Les milieux Splab : la compétitivité culturelle territoriale dans l’Eurorégion de l’Øresund

Les Eurorégions développent des politiques culturelles légitimées par une identité collective, pouvant parfois s’intégrer à des stratégies de développement et d’aménagement urbains. La stratégie culturelle de l’Øresund, Eurorégion comprenant la province de Scanie en Suède et l’île de Zealand au Danemark, est l’exemple en matière de compétitivité européenne locale. Avant de développer sa propre stratégie, l’Eurorégion a mis en place un système de collecte de l’information par cartographie et par organisation de conférence permettant la venue d’experts. De ce fait, l’Øresund est parvenue à avoir une connaissance exhaustive des particularités de son territoire tout en maîtrisant le plus possible son environnement. Son développement culturel s’est particulièrement axé sur la coopération et la recherche universitaire.

Le cas des milieux Splab 

Entre autres projets, elle a développé « les milieux Splab »[1] afin de se doter « d’un milieu créatif physique et social sous forme de structure collaborative réunissant un ensemble d’organisations se consacrant surtout à l’innovation culturelle et au développement d’expérimentations dans ce domaine. »[2] L’implantation de cette structure a deux objectifs principaux : donner à la ville une dimension créative dans son espace quotidien et créer des réseaux européens et internationaux afin de partager ses produits et expériences. Ainsi, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Commission européenne ont récompensé l’originalité et la pertinence du projet de l’Øresund. Le modèle culturel européen pourrait ainsi se développer au niveau régional grâce à l’innovation et la coopération entre différents acteurs publics, culturels et universitaires.

Modèle culturel européen ou territorialisation de la culture ?

Le modèle culturel européen revêt une dimension territoriale importante. En s’étalant de l’espace urbain aux quarante-sept pays du Conseil de l’Europe, en passant par les Eurorégions et l’espace communautaire, la culture à l’échelle européenne se territorialise. En d’autres termes, elle donne un sens politique aux différents espaces. Selon Emmanuel Négrier et Philippe Teillet, la territorialisation de la culture ne répond pas d’une logique européenne mais plutôt d’une dynamique générale selon laquelle « les politiques culturelles sont de moins en moins marquées par un pilotage et des enjeux nationaux. En revanche, elles s’organisent plus souvent territoires par territoires. »[3] Cette dynamique procède, selon eux, de l’urbanisation croissante de la population mondiale, de la constitution de structures politiques supranationales et de l’émergence de sentiments d’appartenance non-nationaux.

Enfin, cette territorialisation de la culture apparaît comme un vrai défi pour le modèle français de politiques culturelles qui s’est longtemps pensé et construit en centralisateur. Or, la « rupture entre espaces de production et de consécration ne peut qu’inquiéter les professionnels de la culture inscrits dans des ‘mondes’ dépassant les frontières territoriales de ceux qui sont désormais leurs principaux financeurs »,[4] c’est- à-dire les collectivités territoriales.

Ainsi, la territorialisation de la culture ouvre de nouveaux horizons au modèle culturel français. L’exemple des milieux Splab pourrait être devenir un cas d’école inspirant des structures existantes, à l’instar de Cap Digital.


[1] Nous traduisons : Laboratoire pour la culture spontanée
[2] DUVAIL Isabelle, « Des nouvelles pistes pour les politiques culturelles dans l’Eurorégion de l’Øresund », http://www.culture-europe-international.org/print.php5?docId=213378&langue=1
[3] NEGRIER Emmanuel et TEILLET Philippe, « La montée en puissance des territoires : facteur de recomposition ou de décomposition des politiques culturelles ? », Culture et société, un lien à recomposer, sous la direction de Jean-Pierre Saez, Editions de l’Attribut, Toulouse, février 2008, p92
[4] Ibid.