Entreprises et contenus culturels : les nouvelles stratégies de marque

Ces dernières années, les entreprises ne cessent d’utiliser les contenus culturels dans leur stratégie de marque : Orange, Dassault Systèmes en France, Netflix (avec la magnifique série House of Cards) ou Amazon chez nos amis outre-Atlantique.

Le but ? "Donner à voir" ce dont sont capables les entreprises grâce à leur technologie. Un exemple récent : la première vidéo "atomique" produite par IBM attestant de sa capacité à manipuler les atomes individuellement en 242 plans.

Orange BNF Candide

Nous avons déjà montrer ici la stratégie mise en œuvre par Dassault Systèmes à travers le programme Passion for Innovation. Orange pour sa part, a choisi de miser sur les technologies du livre numérique avec un premier partenariat scellé avec la BNF. Ce dernier consistait à "enrichir" la version papier de Candide de Voltaire grâce à des cartes, des focus sur les personnages ou le manuscrit original.

Les géants américains connaissent eux aussi l’importance de cette stratégie. Sans revenir sur les cas de Google et Amazon, les contenus culturels sont désormais un enjeu économique et stratégique. Netflix, le site payant de streaming, propose depuis cette année ses propres séries, ôtant le privilège de diffusion aux grandes chaînes. Avec House of Cards, Netflix bouge les codes du genre des séries télévisées : la série a été écrite exclusivement pour le site web, mais surtout elle a été mise en ligne d’un coup en brisant ainsi la traditionnelle temporalité des séries.

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Hasard du calendrier ? Il y a 2 jours, Yahoo annonce son programme de production de contenus originaux…

Le défi pour le secteur culturel est maintenant de suivre ces tendances et proposer des partenariats culturels innovants … pour un nouveau modèle économique ?

MAJ du 3 mai : La Société anonyme lance la méthode du "brand curating" en proposant aux clients de piloter à la fois leur identité et leur stratégie de contenus créatifs sur le long terme. La sémiologue Emilie Brière gère le développement de l’outil, construit sur troix variables : "analyse du « patrimoine culturel » des clients (institutions, marques, personnalités créatives), définition des lignes éditoriales et identification des logiques affinitaires entre les univers des marques et les univers des créateurs."

Camille Delache

Revue de presse du 26 février : Google n’aime pas Rousseau, quitter Amazon pour éviter la dépendance

Boycotté par Google Suggest : quelle faute a donc commis « Rousseau » ? par Maxime Lebufnoir, Rue89

Google Suggest, ça « repose les doigts », sauf quand on veut taper « rousseau ». Pourquoi cette entrée n’est-elle pas proposée par Google Suggest ?

Ce phénomène semble n’avoir jamais été expliqué, ni même constaté. Si vous êtes philosophe, homme politique, humoriste, présentatrice, peintre ou même n’importe qui, et que vous avez le malheur de vous appeler Rousseau, sachez que vous ne serez jamais proposé par Google Suggest. En témoignent ces captures d’écran :


Capture d’écran de Google

Capture d’écran de Google[...]

Guillaume Sire, enseignant à l’Institut Français de Presse (Paris-II), doctorant en Sciences de l’information et de la communication et spécialiste de Google, précise que « Google peut clairement intervenir sur les suggestions pour être sûr d’en ôter certains termes. L’intervention manuelle est donc possible et effectuée dans certains cas – ce qui octroie une véritable responsabilité à la firme ».

Mon appel aurait donc pu faire bouger les choses et rétablir cette anomalie. Mais rien n’a été fait depuis. Enfin, le plus invraisemblable, c’est que l’entrée « rousseau » est proposée par les versions étrangères du moteur de recherche, mais pas par la version française."

Article dans son intégralité sur Rue89

Témoignage : Quitter Amazon avant d’être dépendant des ventes par Nicolas Gary, Actualitté

"Créées en 2002, les éditions Pourpenser (ou Pour penser ʇıoɹpuǝ,l ɐ) comptent aujourd’hui une trentaine d’auteur(e)s et plus de soixante-dix titres au catalogue. [...] Dans un récent billet, l’éditeur explique les raisons qui l’ont poussé à quitter le vendeur en ligne.

Pourquoi nous avons quitté Amazon

 Il y a quelques années, lorsque nous assurions nous-mêmes la diffusion et distribution de nos livres, Amazon nous avait approchés avec son programme "avantages". Un programme où le site de vente en ligne reverse royalement aux petits éditeurs 50% du prix du livre deux mois après avoir encaissé les 100% de la part des clients internautes.

Face à de telles conditions, nous avions préféré décliner l’offre (avec quel argent croyez-vous qu’Amazon “offre” les frais de port à ses clients ?).

Fin 2011, lorsque nous avons confié la distribution en librairie à Pollen, nous avons accepté que nos livres soient mis en avant sur ce site, il nous semblait important que nos livres soient aussi disponibles que possible. 

Un jour, en regardant les rapports de vente, nous constatons que la remise de certains livres dépasse largement les 40% (alors que nous accordons plutôt autour de 30% aux libraires).
Du coup, fin juin, nous demandons à notre distributeur de retirer nos livres d’Amazon.

[...]

Nous avons pu quitter le dealer car nous n’étions pas encore dépendants. La vente en librairie représente environ 15% de notre chiffre d’affaires. 22% de 15%, ça reste encore raisonnable. Mais pour de nombreux confrères, les ventes sur Amazon dépassent les 20% de leur CA total. Vous ne pouvez pas dire "adieu" à 20% de votre CA aussi facilement que ça…"

Article dans son intégralité sur Actualitté

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Revue de presse du 18 janvier : Amazon fournisseur de données, les trésors culturels du Mali, Damien Hirst et Le Débarquement

Sans données publiques, les bibliothèques se tournent vers Amazon par Antoine Oury, Actualitté

"Face aux moteurs de recherche, les établissements de prêt locaux s’attachent vaillamment à valoriser un catalogue riche, mais parfois pas très sexy, et surtout méconnu des internautes. Les bibliothèques de Clermont, dans cette optique, ont fait remonter des informations de sites commerciaux dans leur catalogue. Et s’est pris une belle volée de bois vert.

Au premier abord, la mention de la libraire Dialogues a de quoi surprendre, il est vrai, dans le catalogue d’un établissement public : le résumé de chaque livre présenté dans le catalogue des bibliothèques de Clermont provient de la base de données Decitre, ce qui oblige les bibliothécaires, dans une logique de données ouvertes, à citer leurs sources. Mais tout de même…

Et le pire provient de la vignette du livre, accompagné d’un petit logo, difficilement repérable, mais qui s’avère être celui d’Amazon : scandale chez les libraires de l’agglomération, et réaction ad hoc sur le blog de l’un d’entre eux : « Les deux sites marchands cohabitent donc paisiblement sur le site de cette fabuleuse BNA » écrit-on avec une ironie non dissimulée."

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Au Mali se joue aussi une guerre culturelle par Véronique Mortaigne, Le Monde

"Craignant les effets des combats, des frappes aériennes et des pillages, Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco, a adressé mardi 15 janvier une lettre aux autorités françaises et locales engagées dans les opérations militaires au Mali. Elle leur demande de "tout mettre en oeuvre pour protéger le patrimoine culturel du pays, déjà gravement endommagé", avec carte détaillée des sites d’importance à l’appui."

En mars 2012, les islamistes radicaux d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) et d’Ansar Eddine, ont occupé le nord du Mali, alliés aux mouvements indépendantistes touareg. Dans les mois qui suivirent, à Gao et à Tombouctou, les destructions de mosquées et de mausolées se sont multipliées. Ces édifices de terre crue et de sable de toute beauté sont le symbole d’un islam ouvert, imprégné des préceptes de la confrérie soufie Qadiriya, qu’Ansar Eddine et ses mouvements frères entendent éradiquer. A la détestation de la représentation artistique, de la musique, de toute manifestation sacrée sortant du culte exclusif de Mahomet s’ajoutent les tentations de trafics en tout genre et de vols en bandes organisées. Ainsi, tout concourt à faire du riche patrimoine du nord du Mali une victime collatérale d’une guerre, que l’intervention militaire française voulait empêcher de s’étendre plus au sud."

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Djenné, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO

Djenné, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO

A ne pas louper : Damien Hirst propose ses "produits en ligne", Le Débarquement sur Canal + ce soir

Avec www.othercriteria.com, l’artiste Damien Hirst crée ses propres produits dérivés. Nouveau modèle de financement ? Vu sur Le Figaro

Ce soir, les acteurs français se lancent dans une émission inspirée du Saturday Night Live : Le Débarquement, mis en scène par Alex Lutz, avec Jean Dujardin, Gilles Lelouche, Guillaume Canet, Marion Cotillard, … Vu sur Evene

LE DEBARQUEMENT, CANAL+ 2013

 

Revue de presse 6 décembre : Tintin, fest-noz, data centers, Amazon et jeu vidéo

Tintin au Congo n’est pas raciste (?) – Big Browser, Le Monde

"Après une longue bataille juridique, la cour d’appel de Bruxelles a tranché : l’album Tintin au Congo ne contient pas de propos racistes, et n’est pas "une oeuvre méchante""
[...]

"Principal argument de la cour – outre le fait que ce soit une œuvre divertissante, à l’humour "candide et gentil" : le changement d’époque et de mentalité. La bande dessinée sort en 1931, en pleine présence coloniale de la Belgique au Congo. En ces temps-là, Hergé ne pouvait avoir "le même état d’esprit que celui qui allait inspirer, un demi-siècle plus tard, la loi de 1981 [réprimant le racisme], estime la justice belge."
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Le fest-noz breton inscrit au patrimoine de l’Unesco, Libération

"Le fest-noz se caractérise «par une grande convivialité», une «très importante mixité sociale et intergénérationnelle» et «une ouverture aux autres», précise le texte. «Il est au centre d’un intense bouillonnement d’expériences musicales et a généré une véritable économie culturelle», relève encore le dossier de candidature."

A l’intérieur des Google Data Centers, par Christopher Jobson Slate US
Pour toutes les photos, c’est ici
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Les libraires contre Amazon par Claire Garnier, Slate FR

"Selon Matthieu de Montchalin, président du Syndicat de la librairie française (SLF), l’activité des libraires a reculé d’environ 1,5% depuis le début de l’année 2012. La grande distribution –qui écoule une BD sur 4– et les grandes surfaces spécialisées connaissent un recul encore plus fort de leurs ventes de livres: -5% pour la FNAC depuis début 2012, alors que Virgin annonce plusieurs fermetures. «Le libraire et le fleuriste sont les commerçants qui ont la plus faible rentabilité, à l’opposé de l’opticien», note Matthieu de Montchalin. Les libraires résistent, mais ne dégagent pratiquement pas de bénéfices: 2.200 euros de bénéfice annuel en moyenne et une rentabilité moyenne de 0,3%. Insuffisant. "

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Le jeu vidéo entre au MoMA par Katie Kilkenny, Slate FR

"Le jeu vidéo est-il un art? Pour toute opposition constructive à cette idée (par exemple la contribution de Roger Ebert «Le jeu vidéo ne pourra jamais être de l’art»), les fans de jeux vidéo organisent une défense toute aussi convaincante (prenant parfois la forme d’une vidéo persuasive).

Le 29 novembre, le Musée d’Art moderne [de New York, également appelé MoMA, NDLR] a pris une position définitive: dans un post sur le blog Inside/Out du MoMA, la conservatrice en chef de l’architecture et du design Paola Antonelli a proclamé: «Le jeu vidéo est-il un art? Bien sûr que oui Paola Antonelli a annoncé que le MoMA a fait l’acquisition de 14 jeux vidéo pour une exposition dans les galeries Philip Johnson du musée faisant partie de sa collection Architecture et Design qui débutera en mars 2013. Il est prévu d’étendre la collection pour qu’elle accueille 40 jeux vidéo de plus dans un futur proche."

Livre & Numérique 3 : comment Google est entré dans le milieu du livre ?

Si la question de l’année 2012 tournait davantage autour d’Amazon, présent pour la première fois au Salon du Livre, je ne comprends pas pourquoi la question de Google n’a pas été davantage mise en avant. En termes d’opportunités ou de menaces, Google est un acteur avec lequel il faut apprendre à travailler. D’une part, son savoir-faire et ses moyens sont une opportunité réelle pour le milieu du livre. D’autre part, entrer en opposition frontale avec Google n’a pas fonctionné pour des acteurs comme La Martinière ou Gallimard (comme la chronologie publiée il y a le peu le montre).

Il faut donc rapidement s’interroger, se concerter et agir !

De l’importance du livre numérique. 

Pourquoi parle t-on du livre numérique alors qu’il ne représente qu’1% du marché de l’édition en France ? Parce qu’il est structurant pour le monde de l’édition. Il est d’autant plus structurant dans le milieu culturel car le livre représente la première industrie culturelle française. En outre, l’augmentation de la TVA de 5,5% à 7% rend la question encore plus pertinente pour un éditeur. Structurer le marché du livre numérique de façon collective, en créant par exemple une plateforme unique de diffusion pourrait être une solution préservant le droit d’auteur français.

Pourquoi Google ?

L’ambition de Google est de dominer l’économie numérique en Europe. Depuis l’ouverture de son bureau à Dublin en 2003, elle a ouvert 26 bureaux dans 20 pays. Si conquérir le marché des moteurs de recherche est une tâche plutôt aisée pour Google, dominer le marché des contenus numériques l’est un peu moins. Au-delà des images avec Google Images, des vidéos avec Youtube, de la presse avec Google Actualités, le marché du livre est un défi. Pour ce faire, la stratégie de Google a deux volets : le premier concerne les bibliothèques, le second le marché du livre et ses acteurs les plus importants : les éditeurs. Le marché français est un challenge pour Google car la culture est une affaire publique qui touche les Français, en témoigne la notion même d’exception culturelle. Ainsi, si Google a décidé d’ouvrir son Institut culturel européen à Paris, le hasard y est pour peu de choses.

Depuis 2004, Google s’est imposé parce que le marché français du livre numérique n’est ni structuré, ni concerté. Même si cet aspect semble récurrent en France, il l’est peut-être encore plus dans le milieu culturel français où les gens de théâtre, de cinéma, de photographie ou de la presse ne font pas front uni.

 

La firme dispose d’une stratégie à long terme pour la maîtrise des contenus numériques. Parallèlement à son moteur de recherche, Google cherche à exporter sa technologie dans d’autres domaines pour maximiser ses profits. L’idée de bibliothèque numérique universelle n’est pas très éloignée du métier de Google et fait figure de chantier idéal. D’autre part, Google profite de l’absence de stratégie européenne et française sur le sujet. Même si l’idée est présente – au moins depuis 2000 avec la stratégie de Lisbonne sur l’Europe de la connaissance –, aucun acteur n’a imposé sa vision de façon globale, c’est-à-dire sur le marché et dans la réglementation. Ainsi, au Forum d’Avignon fin 2011, la firme avait laissé un dépliant exposant sa stratégie en Europe : maîtriser l’économie numérique.

La firme profite des failles du milieu culturel français. Le milieu culturel français, décousu, ne parvient pas à être homogène face à des acteurs de la taille de Google, en témoigne l’attitude d’Hachette Livres. Au-delà du manque de stratégie du secteur public dans ce domaine, la multitude d’interlocuteurs a permis à Google de maîtriser le jeu. En signant un accord avec la bibliothèque de Lyon, Google a devancé les pouvoirs publics et les éditeurs, en se positionnant comme la seule alternative au brouillard des négociations nationales. Ainsi, les éditeurs ont petit à petit accepté de négocier avec Google. Plus largement, elle est parvenue à ouvrir un Institut culturel à Paris, accueilli par le président de la République.

Valoriser les acteurs culturels français par des partenariats. En plus des faiblesses du milieu culturel français dont profite Google, la firme noue des partenariats et s’impose dans le paysage français. D’une part, sa renommée en tant que moteur de recherche, système d’exploitation, outil de localisation et de cartographie, en fait un acteur familier. D’autre part, les partenariats noués avec la bibliothèque de Lyon ou le site Actualitté lui permettent de s’implanter dans le milieu culturel français conjointement avec celui-ci. Enfin et surtout, Google veut devenir un acteur culturel à part entière en France grâce à son institut culturel lancé en décembre 2011.

Les résistances à la stratégie de Google : la culture française en marche.

Au cœur de la bataille : les différentes conceptions du droit d’auteur. La première résistance à sa stratégie réside dans la conception française du droit d’auteur. Héritée de Beaumarchais, celle-ci est certes prête à faire de la place au numérique mais sans pour autant perdre ses privilèges. Les auteurs doivent être protégés et rémunérés. A contrario de la loi américaine – principe de fair use, la loi française ne laisse pas de place à l’exception au droit d’auteur. Il faut rappeler aussi que le chapitre premier de la Constitution américaine consacre le « progrès de la science et des arts utiles » comme principe supérieur au droit d’auteur, qui n’a qu’une « durée limitée ».[1]

Focus sur les problématiques juridiques

Relations Google/éditeurs : le mécanisme de l’opt-out/opt-in

Pour Google, les éditeurs doivent signifier leur refus de numériser les œuvres alors que ces derniers estiment que Google doit leur demander une autorisation. De ce fait, Google numérise sans l’autorisation des ayants-droIts.

Questions des contrats éditeurs/auteurs : quid du numérique ?

Les contrats éditeurs/auteurs ne prévoient que depuis récemment l’exploitation numérique des œuvres. Qu’advient-il des contrats antérieurs, sachant que chaque usage doit faire l’objet d’une cession explicite ?
Les avocats de Google ont tenté cette piste dans leur ligne de défense mais sans que la justice française ne la reconnaisse : « les magistrats considérant comme titulaire des droits numériques celui qui exploite commercialement l’œuvre. »

Question fondamentale : droit français ou droit américain ?

Dans une affaire de 2008 sur l’indexation des images, Google était parvenu à faire appliquer le droit américain sous prétexte que la numérisation, l’indexation et le stockage étaient réalisés aux Etats-Unis.
Dans le procès contre La Martinière, Google aurait pu invoquer le principe de fair use, permettant des dérogations au copyright. La loi française sera finalement appliquée, même si les avocats de Google arguaient son inadaptation aux questions numériques.
Le procès laisse cependant en suspend la problématique du droit d’auteur face à l’environnement numérique et notamment aux exceptions entraînées par l’indexation des livres sur Internet.

Le livre, un symbole des politiques culturelles françaises. Depuis la loi Lang sur le prix unique du livre, le secteur en France a su laisser place aux petits libraires et à l’impératif de démocratisation culturelle. Ainsi, le législateur n’a pas permis à Google et autres de remettre complètement en cause cette réalité historique. Ainsi, la loi sur le prix unique du livre numérique protège non seulement le marché français mais aussi le livre français à l’étranger. De la même manière, le Parlement autorise uniquement la BNF à numériser les œuvres indisponibles du XXème siècle, barrant ainsi la route à Google.

La faiblesse de Google : négliger l’aspect humain. Google ne considère pas la numérisation des livres sous l’angle des contenus, en négligeant l’héritage culturel français autour des concepts de savoir et d’éducation. Google ne raconte pas d’histoire dans un milieu où l’imagination a un rôle significatif. Cet aspect peut être un atout pour les éditeurs français.

 


[1] DARNTON Robert, « La bibliothèque universelle, de Voltaire à Google », Manière de voir – Le Monde diplomatique n°109, Février-Mars 2010, pp 8-13.

Livre & numérique 2 : l’économie du livre numérique existe !

Le Salon du livre approchant, les actualités fusent sur le livre numérique. Pour Les Echos, le marché n’est pas pertinent en France. Pour Actualitté, les difficultés du marché face à la contrefaçon.

Enfin et surtout, la libraire Decitre lance Tea (The ebook alternative) afin de se poser comme alternative à Amazon (ici, , encore ici et plein d’autres !). Je ne reviendrai pas sur cet acteur car les autres le font déjà très bien. Je tiens juste à préciser que c’est dans une interview de Guillaume Decitre, PDG, dans Masse critique le 20 mars 2011 (aujourd’hui Soft Power) que j’ai découvert Feedbooks.

Face à la profusion d’informations plutôt négatives sur l’économie du livre numérique, j’aimerais rappeler que plusieurs acteurs existent sur ce marché participant à sa structuration.

Petite perspective sur :

-       une libraire numérique

-       une pensée politique

-       un site d’actualité

Feedbooks : une librairie numérique française

Historique

Fondé en juin 2007 par 3 Français – Hadrien Gardeur, Loïc Roussel et David Julien – Feedbooks est un service de publication et de distribution en ligne en plusieurs langues (surtout française et anglaise), « une librairie 100% numérique ».

La réussite de Feedbooks repose sur plusieurs piliers :

-       Une anticipation de la technologie gagnante : elle a été l’une des premières sociétés à supporter les livres numériques :

  •  au format EPUB, standard – 86% de l’offre légale.
  • Au format Stanza, permettant la distribution sous iOS.
  • Elle développe le protocole OPDS (Open Publication Distribution System), pour un « Web ouvert pour le livre ».

-       Un réseau de partenaires autour du livre numérique :

  • 16 logiciels de lecture,
  • 2 moteurs de recherche,
  •  3 réseaux sociaux.

-       Une libraire dans son équipe, pour suivre les tendances du marché du livre en général

-       Une communication sur l’univers du livre numérique, les livres disponibles ailleurs – les prix Goncourt par exemple – à travers leur blog, leurs comptes Facebook et Twitter.

Pourquoi Feedbooks est un acteur pertinent ?

Tout d’abord, Feedbooks est un acteur français qui maîtrise et développe les technologies autour du livre numérique. Surtout, son réseau de partenaires lui permet une résonance conséquente sur le marché.

Enfin, le projet du protocole OPDS vise à ouvrir le savoir à tous via le Web. Il a été développé conjointement avec Lexcycle (Stanza), rejoints par Adobe, the Library of Congress et surtout Internet Archive (organisation américaine s’opposant aux projets de Google Books). Ce projet pourrait contribuer à contrer en amont les problématiques de piratage.

Autres points : l’entreprise vient de réaliser une jolie levée de fonds et une des parties prenantes est libraire : librairie numérique certes, mais sans oublier le métier du livre

 

Christophe Girard, adjoint au maire de Paris, en charge de la culture

Parcours

Directeur Stratégie de LVMH (branche mode et maroquinerie), Christophe Girard est entré en politique en 1999 aux côtés des Verts mais s’est depuis rallié au Parti socialiste.

Il est président du Conseil d’Administration du 104 – CENTQUATRE, vice-président du Conseil d’administration de la Commission du film d’Ile-de-France, membre du conseil d’administration du Centre Pompidou et fondateur de la Nuit blanche.

Le petit livre rouge de la culture : faire une grande place au numérique

Publié en janvier 2012, cet essai propose des pistes de réflexion sur une nouvelle politique culturelle. Celle-ci est fondée sur 3 axes : le lancement d’un plan national d’éducation artistique, le renforcement de la place de l’art dans l’espace public et surtout la mise en place d’un ministère de la Culture et de la Communication, élargi au numérique.

Christophe Girard détaille ce dernier point en plaçant le marché du livre numérique comme l’un des six chantiers capitaux. Ainsi, le cinquième point : « Accompagner l’essor du livre numérique » consacre le livre numérique comme un outil de démocratisation. « Le livre numérique décuple les possibilités d’accès à l’écrit, en s’affranchissant largement des contraintes géographiques ou temporelles. Ce faisant, il favorise la démocratisation de la lecture et peut constituer un point d’appui pour la diffusion de la culture française à l’étranger. Surtout, il peut révolutionner notre manière de lire grâce à ses nombreuses possibilités : par exemple l’accès à tout un univers autour du livre, la faculté d’annoter les ouvrages, de participer à des communautés de lecteurs autour d’un auteur ou encore de s’abonner à des livraisons périodiques. »[1]

Enfin, il propose la création d’une plateforme unique de distribution, mesure qui concerne tous les éditeurs français. Celle-ci pallierait au manque de cohésion dans ce secteur, tout en supportant des formats homogènes.

Si l’analyse de Christophe Girard est partisane, elle est à prendre en compte. A l’issue des élections de mai 2012, des changements dans les politiques culturelles seront à l’œuvre, peu importe le gagnant. Il faut donc prendre en compte les différents projets afin de devenir partie prenante de la construction des politiques publiques du livre numérique.

Le site d’actualité e-bouquin

Créé en février 2009, le site Internet est aujourd’hui le seul dédié entièrement à la lecture numérique, allant de la technologie pure aux livres eux-mêmes, en passant par les supports.

Si le marché n’est pas encore structuré, il semble en mesure de l’être. Les réflexions et les actions sont bien là. Une fois de plus, il manque la concertation.


[1] Christophe Girard, Le petit livre rouge de la culture, Flammarion, janvier 2012, page 48.