Le détournement créatif, acte viral et politique : la revue de web de la Baguette culturelle

En partenariat avec le Forum d’Avignon, la Baguette culturelle réalise aujourd’hui une revue du web sur le thème du "détournement créatif, acte viral et politique".

Suédage chez Michel Gondry, remix chez les artistes numériques, nombreuses sont les dénominations du détournement culturel. Pratique courante sur le web, elle n’en demeure pas moins incomprise et peu reconnue dans les hautes sphères. Elle est cependant porteuse de messages politiques ou engagés qui donnent à voir une autre vision de la culture … peut-être plus "geek" mais résolument plus ouverte. A l’occasion du 25ème anniversaire de la publication "Gestion de l’information : une proposition" de Tim Berners-Lee, il semblait intéressant de revenir sur une pratique artistique et culturelle qui s’est démocratisée avec le web.

Le désenchantement des 25 ans du web

Avant de vous parler des détournements créatifs permis par le web, son 25ème anniversaire nous propose un retour sur les fondements de l’Internet : ouverture, liberté et démocratie. Pour remédier à la tendance actuelle, son créateur, Tim Berners-Lee propose une charte des droits de l’internaute.

Lire sur france24.com

Comment "Happy" est devenue une chanson contestataire

La chanson Happy de Pharrell Williams a fait le tour du monde et des villes, au gré des détournements joyeux de chacun. Elle s’est aussi arrêtée à Kiev, au milieu des manifestants. Là, le message "Happy" prend un tout autre sens.

Lire sur slate.fr

Popcorn Time : le stream parfait

Voici quelques jours que le nom "Popcorn Time" s’impose comme un concurrent potentiel de Netflix… mais gratuit ! Récit sur la renaissance d’une plateforme, qui promeut une plus large diffusion de la culture, grâce à l’utilisation des technologies libres.

Lire sur liberation.fr

Diplomatie : la culture comme moyen de pression ?

Une pointe d’ironie pour terminer cette revue de web : les Etats-Unis ont fermé le compte Netflix de Poutine suite à l’annexion de la Crimée… "Plus de House of Cards !" affirme John Kerry, le secrétaire d’Etat américain.

Lire sur newyorker.com

Créativité et politique : le renouveau de la citoyenneté

En ces temps troubles d’élections et de communication politique (trop) hâtive, il me semblait important de revenir sur ce que la culture apporte à la citoyenneté. Comme je l’écrivais déjà ici, culture et politique connaissent des relations d’engouement et de désamour perpétuel. Il existe néanmoins un interstice dans lequel les deux retrouvent leur chemin : la citoyenneté. La créativité remet en perspective la citoyenneté et l’importance de chacun dans la démocratie par trois moyens principaux : réapprendre nos institutions, mettre les expériences personnelles en perspective et questionner par le rire.

« Le monde était vaste. Mais le voilà qui se remplit d’yeux, de coudes, de bouches. Et la population de doubler, tripler, quadrupler. Le cinéma et la radio, les magazines, les livres se sont nivelés par le bas, normalisés en une vaste soupe. […] Condensés de condensés de condensés. La politique ? Une colonne, deux phrases, un gros titre ! Et tout se volatilise ! La tête finit par tourner à un tel rythme […] que la force centrifuge fait s’envoler toute pensée inutile, donc toute perte de temps. » Ray Bradbury, Fahrenheit 451, éditions Folio pp 91-93

A l’approche des élections municipales et européennes et d’un pessimisme persistant, les mots de Ray Bradbury sonnent juste : quels sont les supports qui nous appuient pour choisir, comprendre et voter ? Et bien, la culture apporte une réponse : elle se mêle de politique en réapprenant ce qu’est être citoyen : nouveaux formats, mise en perspective et changement de ton sont les nouvelles formules de la citoyenneté. 3 moyens re “citoyennisant” s’imposent progressivement sur nos écrans et dans nos expériences.

Réapprendre nos institutions

Tout d’abord, de nouveaux formats offrent l’exploration et l’apprentissage de nos institutions. France Télévisions avait ouvert la porte avec “Jour de vote, dans la peau d’un député” qui nous emmenait dans la journée type d’un député et reprenait les éléments clés de l’institution parlementaire. De même, on peut citer plus récemment Matignon, regards croisés, qui nous promène dans l’antre du Premier ministre, nous rappelle l’histoire de ce personnage de la Vème République, son rôle, le tout de manière graphique et ludique. Autre exemple récent qui vaut le détour, la série transmedia “Intime conviction” sur Arte propose de vivre un procès aux assises et de suivre l’enquête. Contribution FA_image 1 Intime conviction

Mettre les expériences personnelles en perspective

D’autres initiatives mettent elle la créativité au service des citoyens eux-mêmes. Yann Arthus-Bertrand a choisi de montrer ces 7 milliards d’autres en parcourant le monde et posant ”une quarantaine de questions essentielles permettent ainsi de découvrir ce qui nous sépare et ce qui nous lie.”

Raconter la vie, projet mené par Pierre Rosanvallon, ambitionne de “créer l’équivalent d’un Parlement des invisibles pour remédier à la mal-représentation qui ronge le pays.” En créant une communauté en ligne et permettant à chacun de prendre la parole – notamment par l’édition de livres pour Raconter la vie – la créativité remet tous les citoyens au centre de l’attention. Elle autorise même recul et mise en perspective, ce que le rythme de communication actuel ne permet plus.

Contribution FA_image 2 7 milliards d'autres

Questionner par le rire

Enfin, le rire et la culture geek interpellent les animaux politiques que nous sommes pour prendre du recul et mieux “voir” ce que les JT ne montrent pas – plus. Des célèbres Humour de droite et Gorafi aux tumblrs des affiches d’élections (législatives de 2012 ou la préparation des municipales de 2014), tout le monde en prend pour son grade… mais tout le monde en parle et réagit.

La communication politique et médiatique mise en cause, le fonds du problème n’en ressort que mieux.

Contribution FA_image 3 Humour de droiteLe fonds de ces initiatives n’est pas nouveau : nombre de documentaires et de livres se sont déjà prêtés au jeu. Mais celles-ci s’adressent à un public plus large, donnent un accès plus simple – et non simpliste – à la pratique de la politique. La créativité propose donc de nouveaux formats qui ouvrent ces contenus : plus graphiques, textes adaptés au web, parfois engagement ou interactivité auprès d’une communauté. En somme, la créativité recolore la citoyenneté et accorde le temps de la réflexion… Hautement nécessaire pour voter dans les mois à venir.

Camille Delache

Article publié dans le cadre d’un partenariat éditorial avec le Forum d’Avignon, laboratoire d’idées au service de la culture, de l’économie et des médias.

La lente marche du redressement créatif : l’année 2013 vue par la Baguette culturelle

La nouvelle année approchant à grands pas, la Baguette culturelle s’est prêtée au jeu du "meilleur de 2013". En revenant sur les événements qui nous ont marqués, l’année n’est pas si sombre qu’elle n’y paraît. De nouveaux modèles économiques sont apparus (ou se sont ajustés) répondant aux exigences de responsabilité, de démocratisation, de proximité. La créativité est toujours là et ne cesse de se manifester : par les artistes, pour le financement, pour la création ou seulement pour tester. Voilà plus d’un an qu’Aurélie Filippetti appelait au redressement créatif. Au regard de ce que nous décrivons ci-dessous, celui-ci est en marche : pas seulement en France certes, mais une marche lente et sûre semble se profiler (espérons-le !).

Les industries culturelles et créatives : objet d’étude par le secteur marchand

Fait remarquable en 2013, le secteur marchand se penche sur un décryptage des industries culturelles et créatives (ICC). En publiant son panorama économique des ICC, EY atteste leur importance grandissante et leur place "au cœur du rayonnement et de la compétitivité de la France". Si vous ne l’avez fait pas encore, découvrez leur site France créative ou l’étude elle-même : Capture d’écran 2013-12-31 à 07.37.31

Pour une consommation musicale responsable ? L’exemple de Piers Faccini

Comme nous l’avions évoqué en septembre, en lançant son propre label Beating Drums, le musicien incarne un nouveau modèle d’artiste, plus engagé, plus proche de son audience, plus libre et plus créatif. Conscient des évolutions du marché, il prône une industrie musicale plus proche des artistes et du public, qu’il compare à l’achat de fruits et légumes directement aux producteurs locaux, démarche résumée dans son texte intitulé "Why Music is Food" :

"Le nouveau modèle économique de la musique se fonde clairement sur les relations et le partenariat entre tous les amoureux de la musique – auditeurs et créateurs."

Beating-Drum-Pic1

La culture libre ? Pour la danse aussi avec Re:Rosas de Keersmaeker !

En juin 2013, la chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker a lancé Re:Rosas, un appel à remixer la pièce qui l’a rendue célèbre voilà 30 ans Rosas danst Rosas. Pour ce faire, tout est à votre disposition : mouvements, intention, musique et enchaînement sur le site créé pour l’occasion. Grâce à ce projet, la danse se met au goût du jour de la culture libre et ouverte en se réinventant. Pour avoir expérimenté ce projet avec ma compagnie Danse en Seine, je reviendrai plus longuement sur cette expérience dans un prochain article. En attendant, (re)découvrez la célèbre vidéo :

Les galeries d’art investissent le web

L’année 2013 marque aussi l’ouverture en masse des galeries d’art en ligne. Amazon a ouvert le bal en grandes pompes en août 2013. Pari difficile que de se confronter à l’œuvre en ligne et encore plus de l’acheter, deux acteurs français ont fait du bruit en se lançant dans l’aventure : Artistics, start-up rencontrée sur ce blog qui veut s’adresser à un nouveau type de collectionneur, et Artsper, qui veut "décomplexer l’art contemporain". La bonne nouvelle est que les artistes se prêtent au jeu, voyant de nouveaux moyens de promotion s’ouvrir à eux. Quant aux résultats, 2014 nous le dira … amazon art

Des écrivains pour sauver la ville de Détroit ? Le projet Write-a-House

Ville officiellement en faillite, Détroit a besoin de retrouver son attractivité. Ville créative cependant, elle ne manque pas d’inspiration (The Heidelberg Project en est un bon exemple). Ce sont aujourd’hui les écrivains qui viennent à son secours, autour du romancier Toby Barlow, en proposant d’y installer une maison de résidence pour deux ans minimum. Dès le printemps 2014, les esprits créatifs pourront postuler et rejoindre la future communauté littéraire du Michigan. Symbole du renouveau perpétuel qu’offre l’alliance ville & culture, le projet Write-a-House redonne un nouveau souffle culturel à la ville. Découvrez la vidéo de promotion et leur campagne de levée de fonds :

L’institutionnalisation du crowdfunding … et de l’économie de l’entre-deux ?

Le 30 septembre 2013, la Banque publique d’investissement (BPI) lançait la plateforme Tous Nos Projets à l’occasion des Assises de la Finance participative. A cette occasion, La Baguette culturelle revenait sur l’apparition de cette économie de l’entre-deux : entre le marchand et le non marchand ; entre le profit et le participatif; plus collaborative et plus connectée; mais qui bouscule les modèles traditionnels. Tous les acteurs de la finance participative étaient présents et ont encouragé le gouvernement à légiférer. Comme le dit si bien Fleur Pellerin à Particeep, une ordonnance de simplification devrait être prise début 2014 : Et la francophonie dans tout ça ? L’année 2013 aura été paradoxale pour le monde de la francophonie. Jamais autant de personnes n’auront prononcé ce mot, jamais autant d’initiatives n’auront vu le jour en une seule année. Pourtant, peu d’entre nous sont capables de verbaliser et de donner corps à cette réalité démographique, économique et culturelle. L’année 2014 sera décisive pour cette notion de francophonie, notamment en France. Si rien n’est fait pour développer chaque branche de la francophonie en France, alors elle lui échappera, irrémédiablement. Et le centre de gravité se déplacera paradoxalement au-dessus de l’Océan Atlantique…

La place de la langue française sur Twitter, dernier trimestre 2013

Dans le sempiternel débat qui agite la communauté de la langue française autour de sa place (relative) dans l’univers des langues, ce graphique (issu d’un résultat brut trimestriel) permet d’enrichir les discussions classiques. Il met en exergue deux faits principaux, qui peuvent être pris comme des signaux faibles :

  1. La langue anglaise ne représente que 34% des gazouillis sur Twitter lors du dernier semestre 2013.
  2. La langue française n’arrive qu’en 7ème position des langues utilisées par les utilisateurs de Twitter, derrière des langues telles que l’espagnol, le portugais, l’arabe ou le malaisé.

twitter-langues-604x272

Le poids économique de la langue française dans le monde

L’étude de la Fondation pour les études et recherches sur le développement international du même nom apporte plusieurs éléments nouveaux, non verbalisés jusqu’alors. Capture d’écran 2013-12-30 à 16.16.33

  1. Elle tranche et propose une nouvelle carte de l’espace francophone (EF), qui ne serait composé que de 33 pays, dont certains non membres de l’OIF, comme l’Algérie.
  2. C’est la première fois que des chercheurs essaient de quantifier la part du commerce imputable à une langue commune. Ainsi, "l’existence même de l’EF permettrait d’accroître la part du commerce du pays de l’EF de 17%, entre 2000 et 2009.
  3. Enfin, il semblerait que l’appartenance à l’EF ne diminuerait que très faiblement le taux de chômage des pays de l’EF (environ 0,2 point).

Merci à tous d’avoir suivi la Baguette culturelle et à bientôt pour la suite des aventures !

Camille Delache & Damien Soupart

Les espaces francophones, avenirs de l’Intelligence Économique par Damien Soupart

Il est souvent dit que pour réussir une nouvelle activité en France, il faut d’abord montrer l’efficacité de son idée à l’étranger. Nous pensons que cette assertion vaut également pour le domaine de l’Intelligence Économique. Discipline peu connue, dont l’évocation inquiète toujours son interlocuteur, régulièrement confondue avec le marketing, la veille et/ou le planning stratégique, l’Intelligence Économique représente une alliance singulière mais vitale qui combine des postulats théoriques, des outils, des méthodes et une ou plusieurs finalités qui peuvent aisément faire l’objet d’une évaluation.

Language of business BloombergCette discipline peine à trouver en France son sentier de croissance. Afin de concrétiser davantage ce paradigme en émergence, celui de francophonie économique, nous postulons que l’Intelligence Économique a toutes les chances de réussir davantage au sein des divers espaces francophones (Afrique, Amérique du Nord, Amérique du Sud, Asie, Moyen Orient), et cela pour quatre raisons.

Une raison de conception de l’Intelligence Économique. La plupart des grands cabinets d’Intelligence Économique sont anglo-saxons. Nous n’en dresserons pas ici une liste mais la pratique du renseignement économique se rapproche historiquement davantage de la mentalité d’outre-Manche et d’outre-Atlantique. Pour autant, la « business intelligence » à l’anglo-saxonne fondée principalement sur des puissances de collecte d’informations brutes n’a pour nous aucun avenir. Le terme d’Intelligence Économique (sous-entendu à la française), reposant sur une étymologie latine structurelle, symbolise des pratiques alternatives plus fines de cette matière, plus déontologique et prenant davantage en compte la notion de territoire. Pareillement, la technique n’est pas vue comme une fin mais bien comme un outil au service du développement. Enfin, cette conception place l’Homme, son intégrité physique et intellectuelle, au-delà de toutes considérations.

Une raison démographique. Comme un récent article du Monde le rapporte (paru dans l’édition du 4 Novembre 2013), « la francophonie, avenir des médias français »[1]. Cet article postule que l’avenir des médias français repose sur la pénétration des marchés francophones, notamment africains. Cette hypothèse repose essentiellement sur l’argument démographique et sur la statistique usitée suivant laquelle la population francophone sera majoritairement africaine à l’horizon 2050. De façon comparative, ce basculement démographique au sein des grandes aires linguistiques a déjà eu lieu par exemple au sein de l’espace lusophone : il y a désormais plus de locuteurs de langue portugaise au Brésil et en Afrique lusophone qu’au Portugal, foyer originel de cette langue.

Une raison géopolitique. Comme le rappelle le dernier éditorial de Charles Saint-Prot[2], la francophonie représente un réel enjeu géopolitique. Facteur de stabilité et d’équilibre stratégique, l’enjeu francophone va au-delà de la simple pratique de la langue. Vecteur de valeurs (dont le multilinguisme) et d’un nécessaire contre-poids aux alliances anciennement bien établies (alliances économiques type Union Européenne ; alliances militaires type OTAN), la francophonie représente une alternative solide à l’empire anglo-américain, dont la diffusion de la langue anglaise est l’un des symboles les plus visibles[3]. De même, au traditionnel binôme de puissance théorisé par Paul Kennedy[4] (puissance économique et puissance militaire doivent être obligatoirement corrélées pour dominer), pourquoi ne pas rajouter une clé de compréhension linguistique ? Dès lors, l’Intelligence Économique serait un outil supplémentaire dans une optique d’équilibre des puissances.

Une raison économique. Les dynamiques de commerce « Sud-Sud » fleurissent. La position conquérante du Maroc au sein de l’Afrique subsaharienne, le potentiel de croissance de la République Démocratique du Congo ou la position stratégique et volontariste de la Côte-d’Ivoire sont des exemples parmi d’autres de la croissance des pays francophones. Le marché de l’Intelligence Économique croît en conséquence. Il y a donc tout intérêt à se prépositionner sur ces marchés.

Photo 1

Ainsi, l’Intelligence Économique semble bénéficier d’une fenêtre d’opportunités non négligeable pour se développer sur des marchés en croissance, actuels et futurs. La récente décision prise par le Maroc de pratiquer l’intelligence économique territoriale[5] montre que les vues exposées dans cet article ne sont pas insanes. Elles demandent seulement à être concrétisées, en allant dans des pays tests (Cameroun, Laos et Kurdistan irakien) afin de montrer la pertinence des espaces francophones comme relais de développement de l’Intelligence Économique à la française.

Damien Soupart

ExpoFrance2025 : le soft power à la française est de retour !

Voici quelques semaines que le terme "ExpoFrance2025" s’affiche sur mon chemin : dans ma veille, sur Twitter, dans les rencontres et ce matin en haut de la Tour Eiffel pour les 50 ans de France Inter via son porte-parole, le mathématicien Cédric Villani.

logo_expofrance2025

L’initiative ExpoFrance2025 réunit de nombreuses personnalités, entreprises autour du projet de candidature de la France à l’Exposition Universelle de 2025. Jean-Christophe Fromatin, député-maire de Neuilly-sur-Seine à l’initiative du projet, définit le concept comme suit :

"Mettre en scène l’exceptionnelle richesse de notre patrimoine à travers les technologies numériques d’expression et de communication pour permettre aux civilisations de se retrouver et d’échanger. L’idée nouvelle : réemployer de façon éphémère les infrastructures du Grand Paris et les monuments des grandes villes françaises. "Nos gares, nos monuments, nos espaces publics… accueilleraient des délégations du monde entier qui mettraient en scène leurs cultures et leurs innovations. Ainsi, cette exposition serait pleinement universelle."

Surtout, le site internet témoigne de l’énergie existante autour d’un projet bien pensé, bien planifié et très enthousiasmant :

  • 3 porte-paroles officiels, grands noms de la culture française : la navigatrice Maud Fontenoy, la chef 3 étoiles Anne-Sophie Pic et le mathématicien Cédric Villani
  • Un calendrier général bien au point :

Capture d’écran 2013-12-06 à 12.26.18

  • Des soutiens affichés : plus de 2 000 personnes, des partenaires entreprises (LVMH, Carrefour, SNCF, Groupe Clarins, …), des grandes écoles, et des institutionnels.

A l’heure où le concept de France créative connaît un grand succès, où les industries culturelles et créatives pèsent de plus de plus, la Baguette culturelle ne pouvait que se réjouir de cette initiative.

Plusieurs fois sur ce blog, j’ai souligné l’importance des ICC dans notre économie ("Dynamiser l’économie numérique : un enjeu économique et culturel", juillet 2012 et "La culture francophone, pouvoir d’influence au service de la compétitivité économique" en mai 2013) mais aussi dans notre diplomatie et notre influence ("Du besoin d’une culture rayonnante, et pourquoi pas la France ?" en avril 2012).

Le soft power à la française est de retour : à nous de le soutenir !Camille Delache

 

[Start-up créative] Artistics, galerie d’art en ligne

La Baguette culturelle lance aujourd’hui une nouvelle rubrique : les start-ups créatives !

J’étais déjà allée à la rencontre d’Actialuna, « artisan du livre numérique » et plus récemment de GuestViews qui veut « réinventer la relation entre les lieux culturels et leurs visiteurs ». Au vu du nombre de naissances de start-up dans les industries culturelles et créatives, la Baguette culturelle vous propose désormais une veille, des rencontres, des échanges avec celles-ci.

artistics

Premier article aujourd’hui sur Artistics, « une plateforme web pour découvrir de nouveaux artistes et acheter leurs œuvres en ligne sans pousser la porte d’une galerie » après échange avec sa fondatrice Sonia Rameau. « Dédié à la promotion d’artistes vivants et à la vente de leurs œuvres en ligne, Artistics.com se donne pour objectif d’accompagner la « digitalisation » du marché de l’art et de répondre aux attentes d’une nouvelle génération de collectionneurs. »

Encore une tentative de « digitalisation » me direz-vous ? Oui, mais celle-ci se veut complémentaire aux galeries physiques en s’adressant à une nouvelle génération d’acheteurs d’art. Prête à utiliser le commerce en ligne, elle n’est pas pour autant encline à passer la porte « sacrée » des galeries. A l’heure où les gros du commerce en ligne se lancent dans les industries culturelles (par exemple Ventes privées[1] et Amazon[2]), Artistics propose une relation plus proche de l’acheteur et de l’artiste.

Le curieux peut y acheter des œuvres originales, pièces uniques ou séries limitées, et aller à la rencontre des artistes. En plus d’être un plateforme d’e-commerce, Artistics propose aussi des contenus originaux sur les artistes, leur travail, leur atmosphère (retrouvez la partie « vidéos » du site en cliquant ici).

Pour transformer ce curieux en acheteur, la plateforme propose surtout un service clients qui appuie le choix avant et pendant l’achat, le tout sous couvert d’une garantie « satisfait ou remboursé ».

La création d’Artistics témoigne de l’émergence de nouveaux modèles de consommation culturelle, plus immatérielle. Pour autant les chiffres du e-commerce des biens culturels « traditionnels » n’affichent pas leur excellente forme : à fin septembre 2013, le livre recule de -1,5%, les jeux vidéo de -10%, la vidéo de -15% et la musique de -2% (chiffres FEVAD[3]).

Le temps nous dira si l’adaptation des modèles d’e-commerce aux marchés de l’art et de la culture est efficiente ou encore le nombre d’ajustements nécessaires pour que le profil d’un e-consommateur culturel s’affirme. A suivre donc !

Pour conclure, la fondatrice Sonia Rameau résume Artistics en 3 mots :

  • Disruptif (pour le modèle)
  • Valorisant (pour les artistes)
  • Orienté clients (pour les visiteurs)

Allez faire un tour sur le site web et téléchargez le communiqué de presse CP_Artistics_20nov.

Camille Delache

Les pouvoirs de la culture : retour sur les moments forts du Forum d’Avignon

Depuis vendredi, La Baguette culturelle était présente à la sixième édition "Les pouvoirs de la culture" des rencontres du Forum d’Avignon, laboratoire d’idées sur la culture et l’économie. Retour sur les moments forts du Forum.

Capture d’écran 2013-11-21 à 11.48.56

1. Le premier débat “Pas de politique sans culture” avec Erik Orsenna, Badr Jafar, Chetan Bhagat, modéré par Denise Bombardier

Peut-être le débat le plus concret du forum, mettant ensemble un économiste, un business man et un écrivain, quelques morceaux choisis ci-dessous :

« Un des éléments de la culture, c’est de passer de la dépression à la fierté »

« La culture a besoin du secteur public surtout pour fixer les règles du jeu et pour garantir le long terme »

« Pourquoi ne pas redéfinir le ministère de la culture ? Notre sentiment d’éternité n’est pas bon »

Erik Orsenna

« Le secteur privé a peur de la Culture en Inde »

« Besoin d’une grande psychothérapie pour la culture indienne : servilité, éducation de castes… »

Chetan Bhagat

« La culture c’est être en éveil, avoir une vision et savoir ensuite l’appliquer au politique, elle surpasse souvent les contraintes et les privations de liberté. »

« La diplomatie culturelle doit permettre d’importer des cultures dans nos pays mais aussi d’exporter la notre. Il n’y a pas de ministre de la culture aux Etats-Unis et leur culture s’exporte dans le monde entier »

Badr Jafar

2. Itay Talgam lançant le hackathon

Comme l’année passée, le chef d’orchestre israélien nous donne une petite leçon de savoir vivre et de management avec le grand Leonard Bernstein :

Retrouvez d’ailleurs son TEDX ici « Diriger comme un grand chef d’orchestre »

3. La présence de Lawrence Lessig

Intervenant lors de la première table ronde, le fondateur des Creative Commons revenait au Forum d’Avignon après 4 ans … mais sans pour autant nous secouer de ses grandes idées. Peut-être l’année prochaine ?

4. L’étude de Louvre Alliance pour un ministère de l’Esprit

Etude sans chiffre (un peu de poésie dans ce monde de chiffres ne fait jamais de mal), elle encourage un discours amoureux sur la culture en Europe. La préconisation principale du rapport est de créer un « ministère de l’esprit » en Europe. Pourquoi ce terme ? « Car le mot ‘esprit’ se situe hors de tout pouvoir mais dans le champ de la puissance. »

Retrouvez l’étude de Louvre Alliance Culture, territoires & pouvoirs : l’esprit d’Atlas ici

5. Le ministre de la culture sénégalais Abdoul Aziz Mbaye

Intervention rafraichissante et stimulante, le ministre de la culture sénégalais commence son discours par :

« Je suis très heureux d’être sortie du conclave car je suis maintenant protégé par la liberté d’expression de l’Université d’Avignon. »

Pour lui la crise actuelle est la première à toucher toutes les cultures, y compris l’Occident. Elle teste les cultures, y compris les plus solides.

Les conséquences sont là : les dominants ne sont plus les dominants, les pays européens ne « soutiennent » plus le développement de l’Afrique car la Chine les a remplacé.

« Elle va même nous accompagner dans la construction d’un musée des civilisations noires et laisse libre cours à notre imagination. » Et cela va fonctionner car « beaucoup de jeunes veulent de l’autodéveloppement et pas du développement. »

Et de conclure brillamment :

«  Ne vous laissez impressionner par personne, vous, jeunesse d’Europe. Revendiquez qui vous êtes d’abord c’est l’engagement qui fera de vous des acteurs du changement. »

6. L’événement croqué par les dessinateurs de Cartooning for Peace

Conçue par le dessinateur français Plantu, Cartooning for Peace est une initiative née le 16 octobre 2006 au siège de l’ONU à New York. Organisée par Kofi Annan, alors Secrétaire général de l’ONU, une conférence de deux jours réunit 12 des dessinateurs de presse les plus renommés au monde pour "désapprendre l’intolérance".

Liza Donnelly pour le Forum d'Avignon 2013

Les dessinateurs ont accompagné la sixième édition du Forum de leurs dessins et de leur humour.

Retrouvez le site de Cartooning for Peace ici.

Seul petit bémol : le manque de représentation des acteurs de l’entre-deux.

La Baguette culturelle se penche sur les questions liées à cette économie émergente entre intérêt général et secteur marchand, entre petites associations et grosses machines. Les industries culturelles et créatives de demain sont aussi là et il serait bon de ne pas les oublier.

Voilà, la sixième édition du Forum d’Avignon s’achève aujourd’hui. Merci d’avoir accueilli la Baguette culturelle, de l’avoir suivi, lu, retweeté.

Camille Delache

Le Big Data au Forum d’Avignon 2013 : 3 questions à Fabrice Naftalski et Solenne Blanc d’EY

Depuis 6 ans, EY accompagne le Forum d’Avignon dans l’analyse des grandes tendances actuelles et publie une étude. Cette année, le fruit de ce partenariat est consacré au nouvel or noir : le Big Data. Voilà quelques années que le concept émerge doucement et il est aujourd’hui à l’honneur au Forum d’Avignon. Souvenez-vous ce qu’Henri Verdier, aujourd’hui directeur d’Etalab, disait déjà il y a deux ans :

« Tout ce que nous connaissions du web va changer à nouveau avec le phénomène des big data. […] Naviguer dans ce nouveau web demande une nouvelle science. » et de finir « Pour être honnête, on sent bien que le business n’est pas encore tout à fait au rendez-vous. »[1]

Et bien c’est désormais chose faite !

Capture d’écran 2013-11-23 à 00.19.44

L’étude Comportements culturels et données personnelles au cœur du Big data questionne le juste équilibre entre le pouvoir grandissant du e-CRM culturel et la vie privée, entre les schémas de prévision individuels et la sérendipité :

« Si le Big data apparaît comme une rupture majeure qui nous ferait définitivement quitter une ère, dont l’épuisement des ressources fait poindre des limites, pour entrer dans une économie du savoir et de la connaissance prometteuse, il est urgent d’apprendre à préserver la fragilité de cette ressource qu’est la donnée personnelle culturelle, dont la pérennité repose sur les équilibres subtils et les responsabilités partagées, qui jetteront les premiers jalons de ce nouveau marché en pleine structuration. »

Fabrice Naftalski, associé d’Ernst & Young Société d’Avocats et Solenne Blanc, directrice associée d’Ernst & Young Advisory ont répondu à 3 questions pour la Baguette culturelle sur leur étude.

Pourquoi un acteur comme EY s’intéresse t-il aux big data ?

F. N : On s’y est intéressé car tout le monde en parle : les big data sont un sujet encore indéfini mais où on voit énormément d’opportunités. Dans la dimension conseil de notre métier, on recommande de plus en plus à nos clients de se tourner vers le big data.

On y voit surtout un levier formidable d’innovation et d’anticipation, mais aussi tout un jeu d’équilibres : la création de richesse, le partage de cette richesse et la protection des individus.

Nous avons essayé d’analyser ces enjeux mais avec une difficulté supplémentaire qui est que le concept de donnée culturelle personnelle n’est pas nommé. Elle est abordée par plusieurs angles du droit :

  • La donnée personnelle donc la donnée de l’intimité voire sensibles : on sait ce que vous lisez, vos croyances, vos opinions politiques.
  • La propriété intellectuelle : selon ce qu’on fait du big data, on fait face à de la création, de l’innovation qu’il faut protéger dans l’intérêt des créateurs et dans l’intérêt général.
  • Le droit de la concurrence : plusieurs acteurs ont atteint des volumes énormes de données et font aujourd’hui face à des revendications de partage de données. Dans un souci d’intérêt général, le droit doit permettre à tous les acteurs d’avoir un accès commun.

Dans le prolongement du big data, qu’en est-il des questions d’open data pour vous, vos clients et vos activités et surtout de l’intérêt général ?

S. B : C’est une vraie opportunité de créer des services à valeur ajoutée pour l’utilisateur final. La difficulté est surtout de savoir qui va vraiment exploiter ces données, qui s’en saisit ?

Surtout, les acteurs de la culture eux-mêmes ont du mal à organiser leurs propres data alors avant d’aller chercher à l’ouvrir, je pense qu’il y a un premier travail de structuration et d’organisation. Il y a une culture de la donnée à acquérir qui est encore assez nouvelle : fédérer et collecter ces données pour ensuite la croiser avec des données de contexte, il y a encore beaucoup de marge de manœuvre.

[ndlr : la première partie de l’étude insiste beaucoup sur l’importance du contexte « content is king but context is King Kong » p.10 notamment]

Nous revenons ainsi beaucoup dans l’étude sur la question suivante : comment vous, acteurs de la culture, pouvez travailler pour vous organiser en interne et obtenir une vision unifiée ? Ensuite, par des jeux d’acteurs et d’alliances avec des jeunes pousses qui vont amener des innovations technologiques, elles pourront exploiter leur big data et in fine travailler sur l’open data.

On assiste donc à une création de valeur mais pas seulement économique mais aussi une valeur d’usage.

big-data-image

Comment vous adressez-vous aux acteurs de l’entre-deux, c’est-à-dire ces nouveaux acteurs qui utilisent et créent de la data, loin des « grands noms » présents ici, mais porteurs d’innovation ?

[ndlr : j'évoque notamment Sens critique en leur posant la question, déjà vu sur ce blog !]

S.B : Nous nous intéressons principalement à l’écosystème autour de ces questions : l’utilisateur lui-même qui génère de la donnée, les établissements culturels qui sont amenés à collecter et à questionner les données culturelles, des agrégateurs, des analystes statistiques, de start-up qui vont avoir des idées de service à construire.

Il faut que des alliances se fassent pour cet écosystème exploite utilement la donnée personnelle culturelle. On ne pense pas que ce sont les acteurs digitaux tous seuls ou les institutions toutes seules. Il faut surtout que ces univers apprennent à travailler ensemble et que c’est grâce à ça que le dynamisme va se créer.

Merci à eux d’avoir répondu à mes questions et en espérant que le big data donne rendez-vous aux innovations et nouveaux usages pour la prochaine édition du Forum.

Je signale au passage une autre étude très intéressante d’EY, qui fait définitivement partie des acteurs ayant compris l’importance et le potentiel des ICC : Panorama des industries culturelles et créatives et le site France Créative créé pour l’occasion.

Retrouvez l’étude sur le Big Data sur le site du Forum d’Avignon en cliquant ici.

Le site d’EY c’est .

FA2013 : culture & politique pour un réenchantement mutuel

Culture & politique connaissent des cycles d’engouement et de désamour. Manque de confiance, individualisme, soif de pouvoir … multiples sont les raisons de la défiance. Imagination, aspiration et projet de société … multiples sont les besoins de croire en elles. Aujourd’hui, culture & politique doivent opérer un réenchantement mutuel pour nous faire à nouveau rêver ensemble (et si possible en Europe). – Tribune réalisée dans le cadre de la sixième édition du Forum d’Avignon "Les pouvoirs de la culture".

Capture d’écran 2013-11-21 à 11.48.56

La table ronde d’hier intitulée « Pas de politique sans culture » a été animée par la certitude que nous avons plus que jamais besoin de culture. Pour soutenir les métamorphoses du monde européen et recréer de l’affection pour la démocratie selon Erik Orsenna ; Pour créer des ponts et des formes de communication entre les différents peuples selon Badr Jafar. Enfin, pour impulser le changement d’un système trop bien installé selon l’auteur indien Chetan Bhagat.

André Malraux, le père de l’institutionnalisation politique de la culture en France la définissait comme « l’héritage de la noblesse du monde ». En créant le ministère des Affaires culturelles, il a voulu donner une dimension active à cet héritage en l’inscrivant dans le paysage politique français. Néanmoins, le cocktail peut être « explosif » comme le disait si bien Denise Bombardier hier. Si politique et culture sont si intimement liées, c’est justement car elles s’anoblissent et se dénigrent au gré des tendances, des crises et des volontés des hommes.

Aujourd’hui, culture & politique doivent se réenchanter l’une l’autre pour deux raisons : redonner du sens à nos actions et repenser le collectif.

Pour redonner du sens d’abord.

Dans sa définition première, la politique régit les règles de la cité, du vivre ensemble. Elle est cette pratique noble qui donne un projet à un groupe. Aujourd’hui, elle est aussi décriée car elle ne donne plus de sens à notre société, ne nous permet plus d’aspirer à une vision qui nous porte et surtout ne nous garantit pas un meilleur vivre ensemble (« un manque de récit » comme dirait Erik Orsenna).

La culture, elle, comprend bien des acceptions, celle du Conseil de l’Europe a pour avantage de lier économie et quête de sens :

« Les industries de la création taillent, sélectionnent et créent des bribes de sens. Ces bribes de sens informent, divertissent, créent du désir, influencent le choix et l’action. Aujourd’hui, nous achetons moins la forme ou la présentation du produit – qu’il s’agisse d’un habit, d’une table, d’une bobine de film – que le sens qu’il renferme et ce qu’il dit sur la mode, sur le design, sur la passion. »[1]

Pour créer ce sens, il faut activer un bousculement des modèles et des limites qui manque à nos actions. Il faut oser sortir de nos zones de confort pour pouvoir créer cette vision.

Pour repenser le collectif ensuite.

De cette vision naîtra un projet de société global. Nos difficultés d’agir ensemble sont trop souvent décriées : que ce soit dans la défense des intérêts du secteur culturel, dans notre conception d’une culture européenne, ou encore tout simplement sur notre capacité à créer ensemble.

Je reviendrai en particulier sur ce dernier point, en écho à un article de Rodolphe Belmer « Ce que disent les séries télé du modèle français » paru dans Les Echos le 18 novembre. Le directeur général de Canal + y expose les difficultés des séries TV françaises à dépasser un volume critique et donc à s’imposer sur la scène mondiale (et in fine avoir des retombées économiques majeures bien évidemment).

La raison exprimée ? « L’incapacité de nos auteurs, y compris les jeunes, à créer en équipe. La réussite, l’œuvre, la création, sont vécues comme des actes très individuels, quasi identitaires. » Et d’ajouter « Dans un monde complexe, la création de valeur ajoutée intellectuelle est de plus en plus difficile à produire, et à appréhender par des individus. Le temps de l’homme universel issu du siècle des Lumières est révolu. Le monde est trop compliqué pour des hommes seuls. Dans les multiples évolutions de notre système éducatif, je crois que la plus urgente est d’abonner le modèle de l’élitisme individuel pour enseigner à performer collectivement. »[2]

Et concrètement ?

Créer du sens ensemble n’est certes pas nouveau mais n’est toujours pas systématique. Erik Orsenna évoquait hier le besoin de périmètre aux actions politiques et culturelles. L’espace concret ne peut être que l’Europe. Les jeunes générations dont je fais partie ne se pensent plus enclavées dans des frontières. Elles se divertissent, vivent et se projettent dans un espace plus grand que la simple France. Il me semble donc impératif que les matières politiques et culturelles travaillent cet espace.

the-spiral-1

Impossible me direz-vous ? Et pourtant la série crossmedia The Spiral l’a fait ! Elle met en scène un vol de 6 tableaux dans 6 pays, au même moment, par un collectif d’artistes militant pour l’art pour tous. Diffusée sur Arte en septembre 2012, elle excelle pour 2 raisons.

La première est sa capacité à avoir fédérer des pays européens qui ont donc créé ensemble : Hans Herbots, le réalisateur est belge ; tous les acteurs s’expriment en anglais alors qu’ils viennent des pays scandinaves ; les 7 diffuseurs sont issus de l’Europe du Nord : Suède (SVT), Norvège (NRK), Finlande (Yle), Danemark (TV3), Pays-Bas (VARA), Belgique (VRT) et du duo France-Allemagne (Arte).

La seconde est l’animation de la communauté européenne sur le net à travers le site thespiral.eu. Les internautes sont invités à partir à la recherche des œuvres volées entre chaque épisode de la série, participant ainsi à la création d’une communauté. En chiffres, cela donne : 107 841 internautes, 1 274 305 recherches sur la carte au total et 19 752 images originales créées puis uploadées sur le site.

Enfin, l’expérience se termine par un événement créatif devant le Parlement européen et les 6 musées victimes des vols : la Spirale. Et oui, une communauté s’est bel et bien animée partout en Europe en suivant le défi fou de ce collectif militant : ouvrir l’art à tous. Imaginez si des initiatives comme The Spiral parcouraient l’Europe…

Et bien maintenant, c’est à nous d’oser ensemble !

 Camille Delache

Forum d’Avignon 2013 : rencontre avec la start-up GuestViews

Pour la première fois cette année, le Forum d’Avignon organise un hacktahon et a invité la start-up « Guest Views » à plancher sur un des sujets « Prescrire la culture ». Rencontre avec celle qui veut « réinventer la relation entre les lieux culturels et leurs visiteurs ».

logo-gv-line-BK-2000 GuestViews a pour ambition de créer un lien durable entre les visiteurs et les institutions culturelles en proposant une application sur site qui collecte les informations des visiteurs. Concrètement, le public accède à la tablette après l’exposition et donne son retour « à chaud » sur son expérience culturelle (avis général, œuvre préférée, évaluation de la visite et du lieu).

Les institutions culturelles, elles, récupèrent des bases de données et des analyses de leur vivier de visiteurs, méthodes encore peu exploitées dans le secteur culturel (et oui, on en revient toujours aux data !) Elles utilisent GuestViews pour exploiter les leviers de satisfaction de leurs visiteurs et entrent ainsi dans un dispositif de marketing relationnel.

Quelques questions aux fondatrices, Alizée Doumerc et Camille Caubrière :

Comment vous est venue l’idée de GuestViews ?

"L’idée est née de manière empirique. Nous avons toutes les deux travaillé plusieurs années dans le secteur culturel et notamment dans les lieux d’expositions. En observant le parcours des visiteurs, nous avons remarqué qu’il n’y avait peu d’outils permettant de récupérer des informations sur eux. Les outils mis en place étaient la plupart du temps désuets et incomplets (fiches de contact), inexploitables (livres d’or), très onéreux (études sur les publics) ou peu représentatifs des visiteurs physiques (fans sur les réseaux sociaux).

Dans une période de crise économique, nous avons cerné un besoin : celui de rationaliser et valoriser les flux d’informations qui émanent des visiteurs, de les transformer en ressources et ce, grâce au potentiel du numérique."

En 3 mots, comment décririez-vous GuestViews ?

- fiable

- interactif

- modulable

En quoi le CRM va t-il permettre aux musées de se rapprocher de leur public ?

"GuestViews est à la fois un outil qualitatif de prolongement de visite et un outil de CRM. GuestViews n’est pas un outil de médiation, qu’elle soit physique et intime (via un médiateur) ou matérielle (audioguides, applications de visite).

C’est un outil participatif de collecte de données sur les visiteurs (réaction, satisfaction, comportement) qui va permettre aux musées de mieux comprendre les attentes des visiteurs tout en améliorant leur expérience de fin de visite (souvent bâclée). En donnant la parole aux visiteurs, GuestViews implique le public directement à l’amélioration de l’offre et de l’expérience au sein des lieux culturels."

Une fois l’outil CRM implanté et efficace dans un musée, quelle est la prochaine étape selon vous ?

"La prochaine étape : continuer de développer et d’apporter des améliorations à notre outil. Viser les pays culturellement dynamiques à l’échelle européenne (Suisse, RU par exemple) puis le marché international.

Se focaliser ensuite sur les utilisateurs en leur proposant un site complet sur lequel ils peuvent interagir, recevoir des recommandations en fonction de leur goût pour offrir à terme une nouvelle forme de prescription culturelle."

Elles vous présentent leur outil à la Paneterie du Palais des Papes pendant tout le forum et participent au Hackathon (résultats demain à l’Université d’Avignon).

Pour plus d’informations :

www.guestviews.co

Suivez-les sur Facebook et Twitter

Contactez-les : alizee@guestviews.co et camille@guestviews.co

Camille Delache