[Les (Ré)enchanteurs] Jérôme Cohen, le caméléon culturel

Jerome CohenIl y a maintenant quelques mois que j’ai rencontré Jérôme Cohen, l’homme aux casquettes multiples : consultant, fondateur et metteur en scène d’une compagnie de spectacle vivant, entrepreneur social et culturel (Imagination Factory), chanteur lyrique, écrivain. Il est de ces caméléons qui nous montrent qu’il est possible de ne pas entrer pleinement dans une case. Avec lui, la cohérence vient de nos envies et réflexions.

Rencontre avec un producteur de sens du quotidien.

« J’ai un père violoniste et une mère antiquaire. Forcément, l’argent n’a jamais été une priorité. Seul le sens l’était.”

Après avoir fait ses armes à la Warner, être passé par le Women’s Forum, il réfléchit aujourd’hui à la “génération marge brute”. “ Les actionnaires ne pensent que par la marge brute, plus que toute autre chose, plus que l’humain.” Convaincu qu’une société ne peut fonctionner sur ce modèle, il veut “remettre toute intelligence au profit d’une contribution sociale”. Pour cibler l’humain, l’innovation est la solution. “Il y a un ras-le-bol général avec la crise. J’ai peur du côté vers lequel nous pourrions tomber. Il faut rassembler les forces innovatrices pour porter l’ambition d’un nouveau système.”

Innovation culturelle versus patriotisme : le perpétuel dilemme

“On ne peut pas vivre sans art et sans création. La culture est un des piliers de notre société.”

Selon lui, si la France permet beaucoup de choses, son conformisme – et parfois son ringardisme – l’empêche(nt) d’innover.

Principal problème, le financement. “On a besoin d’argent pour pouvoir innover, mais le doute cartésien français devient bloquant. On doit douter de tout avant de s’engager. De ce fait, innover est souvent synonyme de prendre la place de quelqu’un. A Harvard, on ne se pose pas la question de qui finance !”

Je l’interroge alors : “Pourquoi être resté en France ?” “Parce que j’aime la France. Certes les projets mettent longtemps à émerger mais il y a toujours des gens qui redonnent espoir. Un jour, un dirigeant d’une institution culturelle m’a dit ‘Je préfère l’influence d’un grand patron qui a une vision culturelle que celle d’un député de province qui n’a aucune appétence pour la culture.’” Pour lui, ce genre de positions constitue “des initiatives de débloquage essaimées” un peu partout. Il croit avant tout en ces “créateurs contributifs” qui créent, font, défont et contribuent au service de la société.

 

Toute la culture pour tous

Organisateur d’un festival de musique classique en Dordogne, il est marqué par la rencontre avec un passant féru de variétés françaises. Passant à côté du lieu de répétition, ce dernier interpelle notre entrepreneur pour avoir des explications sur ce qu’est cette musique, pourquoi et comment. Jérôme Cohen lui présente le projet, le compositeur, etc. une médiation rapide en somme, et lui met des places de côté. Fin du concert : “Merci, j’ai passé un moment exceptionnel.”

« C’est par toutes ces petites actions qu’on montre que la culture n’est pas un vernis. […] On ne peut pas apporter l’art et la création à ceux qui n’en ont pas, c’est bien pour ça que 99 % des modèles de médiation culturelle ont échoué. La médiation passe par le fait d’être touché, de comprendre le processus de création artistique. »

Et d’ajouter : « Face à la crise, les artistes ont un rôle à jouer. C’est aussi pour cela que nous avons créé le collectif Ahahah !, un pied de nez qui montre l’engagement et le regard que peuvent apporter les artistes en cette période de doute et de morosité. »

De cette expérience et de ses convictions est né le projet MUZE, salle de spectacle mobile. Là encore, l’ambition de Jérôme Cohen est de mettre l’innovation au service du public. Conçu comme un outil d’égalité d’accès à la création, il est à la fois un espace de culture et de pédagogie. Culturel d’abord car il ouvre ses portes à la création et la diffusion de tous les arts vivants (musique, danse, arts numériques, etc.). Espace pédagogique ensuite, il sillonne le territoire pour s’installer pendant sept semaines en résidence dans des villes et apporter la culture à tous les publics.

salleMuze

Au final, Jérôme Cohen redonne à la culture française l’audace qu’elle perd parfois. Créateur contributif, il (ré)enchante aujourd’hui notre culture, alors qu’elle se confine dans une zone de confort trop parisienne et trop élitiste.

Pour en savoir plus :

MUZE présentée sur le site du Forum d’Avignon http ://www.forum-avignon.org/fr/quand-la-salle-de-spectacle-devient-mobile

La compagnie de danse Un bruit qui court : http ://www.ubqc.org/

Camille Delache

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