Une excellente initiative, par Damien Soupart

J’ai découvert récemment l’existence d’une association française, dénommée C.O.U.R.R.I.E.L[1] (Collectif Unitaire Républicain pour l’Initiative et l’Emancipation Linguistique). Cette initiative a vu le jour en mai 2009, grâce à la volonté d’un enseignant lensois, Georges Gastaud[2].

Cette jeune association a eu la bonne idée, à l’approche des élections présidentielles et législatives, de publier un manifeste qui regroupe quelques propositions concrètes pour défendre la langue française au quotidien. Sans verser dans l’incantatoire, sans occasionner des coûts supplémentaires, cette association nous montre avec une simplicité désarmante que le respect de l’article 2 de la Constitution (« La langue de la République est le français ») n’est qu’une question de vigilance et de volonté.

De façon cohérente, la première proposition concerne « la loi Toubon ». Il conviendrait non seulement de l’appliquer « à la lettre » mais aussi de permettre aux citoyens de « relever et de transmettre les infractions ». Je trouve cette idée intéressante car elle fait du citoyen lambda un être responsable capable de faire entendre ses plaintes à chaque fois qu’il juge en son for intérieur que la langue de la République est bafouée. Assortir « les aides publiques aux entreprises » d’une condition de respect de la langue est une idée toute aussi cohérente.

A l’idée de « redonner du souffle au rêve francophone », je ne puis qu’acquiescer. Même s’il ne suffirait pas simplement de promouvoir « une politique des visas étudiants généreuses », l’idée initiale est capitale. Malheureusement, le programme d’action détaillé existe déjà. En effet, tous les deux ans environ, M. le Premier Ministre ou M. le Ministre des Affaires Etrangères et Européennes commande un rapport d’une centaine de pages sur la Francophonie. Le dernier que j’ai lu, intitulé de façon lucide « Pour une Renaissance de la Francophonie »[3], énumère toute une liste de bonnes et utiles actions à mettre en place pour que rayonne le « rêve francophone ». L’idée de « visa francophone » y est également présente. Malgré ce concentré de bonnes intentions, il est clair que ce rapport est resté lettre morte.

Pourquoi ? Car il faut bien se rendre compte que dans la vie publique, ce ne sont généralement pas les politiques généreuses qui tiennent sur le long terme. C’est sans aucune volonté moralisatrice que je le dis mais, la France et plus particulièrement la langue française doivent se mobiliser et s’organiser pour aller au-delà des idées généreuses. Qu’il faut de la stratégie et des tactiques pour transformer ces idées généreuses en politiques viables et opérationnelles. Que « sortir des institutions dans lesquelles le français n’est pas une langue de travail » est une erreur plus qu’une solution idoine. Il faut bien se rappeler que la situation de la langue française dans les Organisations Internationales n’est que le reflet d’une époque historique, en l’occurrence celle de l’immédiat après-guerre. Que cette époque est passée et que nous avons oublié qu’une situation historique n’est que la résultante d’un rapport de forces soumis à un savant équilibre instable. Que l’Agence Internationale de l’Energie Renouvelable (AIER) ne compte pas parmi ses langues de travail le français est un échec qui vient confirmer la déréliction de l’esprit de nos décideurs, qui déconsidèrent avec insistance le socle de notre identité.

Néanmoins, sur les conseils éclairés de Spinoza, « ne pas déplorer, ne pas rire, ne pas détester mais comprendre ». Ce cas d’école de l’AIER est un défi, un de plus, à relever.

A un niveau national, une réflexion serait à engager sur la réelle utilisation que nos fonctionnaires font de la langue française au sein des Organisations Internationales où le français est une des langues de travail. Au sein de l’Union Européenne par exemple[4].

A un niveau international, il serait heureux de se questionner sur le fait que la première présidente de l’AIER ait été française. N’y a-t-il pas là un paradoxe affligeant ? Une fois la réponse digérée, nous serions bien inspirés de conquérir pour la langue française ce fameux statut de langue de travail au sein de l’AIER. Ce serait là un exercice formateur pour nos élites. A une échelle plus grande, l’Organisation Internationale de la Francophonie trouverait enfin une action légitime d’influence à mener en faveur de notre langue commune. Car, sur 91 membres de l’AIER, 29 sont membres de l’Organisation Internationale de la Francophonie. Seulement 26 appartiennent au Commonwealth…

 Damien Soupart

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