Absence, par Damien Soupart

A l’issue de cette Journée du 20 mars, Journée de la francophonie, je ne sais toujours pas si « la francophonie est une chance ». A contrario, je mesure tous les jours que l’idée francophone est absente des grands débats, nationaux comme internationaux. Certes, cette absence ne sera sanctionnée par personne et ne nous déclassera pas dans les grands classements mondiaux. Pourtant, c’est un merveilleux avantage comparatif que nous ne sommes pas capables de saisir et qui nous permettrait certainement de relancer une dynamique nationale qui s’essouffle.

 

A vrai dire, cette absence dans les débats m’inquiète assez. Je sais bien qu’en pleine période présidentielle, marquée cette semaine par une spectaculaire chasse à l’homme surmédiatisée, l’heure n’est ni au débat constructif ni à la vision de long terme. Cette situation est encore plus vraie lorsque l’on s’empare de l’idée francophone, qui pourrait pourtant irriguer bon nombre de nos préoccupations sociétales actuelles, notamment au regard de la course à la présidentielle  à laquelle nous assistons aujourd’hui.

 

Premier exemple : le débat ou le serpent de mer autour des banlieues. Braudel disait que la culture française reposait à 80% sur la langue française. Une intégration réussie passe donc obligatoirement par l’apprentissage correct et la pratique continue de la langue française. Inutile de rappeler les chiffres concernant le niveau en langue au collège de nos petites têtes blondes. L’enjeu de l’éducation nationale se situe bien à ce niveau et non à tel ou tel nombre de professeurs en plus ou en moins. Les moyens sont présents, c’est bien la finalité qui nous fait défaut.

Second exemple : dans la continuité d’une politique éducative axée sur la maîtrise de la langue française, pourquoi ne pas choisir d’envoyer nos futurs citoyens en outre-mer, l’été par exemple, pour leur permettre de découvrir que la France n’est pas seulement cet Hexagone. Cela ne vaudrait-il pas mieux que d’apprendre son existence de façon impersonnelle et peu dynamique en classe ? Pourquoi ne pas initier ce type de dynamique, qui aurait pour avantage non seulement de faire consensus mais aussi de mettre en avant et de valoriser des pans entiers négligés du territoire français ? Ne serait-ce pas non plus un moyen de développer l’économie locale, qui survit ? L’on ne pourrait même pas parler de  protectionnisme mais bien d’utilisation d’avantages comparatifs, ce que personne ne peut nous reprocher.

Troisième exemple : l’idée francophone pourrait représenter une façon apaisée et non partisane d’aborder les enjeux de politique étrangère, encore peu présents dans les débats, à environ un mois de l’élection. Si la France fondait davantage son action diplomatique sur cette aire d’influence qu’elle ne cesse de négliger, elle pourrait davantage s’intéresser au Brésil, qui est finalement notre voisin, au Canada et même au Moyen-Orient, qui cesserait immédiatement de nous apparaître sous un prisme manichéen et réducteur Iran-Israël ou Chiites-Sunnites.

Ces courtes considérations pour dire que c’est une erreur majeure d’oublier l’idée francophone. A fortiori dans une campagne présidentielle. Que son absence dans tous les programmes de partis politiques, à l’exception d’un seul, ne témoigne pas seulement d’une carence ou d’un manque de hiérarchie des priorités mais tout autant d’une méconnaissance de ce qu’est la France et de ce qui la fonde que d’une aboulie vis-à-vis de nos potentialités qui ne demandent qu’à être développées. Pour cela, il suffit d’un peu de bon sens et d’un peu de courage.

Article rédigé par Damien Soupart

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