Assises de la finance participative : premier épisode d’une économie de l’entre-deux

A l’occasion des premières assises de la finance participative, La Baguette culturelle lance une série d’articles sur cette nouvelle économie de l’entre-deux : une économie entre le marchand et le non marchand ; entre le profit et le participatif; plus collaborative et plus connectée; mais qui bouscule les modèles traditionnels.

Premier épisode de la série : Lundi se tenaient les premières assises de la finance participative au ministère du redressement productif : entre annonces ministérielles, panels d’acteurs français et comparaisons étrangères, la journée fut riche en événements.

Dilution

Revenons tout d’abord sur les chiffres clés du secteur. Le marché du financement participatif pesait 40 millions d’euros en 2012 et devrait au moins peser 80 millions en 2013. Au niveau mondial en 2012, le nombre de plateformes est estimé à 500, pour une levée de fonds atteignant 3 milliards de dollars. Forbes estime qu’en 2020 le montant du marché attendrait 1 trillion de dollars (source babyloan).

La présence montante des entreprises et une rhétorique nouvelle : retour sur deux tendances

N’ayant pu assister qu’aux deux premières tables rondes, je reviendrai particulièrement sur 2 points :

Les interventions d’Arnaud Burgot d’Ulule et de Peter Baeck de Nesta mettent en lumière la présence grandissante des entreprises sur le marché du financement participatif. Elles testent des produits, proposent des deals plus avantageux que sur le marché traditionnel. Surtout, le crowdfunding leur permet de couvrir les besoins en fond de roulement. Ulule a ainsi accompagné plusieurs entreprises :

  • Overade et son casque pliable : le but était de financer une innovation produit et d’aider à la production des prototypes et in fine du produit,
  • 1083 et ses vêtements made in France : l’objectif est cette fois de soutenir une entreprise militante et de réduire l’empreinte carbone de la livraison (1083 km entre les deux villes les plus éloignées de France.

Philippe Lemoine du Forum Action Modernités est revenu sur les difficultés à penser cette nouvelle économie de manière globale et à travers des concepts positifs. Or, l’émergence même de la finance participative est selon lui au croisement de 3 phénomènes :

  • Economique d’abord : par la baisse des coûts de transaction, les capacités de mobilisation augmentent, comme l’atteste la campagne d’Obama financée grâce aux 150 millions de dollars du grand public
  • Rhétorique ensuite : via le media Internet, la temporalité et l’interactivité ne sont pas les même. Le discours des porteurs de projets sur les plateformes de crowdfunding sortent des modèles traditionnels du monde caritatif où l’on tente de “faire pleurer”. On assiste à la création d’un nouveau type de générosité.
  • Sociologique enfin : la notion d’engagement se transforme en étant plus “horizontale” car les liens sont plus directs entre le sens et l’entreprise.

Le lancement de Tousnosprojets.fr et les annonces gouvernementales

Fleur Pellerin a ouvert la journée avec le lancement de Tousnosprojets.fr dont le but est de fédérer les projets portés par les plateformes de crowdfunding et de faire un peu de pédagogie sur les grands principes du secteur.

Page d'accueil de Bpifrance

Plus d’un an après le lancement du Crowdfunding JOBS Act aux Etats-Unis, le gouvernement se lance dans la grande aventure de la règlementation :

  • Les plateformes référencées sur Tousnosprojets.fr sont “ [sélectionnées] conformément à un cahier des charges pour devenir partenaires de Bpifrance.” Il s’agit donc non seulement d’agréger les données des opérateurs de financement participatif mais aussi de laisser paraitre un cadre commun régi par Bpifrance.
  • Un nouveau statut a été créé : conseiller en financement participatif sans fonds propres (pour information : versus 730 000 € de fonds propres obligatoires pour les sociétés de conseils en financement traditionnelles)
  • Les règles de l’offre au public de titres financiers ont été assouplies : pour toute levée de fonds inférieure à 300 000 €, l’entreprise pourra passer outre la sollicitation de 150 investisseurs (versus 100 000 € auparavant).
  • Le prêt quant à lui est plafonné : chaque prêteur ne pourra prêter plus de 250 €.

Depuis lundi, les initiatives se multiplient : prise de parole media des plateformes de crowdfunding (par exemple Vincent Ricordeau de KissKissBankBank ici et Joachim Dupont d’Anaxago ), publication d’un livre blanc “Plaidoyer et propositions pour un nouveau cadre réglementaire” par Finpart.org, …

Le gouvernement est lancé, une réforme annoncée, et Bpifrance désignée comme porteur de projet public. Tant que ce marché reste faible en volume, les intermédiaires traditionnels veillent et surveillent son évolution et sa réglementation. Qu’en sera t-il en 2020 si le marché global atteint effectivement 1 trillion de $ ? Comment la finance traditionnelle perçoit-elle cette évolution ? Le gouvernement saura t-il faire place à tous ces acteurs ?

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Une réflexion sur “Assises de la finance participative : premier épisode d’une économie de l’entre-deux

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