Francophonie : les raisons d’espérer, par Damien Soupart

Les périodes de transition électorale semblent toujours statiques. On y répète à l’envi les mêmes éléments de langage et on y soupèse ses propos, entre l’envisageable et l’impossible. C’est néanmoins une période intéressante si l’on s’attache à la regarder avec des lunettes fines, capables de détecter des signaux faibles, qui préfigureront peut-être les grandes réformes de demain.

            Ces signaux faibles, que l’on peut également appeler des germes, existent aujourd’hui. Ils sont encore frêles et fragiles, mais, à y regarder de près, on sent comme le frémissement d’une prise de conscience d’un levier de puissance délaissé et abandonné. Je ne sais si cette prise de conscience s’explique par le changement de majorité, la tenue des Rencontres Internationales de la Francophonie Economique (Rifé) et du Forum Mondial de la Langue Française ou à d’autres éléments. Je sais seulement que la fenêtre d’opportunités existe et que cette prise de conscience ne doit pas s’éteindre une fois que cette fenêtre temporelle se sera refermée.

La prise de conscience est le premier degré d’une politique courageuse et volontariste en faveur de l’idée francophone. Laurent Fabius est pleinement conscient de ces enjeux puisqu’il a déclaré lors de son premier entretien : « 80 % des personnes francophones seront africaines »[1]. Le site Internet du Forum Mondial de la Langue Française regorge de ces témoignages tels que « la langue française est une force pour la France, une chance pour l’Afrique ».  Mais ces éléments de langage doivent nécessairement se muer en quelque chose de plus consistant. Pour devenir des idées définies, lesquelles soutiendront un plan d’action établi dans la durée, avec des personnes dévouées et des moyens assurés.

C’est cette voie qui sera envisagée par la Rencontre Internationale de la Francophonie Economique 2012[2]. Avec pour ambition de « créer les conditions d’une Francophonie économique, dynamique, ambitieuse et solidaire ». Sans préjuger des résultats de cette initiative, soutenue majoritairement par le Québec, il apparaît que les idées seront au rendez-vous. Déjà gratifié par des productions intellectuelles de qualité, qui tranchent avec ce que l’on peut lire habituellement de l’idée francophone, le lecteur intéressé pourra y déceler les ferments d’une véritable stratégie dédiée à la création d’un espace économique francophone, espace qui réaliserait matériellement cette belle idée francophone. Pourquoi l’idée de l’espace économique francophone est une bonne idée pour concrétiser l’idée francophone ? Parce que cet espace, s’il venait à voir véritablement le jour, s’appuierait et fédérerait trois des quatre piliers du pouvoir structurel, tel que Susan Strange le définit. Hormis la sécurité, qui reste l’apanage des États, le savoir, la production et la finance pourraient soutenir cet espace économique francophone, qui devrait nécessairement brasser et faire interagir les produits de ces trois piliers.

Voilà pourquoi il est permis d’espérer. Parce que, sans le dire à voix haute, certains francophones se saisissent à nouveau des rênes de la francophonie pour réaliser, via des voies nouvelles, les valeurs de l’idée francophone.

Damien Soupart

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