Pour une francophonie iconoclaste par Damien Soupart

Le Rapport Attali, rendu à M. le Président de la République le 26 Août, est intitulé « La francophonie et la francophilie, moteurs de croissance durable ». Après lecture de cette somme considérable d’entretiens, de données économétriques et de propositions (53 au total, réparties au sein de sept domaines d’actions), il apparaît deux sentiments contradictoires : le premier est positif, considérant avec bienveillance cet exercice sans précédent qui fait autant la lumière sur les statistiques optimistes (il y aurait 770 millions de francophones en 2060[1]) que celles postulant « un effondrement francophone » d’ici 2050[2]. C’est assez rare pour être souligné. Il y a ainsi 211 millions de francophones dans le monde en 2014.

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Le second sentiment ressemble davantage à de l’inquiétude. En effet, ce rapport repose sur quatre postulats qui trahissent une conception continûment erronée de la France par rapport à la francophonie : la France commence à sortir de sa zone de confort historique, mais encore insuffisamment pour prendre la pleine mesure de ce qu’est devenue la francophonie – sans que la France n’en soit d’ailleurs à l’origine – à savoir un ensemble de réalités géoéconomiques et géopolitiques autonomes.

 

1) La France ne réalise pas que la langue française n’est pas sienne

C’est à la page 58 du rapport, à l’orée de la présentation des propositions, que cette contradiction fondamentale surgit : « L’ensemble de ces propositions est formulé à budget constant. Elles devront être portées

par un ministère fort de la francophonie ». Ces 53 propositions qui concernent les 37 pays francophones[3], ne pourront jamais être réalisées par la seule France, sur les seuls deniers français. Cela semble être une lapalissade mais cela n’est mentionné nulle part. Le fait que la France ne fasse pas mention explicite de cette réalité se révèle problématique. La langue française n’appartient pas à la France et un Ministère français fort ne saurait légitimement porter ces propositions.

 

2) Un développement francophone suppose une stratégie partagée et des alliés francophones

Ce rapport généreux, qui égrène les propositions sans aucune hiérarchisation ni mode d’emploi, traduit un des maux français : l’incapacité à se projeter dans une posture stratégique. Lié au premier postulat erroné (« La France ne réalise pas que la langue française n’est pas sienne »), la France suppose que l’Histoire joue en sa faveur et qu’elle la dédouane de penser le monde avec ses alliés francophones, de façon concertée. Ceux-ci ne sont évoqués qu’à la marge dans ce rapport alors qu’ils sont beaucoup plus actifs que la France (pour certains d’entre eux), tels la Belgique ou le Canada. A la lecture du graphique ci-dessous, nous nous rendons compte que l’ensemble des pays francophones hors France ont une force de frappe économique bien supérieure à la France seule.

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Dès la première page du rapport, cette ambivalence appert : « la francophonie […] constitue une aire linguistique suffisamment diverse pour éviter la sclérose, et suffisamment cohérente pour prévenir la dispersion ». La France postule ainsi, tacitement, que l’aire linguistique francophone est « suffisamment cohérente » pour pouvoir y agir unilatéralement. Au nom de quoi l’aire linguistique francophone serait cohérente ? Par ailleurs, ne devrions-nous pas parler des aires francophones plutôt que d’une aire linguistique francophone qui laisse accroire que celle-ci serait unifiée, ce qui dans les faits n’est pas le cas.

3) La francophonie économique est une économie dirigée

A la lecture de ce rapport, une question apparaît naturellement : les économies francophones sont-elles des économies dirigées ? En effet, à travers certaines propositions, ce questionnement ingénu paraît fondé. Par exemple, la proposition n°16[4] (« Créer un Netflix francophone ») fait fi de la genèse (privée) et du processus de destruction créatrice imposés par l’apparition de Netflix aux Etats-Unis. Dans les faits, aucune autorité politique ne peut décréter la création d’un tel service, d’une telle innovation de rupture. Nous comprenons évidemment la finalité d’une telle proposition (maintien de la diversité culturelle face à l’ogre anglo-saxon Netflix au moment de son arrivée en France) mais nous ne pouvons la partager, du fait de son apparence et de son caractère intrinsèquement dirigiste.

La proposition n°27[5] est dans la même veine : « Mobiliser les acteurs français du numérique (Orange, Bouygues, Numéricable et Free)

sur un projet d’expansion rapide des réseaux dans les pays francophones du sud

». Au regard du coût du déploiement de la 4G en France et de la fonte généralisée des marges bénéficiaires de ces acteurs suite à l’arrivée de Free sur le marché, il semble assez irréaliste d’un point de vue économique de vouloir lancer ces acteurs français « sur un projet d’expansion rapide des réseaux dans les pays francophones du sud ». Ne doit-on pas être solide sur son marché historique avant de se lancer à l’export ? Là encore, une alliance, de type francophone, avec des opérateurs belges, canadiens, suisses et/ou marocains ne seraient-elles pas plus logiques et plus valables économiquement ?

 

4) Un mimétisme institutionnel qui dessert la francophonie

C’est justement parce que ce monde francophone n’est pas aussi cohérent que l’on voudrait le faire croire qu’une construction équivalente à celle de l’Union Européenne est une insanité. L’Union Européenne est apparue à une époque bien particulière, au sortir de deux guerres mondiales. Les Etats voisins européens ont une histoire commune – a minima depuis la Renaissance – et des réalités fratricides se sont longtemps imposées à eux au quotidien. Ce n’est nullement le cas des pays francophones qui ne sont parfois pas voisins, ni sur le même continent et de facto membre d’ensembles régionaux quelque fois éloignés au possible de la langue française (c’est de plus en plus le cas de l’Union Africaine…).

Dès lors, cette proposition n°53[6] qui consiste à vouloir dupliquer une construction juridique, économique, politique et financière singulière à un espace francophone qui ne ressemble en rien à l’Europe des Six de 1957 est une aberration intellectuelle. Elle correspond à un avertissement formulé par Jean-Claude de l’Estrac[7] dans l’un de ses articles : « Encore faut-il éviter les effets d’annonce guidés par les modes intellectuelles ». C’est précisément cela : la mode intellectuelle de l’Union Européenne appliquée à des réalités francophones plurielles et polymorphes dessert davantage la langue française qu’elle ne lui apporte. Un objet aussi singulier que la francophonie mérite bien une construction institutionnelle singulière, comme l’Union Européenne est une construction institutionnelle unique en son genre, propre à cette parcelle de continent eurasiatique.

 

En définitive, l’autre nom du rapport Attali pourrait être « ce sera la langue française ou le déclin ». Nous ne pouvons qu’être d’accord avec ce constat lucide. C’est une réelle prise de conscience à laquelle nous sommes en train d’assister. Prise de conscience nécessaire mais insuffisante pour réaliser in concreto cette francophonie économique sur les cinq continents.

Davantage d’audace et d’iconoclasme sont requis à l’avenir pour donner de la vigueur à cette belle idée de francophonie économique.

Damien Soupart

[1]    Page 53 du rapport.
[2]    Page 45 du rapport.
[3]    Détails du calcul page 3 du rapport.
[4]    Page 65 du rapport.
[5]    Page 69 du rapport.
[6]    Page 79 du rapport.
[7]    Jean-Claude de l’Estrac est candidat à la succession d’Abdou Diouf, à la tête de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).

            http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-101949-la-francophonie-economique-une-vision-solidaire-de-la-mondialisation-des-echanges-1018251.php?F75rkO0OxsquxYLL.99

Découvrez l’e-jukebox dépanneur de soirées : Mon Beat Dans Ton Crew

Voici quelques mois que l’e-jukebox "Mon Beat Dans Ton Crew" sévit sur le web pour vous faire écouter, découvrir et partager les musiques de vos soirées.

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Aujourd’hui, cette super initiative débarque sur votre mobile.

"Partant d’un concept simple – un clic sur le buzzer = une chanson – Mon Beat dans ton Crew est à la fois une application mobile et un site web offrant une playlist rêvée à tous ceux désirant remuer du bassin !

Mon Beat dans ton Crew a pour ambition de partager des centaines de chansons accumulées au fil du dancefloor. La sélection musicale gravite principalement autour de l’électro, du funk et du hip-hop, et fait la part belle à des artistes (trop) peu connus. Mon Beat dans ton Crew est un outil gratuit au service des nighters de tout bord.

L’application mobile (v1) offre des fonctionnalités supplémentaires comme la gestion de l’historique et des favoris.

Tu pushes – tu moves !"

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Pour télécharger et partager c’est par ici, et le site web par !

Marc de Pierrefeu : Concept et sélection musicale

Wilfried d’Indy : Développement mobile et web

Alexandre Testu : Développement web

Contact : monbeatdanstoncrew.com facebook.com/MonBeatDansTonCrew @MonBeatDTC

 

Camille Delache

Réaffirmer l’imaginaire européen, contribution pour le Forum d’Avignon

Contribution publiée le 21 mai sur le Forum d’Avignon

Alors que l’heure du vote européen approche, la peur alimente les débats. Méfiance du politique, appel au boycott du vote de tous bords, avance dans les sondages des partis qui défient l’Europe … mais pour quoi allons-nous voter ? Pour la plupart d’entre nous, il ne s’agit que d’un instant éphémère de la vie politique, parfois pour sanctionner parfois pour affirmer ses convictions. La communication se chargera de nous faire oublier. Pour d’autres, il s’agit là de renouer avec le temps long de l’histoire européenne, dans lequel l’Europe est un concept harmonieux porté par nos intellectuels et nos artistes.

Halte à l’instant éphémère du politique, retour sur l’Europe des artistes et de l’imaginaire.

L’Europe, espace culturel pérenne

Le rêve d’Europe n’est pas apparu seulement par nécessité économique ou politique. Il a muri sous la plume d’artistes qui ont vécu l’Europe de la guerre mais aussi celle des voyages et du partage culturel. Ils y voyaient là un formidable levier d’échange et d’enrichissement.

Erasme de Rotterdam le premier bien évidemment, fervent défenseur de la République des Lettres et de l’Europe de la Paix. Victor Hugo plus tard, réclamant la création des « Etats-Unis d’Europe ». Figures emblématiques parmi d’autres, ils ont vécu et façonné le rêve européen. Celui-ci trace déjà les lignes de l’identité européenne. Comme le rappelle Stefan Zweig dans sa biographie d’Erasme : « La mission de l’Européen est de toujours insister sur ce qui lie et ce qui unit les peuples, d’affirmer la prépondérance de l’européen sur le national. »

Plus récemment, l’appel de Chaillot à l’occasion du premier forum européen de la culture retraçait les lignes du rêve qui a traversé le temps :

« Depuis des siècles, notre continent est une terre de création, où prospèrent la créativité, la diversité, et l’originalité. Mais aujourd’hui, le doute est permis : tout est-il fait pour que l’Europe reste cette terre de liberté et de vitalité de la création ? […] La culture en Europe est forte de ses différences, de la diversité de ses expressions, de ses langues. » 

Se demander si l’Europe de la culture existe et comment son liant persiste, c’est tout simplement revenir aux racines de cet idéal qui s’inscrit dans le temps long. Bien sûr, la confrontation de cet idéal à la réalité n’est pas de tout repos, mais doit-on pour autant le renier en votant à son antipode ?

Stefan Zweig, l’amour de l’Europe : faire renaitre le « monde d’hier »

« C’est en Stefan Zweig que s’est incarnée, aux jours les plus sombres de la tourmente européenne, quand tout semblait détruit, la foi inaltérable en la communauté intellectuelle de l’Europe, la grande Amitié de l’Esprit, qui ne connaît pas de frontières. »

Romain Rolland

Né en Autriche, Stefan Zweig a vécu à Paris, Berlin, Londres, Bruxelles et a parcouru l’Europe pour créer des pièces, donner des conférences, échanger avec l’intelligentsia de l’époque… en somme, il a redonné vie à la République des Lettres. Accusé de « bourgeois » loin des réalités par certains de ses successeurs, notamment Hannah Arendt, il demeure l’ambassadeur d’une « certaine idée » de l’Europe, qui doit aujourd’hui être défendue face au désamour médiatique et citoyen.

Stefan Zweig militait en effet pour les idéaux paneuropéens, le principe de paix et d’harmonie entre les nations et leurs habitants au nom des échanges que lui-même a alimenté. Il résume cette vision dans Le Monde d’hier : souvenirs d’un européen.

La première guerre mondiale marque une première déception qui éveille en lui le doute de voir cette Europe s’affirmer et perdurer. Son amour de l’Europe se voit surtout une seconde fois trahi par l’accession d’Hitler au pouvoir, le conduisant à quitter le « Vieux continent » pour les Etats-Unis puis pour le Brésil. C’est à Petrópolis qu’il décide de mettre fin à ses jours en 1942, ne supportant plus l’état du monde ni l’évolution de la situation en Europe, écrasée par la Seconde guerre mondiale. Ses derniers mots résument cette nostalgie de l’Europe, destructrice :

 « Le monde, ma propre langue est perdu pour moi. Ma patrie spirituelle, l’Europe, s’est anéantie elle-même. Il fallait à soixante ans des forces exceptionnelles pour tout recommencer à nouveau et les miennes sont épuisées par des années d’errance sans patrie. Aussi, je juge préférable de mettre fin, à temps et la tête haute, à une vie pour laquelle le travail intellectuel a toujours représenté la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême sur cette terre. Je salue tous mes amis ! Puissent-ils voir encore les lueurs de l’aube après la longue nuit ! Moi, je suis trop impatient. Je les précède. » 

A tous les « désamoureux » de l’Europe et de la politique, souvenez-vous de ce « monde d’hier » : une Europe unie, ouverte et qui n’a pas peur. Allez voter pour le faire renaitre, pour laisser la part belle à l’Europe qui crée et imagine et pour retrouver le rêve européen.

Camille Delache

Galeristes, ouvrez-vous !

Ou comment sont tombés les préjugés d’une non initiée au marché de l’art.

 

J’ai souvent considéré la galerie d’art comme un lieu inaccessible et mystérieux, qui plus est réservé à l’élite. Plus adepte du spectacle vivant et des expositions, je m’arrête souvent devant leurs vitrines sans pour autant en passer les portes.

Trop de préjugés faciles sans doute sur un monde qui me semble beaucoup trop marchand et mondain. De l’autre côté, force est de constater le manque d’ouverture vers un public non initié comme moi ; Du moins c’est que je croyais. Je me demandais souvent comment ces lieux parviennent-ils à ouvrir leurs portes au grand public, créer de l’intérêt et du partage ? – l’obsession de la démocratisation en somme !

galerie © Battat Contemporary

En explorant les modèles existants, je me disais qu’aucun déclic ne se créait, du côté de la galerie comme du côté du public. En témoignent les quatre grandes typologies de galeries qui semblent coexister[1] :

« 1/ les galeries qui défendent un art qualifié par elles de figuratif, peu présentes sur les foires, elles évoluent en marge du marché international ;

2/ les « jeunes-petites » galeries fortement impliquées dans l’avant-garde internationale, soutenues par les pouvoirs publics par le biais d’achat ;

3/ les galeries aux mêmes engagements esthétiques que les précédentes mais plus anciennes et donc reconnues et présentes à l’échelle internationale, employant un ou plusieurs salariés ;

4/ les galeries les plus anciennes qui se partagent entre la promotion d’artiste et un travail de marchand. »

 

Mais voilà quelques semaines, la première porte a été franchie. Voici comment une galerie niçoise, l’atelier Franck Michel, a fait tombé mes préjugés un à un.

 

Galeriste reconverti depuis quelques années, le niçois Franck Michel souhaite faire vivre sa galerie et provoquer des rencontres hors des vernissages. J’y rencontre ainsi un artiste exposé qui m’affirme avoir à faire à une nouvelle génération de galeristes :

« Ils ne sont pas derrière leurs macs et n’ont pas besoin d’ouvrir leur catalogue pour vous raconter une œuvre. »

 

Et de suivre l’artiste pour une visite d’une heure avec une trentaine de personnes de tous âges et de tous horizons pour découvrir l’histoire de chaque toile. Les habitués me disent que la galerie organise régulièrement ce genre de rencontres (galettes des rois, apéros…).

En bref, je découvre tout ce que je n’attendais pas d’une galerie d’art. Je la pensais froide, j’ai découvert la convivialité. Je l’imaginais fermée aux non connaisseurs, j’y ai trouvé une envie de partager et de raconter une histoire. Je suis certaine que l’atelier Franck Michel n’est pas le seul à démocratiser l’activité de galeriste, et c’est là tout mon propos. Il ne s’agit pas ici de vendre des œuvres d’art moins chères pour qu’elles soient plus abordables. Plutôt, je prêche pour de nouvelles occasions de rencontres grand public avec l’art contemporain.

Malgré l’existence de cette nouvelle génération, le chemin à parcourir pour encourager la rencontre galerie/grand public, me semble encore long. Certains l’expliqueront par la notion de « capital culturel » de chacun, d’autres par un système trop fermé. Pourtant habituée à fréquenter des lieux culturels, je suis certaine que je ne suis pas la seule à être retenue par mes préjugés pour franchir le seuil d’une galerie. Le « capital culturel » et ses dérivés ne doivent pas être une fin en soi. Ils doivent être challengés par l’engagement des acteurs du monde culturel, soucieux de ce que l’art peut apporter à tous et non à un cercle restreint.

Comme le disait si bien Peter Brook en clôture du Forum de Chaillot :

« Au théâtre, tout le monde vit la même expérience, en oubliant l’origine des uns et des autres. »

Au tour des galeries d’art de s’y mettre : galeristes, ouvrez-vous !

Camille Delache

[1]Source de la typologie : http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=SOART_001_0199

Image © Battat Contemporary

 

Nouvelle Secrétaire d’État à la Francophonie : attentes identiques par Damien Soupart

Chaque remaniement gouvernemental français amène une nouvelle dénomination du Secrétariat d’État en charge des questions francophones. A la suite de ce millésime 2014, la francophonie se retrouve accolée au développement dans l’intitulé officiel du Secrétariat d’État. Développement de qui et de quoi ? Nous le découvrirons dans les prochaines semaines, lors des premières prises de parole de la part de Mme la Secrétaire d’État au Développement et à la Francophonie : Mme Annick Girardin.

 

Le 29 Mai 2012, j’avais publié un billet sur ce même blog pour clarifier les cinq questions qui devaient être prioritairement traitées par la nouvelle personne en charge de la francophonie au sein du Gouvernement. Presque deux ans après, ces précisions et ces attentes restent malheureusement les mêmes :

  • Quel périmètre francophone ? Se restreint-il à celui des États membres et États associés de l’OIF ? Quel dialogue avec l’Algérie ? A-t-elle pour ambition de constituer un noyau dur et opérationnel d’États francophones pour s’investir dans une coopération avancée ?
  • De quelles ressources humaines dispose-t-elle ? Peut-elle s’appuyer sur le micro-département au Quai d’Orsay dédié aux questions francophones ? Quel rapport avec l’OIF et son nouveau Secrétaire Général (désigné en novembre prochain) ?

Cartographie V1

  • Quel est son rapport à l’économie ? En effet, l’une des questions les plus préoccupantes et les plus cruciales pour les espaces francophones concernent l’économie. Comment concrétiser cette idée de francophonie économique, comment faire émerger des filières francophones, comment constituer une alternative crédible à une globalisation anglo-saxonne destructrice de toute diversité ? Autant de questions qui méritent des réponses claires et durables, dans l’optique de donner des perspectives solides aux locuteurs de la langue française.
  • Quelle visibilité donnera-t-elle à la francophonie en France ? C’est en effet un paradoxe qui n’a toujours pas été surmonté, que la patrie de la langue française donne si peu de considération à la langue française et aux pays ayant cette même langue française en partage.
  • Quelle est sa lettre de mission ? Consiste-t-elle en l’application du rapport commandé à M. Jacques Attali, qui sera rendu à la fin de l’été ? Est-elle tracée au sein du dernier rapport parlementaire sur la question de la francophonie, présenté par M. le Député Pouria Amirshahi (ci-dessous) ? A-t-elle pour mission de faire rayonner davantage la France lors du prochain Forum Mondial de la Langue Française à Liège, à l’été 2015 ? Nous ne le savons.

Propositions francop eco pouria amirshahi

Quoi qu’il en soit, nombreux sont les défis qui attendent Mme la Secrétaire d’État. Son récent fait d’arme en faveur de l’ouverture de la procédure affirmant les droits de la France sur le plateau continental autour de Saint-Pierre-et-Miquelon (Zone Économique Exclusive) est une initiative courageuse, assez rare pour être ici rapportée.

 

Espérons qu’elle fasse preuve d’autant d’audace et de détermination en faveur de la langue française. Qu’elle transforme le vœu pieu de « francophonie de projets » en une réalité concrète, dont chacun puisse se sentir fier. Les Volontaires Internationaux pourraient être un sujet transversal à la thématique du « Développement » et de la « Francophonie », capable de mobiliser autant la jeunesse que les retraités et de rassembler au-delà des clivages partisans. En définitive, les sujets d’intérêts ne manquent pas. Encore faut-il avoir suffisamment de marges de manœuvre pour s’en saisir.

 

La francophonie économique est également un sujet crucial. Rappelons que la Coface vient de publier une étude qui identifie « les 10 pays émergents qui talonnent les BRICS ». Résultats ? Aucun pays francophone…

 

Damien Soupart

 

Le détournement créatif, acte viral et politique : la revue de web de la Baguette culturelle

En partenariat avec le Forum d’Avignon, la Baguette culturelle réalise aujourd’hui une revue du web sur le thème du "détournement créatif, acte viral et politique".

Suédage chez Michel Gondry, remix chez les artistes numériques, nombreuses sont les dénominations du détournement culturel. Pratique courante sur le web, elle n’en demeure pas moins incomprise et peu reconnue dans les hautes sphères. Elle est cependant porteuse de messages politiques ou engagés qui donnent à voir une autre vision de la culture … peut-être plus "geek" mais résolument plus ouverte. A l’occasion du 25ème anniversaire de la publication "Gestion de l’information : une proposition" de Tim Berners-Lee, il semblait intéressant de revenir sur une pratique artistique et culturelle qui s’est démocratisée avec le web.

Le désenchantement des 25 ans du web

Avant de vous parler des détournements créatifs permis par le web, son 25ème anniversaire nous propose un retour sur les fondements de l’Internet : ouverture, liberté et démocratie. Pour remédier à la tendance actuelle, son créateur, Tim Berners-Lee propose une charte des droits de l’internaute.

Lire sur france24.com

Comment "Happy" est devenue une chanson contestataire

La chanson Happy de Pharrell Williams a fait le tour du monde et des villes, au gré des détournements joyeux de chacun. Elle s’est aussi arrêtée à Kiev, au milieu des manifestants. Là, le message "Happy" prend un tout autre sens.

Lire sur slate.fr

Popcorn Time : le stream parfait

Voici quelques jours que le nom "Popcorn Time" s’impose comme un concurrent potentiel de Netflix… mais gratuit ! Récit sur la renaissance d’une plateforme, qui promeut une plus large diffusion de la culture, grâce à l’utilisation des technologies libres.

Lire sur liberation.fr

Diplomatie : la culture comme moyen de pression ?

Une pointe d’ironie pour terminer cette revue de web : les Etats-Unis ont fermé le compte Netflix de Poutine suite à l’annexion de la Crimée… "Plus de House of Cards !" affirme John Kerry, le secrétaire d’Etat américain.

Lire sur newyorker.com

Créativité et politique : le renouveau de la citoyenneté

En ces temps troubles d’élections et de communication politique (trop) hâtive, il me semblait important de revenir sur ce que la culture apporte à la citoyenneté. Comme je l’écrivais déjà ici, culture et politique connaissent des relations d’engouement et de désamour perpétuel. Il existe néanmoins un interstice dans lequel les deux retrouvent leur chemin : la citoyenneté. La créativité remet en perspective la citoyenneté et l’importance de chacun dans la démocratie par trois moyens principaux : réapprendre nos institutions, mettre les expériences personnelles en perspective et questionner par le rire.

« Le monde était vaste. Mais le voilà qui se remplit d’yeux, de coudes, de bouches. Et la population de doubler, tripler, quadrupler. Le cinéma et la radio, les magazines, les livres se sont nivelés par le bas, normalisés en une vaste soupe. […] Condensés de condensés de condensés. La politique ? Une colonne, deux phrases, un gros titre ! Et tout se volatilise ! La tête finit par tourner à un tel rythme […] que la force centrifuge fait s’envoler toute pensée inutile, donc toute perte de temps. » Ray Bradbury, Fahrenheit 451, éditions Folio pp 91-93

A l’approche des élections municipales et européennes et d’un pessimisme persistant, les mots de Ray Bradbury sonnent juste : quels sont les supports qui nous appuient pour choisir, comprendre et voter ? Et bien, la culture apporte une réponse : elle se mêle de politique en réapprenant ce qu’est être citoyen : nouveaux formats, mise en perspective et changement de ton sont les nouvelles formules de la citoyenneté. 3 moyens re “citoyennisant” s’imposent progressivement sur nos écrans et dans nos expériences.

Réapprendre nos institutions

Tout d’abord, de nouveaux formats offrent l’exploration et l’apprentissage de nos institutions. France Télévisions avait ouvert la porte avec “Jour de vote, dans la peau d’un député” qui nous emmenait dans la journée type d’un député et reprenait les éléments clés de l’institution parlementaire. De même, on peut citer plus récemment Matignon, regards croisés, qui nous promène dans l’antre du Premier ministre, nous rappelle l’histoire de ce personnage de la Vème République, son rôle, le tout de manière graphique et ludique. Autre exemple récent qui vaut le détour, la série transmedia “Intime conviction” sur Arte propose de vivre un procès aux assises et de suivre l’enquête. Contribution FA_image 1 Intime conviction

Mettre les expériences personnelles en perspective

D’autres initiatives mettent elle la créativité au service des citoyens eux-mêmes. Yann Arthus-Bertrand a choisi de montrer ces 7 milliards d’autres en parcourant le monde et posant ”une quarantaine de questions essentielles permettent ainsi de découvrir ce qui nous sépare et ce qui nous lie.”

Raconter la vie, projet mené par Pierre Rosanvallon, ambitionne de “créer l’équivalent d’un Parlement des invisibles pour remédier à la mal-représentation qui ronge le pays.” En créant une communauté en ligne et permettant à chacun de prendre la parole – notamment par l’édition de livres pour Raconter la vie – la créativité remet tous les citoyens au centre de l’attention. Elle autorise même recul et mise en perspective, ce que le rythme de communication actuel ne permet plus.

Contribution FA_image 2 7 milliards d'autres

Questionner par le rire

Enfin, le rire et la culture geek interpellent les animaux politiques que nous sommes pour prendre du recul et mieux “voir” ce que les JT ne montrent pas – plus. Des célèbres Humour de droite et Gorafi aux tumblrs des affiches d’élections (législatives de 2012 ou la préparation des municipales de 2014), tout le monde en prend pour son grade… mais tout le monde en parle et réagit.

La communication politique et médiatique mise en cause, le fonds du problème n’en ressort que mieux.

Contribution FA_image 3 Humour de droiteLe fonds de ces initiatives n’est pas nouveau : nombre de documentaires et de livres se sont déjà prêtés au jeu. Mais celles-ci s’adressent à un public plus large, donnent un accès plus simple – et non simpliste – à la pratique de la politique. La créativité propose donc de nouveaux formats qui ouvrent ces contenus : plus graphiques, textes adaptés au web, parfois engagement ou interactivité auprès d’une communauté. En somme, la créativité recolore la citoyenneté et accorde le temps de la réflexion… Hautement nécessaire pour voter dans les mois à venir.

Camille Delache

Article publié dans le cadre d’un partenariat éditorial avec le Forum d’Avignon, laboratoire d’idées au service de la culture, de l’économie et des médias.

La lente marche du redressement créatif : l’année 2013 vue par la Baguette culturelle

La nouvelle année approchant à grands pas, la Baguette culturelle s’est prêtée au jeu du "meilleur de 2013". En revenant sur les événements qui nous ont marqués, l’année n’est pas si sombre qu’elle n’y paraît. De nouveaux modèles économiques sont apparus (ou se sont ajustés) répondant aux exigences de responsabilité, de démocratisation, de proximité. La créativité est toujours là et ne cesse de se manifester : par les artistes, pour le financement, pour la création ou seulement pour tester. Voilà plus d’un an qu’Aurélie Filippetti appelait au redressement créatif. Au regard de ce que nous décrivons ci-dessous, celui-ci est en marche : pas seulement en France certes, mais une marche lente et sûre semble se profiler (espérons-le !).

Les industries culturelles et créatives : objet d’étude par le secteur marchand

Fait remarquable en 2013, le secteur marchand se penche sur un décryptage des industries culturelles et créatives (ICC). En publiant son panorama économique des ICC, EY atteste leur importance grandissante et leur place "au cœur du rayonnement et de la compétitivité de la France". Si vous ne l’avez fait pas encore, découvrez leur site France créative ou l’étude elle-même : Capture d’écran 2013-12-31 à 07.37.31

Pour une consommation musicale responsable ? L’exemple de Piers Faccini

Comme nous l’avions évoqué en septembre, en lançant son propre label Beating Drums, le musicien incarne un nouveau modèle d’artiste, plus engagé, plus proche de son audience, plus libre et plus créatif. Conscient des évolutions du marché, il prône une industrie musicale plus proche des artistes et du public, qu’il compare à l’achat de fruits et légumes directement aux producteurs locaux, démarche résumée dans son texte intitulé "Why Music is Food" :

"Le nouveau modèle économique de la musique se fonde clairement sur les relations et le partenariat entre tous les amoureux de la musique – auditeurs et créateurs."

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La culture libre ? Pour la danse aussi avec Re:Rosas de Keersmaeker !

En juin 2013, la chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker a lancé Re:Rosas, un appel à remixer la pièce qui l’a rendue célèbre voilà 30 ans Rosas danst Rosas. Pour ce faire, tout est à votre disposition : mouvements, intention, musique et enchaînement sur le site créé pour l’occasion. Grâce à ce projet, la danse se met au goût du jour de la culture libre et ouverte en se réinventant. Pour avoir expérimenté ce projet avec ma compagnie Danse en Seine, je reviendrai plus longuement sur cette expérience dans un prochain article. En attendant, (re)découvrez la célèbre vidéo :

Les galeries d’art investissent le web

L’année 2013 marque aussi l’ouverture en masse des galeries d’art en ligne. Amazon a ouvert le bal en grandes pompes en août 2013. Pari difficile que de se confronter à l’œuvre en ligne et encore plus de l’acheter, deux acteurs français ont fait du bruit en se lançant dans l’aventure : Artistics, start-up rencontrée sur ce blog qui veut s’adresser à un nouveau type de collectionneur, et Artsper, qui veut "décomplexer l’art contemporain". La bonne nouvelle est que les artistes se prêtent au jeu, voyant de nouveaux moyens de promotion s’ouvrir à eux. Quant aux résultats, 2014 nous le dira … amazon art

Des écrivains pour sauver la ville de Détroit ? Le projet Write-a-House

Ville officiellement en faillite, Détroit a besoin de retrouver son attractivité. Ville créative cependant, elle ne manque pas d’inspiration (The Heidelberg Project en est un bon exemple). Ce sont aujourd’hui les écrivains qui viennent à son secours, autour du romancier Toby Barlow, en proposant d’y installer une maison de résidence pour deux ans minimum. Dès le printemps 2014, les esprits créatifs pourront postuler et rejoindre la future communauté littéraire du Michigan. Symbole du renouveau perpétuel qu’offre l’alliance ville & culture, le projet Write-a-House redonne un nouveau souffle culturel à la ville. Découvrez la vidéo de promotion et leur campagne de levée de fonds :

L’institutionnalisation du crowdfunding … et de l’économie de l’entre-deux ?

Le 30 septembre 2013, la Banque publique d’investissement (BPI) lançait la plateforme Tous Nos Projets à l’occasion des Assises de la Finance participative. A cette occasion, La Baguette culturelle revenait sur l’apparition de cette économie de l’entre-deux : entre le marchand et le non marchand ; entre le profit et le participatif; plus collaborative et plus connectée; mais qui bouscule les modèles traditionnels. Tous les acteurs de la finance participative étaient présents et ont encouragé le gouvernement à légiférer. Comme le dit si bien Fleur Pellerin à Particeep, une ordonnance de simplification devrait être prise début 2014 : Et la francophonie dans tout ça ? L’année 2013 aura été paradoxale pour le monde de la francophonie. Jamais autant de personnes n’auront prononcé ce mot, jamais autant d’initiatives n’auront vu le jour en une seule année. Pourtant, peu d’entre nous sont capables de verbaliser et de donner corps à cette réalité démographique, économique et culturelle. L’année 2014 sera décisive pour cette notion de francophonie, notamment en France. Si rien n’est fait pour développer chaque branche de la francophonie en France, alors elle lui échappera, irrémédiablement. Et le centre de gravité se déplacera paradoxalement au-dessus de l’Océan Atlantique…

La place de la langue française sur Twitter, dernier trimestre 2013

Dans le sempiternel débat qui agite la communauté de la langue française autour de sa place (relative) dans l’univers des langues, ce graphique (issu d’un résultat brut trimestriel) permet d’enrichir les discussions classiques. Il met en exergue deux faits principaux, qui peuvent être pris comme des signaux faibles :

  1. La langue anglaise ne représente que 34% des gazouillis sur Twitter lors du dernier semestre 2013.
  2. La langue française n’arrive qu’en 7ème position des langues utilisées par les utilisateurs de Twitter, derrière des langues telles que l’espagnol, le portugais, l’arabe ou le malaisé.

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Le poids économique de la langue française dans le monde

L’étude de la Fondation pour les études et recherches sur le développement international du même nom apporte plusieurs éléments nouveaux, non verbalisés jusqu’alors. Capture d’écran 2013-12-30 à 16.16.33

  1. Elle tranche et propose une nouvelle carte de l’espace francophone (EF), qui ne serait composé que de 33 pays, dont certains non membres de l’OIF, comme l’Algérie.
  2. C’est la première fois que des chercheurs essaient de quantifier la part du commerce imputable à une langue commune. Ainsi, "l’existence même de l’EF permettrait d’accroître la part du commerce du pays de l’EF de 17%, entre 2000 et 2009.
  3. Enfin, il semblerait que l’appartenance à l’EF ne diminuerait que très faiblement le taux de chômage des pays de l’EF (environ 0,2 point).

Merci à tous d’avoir suivi la Baguette culturelle et à bientôt pour la suite des aventures !

Camille Delache & Damien Soupart

Les espaces francophones, avenirs de l’Intelligence Économique par Damien Soupart

Il est souvent dit que pour réussir une nouvelle activité en France, il faut d’abord montrer l’efficacité de son idée à l’étranger. Nous pensons que cette assertion vaut également pour le domaine de l’Intelligence Économique. Discipline peu connue, dont l’évocation inquiète toujours son interlocuteur, régulièrement confondue avec le marketing, la veille et/ou le planning stratégique, l’Intelligence Économique représente une alliance singulière mais vitale qui combine des postulats théoriques, des outils, des méthodes et une ou plusieurs finalités qui peuvent aisément faire l’objet d’une évaluation.

Language of business BloombergCette discipline peine à trouver en France son sentier de croissance. Afin de concrétiser davantage ce paradigme en émergence, celui de francophonie économique, nous postulons que l’Intelligence Économique a toutes les chances de réussir davantage au sein des divers espaces francophones (Afrique, Amérique du Nord, Amérique du Sud, Asie, Moyen Orient), et cela pour quatre raisons.

Une raison de conception de l’Intelligence Économique. La plupart des grands cabinets d’Intelligence Économique sont anglo-saxons. Nous n’en dresserons pas ici une liste mais la pratique du renseignement économique se rapproche historiquement davantage de la mentalité d’outre-Manche et d’outre-Atlantique. Pour autant, la « business intelligence » à l’anglo-saxonne fondée principalement sur des puissances de collecte d’informations brutes n’a pour nous aucun avenir. Le terme d’Intelligence Économique (sous-entendu à la française), reposant sur une étymologie latine structurelle, symbolise des pratiques alternatives plus fines de cette matière, plus déontologique et prenant davantage en compte la notion de territoire. Pareillement, la technique n’est pas vue comme une fin mais bien comme un outil au service du développement. Enfin, cette conception place l’Homme, son intégrité physique et intellectuelle, au-delà de toutes considérations.

Une raison démographique. Comme un récent article du Monde le rapporte (paru dans l’édition du 4 Novembre 2013), « la francophonie, avenir des médias français »[1]. Cet article postule que l’avenir des médias français repose sur la pénétration des marchés francophones, notamment africains. Cette hypothèse repose essentiellement sur l’argument démographique et sur la statistique usitée suivant laquelle la population francophone sera majoritairement africaine à l’horizon 2050. De façon comparative, ce basculement démographique au sein des grandes aires linguistiques a déjà eu lieu par exemple au sein de l’espace lusophone : il y a désormais plus de locuteurs de langue portugaise au Brésil et en Afrique lusophone qu’au Portugal, foyer originel de cette langue.

Une raison géopolitique. Comme le rappelle le dernier éditorial de Charles Saint-Prot[2], la francophonie représente un réel enjeu géopolitique. Facteur de stabilité et d’équilibre stratégique, l’enjeu francophone va au-delà de la simple pratique de la langue. Vecteur de valeurs (dont le multilinguisme) et d’un nécessaire contre-poids aux alliances anciennement bien établies (alliances économiques type Union Européenne ; alliances militaires type OTAN), la francophonie représente une alternative solide à l’empire anglo-américain, dont la diffusion de la langue anglaise est l’un des symboles les plus visibles[3]. De même, au traditionnel binôme de puissance théorisé par Paul Kennedy[4] (puissance économique et puissance militaire doivent être obligatoirement corrélées pour dominer), pourquoi ne pas rajouter une clé de compréhension linguistique ? Dès lors, l’Intelligence Économique serait un outil supplémentaire dans une optique d’équilibre des puissances.

Une raison économique. Les dynamiques de commerce « Sud-Sud » fleurissent. La position conquérante du Maroc au sein de l’Afrique subsaharienne, le potentiel de croissance de la République Démocratique du Congo ou la position stratégique et volontariste de la Côte-d’Ivoire sont des exemples parmi d’autres de la croissance des pays francophones. Le marché de l’Intelligence Économique croît en conséquence. Il y a donc tout intérêt à se prépositionner sur ces marchés.

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Ainsi, l’Intelligence Économique semble bénéficier d’une fenêtre d’opportunités non négligeable pour se développer sur des marchés en croissance, actuels et futurs. La récente décision prise par le Maroc de pratiquer l’intelligence économique territoriale[5] montre que les vues exposées dans cet article ne sont pas insanes. Elles demandent seulement à être concrétisées, en allant dans des pays tests (Cameroun, Laos et Kurdistan irakien) afin de montrer la pertinence des espaces francophones comme relais de développement de l’Intelligence Économique à la française.

Damien Soupart

ExpoFrance2025 : le soft power à la française est de retour !

Voici quelques semaines que le terme "ExpoFrance2025" s’affiche sur mon chemin : dans ma veille, sur Twitter, dans les rencontres et ce matin en haut de la Tour Eiffel pour les 50 ans de France Inter via son porte-parole, le mathématicien Cédric Villani.

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L’initiative ExpoFrance2025 réunit de nombreuses personnalités, entreprises autour du projet de candidature de la France à l’Exposition Universelle de 2025. Jean-Christophe Fromatin, député-maire de Neuilly-sur-Seine à l’initiative du projet, définit le concept comme suit :

"Mettre en scène l’exceptionnelle richesse de notre patrimoine à travers les technologies numériques d’expression et de communication pour permettre aux civilisations de se retrouver et d’échanger. L’idée nouvelle : réemployer de façon éphémère les infrastructures du Grand Paris et les monuments des grandes villes françaises. "Nos gares, nos monuments, nos espaces publics… accueilleraient des délégations du monde entier qui mettraient en scène leurs cultures et leurs innovations. Ainsi, cette exposition serait pleinement universelle."

Surtout, le site internet témoigne de l’énergie existante autour d’un projet bien pensé, bien planifié et très enthousiasmant :

  • 3 porte-paroles officiels, grands noms de la culture française : la navigatrice Maud Fontenoy, la chef 3 étoiles Anne-Sophie Pic et le mathématicien Cédric Villani
  • Un calendrier général bien au point :

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  • Des soutiens affichés : plus de 2 000 personnes, des partenaires entreprises (LVMH, Carrefour, SNCF, Groupe Clarins, …), des grandes écoles, et des institutionnels.

A l’heure où le concept de France créative connaît un grand succès, où les industries culturelles et créatives pèsent de plus de plus, la Baguette culturelle ne pouvait que se réjouir de cette initiative.

Plusieurs fois sur ce blog, j’ai souligné l’importance des ICC dans notre économie ("Dynamiser l’économie numérique : un enjeu économique et culturel", juillet 2012 et "La culture francophone, pouvoir d’influence au service de la compétitivité économique" en mai 2013) mais aussi dans notre diplomatie et notre influence ("Du besoin d’une culture rayonnante, et pourquoi pas la France ?" en avril 2012).

Le soft power à la française est de retour : à nous de le soutenir !Camille Delache