Culture et numérique : quelles pratiques culturelles et quels changements ?

A l’heure de la dématérialisation des contenus et de l’émergence de nombreux projets culturels numériques, le numérique est devenu une question centrale dans le milieu culturel mondial. Il ne cesse d’envahir le secteur culturel, que ce soit dans le processus de création ou dans le contact aux produits culturels. Le lancement du Google Art Project répond de cette logique : « Explore museums from around the world, discover and view hundreds of artworks at incredible zoom levels, and even create and share your own collection of masterpieces. »[1]

Qu’en est-il alors des pratiques culturelles à l’heure du numérique ?

Selon Olivier Donnat, sociologue au Département des études, de la prospective et des statistiques (DEPS) du Ministère de la Culture, le numérique encourage les Français à pratiquer une culture d’écran. Alors que plus d’un tiers des Français utilisent Internet tous les jours, les pratiques culturelles convergent vers le « visionnage d’images et écoute de musique bien entendu, mais aussi lecture de textes ou pratiques en amateur, sans parler de la présence désormais banale des écrans dans les bibliothèques, les lieux d’exposition et même parfois dans certains lieux de spectacle vivant. »[2] Le succès des tablettes numériques type iPad d’Apple ou Galaxy Tab de Samsung témoigne de cette tendance, les ventes pour le seul iPad s’élevant à 400 000 en 2010,[3] avec une augmentation de 150 % en 2011.[4]

Toutefois, l’impact du numérique sur les pratiques culturelles n’est pas si significatif, n’en bouleversant pas la structure générale. « Les seules véritables ruptures concernent la durée d’écoute de la radio qui a baissé de manière importante et celle de la télévision qui marque le pas après la spectaculaire progression des dernières décennies. »[5]

Outre ces données, la modification principale procède de l’écart grandissant entre les pratiques culturelles par générations.

Ainsi, Olivier Donnat distingue trois âges médiatiques au sein desquels se partagent les différentes générations. Alors que la génération des baby-boomers a connu le développement des industries culturelles et l’émergence d’une culture juvénile centrée sur la musique, la génération des personnes entre 30 et 40 ans appartient au second âge médiatique : elle a vécu les transformations audiovisuelles des radios et télévisions privées et du multiéquipement. Dès lors, cette dernière s’est saisie des opportunités offertes par la culture numérique. Enfin la génération des moins de 30 ansdigital natives – a grandi au milieu du multiéquipement tout en étant marquée par la dématérialisation des contenus et la généralisation de l’Internet à haut débit : c’est le troisième âge médiatique.

L’entrée dans le troisième âge médiatique coïncide avec plusieurs dynamiques nouvelles pour le monde culturel :

-       Une opportunité de création plus grande : le numérique offre de nouveaux possibles. Par exemple, le Festival et lieu Seconde Nature à Aix-en-Provence a saisi cette opportunité en célébrant les arts numériques et les cultures électroniques.

-       De nouveaux moyens de communication : promouvoir l’offre culturelle via de nouveaux supports, à l’instar de la Communauté Louvre (aujourd’hui fermée)

-       De nouveaux moyens de financement : entre autres, le modèle participatif de MyMajorCompany ou de Weareproducteurs

-       Mais aussi de nouveaux défis : lutter contre le piratage des œuvres culturelles et affirmer le droit d’auteur sur Internet, nœud pour le moment indémêlable pour les sphères politiques.

Pour conclure sur cette brève note sur les défis de la culture face au numérique, j’évoquerais le dernier livre de Frédéric Martel, J’aime pas le sarkozysme culturel. Il y décrit l’énergie concentrée autour du projet Hadopi et notamment ses difficultés. Comment un ministre de la culture qui ne « pratique » pas le numérique – il n’aurait pas d’ordinateur – peut prendre en main ces questions ? Pourquoi la sphère politique – plus dans sa communication que dans ses actions – se saisit-elle du numérique comme d’un problème et non comme une nouvelle ressource ? Malgré tout, un nouveau souffle semble apparaître : le Ministère vient de lancer son second appel d’offres « services numériques culturels innovants » pour « développer des usages culturels numériques innovants en s’appuyant sur des contenus numérisés disponibles. »


[1] Blog « Carpewebem » Nous traduisons : « Explorez les musées partout dans le monde, découvrez et admirez des centaines d’œuvres d’art à des niveaux de zoom incroyables et créez et partagez votre propre galerie. »
[2] DONNAT Olivier, « Les pratiques culturelles des Français à l’ère numérique », Culture études, mai 2005,
[3] Blog « Electron libre »
[4] POGGIASPALLA Guillaume, « Marché des tablettes : Apple en tête, Android progresse », Blog Tablette tactile.net
[5] DONNAT, op.cit., 2005, p11

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