Notre nouveau Président et la Francophonie par Damien Soupart


                  Alors que l’élection présidentielle vient de prendre fin, que les promesses électoralistes vont commencer à être oubliées et que la réalité implacable va immanquablement reprendre le dessus, il me paraît important de fixer les grandes orientations annoncées par François Hollande durant la campagne présidentielle.

Car oui, même si ce type de propositions ne fait pas la Une des grands médias, notre nouveau Président s’est exprimé durant la campagne sur la thématique de la Francophonie, par l’intermédiaire de son responsable « Francophonie », en la personne de M. Jean-Paul Bachy[1]. Alors que sous le quinquennat désormais clos de Nicolas Sarkozy, le seul acte volontariste dont il ait fait preuve en faveur de la Francophonie est son inscription dans la Constitution, en son article 87, nous attendons davantage du nouveau Président qui, au regard des réponses fournies au présent questionnaire, semble avoir saisi les opportunités et l’intérêt stratégique que représente la Francophonie.

Il est important de fixer et d’ancrer cette stratégie, car deux rendez-vous majeurs francophones vont avoir lieu, dont l’un cet été. Le Forum Mondial de la Langue Française, premier du genre, du 2 au 6 Juillet. Un tel rassemblement à Québec laisse espérer la naissance d’une dynamique jeune et transnationale autour de la langue française et de ses attributs. Puis aura lieu le Sommet de Kinshasa, en Octobre. Davantage politique mais tout aussi nécessaire pour engager une réflexion de long terme sur les traductions opérationnelles de cette belle idée francophone.

Je me propose donc de faire un petit florilège des principales mesures envisagées par notre nouveau Président de la République. Il souhaite avant tout créer certaines nouvelles structures. Une « Fondation de la Francophonie », chargée de « collecter et de redistribuer des fonds pour les redistribuer sous forme de microcrédits. L’idée est attrayante mais la construction institutionnelle amène de nouvelles questions : qui dirigera cette Fondation, par qui sera-t-elle financée et soutenue ? De même est évoquée la possibilité de constituer des “filières entre les entreprises francophones”. Quand l’on connaît quelque peu la difficulté qu’ont les seules entreprises françaises à se fédérer au sein d’une entité commune, nous voyons difficilement quel sera l’attrait pour des entreprises qui ne se connaissent pas, se découvrent et sont potentiellement concurrentes de s’allier au sein de filières prédéfinies. L’initiative est une bonne idée mais semble difficilement réalisable.

François Hollande évoque également l’idée d’un “espace économique francophone”. Il ose même parler “d’opportunités de marché” immenses, notamment en Afrique. Néanmoins, nulle remarque sur la façon d’organiser une idée si riche et si complexe. S’inspire-t-on du fonctionnement du Forum Francophone des Affaires (FFA), qui s’est réuni deux fois depuis son lancement en 1987 ? L’OIF devrait-elle être organisatrice de telles rencontres/manifestations ? Ou devrait-elle plus simplement confier cette tâche à une entité dédiée ? Qui prendrait la direction et la responsabilité des décisions qui seraient prises au sein de cette enceinte ?

À côté de ces considérations d’ordre politiques et économiques, il existe également des propositions concernant l’éducation. Constitution d’un “Erasmus francophone” ou encore création d’un “Institut des Hautes Etudes Francophones”, l’aspect formation n’est pas oublié. Questions qui amènent de nouvelles questions : la mise en place d’un Erasmus francophone suppose l’existence d’un “Visa francophone”, afin de faciliter les déplacements de chacun. Sans que cela ne soit précisé, cette politique va à l’encontre des programmes français des dernières années.

Pour chapeauter l’ensemble et avoir une visibilité qui n’était sûrement pas celle de son prédécesseur, M. Hollande avoue réfléchir à élargir les moyens donnés à la cellule “Francophonie” à l’Élysée. Certainement pour s’occuper des autres mesures énoncées ci-dessus. Cet “élargissement” est potentiellement une bonne nouvelle mais, une fois encore, aucune clarification n’est apportée sur le circuit de l’information entre les différentes entités en charge de ces dossiers, simplement au sein de l’État. Le rôle du Ministère des Affaires Etrangères et Européennes, du Ministère de la Culture, du Ministère de l’Economie, de l’Organisation Internationale de la Francophonie ? Qui aura le pouvoir sur qui ?

Au final, ces propos que l’on garde précieusement en mémoire sont fondés mais ne semblent pas encore avoir d’épaisseur suffisante pour pouvoir passer du stade théorique au stade pratique et opérationnel. Le fait que pas une seule fois ne soit citée dans son premier discours[2] la notion de Francophone ne rassure guère sur la suite des évènements. Espérons que l’agenda, qui va se rappeler à lui de façon automatique, le pousse à concrétiser et à s’intéresser de façon plus suivie à ce projet qui représente encore aujourd’hui un avantage comparatif à l’avantage de la France, qu’elle n’utilise pas ou qu’elle utilise mal.

Damien Soupart                  

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