FA2013 : culture & politique pour un réenchantement mutuel

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