Le mécénat et la culture : pour une « solidarité culturelle »

Il y a quelques temps que j’ai lu un entretien d’Oliver Tcherniak, président de l’ADMICAL, ancien directeur de la communication d’Orange et ancien secrétaire général de la Fondation Orange. Il y expose le concept de « solidarité culturelle » que les entreprises doivent avoir dans leur politique de mécénat.

Voici une petite piqûre de rappel.

Depuis quelques années, les chiffres du mécénat culturel ne brillent plus comme ce fut le cas dans les années 2003-2006. Sans pour autant connaître une baisse drastique, la culture n’est plus la cause sacrée des entreprises. Dans un entretien de novembre 2010 (déjà!), Olivier Tcherniak réagissait à ce phénomène. (ici) Le président de l’ADMICAL considère que le mécénat ne doit pas « perdre son âme » en s’écartant du secteur culturel. Pour lui, « donner à la santé, l’éducation, l’environnement… est vital, il est vrai. Mais c’est une solidarité […] statique contrairement à la solidarité culturelle, plus dynamique. Elle est d’une certaine manière l’aboutissement et le commencement de tout. Le culturel est la porte ouverte à l’autre, à la construction d’autres mondes, d’autres visions. Elle donne un cap, ce qui est réellement important dans une société ou dans des entreprises souvent en perte de sens ou de repères. »

De surcroît, Olivier Tcherniak estime que le mécénat culturel ouvre un univers des possibles à l’entreprise. Une fois que cette dernière dépasse l’image d’élitisme souvent attribuée au mécénat culturel, elle peut « y découvrir sa personnalité, façonner son identité profonde et non simplement construire une image, toujours proche de celle de son concurrent. C’est aussi s’ouvrir à d’autres cultures et ainsi ne pas s’enfermer sur sa culture d’entreprise nourrie de codes et de rituels réservés à un groupe. »

Enfin, il considère que le mécénat est en train de perdre son identité car bien souvent trop rapproché avec la responsabilité sociale d’entreprise (RSE) et la communication. La RSE a pour vocation première de servir les intérêts de l’entreprise alors que le mécénat doit promouvoir une cause d’intérêt général, en lien direct avec la société. En outre, même si toute action de mécénat a des retombées en termes de communication, elle ne se limite pas à celle-ci. L’entreprise ne doit pas rechercher des faire-valoir à son projet global. Le mécénat doit être un prolongement direct de son projet global au sein de la société.

La renaissance d’une solidarité culturelle, particulièrement pertinente en temps de crise, peut profiter aux acteurs de l’offre culturelle. Depuis le début de la crise financière, les salles de cinéma ne désemplissent pas, les bibliothèques sont en pleine effervescence.[2] Nous voici face à une opportunité : en revalorisant la culture économiquement, en la finançant, nous lui redonnons sa dimension active, c’est-à-dire une certaine capacité à transformer les relations sociales.[3]

Camille Delache

[1]Site Communauté Communication et entreprise
[2] Conférence de Françoise Benhamou « Les perspectives du mécénat culturel », 15 avril 2010, salle Pleyel.
[3] CAUNE Jean, « La démocratisation culturelle : une évaluation à construire », Politiques et pratiques de la culture sous la direction de Philippe Poirrier, La documentation française, Paris, 2010, p18

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