Google Web Lab, l’influence culturelle du géant américain s’étend

Le Science Museum de Londres a ouvert son sous-sol au Web Lab de Google : une visite outre-Manche donne l’occasion de réfléchir sur la technologie dans les musées mais surtout sur les rigidités de notre secteur culturel.

Google Web Lab London
Google Web LabJusqu’en juin 2013, le Google Web Lab ouvre ses portes gratuitement dans le sous-sol du Science Museum. L’exposition débute par le panneau ci-contre expliquant le principe : expérimenter les potentialités du web – plutôt du web à travers le prisme de chrome, le navigateur de Google – dans le musée lui-même mais aussi directement en ligne via le site http://www.chromeexperiments.com/detail/web-lab/.
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En quatre ateliers, le visiteur utilise son lab tag pour sauvegarder ses données et prolonger l’expérience en ligne :
1- TELEPORTER : une vue 360° de différents lieux et ambiances avec prises de photos. Par exemple, Google vous emmène dans Amélie’s bakery. Tous les clichés pris se retrouveront sur votre lab tag.
2- UNIVERSAL ORCHESTRA : créer un morceau de musique. De son écran, le visiteur actionne percussions et autres xylophones pour composer une mélodie, elle aussi sauvegardée sur son lab tag.
3- SKETCHBOTS : le portrait dans le sable. Le visiteur/utilisateur est photographié puis son portrait est tracé dans le sable par de gros compas.
4- DATA TRACER : le stockage des données. En sélectionnant une image dans une galerie pré-chargée, le visiteur découvre son lieu de stockage et sa distance par rapport à Londres sur une carte interactive.

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Le lab tag

Le lab tag

À vos côtés, des ateliers sont actionnés par des utilisateurs directement sur internet.

Google Web Lab Sketchbots

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Après cette courte description, vous me direz « Pourquoi mettre Google dans un musée ? », « Ce type d’exposition n’est pas de l’art », « L’implication du visiteur ne fait pas la qualité d’une exposition. », etc. Bien que nécessaires et protectrices, ces remarques sont trop réductrices face à la réalité des musées et de la technologie.
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Avec le Google Web Lab, le visiteur devient aussi un utilisateur qui agit sur sa propre expérience de « l’exposition », qu’il peut sauvegarder sur son lab tag et revivre/prolonger devant son ordinateur. Le lab se trouve dans le Science Museum qui retrace l’évolution de nos technologies. C’est un musée presque entièrement gratuit, notamment grâce au soutien du Wellcome Trust, dans lequel on rentre et on sort plus que facilement. L’exposition y a donc toute sa place et permet de relier tous types de personnes, petits et grands.
Le lien entre science & art et technologie & création apparaît comme une évidence que chacun peut expérimenter.

Retour sur l'expérience Data Tracer

Retour sur l’expérience Data Tracer

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Il ne s’agit pas ici de vanter les mérites du modèle anglo-saxon car chaque culture doit créer son propre modèle. Plutôt, il faut mettre en exergue les rigidités du secteur culturel français.

Le Science Museum et le Google Web Lab ne correspondent pas à l’image sacrée du musée aux grandes portes et barrières où le bruit et la course ne sont pas tolérés. C’est un musée où les visiteurs vivent leur visite (on y croise par exemple des manifestants contre les exécutions de morts-vivants, thème de l’exposition du moment). En France et dans certains musées européens, les codes de conduite peuvent être trop contraignants pour un prix d’entrée parfois trop élevé. Le mélange des genres – d’art, d’acteurs et de financement – ne dénature pas l’œuvre en elle-même ni son message, si ce mélange est agencé intelligemment. Si, si, je vous assure, la culture est faite pour être vécue et non tue.

Si cette rigidité qui nous est propre protège notre exception culturelle et notre riche héritage, elle nous empêche de construire les futurs de l’art et de la culture. Le caractère sacré de la culture est abritant mais n’est plus englobant. L’expérience du Science Museum de Londres ne doit pas devenir la règle de toutes les expositions. C’est un exemple de ce savant mélange entre art, science et interactivité qui implique le visiteur.

Le géant américain marque une fois de plus un coup d’avance en associant innovation, création et lieu de culture. Pourtant, notre savoir-faire existe, en témoigne les personnes rencontrées sur ce blog (vous rencontrerez d’ailleurs bientôt le dernier en date, le réseau social Who Art You).

Jusqu’à quand les technologies et savoir-faire de nos entreprises resteront dans des usines et autres laboratoires plutôt que de se frotter au grand public ? Jusqu’à quand les marques se cantonneront à la publicité plutôt que de s’ouvrir à la société ?

Camille Delache

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