Le français est-il une chance ? par Damien Soupart

Le 20 mars, nous célébrerons la Journée Internationale de la Francophonie. Le thème retenu cette année est le suivant : « Le français est une chance ».

 

Je ne comprends pas ce slogan. Celui-ci, construit avec un présent de l’indicatif, dit de « vérité générale » me gêne quelque peu. Je décidais donc, à la lecture de cette vérité, d’aller plus loin et de lire le discours de M. le Secrétaire Général de la Francophonie, à la une du site bâti pour l’occasion. Je m’attendais à des faits, des chiffres et des réflexions, qui auraient été utiles pour étayer cette thèse. Il n’en est rien.

Normalement, le discours est symbolisé par une phrase ou un assemblage de mots forts, qui feront date. Un texte argumentaire est normalement fondé sur des données qui forment un tout cohérent. Dans le discours de M. le Secrétaire Général de l’OIF, rien de tout cela : le discours ne sert qu’à légitimer le slogan « le français est une chance ». Le discours n’a ainsi été construit que pour justifier l’idée suivant laquelle « le français est une chance », point de vue tautologique qui ne risque pas de froisser quiconque. Ce slogan n’en est même pas un.

 

 

Plus grave, l’emploi du mot chance. L’étymologie du mot chance est intéressante. Elle vient du latin « caedere » qui signifie tomber, descendre. Ainsi, dans l’imaginaire collectif, la chance est ce qui tombe du ciel, ce qui arrive sans que l’on ait pu l’envisager rationnellement. D’aucuns l’appelleraient « accident de l’Histoire ». Toutefois, comparer la Francophonie à un accident de l’Histoire semble assez hasardeux pour que cela soit souligné ici. C’est faire fi de plusieurs siècles d’Histoire. C’est faire fi des écrits d’Onésime Reclus, qui reste l’inventeur du terme même de francophonie. Pire, c’est faire fi des acteurs qui œuvrent au quotidien avec peu de moyens pour que la langue française soit davantage qu’une simple idée de papier (Alliance Française par exemple).

 

Je remarque qu’à l’avant-dernier paragraphe du discours, le constat initial asséné depuis le début est enfin dépassé. Il faut certes « savourer cette chance » mais ne pas oublier que celle-ci n’est pas « un acquis » mais bien « un défi à relever ». Ce qui nous amène directement à une contradiction dans les termes flagrante : comment défendre une chance ? Comment se l’approprier, du fait de son caractère évanescent ? Aucune précision dans le discours.

Par ailleurs, le slogan annonçait le français « comme une chance ». Reçu de façon passive. Toutefois, dans l’avant-dernier paragraphe, M. le Secrétaire Général exhorte à chacun à en faire « un puissant moyen d’action », « un formidable levier pour faire émerger une autre vision du monde ». Tour à tour don du ciel et moyen d’action, le lecteur de ce discours sera en droit de se sentir désabusé par de telles affirmations contradictoires, dépourvues de portée opérationnelle.

 

Si cela n’était pas important, nous pourrions nous gausser de telles approximations. Malheureusement, la situation requiert plus que des assertions approximatives. Elle requiert une véritable stratégie, à la fois défensive et offensive, pour résister et diffuser la langue française dans le monde.

 

Claude Hagège dit exactement la même chose lorsqu’il écrit, à la fin de son dernier ouvrage : «Ce n’est pas seulement d’indignation dont nous avons besoin mais bien de résister. Il s’agit aujourd’hui d’asservissement intellectuel ». Il faudra ainsi bien plus que des mots et des exhortations drapées dans un don du ciel pour faire de la langue française le pivot d’une nouvelle vision du monde.

 

Me vient alors une citation de Louis Pasteur, qui répond directement à celle d’Abdou Diouf : « la chance ne favorise que les esprits bien préparés ».

Par Damien Soupart

 

 

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