La dissolution de l’Union Latine, prélude à l’extinction de la diversité culturelle ? par Damien Soupart

                   Malgré le titre en apparence éloigné des thématiques régulièrement traitées sur ce blog, je crois que l’actualité détaillée ci-dessous dépasse largement son périmètre traditionnel pour venir questionner directement une structure telle que l’OIF et par là-même, la francosphère toute entière.

                  Le 31 Juillet 2012 est une date qui est déjà oubliée dans les mémoires collectives. Elle symbolise pourtant la date effective de la dissolution du Secrétariat Général de l’Union Latine. Qu’était l’Union Latine ? Une Organisation Internationale, née en 1954, afin de « mettre en valeur et diffuser l’héritage culturel et les identités du monde latin », principalement des mondes francophones, hispanophones et lusophones. Cette Union Latine regroupait 40 Etats dans l’optique de « défendre les langues latines, le plurilinguisme et la diversité culturelle sous la menace d’uniformisation issue de la mondialisation ».

Dès le début de l’année 2012, le Congrès de l’Union Latine a décidé, eu égard à la crise financière qui déstabilisait cette Organisation Internationale, de « dissoudre le Secrétariat Général »[1], ce qui a directement eu pour effet « une interruption immédiate des actions entreprises ». Sans aucune publicité de la part des médias, une Organisation Internationale, vieille de plus de 50 ans, disparaît dans l’indifférence la plus totale. Dans sa déclaration finale, l’Union Latine n’oublie pas de réaffirmer « de façon inconditionnelle », la valeur de Convention constitutive de l’Organisation, et implicitement le premier alinéa du premier article : « Conscients de la mission qui incombe aux pays latins dans l’évolution des idées, ainsi que dans le perfectionnement moral et les progrès matériels du monde »[2].

Nombre d’interrogations demeurent. Dans ses considérations finales, le document souligne que l’Union Latine doit « passer à une nouvelle phase », opérer « une reconversion » et ne plus être « conçu comme un opérateur de programmes mais comme un forum d’échanges entre les Etats membres ». Mais le nouveau Secrétaire Général par intérim n’a toujours pas été désigné.

Au-delà de l’effet d’annonce, en quoi cela a-t-il à voir avec la Francophonie ? Premièrement, les deux Organisations Internationales travaillaient ensemble sur des sujets comme celui de « l’intercompréhension ». L’OIF vient donc de perdre donc un allié historique. Deuxièmement, sur les 40 membres de feue l’Union Latine, 12 sont également membres de l’OIF (Andorre, Cap-Vert, Côte-d’Ivoire, France, Guinée Bissau, Haïti, Mozambique, Monaco, Roumanie, Moldavie, Sao Tomé et Principe, Sénégal). Est-il imaginable que la valeur ajoutée de cette défunte Organisation Internationale soit utilisée au sein de l’OIF ? Typiquement, les accords intergouvernementaux de coopération[3] ? Que deviendra « le système novateur de diffusion de la terminologie pour les langues[4] » ? Troisièmement, cette disparition ne pose-t-elle pas une question existentielle à l’OIF, qui devient peu à peu le seul organe – impotent – capable de défendre une autre vision que celle qui est véhiculée quotidiennement par nos grands médias de masse ?

Comme le rappelle la Convention de Madrid, fondatrice de l’Union Latine, la réalisation des objectifs cités précédemment passe par « la plus intense coopération intellectuelle entre les pays adhérents et par le renforcement des liens spirituels et moraux qui les unissent ». Cette assertion résonne étrangement à nos oreilles aujourd’hui. L’Union Latine disparue, l’OIF se retrouve être le seul organe, plutôt représentatif, capable de relever ces défis verbalisés il y a plus de cinquante ans.

La France, principale contributrice financière de l’Union Latine et principale contributrice financière de l’OIF, devrait certainement prendre en compte ce non-évènement qui préfigure pourtant l’avenir de la lutte en faveur du multilinguisme : anonymat médiatique, banqueroute financière et paralysie stratégique.

Par Damien Soupart
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2 réflexions sur “La dissolution de l’Union Latine, prélude à l’extinction de la diversité culturelle ? par Damien Soupart

  1. Et quelle mauvaise surprise de ne pas avoir vu passer l’information sans une visite spontanée sur le site de l’Union Latine!
    Terrible de constater comme ces organisations aux missions formidables sont mal reconnues, et mal soutenues.
    L’organe institutionnel de la francophonie devrait vraiment méditer sur cette perte.
    Pour information, d’autres associations en France et ailleurs oeuvre heureusement activement dans l’univers francophone, la plupart fédérées chez l’Association Francophone d’Amitié et de Liaison(www.afalassociation.com), un peu plus jeune que l’Union Latine, mais qu’on espère plus durable…

  2. Pingback: Quid de la diversité linguistique ? par Damien Soupart « La Baguette culturelle

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