La Radio Netherlands Worldwide (RNW) : stratégie d’un monde radiophonique moderne par Damien Soupart

Point de propos sur la francophonie aujourd’hui, ou presque !

Nous allons nous intéresser à la Radio Netherlands Worldwide (RNW), l’ancienne entité équivalente à Radio France Internationale (RFI). « Ancienne » car la RNW a subi des importants changements en termes organisationnels, financiers et stratégiques en 2011. En effet, la RNW est logiquement sous la tutelle administrative du Ministère des Affaires Étrangères néerlandais. Néanmoins, celui-ci fait le choix en 2011 de couper le budget de la RNW de 70 % (le budget passe donc en valeur de 46 à 14 millions d’euros par an, ce qui se traduira in fine par la suppression de 100 postes).

logo RNW

Outre ce choix financier que d’aucuns qualifieront de court-termistes, cette baisse des subventions implique des réorientations stratégiques majeures. Ainsi, la RNW choisit de ne plus se focaliser sur les expatriés néerlandais. La dernière émission en langue néerlandaise a donc été diffusée le 11 Mai 2012. Les pays traditionnellement cibles de la langue néerlandaise (Caraïbes, Indonésie et Asie du Sud-Est) sont ainsi délaissés de toute émission émise par la RNW.

Cette radio est donc, par défaut, aujourd’hui conçue et diffusée en langue anglaise. Cela se vérifie très simplement grâce aux liens hypertextes. Tapez http://www.rnw.nl/ et le navigateur vous redirigera automatiquement vers http://www.rnw.nl/english. Quel intérêt alors me direz-vous d’avoir pour les Néerlandais de conserver une radio en langues anglaise, française, espagnole et arabe ?

La RNW a choisi de se concentrer désormais sur une seule et unique valeur qu’elle considère comme essentielle et vitale, tant pour les pays concernés qu’au regard des valeurs néerlandaises. Cette valeur, c’est celle de la liberté de la presse, et plus particulièrement dans des pays où il est encore difficile d’accéder à une information neutre et de qualité. Quatre domaines ont ainsi été identifiés pour la période 2013-2017 : démocratie ; bonne gouvernance ; droits de l’homme et égalité des sexes.

Quatre zones géographiques ont d’autre part été définies comme prioritaires : pays d’Afrique subsaharienne, pays du monde arabe, Chine et Amérique Latine. Ceux-là mêmes qui sont répertoriés dans le classement de « Reporters sans Frontières »[1] comme ceux dans lesquels la liberté de la presse est quotidiennement bafouée : Arabie Saoudite, Burundi, Chine, Côte-d’Ivoire, Cuba, Égypte, Libye, Maroc, Mexique, Nigeria, Ouganda, République Démocratique du Congo, Rwanda, Soudan du Sud, Syrie, Vénézuela, Yémen et Zimbabwe.

implantation RNW

En plus de sélectionner la valeur à soutenir et les pays cibles, la RNW cible également la tranche d’âges concernée : les 15-30 ans.

Eu égard aux pays visés et aux infrastructures internet limitées, la RNW a eu l’idée de s’adapter, y compris dans le domaine technique. Par exemple, elle a eu recours à un prestataire externe pour adapter ses contenus et ses plateformes Internet à « une technologie Internet limitée »[2]. Ce qui lui permet d’espérer une croissance annuelle de ses visiteurs de 25 % par an dans les prochaines années.

La radio promeut ainsi la liberté de la presse, majoritairement sur Internet. C’est dans ce cadre qu’elle a récemment organisé une rencontre de blogueurs internationaux influents sur le sol néerlandais[3].

La RNW soutient donc la liberté d’expression, en lançant par exemple un blog intitulé « Regards sur Gbagbo », « une plate-forme impartiale sur l’ex-président de la Côte d’Ivoire qui attend un procès éventuel à La Haye »[4].

Enfin, la RNW a lancé une école de formation, intitulée Radio Netherlands Training Centre (RNTC)[5], qui a pour objectif de délivrer des enseignements à destination des jeunes dans des pays identifiés comme ayant une faible liberté de la presse. Des cours intitulés « Journalisme radiodiffusés », « Internet pour les journalistes », « Storytelling «  et « Journalisme via le Smartphone » sont ainsi dispensés.

En définitive, la NRW a su faire « contre mauvaise fortune bon cœur », et bonne stratégie serait-on tenté de rajouter. Face à des coupes claires budgétaires, la NRW a actionné tous les ressorts d’une stratégie dite du faible au fort : choix d’une valeur unique et mondialement partagée à défendre ; dissémination des forces sur trois continents ; cible claire et susceptible de prendre le pouvoir prochainement ; enrôlement d’autochtones civils par le biais (neutre) de la formation.

Cette étude de cas permet une mise en abîme de la situation de la langue française :

  • Les coupes budgétaires ne sont pas l’apanage de la seule langue française.
  • Les autorités néerlandaises considèrent que la langue anglaise leur permettait de défendre leurs propres valeurs, ce qui est paradoxal.
  • La langue française, via la Charte de la francophonie (2005), défend toutes les valeurs dites progressives et démocratiques. Ne devrait-elle pas, à l’instar de la RNW, se recentrer sur une ou deux valeurs qui lui tiennent particulièrement à cœur ?
  • La RNW a sélectionné des pays-cibles pour agir.

Damien Soupart

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