Quelle orientation stratégique pour la francophonie ? Par Damien Soupart

C’est un leitmotiv qui n’est pas une lubie mais bien une nécessité. Maintenant que les périmètres ministériels sont dessinés, que les principaux membres du Cabinet sont nommés[1], il importe d’avoir une idée claire des objectifs qui doivent diriger ce nouveau Ministère.

                  Le premier passage télévisé de Mme la Ministre Yasmina Benguigui, sur TV5 Monde[2], ne m’a pas permis de déceler la présence d’une ligne directrice forte. Un premier entretien est normalement dédié à l’ancrage d’une ou deux idées forces qui font date et qui posent les jalons d’une action ministérielle. Ici, à part l’évocation de « cette belle idée de la francophonie » et sa volonté de « mettre de nouveaux mots, une nouvelle vision sur ce qu’apporte cette langue, bref une nouvelle réflexion », aucun ancrage de ce type à relever. J’espère que cet état de fait n’est dû qu’à la contrainte temporelle que représentent les élections législatives. En effet, deux des quatre membres nommés du Cabinet sont en lice pour ces élections.

Car, au-delà du symbole de cette nomination, et de l’étonnement de la principale intéressée, l’existence même d’un tel Ministère interpelle. C’est la première fois en France alors que dans d’autres pays, que nous parlions des Etats-Unis, des Pays-Bas, du Royaume-Uni, du Maroc, de la Chine, de la Russie ou de l’Inde, c’est une fonction importante qui existe depuis fort longtemps. Pourquoi ?

La diaspora ne doit pas être considérée seulement à travers des propos numéraires. Elle doit représenter, ipso facto, la pointe avancée de notre dispositif français à l’étranger. Susan Strange, brillante auteure théoricienne des relations internationales, établissait quatre piliers quant au « pouvoir structurel » d’un Etat : sécurité, savoir, production et finance. Une vision dynamique de la diaspora repose obligatoirement sur la dimension du savoir, savoir que cette diaspora est capable d’apporter aux autorités nationales du fait de sa présence à l’étranger. Néanmoins, les dimensions sécurité, production et finance sont exercées, in fine, par des personnes. Avec un univers mental propre et commun à chaque ressortissant français. Dès lors, la présence d’une diaspora active dans des lieux où s’exercent « le pouvoir structurel », pour peu qu’elle ait reçu des objectifs clairs, représentera un avantage comparatif déterminant.

L’Inde, que l’on présente souvent comme « une puissance d’équilibre », use brillamment de sa diaspora[3]. Elle sait qui est ou et qui fait quoi[4].

Le récent entretien donné par M. le Ministre des Affaires Etrangères[5], Ministre de tutelle de Mme Benguigui, va indirectement dans ce sens. Lorsque M. Fabius dit qu’il faut approfondir nos relations avec le Brésil, le Mexique, la Chine, l’Inde, le Japon, l’Indonésie, l’Afrique du Sud et les pays de la rive Sud de la Méditerranée[6], la question du comment se pose. L’arme de la diaspora se révèle alors être une évidence. Une évidence doublée d’une urgence. La France est désormais isolée[7], comme l’a révélé incidemment le récent concours de l’Eurovision. A nous de changer le cours des choses.

Damien Soupart

[1]http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=?cidTexte=JORFTEXT000025919667&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id
[2] http://www.lepetitjournal.com/elections-2012/108132-video.html
[3] http://echogeo.revues.org/11329
[4] http://www.diplomatie-presse.com/?p=1018
[5] http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/le-ministere/l-equipe-ministerielle/laurent-fabius/presse-et-media-21596/article/entretien-de-laurent-fabius-avec-99998
[6] « Aux Amériques, nous voulons approfondir nos relations avec, notamment, le Brésil et le Mexique. En Asie, tout en soulignant l’importance évidente de nos relations avec la Chine et l’Inde, je veux insister sur le Japon, troisième puissance économique du monde, grande démocratie, avec laquelle nous voulons développer une relation exemplaire. D’une façon générale, nous intensifierons nos liens avec les « nouveaux émergents », comme l’Indonésie ou l’Afrique du Sud, sans oublier nos partenaires de la rive sud de la Méditerranée ».
[7]  http://www.lenouveleconomiste.fr/la-france-est-apparue-bien-seule-15033/

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