“La Légende de Shalimar” de Guerlain, pourquoi tant de haine ?

Voici quelques jours qu’on ne parle que de ça : au bureau, à l’apéro et sur les réseaux sociaux : la nouvelle publicité Guerlain énerve, agace (ci-dessous la mini revue de presse du pourquoi comment). “On exploite encore le corps des femmes …”, “C’est lonnnnng au cinéma d’attendre le film pour ça !”, “L’Inde ce n’est pas ça… et le Taj Mahal qui sort de l’eau ”… Jusqu’à la remarque qui fait “tilt” : “C’est fou que tout le monde s’emballe, on n’a jamais vu ça pour les publicités de femmes qui mangent des glaces en robe de soirée avant le début du film !!”

Guerlain versus crème glacée

Si la Légende de Shalimar est une erreur habituelle des marques occidentales dans l’universalisation de son imaginaire, l’emballement va un peu loin. (Souvenez-vous, Renault et la Mahindra en Inde, Starbucks en Chine). Loin de moi l’idée de défendre la qualité artistique du court-métrage, il s’agit plutôt d’analyser un “buzz” au final plutôt déplacé au regard de tous les contenus auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés …

Les internautes affichent 3 raisons principales à leur « haine » avec lesquelles je suis en désaccord : le message porté par le court-métrage, le coût de réalisation, la longueur du spot avant que le film ne commence et à la place de nos traditionnelles bandes annonces.

Le message porté par le court-métrage

Comme rappelé par Madzmoizelle :

“La légende Shalimar, qui n’est plus toute jeune puisqu’elle date du 17ème siècle, retrace l’histoire de la princesse indienne Mumtaz Mahal, éperdument amoureuse de l’empereur Shâh Jahân. À sa mort, l’empereur fit cadeau à la princesse du plus beau des monuments indiens : le Taj Mahal.

Et si vous ne voyez pas le rapport avec le parfum, Shalimar était le nom des jardins paradisiaques du palais dans lequel vivait la princesse.”

Le but du film est donc de retracer cette légende qui fait partie de l’imaginaire de la marque de luxe depuis 1925 puisqu’il s’agit de son produit phare (108 flacons vendu par heure dans le monde). L’imaginaire de la marque est « Cette folie qui envoûte, dévore, obsède. Comment l’enfermer dans un flacon pour le sentir, l’éprouver, à loisir ? » … et surtout à destination de cibles du luxe occidentalo-centré …

Le message porté par ce court-métrage n’a donc pas pour but de retracer l’histoire de Mumtaz Mahal mais plutôt d’illustrer l’imaginaire d’une marque de presque un siècle, dans un secteur qui a toujours suivi des standards de beauté “traditionnels” et occidentaux … en somme comme toutes les publicités que nous voyons passer sur nos multiples écrans… La pierre est donc à jeter à tout un système ?

Le coût de réalisation et la longueur du court-métrage

Le coût de réalisation et la longueur du court-métrage

Oui, c’est vrai qu’il est long ce “court” avant les bandes annonces … Et qu’en plus il a coûté 4 millions d’euros … Oui, au regard des autres films cela paraît immensément énorme … Mais cet argent n’était pas – à ma connaissance – promis à d’autres choses … ? Oui, Guerlain aurait pu utiliser cet argent ailleurs, mais qui sommes-nous pour juger de cela ?

Si cet argent a été utilisé dans ce court-métrage, c’est qu’aujourd’hui les annonces font désormais face à une lutte des contenus pour répondre à la grande question : quelle marque peut faire vivre son univers au-delà de ses produits, magasins et (courtes) publicités ?

Les marques qui y mettent les moyens : les exemples d’Orange et de Dassault Systèmes ont déjà été illustrés sur ce blog mais le monde du luxe est le premier à avoir expérimenter ces pratiques – et cela ne date pas d’hier.

Pour ne citer que deux exemples : le foudre de la maison de champagne Mercier qui a mis 8 jours à parcourir la distance Reims-Paris pour être présenté à l’Exposition universelle ; la publicité Egoiste de Chanel vue et revue :

La vidéo de Guerlain ne porte que plus loin cette pratique : en présentant un produit créé selon des standards occidentaux en élargissant ses canaux de diffusion au cinéma. Dans le grand défi de la production de contenu auquel font face les marques, Guerlain n’aurait certes pas dû pré-supposer que son imaginaire était universel. Si le “facteur interculturel” lui coûte aujourd’hui cher (cf. le blog “Gestion des risques interculturels” de Benjamin Pelletier pour toutes ces questions), les autres raisons, elles, ne peuvent être appliquées qu’au cas Guerlain.

Revue de web des critiques

Libération, le 24 septembre

“Shalimar, le parfum qui rend les folles viriles ? De fait, on a connu plus hétéro que la rencontre terminale entre le prince et la princesse. Ce qu’on lit dans les yeux surkhôlés du prince Pédalo, c’est plutôt : «Erk ! Une fille. J’avais pas lu cette partie du scénario.» Pour compenser, shazam ! c’est une érection de Taj Mahal qui jaillit des flots. Budget ? 4 millions d’euros, soit donc 11 560 euros la seconde.”

Vodkaster, le 25 septembre

“Car dans l’érection spontanée d’un Taj Mahal en toc, c’est le cinéma qu’on assassine. En premier lieu, la publicité a engagé un budget de production de 4 millions d’euros, ce qui signifie que si vous la voyez en ce moment avant Miele, La Bataille de Solférino ou Alabama Monroe, le film pour lequel vous avez payé votre place aura coûté (beaucoup) moins cher.”

Slate.fr, le 25 septembre

“Un spot qui «exaspère les cinéphiles» par sa longueur, «son esthétique de grand magasin» ou la façon dont il démystifie le cinéma avec son esthétique pseudo-malickienne”

Rue 89, l’erreur historique pointée du doigt, le 26 septembre

“La princesse indienne Mumtaz Mahal ne devait pas beaucoup ressembler au mannequin Natalia Vodianova et elle est morte en donnant naissance à leur quatorzième enfant ;” + “Natalia Vodianova attend son chevalier en prenant des bains et elle a un petit orgasme quand elle met le parfum qu’il lui a rapporté – Mumtaz Mahal était connue, au contraire, pour être une femme qui se déplaçait avec son mari dans ses campagnes militaires.”

A noter : le changement du Figaro. Vendredi 27 septembre, Google Actualités nous propose un article “Shalimar de Guerlain, pub nommée dégoût” introuvable. Les archives du Figaro ne vous propose plus que “Avec son nouveau spot publicitaire, Guerlain change d’échelle”….

Shalimar, pub nommée dégoût Le Figaro

La Radio Netherlands Worldwide (RNW) : stratégie d’un monde radiophonique moderne par Damien Soupart

Point de propos sur la francophonie aujourd’hui, ou presque !

Nous allons nous intéresser à la Radio Netherlands Worldwide (RNW), l’ancienne entité équivalente à Radio France Internationale (RFI). « Ancienne » car la RNW a subi des importants changements en termes organisationnels, financiers et stratégiques en 2011. En effet, la RNW est logiquement sous la tutelle administrative du Ministère des Affaires Étrangères néerlandais. Néanmoins, celui-ci fait le choix en 2011 de couper le budget de la RNW de 70 % (le budget passe donc en valeur de 46 à 14 millions d’euros par an, ce qui se traduira in fine par la suppression de 100 postes).

logo RNW

Outre ce choix financier que d’aucuns qualifieront de court-termistes, cette baisse des subventions implique des réorientations stratégiques majeures. Ainsi, la RNW choisit de ne plus se focaliser sur les expatriés néerlandais. La dernière émission en langue néerlandaise a donc été diffusée le 11 Mai 2012. Les pays traditionnellement cibles de la langue néerlandaise (Caraïbes, Indonésie et Asie du Sud-Est) sont ainsi délaissés de toute émission émise par la RNW.

Cette radio est donc, par défaut, aujourd’hui conçue et diffusée en langue anglaise. Cela se vérifie très simplement grâce aux liens hypertextes. Tapez http://www.rnw.nl/ et le navigateur vous redirigera automatiquement vers http://www.rnw.nl/english. Quel intérêt alors me direz-vous d’avoir pour les Néerlandais de conserver une radio en langues anglaise, française, espagnole et arabe ?

La RNW a choisi de se concentrer désormais sur une seule et unique valeur qu’elle considère comme essentielle et vitale, tant pour les pays concernés qu’au regard des valeurs néerlandaises. Cette valeur, c’est celle de la liberté de la presse, et plus particulièrement dans des pays où il est encore difficile d’accéder à une information neutre et de qualité. Quatre domaines ont ainsi été identifiés pour la période 2013-2017 : démocratie ; bonne gouvernance ; droits de l’homme et égalité des sexes.

Quatre zones géographiques ont d’autre part été définies comme prioritaires : pays d’Afrique subsaharienne, pays du monde arabe, Chine et Amérique Latine. Ceux-là mêmes qui sont répertoriés dans le classement de « Reporters sans Frontières »[1] comme ceux dans lesquels la liberté de la presse est quotidiennement bafouée : Arabie Saoudite, Burundi, Chine, Côte-d’Ivoire, Cuba, Égypte, Libye, Maroc, Mexique, Nigeria, Ouganda, République Démocratique du Congo, Rwanda, Soudan du Sud, Syrie, Vénézuela, Yémen et Zimbabwe.

implantation RNW

En plus de sélectionner la valeur à soutenir et les pays cibles, la RNW cible également la tranche d’âges concernée : les 15-30 ans.

Eu égard aux pays visés et aux infrastructures internet limitées, la RNW a eu l’idée de s’adapter, y compris dans le domaine technique. Par exemple, elle a eu recours à un prestataire externe pour adapter ses contenus et ses plateformes Internet à « une technologie Internet limitée »[2]. Ce qui lui permet d’espérer une croissance annuelle de ses visiteurs de 25 % par an dans les prochaines années.

La radio promeut ainsi la liberté de la presse, majoritairement sur Internet. C’est dans ce cadre qu’elle a récemment organisé une rencontre de blogueurs internationaux influents sur le sol néerlandais[3].

La RNW soutient donc la liberté d’expression, en lançant par exemple un blog intitulé « Regards sur Gbagbo », « une plate-forme impartiale sur l’ex-président de la Côte d’Ivoire qui attend un procès éventuel à La Haye »[4].

Enfin, la RNW a lancé une école de formation, intitulée Radio Netherlands Training Centre (RNTC)[5], qui a pour objectif de délivrer des enseignements à destination des jeunes dans des pays identifiés comme ayant une faible liberté de la presse. Des cours intitulés « Journalisme radiodiffusés », « Internet pour les journalistes », « Storytelling «  et « Journalisme via le Smartphone » sont ainsi dispensés.

En définitive, la NRW a su faire « contre mauvaise fortune bon cœur », et bonne stratégie serait-on tenté de rajouter. Face à des coupes claires budgétaires, la NRW a actionné tous les ressorts d’une stratégie dite du faible au fort : choix d’une valeur unique et mondialement partagée à défendre ; dissémination des forces sur trois continents ; cible claire et susceptible de prendre le pouvoir prochainement ; enrôlement d’autochtones civils par le biais (neutre) de la formation.

Cette étude de cas permet une mise en abîme de la situation de la langue française :

  • Les coupes budgétaires ne sont pas l’apanage de la seule langue française.
  • Les autorités néerlandaises considèrent que la langue anglaise leur permettait de défendre leurs propres valeurs, ce qui est paradoxal.
  • La langue française, via la Charte de la francophonie (2005), défend toutes les valeurs dites progressives et démocratiques. Ne devrait-elle pas, à l’instar de la RNW, se recentrer sur une ou deux valeurs qui lui tiennent particulièrement à cœur ?
  • La RNW a sélectionné des pays-cibles pour agir.

Damien Soupart

Netflix et le piratage, la fiction française et GTA V, la revue de presse revient !

La revue de presse de la Baguette culturelle revient aujourd’hui avec trois thématiques :

  • Netflix – le site de streaming américain qui a lancé House of Cards – utilise les données des sites de piratage pour produire ses propres séries : Slate analyse cette reconnaissance – monétisée – de la « culture libre ».
  • La fiction française serait-elle en train de trouver un modèle complémentaire à celui des séries américaines ? Le Monde revient sur l’étude de NPA Conseil sur « l’offre de fiction de prime time des chaînes gratuites (TF1, France 2, France 3, M6 et Arte) »
  • Jeu vidéo et réalité : le tant attendu GTA V serait-il « aussi ennuyeux » que la réalité ? Les Inrocks relaient la vidéo de College Humor.

Netflix choisit ses séries en fonction des sites de piratage par Anaïs Bordages, Slate.fr

«Quand nous achetons des séries, nous regardons ce qui marche le mieux sur les sites de piratage», a expliqué Kelly Merryman, vice-présidente responsable de l’acquisition de contenus, dans une interview avec le site néerlandais Tweakers.

Par exemple, aux Pays-Bas, où le site est accessible depuis la mi-septembre, il a obtenu les droits de la série Prison Break, qui est très piratée par les Néerlandais. C’est aussi pour cette raison que Netflix aurait décidé de mettre en ligne les séries cultes Breaking Bad et The West Wing début 2013, selon Philly.com.

L’un des objectifs de Netflix, selon Torrent Freak, est de convertir les sériephiles à un streaming plus simple, de meilleure qualité –et qui n’enfreint pas la loi:

«Netflix est tellement plus facile à utiliser qu’un site de torrents. Vous n’avez pas à vous préoccuper des fichiers, vous n’avez pas besoin de les télécharger et de les déplacer. [Avec Netflix], il suffit de cliquer et de regarder», explique ainsi Kelly Merryman.

Lire l’article dans son intégralité ici.

La fiction française regagne du terrain par Véronique Cauhapé, Le Monde

Le combat fut âpre. Pas une chaîne historique qui ne résiste, entre 2008 et 2012, à l’offre des séries étrangères sur lesquelles TF1 enregistre, pendant cette période, une progression de plus 33 % (avec un nombre record de 85 soirées qui leur sont consacrées en 2012) et M6, de plus 20 % (et un pic, en 2011, avec 129 soirées). Pour France 2 et France 3, la progression est plus mesurée, avec respectivement, plus 14 % et plus 12 % tandis que sur Arte, les fictions européennes progressent de 27 %. Face à cette déferlante, la production française ne résiste pas. En 2010, sur France 2 – qui lui consacre le plus d’antenne -, elle recule de 20 % et va jusqu’à quasi disparaître sur M6. La déferlante des séries a aussi pour conséquence de bousculer la fiction unitaire dont le poids est surtout porté par les chaînes publiques, France 2 et France 3 qui, en 2012, ont diffusé 88 % des téléfilms.

PRÉDOMINANCE DU FORMAT CINQUANTE-DEUX MINUTES Face à la production sérielle américaine, la fiction française a fini par réagir et réussit à faire émerger des marques de référence capables d’attirer un nouveau public. Outre les séries installées comme « Plus Belle la vie » (France 3), « Fais pas ci fais pas ça » (France 2), « Section de recherches » et « R.I.S » (TF1), qui comptent sur un public déjà acquis et fidèle, des nouveautés sont parvenues, en 2012, à s’imposer et maintenir des courbes d’audience stable durant toute leur première saison. C’est le cas de « No Limit » sur TF1, « Candice Renoir », « Les Hommes de l’ombre » et « Détectives » sur France 2.

Lire l’article dans son intégralité ici.

GTA 5 est tellement réaliste qu’on peut s’y emmerder autant que dans la vie par Les InrocksTV

Camille Delache

Piers Faccini, la poésie de l’art partagé

Être un artiste aujourd’hui est soumis à de multiples tensions : entre nécessité commerciale et volonté artistique, entre partage des créations et nécessaire rémunération, entre standards des gros réseaux de distribution et  concepts plus personnels. Piers Faccini est de ceux qui jouent entre ces lignes pour imposer sa vision d’une musique ouverte, vivante et poétique.

Piers Faccini

Dès le début de sa carrière dans les années 2000, Piers Faccini porte une musique “cocoon” dont la poésie vous emmène dans son jardin secret. Comme l’écrit si bien Tôt ou Tard, son ancien label :

“La musique de Piers Faccini ne passe jamais en force. Elle suggère, frôle, évoque sans insister, à tel point que l’on ne sait plus si ce sont la joie ou la peine qui ont provoqué nos larmes inattendues.”

Pour avoir assisté à de nombreux concerts ces dernières années, aucun ne se ressemble. Il nous accueille toujours dans des salles de taille moyenne pour pouvoir être au plus prêt et nous laisser profiter. Ce partage se traduit aussi par ses nombreuses collaborations artistiques hors et sur scène : Vincent Segal, Francesca Beard et surtout Dom La Nena, sa petite protégée.

Beating Drum Piers FacciniAu fil des années, il a inventé un nouveau modèle d’artiste dans la société. Traduction concrète de ce « positionnement » : il a lancé début 2013 son propre label Beating Drum. Comme il le dit si bien sur la blog La maison jaune :

 » Alors, avec maintenant un peu d’expérience du web, sur mon site et les réseaux sociaux où j’ai testé certaines choses, regardé les retours et les commentaires, en parlant beaucoup avec les gens à la sortie de mes concerts – toujours ce dialogue que je privilégie depuis des années, j’ai commencé à réfléchir à un autre modèle.  Par exemple si je conçois pour ce public que je commence à bien connaître un objet un peu spécial, disons un concept-album très personnel, la maison de disques va me dire qu’avec les 500 exemplaires espérés à la vente, ils ne peuvent pas vivre. Mais moi oui !  Avec une petite structure, en faisant beaucoup de choses moi-même, avec une souscription et de la vente directe sur mon site ou à la sortie des concerts, c’est jouable : le modèle économique n’est plus le même. « 

Cette expérience du web se retrouve sur la communauté qu’il anime quotidiennement : contenus éditoriaux de qualité sur les réseaux sociaux, site internet régulièrement mis à jour, une playlist sur Sound Cloud et surtout … le partage de nouveaux titres en téléchargement gratuit. Il montre ainsi qu’un artiste n’est pas dans la société qu’au moment de la sortie d’un nouvel album. Plutôt, il écoute, échange et partage avec elle de façon régulière.

Piers Faccini porte ce nouveau modèle d’artiste encore plus loin. Il n’est pas seulement musicien mais aussi photographe, peintre et créateur d’objets d’art non identifiés. C’est dans un univers personnel qui va bien au-delà de sa musique qu’il nous emmène désormais, symbole de sa démarche singulière.

Piers Faccini silhouette

En somme, Piers Faccini incarne une nouvelle génération d’artistes qui partage, qui interagit, qui invite et qui ne s’isole pas dans un cocoon industriel, aussi poétique soit-il. A quand une diffusion à grande échelle ?

Cela fait un moment que je voulais évoquer le cas Piers Faccini : à une semaine de la sortie de son nouvel album et au lancement de son propre label, voilà chose faite. En attendant lundi je vous invite à découvrir ses dernières chansons :

et à pré-commander son nouvel album Between Dogs and Wolves directement sur son site en cliquant ici.

Camille Delache

Pour une alliance francophone entre la France et le Québec par Damien Soupart

Pour cet article de rentrée, une question ingénue qui mériterait d’être posée plus souvent : pourquoi la France et le Québec n’interviennent pas de concert au sein de l’espace économique francophone, notamment en Afrique ? 

Grâce à l’étude parue au mois d’août 2013 sur « la profondeur stratégique de la francophonie »[1], j’ai personnellement appris que le Québec avait organisé son propre espace géopolitique autour de la francophonie et des locuteurs de la langue française.

C’est notamment ce qui explique cette aide si massive apportée par les Québécois et les Canadiens à Haïti.

C’est ce qui justifie également cette pléiade de missions commerciales et d’entités dédiées au développement des échanges entre le Québec et certains pays africains, rassemblées sous le vocable de Conseil Canadien pour l’Afrique[2].

canada mali

A côté du Québec et du Canada, la France qui essaie d’organiser les investissements français en Afrique francophone. A travers un dispositif éclaté et sans véritable préférence géographique ni géostratégique (mis à part peut-être pour l’uranium et certaines terres rares). A la lecture du dernier rapport de notre Ministre du Commerce Extérieur, il s’avère que l’Afrique francophone ne fait pas partie des cibles prioritaires pour les PME françaises qui souhaiteraient exporter, mis à part le Maghreb. Nous montrons ainsi aux divers commentateurs que la France, régulièrement critiquée pour son « néo-colonialisme » en France, n’a toujours pas pris conscience de l’avantage concurrentiel que représentait le partage d’une seule et même langue, avantage concurrentiel pourtant mis en valeur par certaines études universitaires[3], commandées par le Quai d’Orsay lui-même !

Au même moment, lorsque vous utilisez un simple logiciel de veille dédié et que vous entrez la requête « francophonie », vous vous rendez compte que le Québec et le Canada sont désormais majoritaires sur la question francophone au sein de ce réseau social. Plus de clics, plus de « suiveurs » et plus de gazouillis… Preuve supplémentaire que le Québec et le Canada sont en train de s’imposer, naturellement, comme les représentants d’une francophonie ouverte et économique.

Francophonie sur Twitter

Bien que l’outil Twitter ne soit nullement l’alpha et l’oméga de toute considération et de toute décision politique, ce basculement visible d’autorité (qui est en train de se dérouler sous nos yeux) au sein de l’espace francophone et de l’espace économique francophone est une réalité.

Une réalité qu’avait courageusement et lucidement pressentie feu Philippe Séguin qui écrivait dans l’un de ses derniers livres :

« Face à cette situation, France et Québec devraient reprendre conjointement l’initiative au lieu de se complaire dans leur égocentrisme respectif »[4].

Timide ouverture, Mme la Ministre de la Francophonie et M. le Ministre de la Culture et des Télécommunications du Québec ont signé la semaine dernière une « déclaration d’intention »[5] qui, dans les faits, ne promet rien et, surtout, ne propose rien. Même le journal « Sud Ouest » conclue son article par : « pour le concret, prière de repasser »…

A quand une alliance d’un genre nouveau entre la France et le Québec ?

Damien Soupart

L’épopée numérique de Sarah Sauquet ou la rencontre entre littérature et technologie

Quand une professeur de français découvre les technologies numériques mobiles, un nouveau champ des possibles s’ouvre à elle. La Baguette culturelle rencontre aujourd’hui Sarah Sauquet, co-fondatrice des applications « Un texte, un jour », « Un poème, un jour », convaincue des bienfaits de la littérature pour tous et partout. Récit d’une épopée numérique de petites anthologies littéraires à portée de main.

Un texte un jour1

Naissance d’un rendez-vous littéraire quotidien

« Professeur de français, j’avais offert il y a quelques années une anthologie de textes littéraires ‘faite maison’ à toute ma famille. Ma mère spécialiste des applications mobiles m’a tout de suite dit : ‘pourquoi ne pas créer une version numérique de ton anthologie ? »

En regardant l’existant, notre interwievée se rend compte qu’il reste une place pour une application accessible, autant en termes de design et que de contenu. « Cette application est aussi née d’un questionnement professionnel auquel je suis chaque jour confrontée : comment faire lire les élèves ? Je trouvais que le support du smartphone et le schéma du texte journalier convenait très bien à des générations habituées au zapping ! »

« Un texte, un jour » nait en octobre 2012 : l’application – gratuite – vous permet de recevoir chaque jour un nouveau texte « de 15 lignes, pas plus »,  d’un auteur disparu avant 1942 pour des questions de droit d’auteur.

« La cible est l’adulte lettré qui aurait envie de relire, l’hypokhâgneux qui a besoin d’avoir une panoplie de classique en condensé, les expatriés qui veulent garder un lien avec le français. L’application n’est pas à l’origine destinée aux élèves mais il y a un vrai potentiel pédagogique. »

L’application lancée, l’engouement pour les nouvelles technologies grandissant, « Un texte, un jour » devient la lecture du matin pour de nombreux utilisateurs : « l’application permet d’enrichir les textes d’une biographie et de jeux de littérature classique et contemporaine en devenant un rendez-vous quotidien. La gamification est une des clés de notre développement. » Suite à une forte demande des utilisateurs sur la poésie, elle donne aussi naissance quelques mois plus tard à « Un poème, un jour », application cette fois-ci payante.

Derrière ces produits se cache une conviction : « la littérature n’est pas quelque chose de suranné. Je voulais que ce soit de la culture pour tous mais qui reste exigeante. » Pour notre professeur de français, la littérature ne vit pas isolée : elle s’épanouit avec la technologie mais aussi avec les autres domaines.

« Je veux aussi faire des ponts avec d’autres pans de la culture : cinéma, théâtre, séries télévisées… pour montrer que la culture n’est pas réservée à une élite. La littérature est toujours avec nous dans la vie : cet outil permet de l’avoir dans sa poche. »

Un texte un jour 2

« Vous tuez le livre » : le retour de la querelle des Anciens et des Modernes

Une fois n’est pas coutume, à nouveau support, nouvelles craintes. L’écran effraie (rappelez-vous, Who Art You avait déjà soulevé ce débat). Collègues de l’Education nationale, ou amoureux traditionnels du papier ne voient pas d’un bon œil le passage à l’écran mobile : « Pour certains, on ne peut pas passer aux écrans comme ça. On m’a même dit ‘Faire entrer le livre dans une boite, c’est en quelque sorte le tuer.’ »

Pourtant, Sarah Sauquet voit son propre métier évoluer : « J’ai progressé au niveau de ma pratique, de ma connaissance. Les élèves ont pu constater que la littérature n’était pas poussiéreuse : l’application devient un moyen facile de lire plein de textes et d’améliorer sa langue, ses connaissances. »

Pour elle, ces craintes illustrent les limites inhérentes à la culture française.

« Le problème français dans la culture et dans l’éducation est que nous nous enfermons systématiquement sur le français. Regardez les programmes scolaires, il y a très peu d’auteurs étrangers ! Or, enfermer la culture française c’est prendre le risque qu’elle disparaisse. Le défaut de la culture française c’est son nombrilisme. C’est en la confrontant avec d’autres textes, d’autres langues, d’autres supports qu’on va pouvoir la faire vivre. »

Pour la faire vivre, le numérique est un premier pas aujourd’hui franchi avec les deux premières applications … à découvrir bientôt en anglais !

Cliquez pour télécharger l’application « Un texte, un jour » (iPhone et Android), « Un poème, un jour » (iPhone et Android).

Camille Delache