Les blogueurs culturels en Europe : une initiative de LabforCulture

Un billet très court pour mettre en valeur l’initiative de Labforculture : analyser la tendance des « blogs culturels », dans le cadre de leur « recherche en cible« .

En interviewant 9 blogueurs européens, Annette Wolfsberger et LabforCulture ont dressé une première étude sur cette nouvelle tendance.

LabforCulture, c’est quoi ?

C’est un site web, présent dans 50 pays et dans 6 langues. Son but est d’assurer  « que toutes les personnes impliquées dans la collaboration culturelle ont accès aux toutes dernières informations, ainsi qu’à encourager le secteur culturel à devenir plus expérimental en utilisant les technologies interactives. »

L’étude est accessible sur leur site internet, (et ici).

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A contre-courant par Damien Soupart

À contre-courant du résultat du premier tour des élections présidentielles,

À contre-courant du temps court électoral,

À contre-courant des bruits de couloirs sur la nomination d’untel à tel ou tel poste selon le     résultat du second tour et des alliances plus ou moins tacites qui seront décidées,

                  J’aimerais amorcer un bilan et dégager des perspectives quant à l’action du Président de la République dans le grand domaine de l’action culturelle extérieure, où la langue française fait figure de clé de voûte. Certains ont déjà établi un bilan du « quinquennat diplomatique »[1], en comparant l’ensemble des faits et des décisions qui avaient été prises dans le domaine des Affaires Etrangères et Européennes. Il va de soi que la langue française n’apparaît nulle part dans cette liste à la Prévert ainsi dressée, pour la bonne et simple raison qu’aucune action stratégique d’envergure n’a été initiée en faveur de la langue française.

Aucune action stratégique ne signifie pas que rien n’a été fait. La réforme des Instituts Culturels Français ou encore les récentes nouveautés au sein des Alliances Françaises montrent que des mouvements épars et des ajustements à la marge ont été effectués.

« Aucune action stratégique » veut plutôt dire que la langue française et la multiplicité de ses attributs n’ont jamais été considérées autrement que du point de vue de la gestion passive. On retrouve ainsi les oripeaux de l’administration française dans ce qu’elle a de plus malsain. Une gestion par grand ministère, en « silo ». Un regard institutionnel déconnecté qui ne permet pas de concevoir la langue française au sein des flux mondiaux. Une incapacité à concevoir la notion d’influence et de « smart power », qui éloigne un peu plus chaque jour les millions d’étudiants (anciens, actuels et futurs) francophones et francophiles.

Sont pourtant apparus les germes d’une action stratégique majeure en faveur de la langue française, lors de la présentation du rapport du Conseil Economique, Social et Environnemental intitulé « Le message culturel de la France et la vocation interculturelle de la Francophonie »[2]. Il n’est pas indécent de caractériser ce rapport comme le seul acte fort du quinquennat qui porte à la fois un constat cinglant et une vision optimiste de la façon dont nos gouvernants envisagent la langue française.

Malheureusement passé sous silence, ce rapport constate « un réseau exceptionnel mais en souffrance » ainsi qu’une « fragmentation endémique de l’action culturelle extérieure ». Les auteurs de ce rapport, au regard de ces constats, vont même jusqu’à se demander si cette faible considération de la langue française est « un bricolage défensif pour gérer l’inexorable déclin d’un vieux pays » ou une « stratégie des beaux restes pour faire oublier les avanies de l’Histoire ».

Le point le plus intéressant réside dans la manière dont est envisagée la politique de la langue française, comme laboratoire et « lieu privilégié » de « cette troisième voie dont la France se fait la zélatrice sur la scène internationale ». D’une simple politique de gestion, la politique de la langue serait le moyen apaisé et impartial de débattre de la France que nous voulons. Comme le dit le rapport, de « décomplexer l’identité nationale et d’affirmer les contributions spécifiques de notre pays dans divers domaines de la vie sociale ».

Mêlant les réformes de structure (caractère interministériel reconnu) aux révolutions mentales nécessaires (« une politique décomplexée pour la langue française »), ce rapport plaide avant tout pour l’apparition et la densification d’une « dynamique politique » singulière. À contre-courant en somme.

Damien Soupart

Du besoin d’une culture rayonnante. Et pourquoi pas la France ?

En ces temps d’élection présidentielle, gauche, droite, gouvernements, citoyens et media se prêtent au jeu du « ce qui ne va pas ». Au niveau international, on déplore volontiers l’incapacité de la France à exporter, à comprendre les autres cultures, surtout à ne pas être arrogante.

Si tous ces aspects sont certes vrais, il n’en demeure pas moins que le besoin d’une culture rayonnante est apolitique.

Les atouts nécessaires 

Il faut tout de suite évacuer le fait que la France n’a pas les ressources nécessaires. Notre culture est plus large qu’il n’y parait et de ce qu’on veut bien nous laisser croire. Le point sur plusieurs industries :

Le luxe d’abord. Secteur qui oeuvre traditionnellement sans l’Etat, le luxe est un succès à l’international. Le Comité Colbert est un outil non négligeable du rayonnement du luxe français à l’étranger. En Chine, il a créé un portail artistique et intuitif « Comité Colbert 2.0 » avec le magazine chinois Sina afin d’y accompagner les maisons de luxe. En s’associant avec un partenaire chinois, le Comité Colbert a voulu faire connaître l’expérience du luxe français à travers la calligraphie chinoise. Il s’associe à Ubifrance pour pénétrer les nouveaux marchés, notamment l’Inde. Il faut donc s’inspirer des acteurs français qui savent aller à l’international.

L’opéra et l’art lyrique.

Sans détailler, les festivals comme Aix-en-Provence, Orange ainsi que le rayonnement de nos opéras témoignent des ressources sur ce terrain-là. Un exemple de la volonté d’ouverture de ce secteur : l’Opéra de Rennes qui avait créé un univers sous Second Life.

La musique. Là aussi, les champions comme Universal ou encore Naïve de Patrick Zelnik, les ingrédients du succès sont là.

La bande dessinée. Angoulême reste le grand rendez-vous de la BD. D’autres succès moins connus font de la France un lieu de talents à l’instar de Picsou Magazine. Le magazine fête ses 40 ans cette année et a vu passer tous les talents de la bande dessinée française (cf. Technikart 159 de janvier 2012).

Les jeux vidéos. Première industrie culturelle en France, le jeu vidéo représenterait 52 milliards d’euros de chiffre d’affaires. La France rassemble plusieurs leaders que sont Vivendi, Ubisoft ou Bigben, sans parler de la production de jeux sur Facebook (AntVoice, Kobojo, zSlide…).

Le livre (papier et numérique). Les grands champions que sont Hachette, La Martinière ou Gallimard réalisent déjà une partie de leur chiffre d’affaires à l’étranger (en moyenne 20% selon les années). Les entreprises montantes comme Decitre et maintenant Feedbooks montrent les capacités d’adaptation de la France.

Les industries créatives. Plus largement, le réseau d’industries créatives françaises se déploie (robotique, informatique etc.) et se retrouve depuis 3 ans au festival Futur en Seine, organisé par le pôle de compétitivité Cap Digital.

Ces industries ne sont que des exemples parmi tant d’autres (la Comédie-Française en Chine et le cinéma français !) afin de démontrer que la France a les ressources culturelles nécessaires pour (re)devenir la championne de la culture, du soft power et du smart power. Pourquoi ? Parce que c’est la condition sine qua non pour aider nos entreprises à s’exporter, la culture étant le vecteur d’influence principal.

Merci au futur président de ne pas oublier la culture.

(Et n’oubliez pas d’allez voter :))

Camille Delache

La télé réinventée : les nouveaux formats de programme par le Club Galilée

Le Club Galilée, lancé en mars 2006 à l’initiative de Philippe Chazal et Olivier Zegna Rata, veut « promouvoir une réflexion prospective sur les enjeux majeurs des évolutions du paysage médiatique français et européen » en réunissant des professionnels du secteur régulièrement en groupes de travail.


Ce lundi 16 avril, le Club Galilée réfléchissait aux nouveaux formats de programmes télévisés. Durant ces deux heures, les intervenants ont pu donner une vision « éclairée » de la télévision, comme il est rarement donné de l’entendre.

Dans le descriptif de la séance, le format est défini comme un contenu et un dispositif télévisuels qui peuvent être dupliqués moyennant une adaptation sur différents marchés.

Amandine Cassi, d’Eurodata TV Worldwide, commence par rappeler les grandes lignes du secteur. Pour ce qui est du visionnage, la moyenne mondiale est à 3h16 par jour alors que la moyenne française atteint 3h47. Au niveau international, les formats qui fonctionnent le mieux sont les émissions de musique/recherche de talent, les dating shows, la TV réalité avec une narration empruntée à la fiction et enfin les jeux familiaux.

Des émissions comme The Voice fonctionnent car elles ont une réelle stratégie de marque : toucher le plus grand nombre, sur plusieurs écrans (licences sur Internet par exemple). Dans la même veine, Lucille Heriard Dubreuil, d’ITV Studios France, décrit la stratégie de son studio : une forte volonté de dynamisme des formats et de créativité.

Lionel Abbo de Shine France, rappelle de son côté que sa société de production veut vendre tout un dispositif sur les différents écrans, en racontant une histoire. Le point clé est le second écran : la question de la monétisation devient urgente car lors de promotion sur Facebook, le seul à toucher de l’argent, est justement Facebook.

L’intervention de Jean-Louis Blot, de BBC Worldwide France, montre que les perspectives du secteur dépendent beaucoup de l’évolution de notre modèle culturel.

Tout d’abord, une piqûre de rappel : le fonctionnement du financement français des formats TV n’incite pas autant à la créativité qu’outre Manche. Les Anglais ne financent pas en fonction du type de programme mais plutôt en fonction du producteur. La compétition serait un vecteur de créativité.

Le problème du système français réside dans le fait que les créateurs de formats ne sont pas considérés comme des auteurs. Il n’y a pas de droit du format en tant que tel : le contrat de format ressemble à un contrat de licence avec une grande importance donnée au cahier des charges.

Une fois de plus, la difficulté à financer les formats en France, ou ne serait-ce qu’à protéger leur existence empêche leur exportation, leur duplication et leur adaptation. Un format facilement exportable raconte une histoire, dispose d’une marque forte, fonctionne en saison et de fait, est facilement duplicable. Il serait même possible d’extrapoler en disant qu’il s’agirait de donner une nouvelle vigueur au soft power français, qui n’exporterait pas uniquement Fort Boyard et Intervilles.

Si les enjeux pourraient paraître futiles – se préoccuper de l’émission qui passe sur TF1 ?! – ils touchent au contraire à la capacité de la France à développer sa créativité et son innovation. Lionel Abbo suggère que le service public, France Télévisions donc, soit le premier à prendre des risques sur le terrain des formats car il n’est pas soumis au diktat de l’audience. Sera t-il écouté ?

La télévision est aussi un lieu de création. Ecrire, construire et monter une émission sont autant de possibles pour un créateur de format. Par exemple, depuis quelques semaines maintenant, les journalistes Collin, Mauduit et Bonnaud réenchantent Arte le dimanche avec Personne ne bouge ! : émission culturelle décalée qui vous explique comment vous habiller pour aller voter, interviewe acteurs, auteurs, musiciens ou artistes et réinterprète des classiques.

Merci au Club Galilée de réechanter la culture française !

Camille Delache

Une excellente initiative, par Damien Soupart

J’ai découvert récemment l’existence d’une association française, dénommée C.O.U.R.R.I.E.L[1] (Collectif Unitaire Républicain pour l’Initiative et l’Emancipation Linguistique). Cette initiative a vu le jour en mai 2009, grâce à la volonté d’un enseignant lensois, Georges Gastaud[2].

Cette jeune association a eu la bonne idée, à l’approche des élections présidentielles et législatives, de publier un manifeste qui regroupe quelques propositions concrètes pour défendre la langue française au quotidien. Sans verser dans l’incantatoire, sans occasionner des coûts supplémentaires, cette association nous montre avec une simplicité désarmante que le respect de l’article 2 de la Constitution (« La langue de la République est le français ») n’est qu’une question de vigilance et de volonté.

De façon cohérente, la première proposition concerne « la loi Toubon ». Il conviendrait non seulement de l’appliquer « à la lettre » mais aussi de permettre aux citoyens de « relever et de transmettre les infractions ». Je trouve cette idée intéressante car elle fait du citoyen lambda un être responsable capable de faire entendre ses plaintes à chaque fois qu’il juge en son for intérieur que la langue de la République est bafouée. Assortir « les aides publiques aux entreprises » d’une condition de respect de la langue est une idée toute aussi cohérente.

A l’idée de « redonner du souffle au rêve francophone », je ne puis qu’acquiescer. Même s’il ne suffirait pas simplement de promouvoir « une politique des visas étudiants généreuses », l’idée initiale est capitale. Malheureusement, le programme d’action détaillé existe déjà. En effet, tous les deux ans environ, M. le Premier Ministre ou M. le Ministre des Affaires Etrangères et Européennes commande un rapport d’une centaine de pages sur la Francophonie. Le dernier que j’ai lu, intitulé de façon lucide « Pour une Renaissance de la Francophonie »[3], énumère toute une liste de bonnes et utiles actions à mettre en place pour que rayonne le « rêve francophone ». L’idée de « visa francophone » y est également présente. Malgré ce concentré de bonnes intentions, il est clair que ce rapport est resté lettre morte.

Pourquoi ? Car il faut bien se rendre compte que dans la vie publique, ce ne sont généralement pas les politiques généreuses qui tiennent sur le long terme. C’est sans aucune volonté moralisatrice que je le dis mais, la France et plus particulièrement la langue française doivent se mobiliser et s’organiser pour aller au-delà des idées généreuses. Qu’il faut de la stratégie et des tactiques pour transformer ces idées généreuses en politiques viables et opérationnelles. Que « sortir des institutions dans lesquelles le français n’est pas une langue de travail » est une erreur plus qu’une solution idoine. Il faut bien se rappeler que la situation de la langue française dans les Organisations Internationales n’est que le reflet d’une époque historique, en l’occurrence celle de l’immédiat après-guerre. Que cette époque est passée et que nous avons oublié qu’une situation historique n’est que la résultante d’un rapport de forces soumis à un savant équilibre instable. Que l’Agence Internationale de l’Energie Renouvelable (AIER) ne compte pas parmi ses langues de travail le français est un échec qui vient confirmer la déréliction de l’esprit de nos décideurs, qui déconsidèrent avec insistance le socle de notre identité.

Néanmoins, sur les conseils éclairés de Spinoza, « ne pas déplorer, ne pas rire, ne pas détester mais comprendre ». Ce cas d’école de l’AIER est un défi, un de plus, à relever.

A un niveau national, une réflexion serait à engager sur la réelle utilisation que nos fonctionnaires font de la langue française au sein des Organisations Internationales où le français est une des langues de travail. Au sein de l’Union Européenne par exemple[4].

A un niveau international, il serait heureux de se questionner sur le fait que la première présidente de l’AIER ait été française. N’y a-t-il pas là un paradoxe affligeant ? Une fois la réponse digérée, nous serions bien inspirés de conquérir pour la langue française ce fameux statut de langue de travail au sein de l’AIER. Ce serait là un exercice formateur pour nos élites. A une échelle plus grande, l’Organisation Internationale de la Francophonie trouverait enfin une action légitime d’influence à mener en faveur de notre langue commune. Car, sur 91 membres de l’AIER, 29 sont membres de l’Organisation Internationale de la Francophonie. Seulement 26 appartiennent au Commonwealth…

 Damien Soupart

L’Europe & la culture (2) : une politique communautaire introuvable ?

A l’heure où les candidats à la présidentielle s’étranglent autour des politiques culturelles et numériques, je voudrais redonner un peu de perspectives en passant par les perspectives européennes. 80 % des lois émanant de Bruxelles, il est donc temps de se demander où en est l’Europe de la culture. Après avoir brièvement décrit la diversité et la complexité des modèles dans un précédent article, je veux montrer ici ce qui a été fait ou pas fait, mais dire qu’une volonté est là.

J’ai bien conscience que la culture n’est pas la priorité européenne en ce moment. Je veux tout de même rappeler le « commentaire » de Uffe Elbæk, le ministre danois de la culture, et Androulla Vassiliou, la commissaire européenne à l’éducation, à la culture, au multilinguisme et à la jeunesse sur Euractiv le 23 février : « Si nous ne pouvons nier la gravité de la crise actuelle, il reste à l’Europe de nombreuses raisons d’être optimiste et confiante. Ce que nous proposons, en tant qu’individus et responsables politiques européens passionnés d’art et de culture, c’est de prendre conscience que le secteur de la culture est une véritable mine d’idées, d’espoirs et de perspectives nouvelles de croissance économique capable de nous aider à sortir de la crise. »

La directive Télévisions sans frontières 

La directive Télévisions sans frontières, unique émanation d’une politique européenne dans le domaine de la culture et des médias, illustre les difficultés de l’UE à établir une politique communautaire culturelle. Adoptée en 1989, entrée en vigueur en 1991, modifiée en 1997, elle « établit le cadre légal de référence pour la libre prestation de services télévisuels […] afin de promouvoir le développement d’un marché européen de télévision ainsi que des services connexes, comme la publicité télévisuelle et la production de programmes audiovisuels. »[1] Par cette directive, les États membres garantissent d’une part la libre réception et la retransmission sur leur territoire des programmes des autres États membres, d’autre part la protection des émissions nationales et européennes contre l’importation de programmes non européens. Selon le cadre de la directive, une chaîne de télévision européenne est censée accorder un droit de préférence à tout programme européen auquel s’ajoutent au moins 10% de leur temps d’antenne dédié à des œuvres de producteurs indépendants. Télévisions sans frontières semblerait proposer une ébauche de modèle européen culturel, spécifique à la télévision.

Du fait de l’hétérogénéité des modèles, l’application de cette directive dépend de la discrétion des États. En Suède, les œuvres des producteurs indépendants ne seront diffusées que si elles ont moins de cinq ans. En Allemagne, les quotas imposés ne vont pas au-delà de ce que propose la directive. En Hongrie, les quotas de programmes européens à la télévision peuvent atteindre jusqu’à 70%.[2] La directive Télévisions sans frontières applique le principe de libre circulation au sein de l’UE uniquement en limitant les services audiovisuels étrangers. Elle traduit la difficulté des États l’Union à harmoniser les politiques nationales au profit du niveau communautaire. La culture resterait un monopole des États.

La facilité des projets bilatéraux

      De ce fait, plutôt que d’attendre la construction d’un modèle culturel européen, les États nationaux ont favorisé des projets bilatéraux, à l’instar de la chaîne de télévision Arte. En 1986, la Société d’édition de programmes de télévision culturels (Sept) est créée, espérant une ampleur européenne. Face à l’absence d’enthousiasme européen, la Sept devient Arte en 1990, chaîne franco-allemande dont chacun des deux actionnaires Sept-Arte et Arte Deutschland disposent de 50% du capital. Jusqu’en 2005, Arte partageait son canal français avec France 5, mais l’arrivée de la télévision numérique terrestre (TNT) ouvre de nouveaux horizons. Tout en restant une chaîne franco-allemande, Arte s’associe avec l’Espagne, la Belgique, la Finlande, la Grande-Bretagne, l’Autriche. Elle retrouve la vocation européenne espérée à ses débuts. Ainsi, une initiative bilatérale privée est parvenue à fédérer plusieurs pays européens autour d’une chaîne à la « contre-programmation attractive ».[3]

            En outre, la politique communautaire reste introuvable du fait du poids des « deux Europe ». Alors que l’Union européenne a éprouvé certaines difficultés à mettre en place des ébauches de politiques culturelles, le Conseil de l’Europe s’est rapidement intéressé à la question culturelle. Dès 1954, il présente une Convention culturelle européenne par laquelle il rappelle l’obligation des États d’œuvrer pour un patrimoine européen commun, tout en stimulant l’apprentissage de sa langue et de son histoire à l’échelle européenne et en facilitant la libre circulation des œuvres et des artistes.[4] A partir des années 1980, une concurrence institutionnelle s’installe, posant la question de la pertinence d’une politique culturelle européenne. Même si la plupart des États membres de l’Union européenne regrettent ce double emploi, il leur apparaît toutefois important de conserver une compétence culturelle territoriale, « le dernier refuge d’une émotion nationale partagée dans des sociétés majoritairement sécularisées. »[5] En effet, les ressortissants « approuvent l’augmentation de fonds communautaires en faveur de la culture, le processus de décision doit, selon eux, rester l’apanage des États membres. »[6]

L’Europe se retrouve face à un dilemme : concevoir une politique culturelle européenne à quarante-sept ou à vingt-sept, ou laisser les États entrer dans des logiques bilatérales. La Commission européenne propose alors l’application de la « méthode ouverte de coordination » (MOC) au champ culturel.[7] Il s’agit pour les États membres, dans le prolongement de la stratégie de Lisbonne pour faire de l’Europe « l’économie de la connaissance la plus compétitive », de mettre en place des orientations communes, des rapports nationaux de mise en œuvre, des analyses partagées et des indicateurs qualitatifs et quantitatifs.[8]

La perspective européenne pour la culture reste donc possible … ?

Camille Delache


[1] BENHAMOU, Les dérèglements de l’exception culturelle, Editions du Seuil, octobre 2006, p320
[2] BENHAMOU, op.cit., 2006, p321
[3] BENHAMOU, op.cit., 2006, p287
[4] AUTISSIER Anne-Marie « Pour une politique culturelle européenne ? » Politiques et pratiques de la culture sous la direction de Philippe Poirrier, La documentation française, Paris 2010, p288.
[5] AUTISSIER, op.cit., p289
[6] Ibid.
[7] AUTISSIER, op.cit., p291
[8] AUTISSIER, op.cit., p294, ainsi que PINI Sarah, « La Méthode Ouverte de Coordination : atout ou leurre ? » Nouvelle Europe, 13 mars 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/politiques/politiques-europeennes/la-methode-ouverte-de-coordination–atout-ou-leurre-.html consulté le 13 février 2011