La Charte de la Francophonie, par Damien Soupart

Adoptée en 2005 à Antananarivo, cette « Charte de la Francophonie » est l’aboutissement de plus de dix ans de discussions. Une Charte est définie comme « un écrit solennel contenant les règles et les lois d’un organisme ».

Dans le cas de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), cette Charte contient à la fois les modalités de fonctionnement de l’Organisation Internationale de la Francophonie, mais aussi les grandes orientations stratégiques, « les objectifs » de cette organisation internationale. Remarquons tout de go le déséquilibre spatial au sein de ce document entre ces deux items. Sur les huit pages que compte la Charte, seule une demi-page traite des objectifs. Plus de cinq pages sont consacrées à la description de « l’organisation institutionnelle » de l’OIF.

Usuellement, une Charte ne donne pas les grands « objectifs stratégiques » d’une organisation, objectifs stratégiques qui doivent normalement faire l’objet d’une autre forme d’écrit, type « Livre Blanc ». Outre cette remarque étymologique, le fait que les objectifs d’une telle entité qui représente plus de 75 États et gouvernements (890 millions d’habitants) soient aussi succincts interpelle.

Lorsque l’on s’intéresse plus particulièrement à l’article unique du « Titre 1 : Des objectifs », ce qui frappe le plus est la litanie de termes choisis, termes souvent polysémiques (démocratie ; droits de l’Homme ; dialogue des cultures) qui sont finalement beaucoup trop généraux pour être opérationnels. A fortiori lorsqu’ils sont simplement énoncés, comme dans le cas présent, sans que soit détaillée une quelconque stratégie permettant à ces déclarations d’intentions de ne pas rester lettres mortes. A notre connaissance, aucun Livre Blanc ou autre document-cadre n’est disponible à ce jour pour tenter de rendre viable et concret cette liste d’objectifs.

Car c’est bien « une liste à la Prévert » d’objectifs à laquelle nous avons à faire ici. Dans un même temps et avec pour seule séparation entre cette kyrielle d’objectifs des points-virgules, l’OIF souhaite « aider à l’instauration et au développement de la démocratie, à la prévention, à la gestion et au règlement des conflits, et au soutien à l’État de droit et aux droits de l’Homme ; à l’intensification du dialogue des cultures et des civilisations ; au rapprochement des peuples par leur connaissance mutuelle ; au renforcement de leur solidarité par des actions de coopération multilatérale en vue de favoriser l’essor de leurs économies ; à la promotion de l’éducation et de la formation ».

Deux remarques sur ces objectifs, davantage sur le fond. Il convient de se demander, dans une optique relations internationales comment, dans un monde de plus en concurrentiel, où plus aucun territoire n’est terra nullius, où le nombre d’États et donc d’intérêts ne cessent de croître, une entité, quelle qu’elle soit, peut arriver avec peu de moyens et des objectifs aussi peu détaillés à aider à « instaurer la démocratie » ou « favoriser l’essor des économies nationales ». L’OIF se retrouve de facto supplétive de forces étatiques ou régionales plus nombreuses, plus légitimes et avec un mandat clairement défini. Cette position, inconfortable, ne fait-elle pas voler en éclats la neutralité énoncée des actions de l’OIF ? Cela nous fait penser à la sentence de Pascal : « “ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste”. L’action de l’OIF ne passe que par “l’aide”. Cette aide se révèle insuffisante à rendre les décisions justes fortes. Ainsi, ne le pouvant du fait de son caractère et de son manque de moyens, l’OIF fait en sorte que le fort soit juste. Elle se range donc du côté du plus fort et, quelque part, légitime son action. Encore une atteinte à la neutralité affichée.

D’autre part, avoir autant d’objectifs n’est-il pas in fine contre-productif ? À vouloir trop embrasser des thématiques politiques et économiques globales, l’OIF ne prend-elle pas le risque de passer à côté de son objectif initial, qui est de défendre et de promouvoir la langue française à travers le monde ? N’est-ce pas là une dilution des moyens, résultat du “paradoxe des conséquences” dont souffre l’OIF ?

Damien Soupart

Sources :

http://www.francophonie.org/IMG/pdf/charte_francophonie.pdf

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s